La Servante Ecarlate – Margaret Atwood

the handmaid's tale

Margaret Atwood
Editions : Vintage Future Classics – Random house
ISBN : 9780099496953
336 pages

La Servante écarlate

The Republic of Gilead offers Offred only one function: to breed . If she deviates, she will, like dissenters, be hanged at the wall or sent out to die slowly of radiation sickness. But even a repressive state cannot obliterate desire – neither Offred’s nor that of the two men on which her future hangs.

 

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’Etat, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Evangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Ce roman se trouvait sur ma liste des livres à lire en une vie, alors quand je l’ai trouvé en librairie, je l’ai pris sans hésiter. Par contre, il lui a fallu un peu de temps pour sortir de la PAL, la preuve, la librairie en question a fermé entre temps (ne remuez pas le couteau dans la plaie, je ne m’en remettrai jamais !).

Une dystopie prophétique ?

Paru pour la première fois en 1985, il soulève des problèmes de société qui n’ont pas disparu ces trente dernières années, et est même prophétique par certains aspects. Il soulève en effet des problématiques féministes qui n’ont émergé aux yeux du grand public que ces deux dernières années, telles le harcèlement de rue et le « date rape », et semble annoncer également des évènements qui résonnent étrangement en notre époque pour le moins perturbée : les médecins pratiquant l’IVG sont pendus publiquement, tout comme les membres de religions « ennemies » (prêtres, pasteurs, etc) et les homosexuels, les femmes  fécondes sont voilées intégralement et « louées » aux puissants afin de servir d’incubateur, leurs enfants leur étant retirés à la seconde de leur naissance, les gens sont divisés en castes, et leurs noms leurs sont retirés, la lecture est interdite, etc.

Par ailleurs, on y retrouve un clin d’œil sémantique à d’autres dystopies antérieures, comme par exemple Un Bonheur Insoutenable/This Perfect Day d’Ira Levin : la différence entre « freedom from/libéré de » et « freedom to/libre de » est explicitement soulevée et remise en cause.

Le fil qui se déroule, ou presque

Le point de vue est celui d’Offred, une servante écarlate, de la couleur de son voile qui la cache au yeux des hommes. Le récit se déroule alors qu’elle vient de découvrir une issue éventuelle à son destin d’incubateur. Elle se souvient de sa vie d’avant, de la vie telle que nous la connaissons (les vêtements fluos des années 80 en plus) : les études, les sorties, la vie amoureuse, les séparations, les nouvelles rencontres, etc. Puis, un jour, d’un coup d’un seul, tout bascule, les femmes doivent rester à la maison, les femmes fécondes incuber pour les épouses stériles des puissants, le pays entre dans une guerre de religion contre le voisin, sa fuite vers le Canada échoue, le lavage de cerveau commence.

Un contexte peu explicite

Seulement, le point de vue d’Offred semble étriqué. On ne connais rien des raisons de cette guerre, de cet extrémisme qui semble si soudain. On ignore tout sur ces rayonnements qui semblent tuer à petit feu et sont une condamnation ultime. Le lecteur se retrouve un peu dans la position des générations futures de ce monde là : on ne sait pourquoi c’est comme ça, ça l’a toujours été, les souvenirs d’un monde différents sont loin et semblent bien fantaisistes.

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La Servante Écarlate est un livre malheureusement toujours actuel, qui mérite amplement sa place dans la bibliothèque idéale et aussi plusieurs lectures afin d’être appréhendé correctement et apprécié à sa juste valeur (même si j’ai une version annotée).

Le cueilleur de Fraises – Monika Feth

Le Cueilleur de Fraises

Monika Feth
Editions : Hachette
ISBN : 978-2012013285
416 pages

Traducteur : Sabine Wyckaert
Der Erdbeerpflücker

Quatrième de couverture ? med_gallery_17196_246_23263

Ce livre trainait sur ma liseuse depuis deux ans, à cause de nombreuses critiques sur la blogosphère qui en disaient du bien. Seulement, j’ai préféré attendre pour le lire, la mention « jeunesse » m’ayant un peu refroidie. Il est revenu à la surface alors que je venais de terminer ma lecture en cours avant que le train ne démarre. J’avais une demie-heure devant moi, il fallait bien que je trouve un truc à lire.

L’avantage de l’epub, c’est que je n’ai jamais eu la quatrième de couverture sous les yeux. Elle spoile tout, j’ai jamais vu ça. C’est pourquoi exceptionnellement, je ne la mettrai pas ici.

J’ai voulu apprécier ce livre, j’ai essayé, vraiment. Le début n’était pas mal. Mais la sauce n’a pas pris.

Plus Belle la vie meets Derrick Columbo

Un des éléments qui m’a le plus gené, c’est que j’avais l’impression de lire le scénario d’un épisode d’un feuilleton qui passerai l’après-midi sur une chaîne publique teutonne. Tout y est, la maison appartenant à des gens riches qui impressionne les habitants du village, les lycéens de terminale qui sont assez à l’aise financièrement pour vivre en colloc sans leurs parents, mais sans forcément travailler, les descriptions inutiles (tout le monde allume la machine a espresso, mais sort pour en boire dans un café, WTF), les précisions pour expliciter ce qu’un personnage vient de dire alors que le discours était parfaitement clair, des comparaisons qui relèvent plus d’un exercice de style raté que de précisions nécessaires (le vin étincelait « comme un rubis » en plein milieu d’un dialogue assez grave). De plus, le suspense quand à l’identité du meurtrier est inexistant, le récit changeant tout le temps de point de vue, dont celui de l’assassin, aucun mystère ne plane, et ce dès le début. Et on se doute bien qu’il finira par se faire prendre.

Des personnages à l’épaisseur de papier cigarette

Les personnages les plus recherchés semblent être les personnages secondaires : Merle et Caro. L’héroïne Jette m’a fait l’effet d’une parfaite Mary-Sue à la Bella Swan : admirée par tous pour sa maturité et sa force caractère et pourtant, aucun élément du roman ne nous permet de confirmer ces impressions : elle menace ouvertement l’assassin de sa meilleure amie lors d’un discours public, puis il suffit qu’un bel homme ressemblant à Terrence Hill se pointe, et pouf, adieu veaux, vaches, cochons, maturité et chasse à l’homme (Terrence Hill… Sérieux… Il date de 2008, ce roman, pas de 1978). Ce roman est le premier d’une série appelée Outre-Rhin « Die Jette-Thriller »… Un peu comme les romans Alice de notre enfance, avec une héroïne bien transparente.

Quand à l’assassin, on comprend que le pauvre, il a souffert dans sa vie et qu’il veut être aimé d’un amour pur, mais à la fin… On n’est même pas sûrs de son nom, mais par contre, il parvient à provoquer un joli syndrome de Stockholm.

De l’action ? Où ça ?

L’action dans le Cueilleur de Fraises est lente. Très lente. La seule scène d’action fait l’objet d’une ellipse temporelle alors qu’elle commence. On ne peut découvrir la confrontation finale que par le biais de monologues intérieurs.

Si les personnages avaient été moins occupé a se siffler des espressos, il se serait peut-être passé plus de chose dans ce livre. J’aurais dû compter le nombre d’occurrences du mot « espresso », ça aurait fait un joli score d’ailleurs.

En conclusion ?

Moins d’espressos et d’énonciations d’évidences – les jeunes ne sont pas idiots au point de devoir leur préciser que l’assassin fait des trucs pas bien parce que, ben, c’est mal (je caricature à peine) – et plus d’actions ! Et éventuellement des références culturelles plausibles pour des ados de 18/19 ans en 2008, parce que Terrence Hill et Phil Collins ? Vraiment ?

 

 

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Chanson du vendredi #45

Join the P.a.L #4

Uncle-Sam1

Voici ce qui sera sans doute le dernier tome de mes nouvelles acquisitions pour cette année 2015 (j’en suis même sûre, vu mon assiduité ici ces derniers temps). Entre temps, je continue de tester de nouvelles mises en page pour ce type d’articles, peut-être qu’un jour, j’en trouverai un qui me satisfera.

 

Ces derniers mois, j’ai été raisonnable, ma PàL doit absolument descendre, certains livres y sont depuis bien trop longtemps, et j’aimerai autant éviter que cet état ne se propage à toutes mes acquisitions. Et voyez-vous, certains des livres ci-dessus sont déjà sortis de la pile à peine entrés, alors que d’autres y végètent depuis des semaines, mois, années.

Blasmusikpop a même déjà eu droit à son article, oui oui ! J’en ai d’autres en réserve depuis bien plus longtemps, histoire de rendre un peu de vie à ce blog.

Fool’s Quest de Robin Hobb est également sorti de ma pile, après y être resté deux mois -le dernier Join the P.à.L remonte à six mois et celui-ci présente toutes les acquisitions des mois écoulés depuis- comme pour tous les Hobb, je les achète à leur sortie, pour être déchirée entre la hâte et l’anticipation de retrouver cet univers et la peur d’être déçue.

Tous malades, recueil de poèmes dirigé par Neil Gaiman et illustré, entre autres, par Boulet est à moitié sorti, étant totalement incapable de lire un recueil de poèmes d’une traite, même si je suis très emballée par ce que j’ai lu : des poèmes du même type que les poèmes de Tim Burton. Vivement que je mette la main sur Par bonheur, le lait !

L’ours est un écrivain comme les autres, de William Kotzwinkle. Celui-là, c’est un mélange de hasard et calcul. A chaque visite en librairie, je tournait autour de ce livre, attirée au début par sa couverture (WTF ? o.O), puis, par le nom de l’auteur, qui est cité dans ma liste des 1001 livres à lire (dont je ne viendrai jamais à bout), pour me convaincre par sa quatrième de couverture, qui est tout simplement une citation de Terry Pratchett. Si lui a aimé, ça ne peut qu’être bien. (J’espère.)

Je serais sûrement passée à côté de L’instinct du Troll de Jean-Claude Dunyach si je n’en avais pas lu du bien. Alors que la quatrième de couverture est plus que prometteuse. J’espère que la suite sera à la hauteur. Et soutenir l’édition et les auteurs français, ça ne fait jamais de mal.

Le Dragon de Glace de GRRM était un achat purement compulsif : un livre situé dans l’univers du Trône de fer, illustré par Royo ? L’espace d’un instant, je suis redevenue une ado gothique sur les bords et sans m’en rendre compte, j’avais payé.

Je lis xXxHolic par intermittence depuis plusieurs années, avec une longue pause forcée au milieu, l’endroit où je me les procurait ayant fermé. Puis ils ont été réédité, j’ai retrouvé une librairie manga sympa, et j’ai replongé. J’en ai profité pour acheter le dernier tome sorti de Save Me Pythie, un manga français (oui !) dont l’action se situe en Grèce antique. Pour terminer par Minuscule, acheté sur un coup de tête parce que ça avait l’air mignon, on a toujours besoin de mignon, surtout un 14 novembre 2015. Il est déjà sorti de ma PàL, un article suivra sûrement !

Chanson du vendredi #44

Blasmusikpop – Comment un ver solitaire changea le monde – Vea Kaiser

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Vea Kaiser
Editions : Presses de la Cité
ISBN : 978-2-258-11337-4
519 pages

Traducteur : Corinna Gepner

Blasmusikpop oder Wie die Wissenschaft in die Berge kam

Johannes se destinait à autre chose qu’à cette vie fruste dans le village de ses ancêtres. Son grand-père, Johannes premier du nom, avait lui-même quitté Saint-Peter-sur-Anger pour aller étudier en ville – et observer le développement des vers solitaires ! –, avant de revenir et de s’établir comme médecin. C’est ce dernier qui a communiqué à son petit-fils son goût du savoir et sa passion pour Hérodote, qui font de lui aussi un original dans ce microcosme alpin où se cultiver est considéré comme hautement suspect. Ainsi, lorsque le jeune homme échoue au baccalauréat, quel drame ! Le voici condamné à rester parmi les « barbares ». Et il ne tarde pas à se faire embrigader dans l’un des événements majeurs de la localité : la venue d’un grand club de football hambourgeois…

Des dialogues savoureux, une langue inventive, tantôt désuète, tantôt moderne, des personnages hauts en couleur, un luxe de détails, de l’esprit, beaucoup d’esprit. Avec son premier roman, très remarqué au moment de sa parution, Vea Kaiser s’en est donné à cœur joie.

Mes chers téléspectateurs !

C’est une grande première ! Plusieurs premières mêmes :

  • c’est le dernier livre entré dans ma PaL, il a moins de deux semaines. D’habitude, il faut des mois, voire des années à un livre avant d’être lu (le temps qu’ils mûrissent, tout ça, je voudrais pas lire un livre encore vert…)
  • c’est un livre autrichien, mais lu en français, ce qui arrive, mais pas souvent. D’habitude, j’essaie de lire en V.O. si je la maîtrise. Sauf que là, c’était un cadeau, et que pour trouver des livres en allemand, faut aller à Kehl.
  • ce n’est pas un roman de l’imaginaire. C’est un roman. Mais qui se passe dans la vraie vie, dans le vrai monde (quoique…)
  • et surtout… c’est un livre sorti lors de cette rentrée littéraire 2015. Oui, nous sommes en octobre. Et oui, je l’ai déjà lu.

Il s’agit de Blasmusikpop, roman autrichien qui se présente sous la forme d’une chronique sur une famille et le village dans lequel elle vit depuis des générations. Tout commence dans les années 50, un habitant de St-Peter-sur-Anger, village fictif des Alpes autrichiennes attrape un ver solitaire. Fasciné par ce qui se passe en lui, il décide de devenir médecin. Pour cela, il doit quitter ses montagnes natales. Lorsqu’il revient au bout de 7 ans, rien n’a changé au village à part lui-même.

Nous suivons ensuite la vie de ses descendants, jusqu’en 2010. Son petit-fils a suivi les traces intellectuelles de son grand-père, St-Peter-sur-Anger lui semble trop petit et l’état d’esprit qui y règne bien trop étriqué. Sauf qu’il échoue à obtenir le bac qui lui aurait permis d’aller à la grande ville, de faire des études, et de devenir un grand chercheur. Condamné à rester au moins un été parmi les barbares, comme il appelle ses concitoyens, il décide de les étudier tel Hérodote, son grand héros, mais rien ne se passe comme prévu, les barbares ne sont peut-être pas tous aussi barbares qu’il le pensait, le regard qu’il porte sur eux change, et le regard qu’ils portent sur lui également.

Mais ! Non ! Revenez !

J’ai beaucoup aimé ce livre, qui m’a beaucoup parlé et m’a évoqué par certains aspects mon petit coin de Moselle natal. La campagne profonde, le parler local qui écorche le bon français, les chanteurs allemands de schlager (oui, bon, hein, la frontière est a moins de vingt km, on échappe pas à son voisin), la neige, les bus scolaires qui affrontent des centimètres de neige en hiver, les passe-temps adolescents douteux (qui n’a jamais vu d’attroupement d’ados avec des scooters pétaradants sur la place centrale d’un village perdu pendant les vacances scolaires ?), tout ça m’a rappelé ma propre jeunesse dans une campagne reculée, éloignée de plus d’une demie heure de voiture de toute ville de plus de 10 000 habitants.

Cette réécriture du rat des villes et du rat des champs a ce charme alpin rappelant les refuges perchés dans la montagne qui sentent bon la bière, la charcuterie, la culotte de peau et le bois.

Certaines chroniques que j’ai lues disaient que ce livre n’avait pas été apprécié parce que les vers et le foot ne faisaient pas partie des centres d’intérêt du lecteur. Ils ne font pas partie des miens non plus. D’ailleurs, le ver solitaire n’est qu’un prétexte. En aucun cas vous ne lirez un documentaire sur le ver solitaire (heureusement, d’ailleurs), ni une chronique détaillée du foot, qui ne sert également que de prétexte. Par contre, ce qui peut rebuter, ce sont toutes ces allusions à la culture populaire germanique et à la vie à la campagne la plus reculée : le Musikantenstadl (tant que vous n’avez pas vu le Special Nouvel An, vous n’avez pas souffert des oreilles), les traditions populaires campagnardes – passez en juin devant une auberge de petite ville allemande et admirez l’arbre défraichi orné de rubans qui pendouille horizontalement sur la façade… -, Andy Borg, sorte de Pascal Sevran en culotte de peau… Si vous n’avez pas d’atomes crochus avec nos voisins d’outre-Rhin, là, éventuellement, oui, passez votre chemin. Ce qui peut rebuter également, c’est la chronique ethnologique sur les barbares un chapitre sur deux, qui va des origines de l’humanité à maintenant.

Quand à la traduction, la chose n’a pas dû être aisée : retranscrire un patois autrichien vers un patois français n’est pas facile, donc bravo mais « Heureux comme Dieu en France », c’est une expression idiomatique allemande et ne se traduit pas littéralement, gngngngngngn, faut pas faire comme dans les vieux King

Donnez une chance à Blasmusikpop, ça ne parle pas (trop) de vers solitaires, ni de foot, promis ! Par contre, ça parle beaucoup d’Hérodote, et ça, aucune chronique n’en parle (la mienne non plus, au fond).

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(Il y a trop de parenthèses dans cet article.)

Histoire de Lisey – Stephen King

Stephen King
Editions : Albin Michel
ISBN : 9782226179692
576 pages

Traducteur : Nadine Gassie
Lisey’s Story

Pendant vingt-cinq ans, Lisey a partagé les secrets et les angoisses de son mari. Romancier célèbre, Scott Landon était un homme extrêmement complexe et tourmenté. Il avait tenté de lui ouvrir la porte du lieu, à la fois terrifiant et salvateur, où il puisait son inspiration. À sa mort, désemparée, Lisey s’immerge dans les papiers laissés par Scott, s’enfonçant toujours plus loin dans les ténèbres qu’il fréquentait…Histoire de Lisey est le roman le plus personnel et le plus puissant de Stephen King. Une histoire troublante, obsessionnelle, bouleversante, mais aussi une réflexion fascinante sur les sources de la création, la tentation de la folie et le langage secret de l’amour. Un chef-d’oeuvre.

Je vous avais déjà raconté, il y a longtemps, que Stephen King et moi, c’était compliqué. Enfin, plutôt, entre les traductions de Stephen King et moi, parfois, ça ne passait pas. Heureusement, dans les romans récents, disons, depuis l’avènement d’Internet et ainsi, la facilitation de la communication, ça allait mieux (la prochaine fois que je vois « il pleut des chats et des chiens » dans un texte en français, j’organise un autodafé et je met le responsable au milieu). Histoire de Lisey, un roman récent, de 2006, n’a pas soulevé ces problèmes (même que c’est la première fois que je voit un « Mot du traducteur » à la fin du roman). Si j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire, c’est à cause du récit cette fois-ci. On pénètre dans l’intimité d’un couple, avec son langage spécifique, ses allusions et ses références culturelles sans filet et au début, ces expressions fantaisistes et la transposition des accents parlés m’ont perturbé. J’avais même envie d’abandonner ce livre. J’avais l’impression d’être un voyeur parmi eux, cela m’a rendu mal à l’aise, et je n’avais qu’une envie : les laisser seuls avec leurs expressions et leur amour.

J’ai persisté, et finalement, j’ai eu du mal à en sortir. Cette histoire d’amour à la Stephen King, bien loin des fleurs et des petits oiseaux, est malgré tout magnifique.

Histoire de Lisey

On découvre peu à peu leur histoire grâce à Lisey qui parcourt avec sa sœur, les photos de son mari décédé deux ans auparavant, ce qui réveille des souvenirs enfouis en elle : des souvenirs de Scott, de son histoire à lui, puis, à travers lui, de son histoire à elle.

Les histoires personnelles et complexes de Lisey et Scott en tant que personnes à parts entières se déroulent lentement, au fil des révélations sur leur histoire commune. Les problèmes psychiatriques de Scott trouvent un écho avec ceux de la sœur de Lisey, et c’est Lisey qui les porte tous deux à bout de bras. Car si en lisant le roman, j’ai eu l’impression que le personnage principal était Scott vu à travers le prisme de son épouse, avec le recul – cette lecture date de deux mois désormais, oui, je suis complètement à la masse – il porte très bien son nom, car le personnage fort, celui qui porte le récit, celui sans qui le roman n’aurait été qu’une nouvelle, c’est bien Lisey, ce personnage qui semble si discret, effacé, et surtout éploré et au bout du gouffre. Lisey qui parvient à puiser des ressources inimaginables dans ses souvenirs afin de sauver sa peau et celle de sa sœur.

Histoire d’amour

L’autre aspect prépondérant de ce livre est qu’il s’agit d’une histoire d’amour. Chez Stephen King. Oui. Et malgré toute l’horreur qui peut être instillée au fil des pages, cette histoire d’amour est magnifique. L’amour que Lisey porte à Scott est ce qui va le sauver plusieurs fois, physiquement et psychologiquement, tout comme l’amour que Scott porte à Lisey est entier, voire excessif. Mais il a aussi l’amour que Lisey porte à sa sœur Amanda, qui lui permet également de la sauver, à la manière dont elle a porté secours à son mari.

Mais ce roman soulève aussi la question de l' »amour » fanatique : celui d’admirateurs envers leurs artistes favoris, Scott ayant quelques lecteurs fanatiques, tout comme John Lennon ou Björk.

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 Un livre qui n’a pas été facile à appréhender, mais une fois plongée dedans, je n’ai pas pu le poser. Un Stephen King pioché au hasard dans les rayonnages de la médiathèque, mais qui fera désormais partie de mes favoris de l’auteur. Il mérite qu’on lui donne une chance.

Chanson du Vendredi #43

Parce que leur concert à la Foire aux Vins de Colmar était une sacrée claque !

Top Ten Thursday #22

TTT3WLe Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini.
Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français Iani.

Les 10 livres que tout le monde a lus mais que vous ne comptez pas lire

  • 50 nuances de… J’ai tenté pourtant, même Twilight avait su me prendre dans ses filets à l’époque (même si je ne cautionne pas le message sous-jacent, c’était pas trop mal écrit), mais ici, c’était vraiment pas possible. D’ailleurs, considérez que tous les dérivés plus ou moins populaires de cette mouvance populaire ne passerons pas par moi : After, etc.
  • EnjoyMarie, je suis trop vieille pour ces conneries.
  • Nos étoiles contraires, John Green. Ca m’a l’air bien trop larmoyant, le film ne me parle pas non plus d’ailleurs.
  • De la dystopie young adult. Si je les citais tous, j’aurais pu en remplir ma liste. Les triangles amoureux, la lutte pour la survie dans un monde hostile, tout ça, comme mentionné plus haut, je suis trop vieille pour ces conneries. (Sinon, Brave New World et 1984, c’était bien.)
  • Les livres de Guillaume Levy et Marc Musso. Ca ne me tente pas.
  • L’épée de Vérité, de Terry Goddkind. Je terminerai peut être éventuellement le premier tome que j’ai acheté il y a… pfiou… longtemps… Mais le début est déjà tellement naze que, ben, au fond, bof. J’avais commencé le visionnage de la série et là aussi, c’était au moins aussi naze que la série Xéna de mon enfance.
  • Millénium, Stieg Larsson et autres polars scandinaves.
  • Les Filles au Chocolat pour un Jean et autres romans pour jeunes filles en fleur qui pullulent sur les blogs et en tête de gondole dans les Fnacs.

Bon, en fait, je suis réfractaire à plusieurs styles plutôt que romans en particuliers. Mais la conclusion de cet article sera :Trop vieille pour ces conneries

Fernweh #2