Entre-deux, Etats-Unis, Science Fiction

L’Agonie de la Lumière – George RR. Martin

L'Agonie de la lumière

Dying of the light

Editions : J’ai lu

ISBN : 978-2290075722

442 pages

Lorsque, un jour, Dirk t’Larien reçoit sur la planète Braque le joyau que jadis il a offert à son amour perdu, des souvenirs douloureux reviennent à la surface, d’anciennes cicatrices se réveillent : pourquoi Gwen ferait-elle appel à lui après tout ce temps ? À l’idée qu’il existe une possibilité de repartir de zéro avec celle qu’il a tant aimée, t’Larien embarque néanmoins sans hésiter dans le premier vaisseau interstellaire en partance pour Worlorn – le monde-festival désormais à l’abandon, un cadre baroque et décadent condamné à l’extinction. Sur cette planète mourante, pour tenter de raviver les sentiments qui l’unissaient à la jeune femme, il lui faudra commencer par l’arracher aux griffes des Kavalars, un peuple violent régi par un code d’honneur d’un autre âge… un code mortel.

 

Oooh, un George RR Martin, alooors, Le Trône de Fer ?! Eh bah nan ! Découvrez avec moi le premier roman de M. Martin, aux antipodes de Westeros, à l’autre bout de la Galaxie.
 
Ici, point de fantasy médiévale avec dragons, géants, loups géants, mais de la science-fiction pure et dure, avec extra-terrestres et saucisses de cuir volantes.
 
Sur une trame d’un amour perdu et peut-être renaissant, nous nous dirigeons vers la planète Worlorn, ou se déroula, il y a fort longtemps, une exposition universelle, qui méritait largement son titre d’universelle : chaque planète, chaque peuple, construisit sa ville avec ses technologies, pour célébrer un festival qui durerait des années. Puis les soleils de Worlorn commencèrent à s’éloigner, l’hiver vient (ahem), et les moeurs se durcissent (ahem).
 
J’avoue, de base, la SF, l’espace, l’anticipation, tout ça tout ça, c’est pas trop mon truc. Trop anxiogène, et la réalité finit toujours par rattraper la fiction, malheureusement. Mais je voulais lire autre chose de Martin, qui souffre, à mon humble avis, de tics de langages qui changent d’un livre à un autre (useless as nipples on a breastplates, hein, quoi ? J’aurais dû compter les occurrences) et qui parasitent un peu la lecture. Ce qui ne remet pas en cause son talent de tisseur d’histoires, attention.
 
Suivons donc Dirk T’Larien à la découverte de Worlorn et à la poursuite de Gwen, son amour perdu qu’il retrouvé mariée à un Kavalar, un peuple barbare en voie de disparition, assujetti à un code d’honneur et des rites et traditions désuets, comme celui d’avoir des frères d’armes avec qui ont partage son épouse (ahem). Mais est-ce c’est bien Gwen qui lui a demandé de venir la rejoindre  sur ce caillou dans le ciel ? Hahaaaa !
 
Je ne vais pas vous raconter toute l’histoire, le but étant de vous donner envie (ou pas) de le lire, mais vous souhaitez lire un récit épique, avec de grandes batailles ainsi que des complots politiques de grande ampleur, passez-votre chemin. Ici, vous trouverez des duels, des complots pour l’amour (the things I do for love ?), une course poursuite angoissante, sur une planète mourante.
 
Les personnages ont une planète entière a explorer, et l’on passe toute la première partie du livre à l’explorer avec eux, et pourtant, le récit m’a fait l’effet d’un huis-clos claustrophobe, le nombre restreint de personnages et les descriptions de villes entières désertées n’y sont pas innocentes. Ici, vous ne trouverez pas non plus de listes de personnages à rallonge, vous vous en sortirez avec vos deux mains et pourrez garder vos chaussettes.
 
Par contre, vous y découvrirez des peuples absents, mais aux constructions fascinantes (une ville qui fait de la musique grâce au vent soufflant dans ses tours ! ), des antagonistes dignes d’un électorat de Trump, se vautrant dans un racisme primaire pour rendre sa gloire à leur peuple (en 1977, les gars), un benêt romantique qui pense pouvoir reconquérir son amour perdu en lui expliquant à quel point elle est bête d’avoir épousé ce Kavalar avec son peuple à la con et ses traditions d’un autre âge (toujours une bonne idée, ça) (spoiler : non), ainsi que des personnages complexes, fouillés et représentatifs de la nature humaine, qui arrivent à s’embrouiller dans la deuxième partie de manière tellement rapide que j’ai eu du mal à suivre, après une première partie plutôt passive.
 
Vous trouverez aussi dans ce one-shot relativement court les prémisses de ce qu’allait devenir Westeros : des saisons durant plusieurs années, la déraison des gens à l’approche de la fin (#pénuriedePQ), un peuple partageant beaucoup de traits avec des Dothrakis, les chevaux en moins, une question d’amour mal placé qui débute les hostilités et un personnage féminin (un seul, oui, mais il doit y avoir trois pelés deux tondus sur cette planète) fort, avec une mise en perspective de sa place et de sa condition selon le peuple qui l’observe.
 

corbeaucorbeaucorbeaucorbeau

 

Malgré quelques maladresses stylistiques -je n’oserais pas accuser la traduction parce que nipples on a breastplate à chaque chapitre-, une saucisse de cuir, vraiment ?, L’Agonie de la Lumière, premier roman de GRRM, publié en 1977 pose les bases de sa prose, et nous fait démonstration des talents de conteur que l’auteur possède visiblement depuis ses débuts. Certains romans de SF datant de cette époque là, voire avant semblent désormais datés, vieillots, ici, ce n’est pas (encore) le cas.

Toute l’essence et les thématiques de l’œuvre la plus marquante de GRRM se trouvent déjà ici, ce qui peut éventuellement donner lieu à des comparaisons entre les deux univers, celui de la fameuse saga au mur étant bien plus complet et abouti, expérience et longueur obligent. J’ai essayé de ne pas penser à ses romans phares, mais je dois bien avouer que c’était compliqué.

Néanmoins, si la longueur du Trône de Fer ou la fantasy vous rebutent, mais que la SF vous parle, donnez une chance à L’Agonie de la Lumière, vous découvrirez un univers complexe et fouillé, très abouti pour un premier roman -il  a même un glossaire à la fin-, certes au rythme inégal, tout s’enchaîne très vite à la fin, mais pas déplaisant.

Sur ce, je vais voir si je peux trouver d’autres one-shots en ces temps de confinement.

Bibliothèque, Etats-Unis, France, Jeunesse, Youpi Tralala

Pour changer de T’choupi et Trotro

Parents ! Oncles, tantes, grands-parents ! Vous n’en pouvez plus de Trotro, T’Choupi et autres animaux ? La bibliothèque de votre enfant ressemble à l’inventaire d’un zoo qui aurait fait les soldes chez Kiabi ? Laissez-moi vous présenter deux livres qui vont changer votre vie ! Plébiscités par Le petit humain qui vit avec nous depuis presque deux ans maintenant : Mon premier livre d’art : Le Sommeil et Le Voyage de l’Ours Pompon.

IMG_20200330_182522.jpgMon premier livre d’art : Le Sommeil, paru aux éditions Phaidon compile des œuvres d’art, peintures, sculptures et même installations modernes (toutes à partir du XIX ème), sur le thème du sommeil mais pas que. On y découvre des œuvres représentant des enfants qui jouent, des personnes de Keith Harring qui dansent, ou le Cri de Munch comme des conséquences du sommeil ou manque de celui-ci. Une phrase accompagne chaque photographie, à raison d’une œuvre par page, regroupées par thématiques. Malgré tout, le tout forme un ensemble cohérent et plaisant, avec des pages cartonnées épaisses et solides. La fin récapitule toutes les œuvres, avec dates et lieux d’exposition.

IMG_20200330_182620.jpgLe Voyage de l’Ours Pompon, publié chez L’élan vert, nous fait accompagner la sculpture de l’Ours polaire, de François Pompon, visible au musée d’Orsay ainsi qu’au parc Darcy à Dijon (et ailleurs, la liste est disponible sur la page Wikipédia dédiée à l’ours), dans un incroyable voyage, en compagnie de la lune, à la rencontre d’autres animaux immortalisé par François Pompon. Les dessins, uniquement en noir, blanc et bleu foncé, avec parfois une couleur supplémentaire sur chaque page (jaune pour quelques fenêtres éclairées, vert sombre pour des feuilles dans la forêt, etc), sont sobres, épurées et beaux, et le texte nous emporte dans un voyage poétique, dont la musicalité emporte même les plus petits. A noter que la fin du livre raconte l’histoire de la statue et de son créateur. Il existe d’autres histoires de l’Ours Pompon, qui seront moins adaptées à un aussi jeune public que des moins de deux ans, mais celui-ci est l’un de ses favoris.

Bibliothèque, Entre-deux, Essais, Etats-Unis, France, Polar

Chroniques express #4

Le rasoir d’Ockham – Henri Loevenruck

Ce livre a trouvé le chemin de ma PàL en ayant été laissé à qui voudra dans la boîte à livre de ma ville. J’ai lu le premier tome de Gallica du même auteur, et je me suis dit que j’allais tenter celui-là, en plus d’avoir ajouté un autre de ses romans sur ma liste de livres à lire. Il s’agit là d’un thriller ésotérique à la Da Vinci Code, des meurtres en lien avec une organisation secrète ayant lieu au quatre coins de la France. Si l’intrigue en elle-même n’était pas trop mal ficelée, quelque chose m’a profondément gênée. La mention de Gallica plus haut n’est en effet pas anodine, Gallica mentionnant et faisant la part belle à l’organisation des Compagnons du Devoir, ici, ils se trouvent également au centre de l’action. De plus, rien à voir avec ce titre, mais plusieurs de ses personnages principaux portent le même nom, un peu comme si les thématiques et prénoms sortaient d’une base de données limitées et étaient choisies de manière aléatoire. Et à plusieurs reprises, je n’ai pu m’empêcher de plus me soucier du destin du chat d’Ari, laissé tout seul dans un appartement sous scellé que d’Ari ou de sa dulcinée. Bref, de la boîte à livre tu viendras, à la boîte à livre tu retourneras.

Just Kids – Patti Smith

Je ne connais que peu l’oeuvre de Patti Smith, et la scène artistique New Yorkaise des années 60/70 m’indiffère complètement. Rien ne me destinait à lire ce livre, si ce n’est qu’il était dans la bibliothèque de la maison. Un jour d’ennui, je l’ai pris, décidant d’agrandir ma culture rock. Je l’ai lu, je n’ai toujours pas écouté Patti Smith, et je continue a me contrebalancer allégrement de la Factory, de ses émules, égéries et de son maître à penser. Mais j’ai eu l’impression que Patti Smith aussi s’en contrebalançait et n’a fait qu’observer l’environnement qu’affectionnait son amour de l’époque, pour ensuite prendre son envol et se faire son propre nom. Sa vision romancée d’un Paris plutôt pouilleux ( à tous les sens du terme) m’a un peu agacée, tout autant que son adoration de Rimbaud. Mais Paris provoque des crises d’angoisse chez moi à grand renforts de puanteur et de population trop dense et la poésie m’a toujours laissé de marbre. Malgré ce postulat de base, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé, c’était une lecture intéressante d’un chapitre de la vie de la Godmother of punk, bien plus nuancé, subtil et émouvant que je ne l’aurais imaginé, bien loin des clichés du punk que j’avais en tête, et bien loin aussi du sex, drugs, and rock n’ roll auquel je m’attendais.

 

Entre-deux, Etats-Unis, Polar

Le chat qui mangeait de la laine – Lilian Jackson Braun

The Cat who ate Danish modern

Editions : 10/18

ISBN : 978 2 264 07394 5

542 pages

Ce livre rassemble : Le chat qui lisait à l’envers – Le chat qui mangeait de la laine – Le chat qui aimait la brocante

En entrant au Daily Fluxion, Jim Qwilleran n’imaginait pas que sa vie de journaliste serait aussi mouvementée. Ni qu’il faudrait endosser mille casquettes – tour à tour chasseur d’artistes, reporter culinaire, responsable décoration… Mais quelle que soit la rubrique, cet ancien chroniqueur de crimes  surtout le chic pour attirer les ennuis. Qu’il suive un critique d’art féroce, rencontre un collectionneur de jades malchanceux ou s’immerge dans le milieu interlope des brocanteurs, chacun de ses reportages apporte son lot de disparitions et morts subites. Heureusement, le journaliste à la moustache foisonnante peut compter sur le flair de Koko et Yom Yom, ses deux astucieux chats siamois, pour démêler ces drôles d’affaires, d’un coup de patte de velours…

 

J’ai pris ce livre parce que j’étais prise d’une envie irrépressible d’acheter un livre à la librairie de ma  petite ville. Comme une compulsion. Il me faut un livre, là, maintenant, tout de suite ! J’ai fureté parmi ses rayons et j’ai bloqué sur la couverture et le titre. La quatrième de couverture me semblait prometteuse, alors même que j’avais occulté qu’il s’agisse là d’un recueil de trois courts romans.

Quand je l’ai sorti de la bibliothèque, assez rapidement selon mes critères je dois dire – il n’aura attendu que 6 mois pour être plus, pour parfois plusieurs années pour les autres ! – j’ai découvert qu’il s’agissait d’un série,  qui comptabilise 28 (!!!) tomes, et que les romans de ce livre, premiers de la série, datent des années 60.

J’ai rapidement accroché au style, léger, sans prise de tête, qui m’a permis de passer outre certains aspects un peu datés de l’univers : la moustache touffue, les personnages somme toute assez cliché, des femmes aux journalistes aux artistes. Néanmoins, je me suis attachée à Jim Qwilleran, flic un peu paumé qui se retrouve maître de deux chats un peu par hasard, balourdé d’un service à l’autre au gré ses humeurs du chef, qui s’enorgueillit d’une moustache bien touffue et sexy (selon les critères de sexytude des années 60, notons-bien), tel un hipster des années 60. Et ses chats sont bien des chats avec un comportement félin, pas de chats humanisés qui parleraient ou mèneraient l’enquête eux même, tels des moutons à la recherche de l’assassin de leur berger. Les trois romans suivent la même trame, comme beaucoup de séries policières, les rebondissements sont ainsi assez prévisibles ce qui est un peu regrettable. Mais la lecture de ces trois courts romans, même à la suite, s’est avérée rapide et agréable, peut-être pas inoubliable ni la lecture de l’année, mais je ne regrette pas mon achat compulsif et je pense lire les autres à l’occasion.

A noter également que cette couverture moderne et stylisée est bien plus à mon goût que les couvertures des romans individuels avec un chat anthropomorphe un peu flippant (et qui n’est pas siamois en plus de ça !).

 

corbeaucorbeaucorbeaucorbeau

Il s’agit là d’une lecture agréable et facile, à lire entre deux livres plus exigeants pour décompresser. Les amoureux des chats y trouveront leur compte, les amateurs de séries policières décalées également. Ceux qui cherchent à lire un thriller haletant, oppressant, à la scandinave devraient passer leur chemin.

Contemporain, Etats-Unis, Youpi Tralala

Amour monstre – Katherine Dunn

Geek love

Editions : Gallmeister

ISBN : 9782351786383

494 pages

La joyeuse famille Binewski est tout sauf banale. Ivres d’amour et nourrissant de grands projets pour leur spectacle itinérant, Al et Lil décident d’engendrer à coup d’amphétamines et de radiations la plus belle brochette de phénomènes de foire au monde. Et les résultats sont impressionnants ! Pour autant, cette famille d’enfants montres est habitée de passions bien humaines… Un roman culte finaliste du National Book Award et best-seller aux Etats-Unis depuis vingt-cinq ans.

Voici un livre dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce que je passe devant lui à la médiathèque, il était mis en avant, et je me disais que 3 livres d’une moyenne de 350 pages en un mois, c’était juste et que je risquais de m’ennuyer ferme (… bien évidemment, j’ai dû prolonger mes emprunts…)

Amour monstre est un livre atypique, non par sa forme, mais par le traitement de son sujet. Sa forme est assez classique, sa narration se situe à deux époques différentes, à travers les yeux du même narrateur : Olympia, naine bossue, chauve et albinos, oui, rien que ça. Ses souvenirs d’enfance au sein de la foire ambulante de ses parents, et son présent, ou l’enfant moyen, sans rien d’extraordinaire, devenu adulte prend soin des membres de sa famille tout en restant dans l’ombre.

Étrange et fascinant seront les mots les plus adaptés à ce livre. Étrange, de part son univers : une foire ambulante de monstres, qui sillonne les États-Unis et fonctionne en vase clos, avec des relations étroites et malsaines, et fascinant, car les personnages, loin de la représentation habituelle des freaks, victimaire et torturée (Joseph Merrick en étant l’exemple le plus connu), sont des marginaux assumés, qui transforment leurs malformations en outil de fascination des masses, fascination qui n’est pas celle à laquelle on pourrait s’attendre : morbide et malsaine. Elle est de celles qui portent aux nues, qui renvoient au divin. Pour le meilleur et pour le pire.

They thought to use and shame me but I win out by nature, because a true freak cannot be made. A true freak must be born.

Amour monstre remet également en perspective la norme : n’est-elle pas, au fond, un reflet de nous même et de nos attentes ? Au fil du récit, notre norme est remise en question.

Entre la famille Adams et Freaks, Amour monstre mérite amplement son statut de roman culte à mes yeux.

Etats-Unis, Fantastique, Fantasy, La Femme Sauvage, Youpi Tralala

L’épouse de bois – Terri Windling

Editions : Les Moutons électriques

ISBN : 9782915793789

320 pages

Traducteur : Stéphan Lambadaris

Maggie Black est écrivain, auteur d’études sur des poètes. Elle apprend qu’un de ses plus anciens correspondants, David Cooper, vient de mourir en lui laissant tous ses biens en héritage. Maggie décide d’aller s’installer dans l’ancienne maison de Cooper, pour enfin s’atteler à la rédaction d’une biographie du grand écrivain. Mais elle n’avait pas prévu que Cooper habitait en plein désert, dans les montagnes de l’Arizona (près de Tucson). Là, la vie n’a pas le même rythme qu’ailleurs. Les choses sont plus pures, les formes plus essentielles, les mystères plus profonds…

Pourquoi Cooper est-il mort noyé dans un lit de rivière asséché ? Pourquoi des coyotes rôdent-ils autour de sa maison ? Qui est l’étrange fille-lapin qui s’abrite sous les grands cactus ? La magie de ces collines désertiques est puissante, Maggie Black devra prendre garde à ne pas y perdre la raison — ou la vie.

Si j’ai emprunté ce livre, c’est à cause de sa couverture qui m’a immédiatement séduite quand je l’ai vue sur je ne sais plus quel site. Il était disponible en médiathèque, j’y suis allée le jour même, sans trop savoir de quoi il retournait. Comme quoi, il est important d’avoir de jolies couvertures (hint hint aux éditeurs français).

Mais est-ce que le contenu est à la hauteur de cette couverture ?

Il me faut avouer que j’ai été conquise, même si le livre ne nous emmène pas dans un paysage feuillu, mais dans un désert aride, près de la frontière mexicaine. Ce roman e été écrit dans les années 90, et sème quelques indices, comme un groupe de musique évoqué particulièrement souvent et qui existe bel et bien (même si le membre omniprésent n’existe pas), les ateliers d’artistes dans des entrepôts avant que ne survienne la mode des lofts industriels, mais en même temps, semble intemporel, tant l’intrigue principale se situe loin de tout géographiquement mais aussi au niveau de son originalité et de sa bizarrerie.

La magie de ce livre se situe non seulement dans son intrigue : le désert est peuplé de créatures étranges et d’animaux qui ne sont pas uniquement ce que l’on peut voir, mais aussi dans la poésie de son écriture et, ici, de sa traduction. Un roman dont les protagonistes sont des poètes serait baclé si son écriture était trop commune, ici, ce n’est pas le cas. On se retrouve plongé dans ce désert, on entend les cris des coyotes et on ressent la folie qui menace les personnages grâce à la puissance d’évocation des mots choisis.

Entre fantastique et fantasy urbaine (ou plutôt désertique ?), L’épouse de bois est un livre qui ne se décrit que difficilement, son auteur est peu prolifique, mais il s’agit là véritablement d’un livre que je ne saurais que trop vous conseiller. C’est une lecture qui continue de me suivre encore quelques semaines après avoir refermé le livre.

Entre-deux, Etats-Unis, Fantasy, Féminisme, La Femme Sauvage

La Dilogie de Moirin

En fait, il s’agit d’une trilogie, mais je n’en ai lu que les deux premiers tomes. Après avoir dévoré les aventures de Phèdre, puis d’Imriel, que j’ai trouvées un cran en dessous, voici celles de Moirin, qui se déroulent un siècle après celles d’Imriel, en Alba. Le peuple des Maghuin Dhonn souffre toujours de sa malédiction, et vit isolé. Pourtant, la magie vit toujours en eux, dans une moindre mesure. Moirin est une enfant sauvage, qui vit avec sa mère dans la forêt, encore plus isolées que le reste de leur peuple. La légende de Phèdre continue à être contée, et l’héroïne de cette nouvelle série ne cesse de se comparer à cette figure devenue mythique. De ce fait, le lecteur ne peut s’empêcher de faire pareil…

Se retrouver en Alba est bien l’élément que j’ai préféré, ressentant plus d’affinités avec la mythologie « à la celte » qu’avec celle de Terre d’Ange, mais est-ce que cela suffit à atteindre la grandeur des aventures de la célèbre courtisane masochiste ?

Je dois avouer qu’au début, ce nouvel univers sauvage, loin de la sophistication d’Angeline m’a fait plaisir et emballée, puis, avec le recul, le soufflé est retombé. Au moment ou la Moirin sauvage et libre met les pieds en Terre d’Ange pour être civilisée. On quitte assez rapidement Alba, Moirin emporte au fond d’elle une boussole morale qu’ont tous les gens de son peuple que la grande Ourse a accueillis en son sein, ce qui limite assez sa marge d’erreur : quand elle doute, sa boussole lui dit quoi faire, pas d’erreur possible ou presque.

Un des éléments phares de cet univers est la prépondérance du sexe. Ici, pas de scènes S/M, ouf, tout le monde est consentant, tendre, aimant, le rapport de force dans l’acte charnel est quasi inexistant – dans les relations humaines, c’est autre chose, la manipulation par les sentiments reste assez présente – ce qui peut rendre les scènes de sexe fades, voire gratuites, alors que pour Phèdre, elles faisaient pleinement partie du jeu politique. Je regrette seulement que, comme chez Phèdre, l’héroïne soit bissexuelle plutôt que lesbienne, ce qui aurait pu rendre la devise d’Angeline « Aime comme tu l’entends » plus percutante et pertinente.

Le compagnon de Moirin souffre également de la comparaison avec ses prédécesseurs, là ou Josselin et Imriel étaient tiraillés et torturés, ici, pour le rendre plus mystérieux, l’auteur a choisi de le rendre mutique. En effet, pas besoin de développer un personnage en profondeur s’il ne dit jamais rien. De plus, la question de la véracité de leur attachement se pose tout du long, à cause de leur lien subi et imposé, comme toutes les choses liées à la boussole de Moirin.

Néanmoins, tout n’est pas à jeter, même avec le recul (j’ai lu ces deux livres il y a maintenant plusieurs mois) : on découvre plus en profondeur la carte de l’univers de Jacqueline Carey, on découvre des horizons plus lointains que ceux parcourus par Phèdre, et découvrir ces pays haut en couleurs est fort plaisant.

En conclusion, si les aventures de Phèdre m’ont fascinées, celles d’Imriel diverties, celles de Moirin m’ennuient quand même un peu, jusqu’à ce qu’elle retourne en Alba, si son destin est de revenir sur sa terre d’origine.

 

Dystopie, Entre-deux, Etats-Unis

Bioshock : Rapture – John Shirley

Editions : Bragelonne

ISBN : 9782352949305
432 pages

Traducteur : Cédric Degottex

C’était la fin de la seconde guerre mondiale.

Le New Deal du président Roosevelt avait redéfini la politique américaine. Les impôts avaient atteint un pic sans précédent. Les bombardements de Hiroshima et Nagasaki avaient créé la peur de l’annihilation totale. La montée d’agences gouvernementales secrètes avait rendu la population méfiante. Le sentiment de liberté des États-Unis s’était étiolé… Et nombreux étaient ceux qui voulaient retrouver cette liberté.

Parmi eux, un grand rêveur, un immigré qui s’était élevé des plus profonds abysses de la pauvreté pour devenir l’un des hommes les plus riches et les plus admirés au monde. Cet homme s’appelait Andrew Ryan, et il avait la conviction que les grands hommes méritaient ce qu’il y avait de mieux. Alors il se mit en quête de l’impossible, une utopie libre de tout gouvernement, de toute censure, de toute restriction morale sur la science, où ce qu’on donnait on le recevait en retour. Il a créé Rapture, la lumineuse cité sous les mers.

Mais l’utopie a été frappée d’une terrible tragédie.

Voici comment tout a commencé… et tout a fini.

Les jeux vidéos et moi, c’est une histoire compliquée. Selon les phases, je peux y passer mes soirées, puis, ne plus jouer pendant des mois voire des années. Je peux être conquise par un univers visuel et une atmosphère d’un jeu et être incapable d’y jouer pour plein de raisons. Bioshock est l’un de ceux là. Univers riche et visuellement très beau, j’ai tenu jusqu’au premier boss. Ce type de jeu n’est pas fait pour moi.

Mais quand je suis tombée sur le livre tiré de l’univers, j’ai su que ce serait le moyen d’y plonger (plonger, eau, Bioshock, haha) sans trop esquinter mes nerfs.
L’histoire commence à New York, on y découvre les prémices de Rapture, rêve utopiste d’un industriel américain, dans une amtophère sombre, digne des films noirs se déroulant dans les années 40.

Rapture, ce nouvel Eldorado imaginé pour pallier à l’échec du rêve américain. La fortune sourira au plus méritant : évolution capitaliste de la théorie de Darwin.
L’atmosphère oppressante de Rapture, la sensation de claustrophobie et d’étouffement est fortement présente. L’ambiance du jeu est très bien rendue.
L’histoire est prenante également, de la naissance à la chute de Rapture en passant par son heure de gloire, la ville sous-marine nous est représentée sous toutes ses coutures, pour le meilleur et pour le pire.

corbeaucorbeaucorbeau

Alors, à lire, même si ne connait pas le jeu ? Si vous aimez la science-fiction à tendance steampunk/art déco, oui, pourquoi pas. Comme dit, je n’ai atteint que le premier boss, et le principal atout a connaitre le jeu, c’est d’avoir en tête à quoi ressemblent les lieux et pour ça, vous avez internet ou votre propre imagination, c’est encore mieux.

J’aimerai vous dire s’il est mieux ou moins bien par rapport à d’autres livres tirés d’univers de jeux vidéos, mais celui-ci est le premier que je lis, mais il est plutôt pas mal dans le genre.

Dans les sociétés de la surface, la toute-puissance masculine tue nos rêves dans l’œuf. Sitôt qu’un homme décèle chez une femme la moindre étincelle… il l’étouffe.

Entre-deux, Etats-Unis, Fantasy, Grande-Bretagne, Réécritures

The Sleeper and the Spindle – Neil Gaiman

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Neil Gaiman
Editions : Bloomsbury
ISBN : 978-1-4088-5964-3
69 pages

Illustrateur : Chris Ridell

La Belle et le Fuseau

She was one of those forest witches, driven to the margins a thousand years ago, and a bad lot.
She cursed the babe at birth, such that when the girl was eighteen she would prick her finger and sleep forever.

La Belle et le Fuseau : ce titre français va évidemment vous évoquer un conte bien connu, qu’il s’agisse de la version de Grimm ou de celle de Perrault. Les contes m’ont toujours fascinée, et j’ai ingurgité un nombre incalculable de séries et de films qui les réécrivaient pendant mon adolescence et mes premières années de fac. Mon intérêt a faibli peu avant le début de Once Upon a Time, c’est bien ballot. Mais vous vous souvenez de cette version horrifique de Blanche-Neige, avec Sigourney Weaver ? Ou avez-vous lu les mangas Ludwig Révolution ? Bon, ça, c’était avant que je ne décroche. Puis est venu Neil Gaiman.

The Sleeper and the Spindle nous propose donc une relecture du conte de la Belle au Bois Dormant. Sauf qu’ici, point de prince charmant. Non, ici,  c’est une Reine qui décide, accompagnée de sept nains (ahem), de libérer cette beauté endormie avant de se marier.
Le récit est ponctué de dessins de Chris Riddell, dont le style se rapproche des gravures de Doré (#petitstraits, cf. Boulet et Walter Moers). Le tout forme un objet livre très beau – je ne vous ai pas parlé de sa couverture ! – avec une couverture papier calque couverte de dessins de ronces, qui laisse apparaître par transparence la belle endormie.
La Reine est une reine guerrière, la belle et la sorcière ne sont pas ce que l’on croit de prime abord.
The Sleeper and the Spindle est une réécriture sombre, intelligente et dans l’air du temps.

corbeaucorbeaucorbeaucorbeaucorbeau

Une lecture courte et un bel objet, loin des contes pour enfants, à lire pour tout amateur de contes et de Neil Gaiman.

 

Canada, Entre-deux, Féminisme

La Servante Ecarlate – Margaret Atwood

the handmaid's tale

Margaret Atwood
Editions : Vintage Future Classics – Random house
ISBN : 9780099496953
336 pages

La Servante écarlate

The Republic of Gilead offers Offred only one function: to breed . If she deviates, she will, like dissenters, be hanged at the wall or sent out to die slowly of radiation sickness. But even a repressive state cannot obliterate desire – neither Offred’s nor that of the two men on which her future hangs.

 

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’Etat, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Evangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Ce roman se trouvait sur ma liste des livres à lire en une vie, alors quand je l’ai trouvé en librairie, je l’ai pris sans hésiter. Par contre, il lui a fallu un peu de temps pour sortir de la PAL, la preuve, la librairie en question a fermé entre temps (ne remuez pas le couteau dans la plaie, je ne m’en remettrai jamais !).

Une dystopie prophétique ?

Paru pour la première fois en 1985, il soulève des problèmes de société qui n’ont pas disparu ces trente dernières années, et est même prophétique par certains aspects. Il soulève en effet des problématiques féministes qui n’ont émergé aux yeux du grand public que ces deux dernières années, telles le harcèlement de rue et le « date rape », et semble annoncer également des évènements qui résonnent étrangement en notre époque pour le moins perturbée : les médecins pratiquant l’IVG sont pendus publiquement, tout comme les membres de religions « ennemies » (prêtres, pasteurs, etc) et les homosexuels, les femmes  fécondes sont voilées intégralement et « louées » aux puissants afin de servir d’incubateur, leurs enfants leur étant retirés à la seconde de leur naissance, les gens sont divisés en castes, et leurs noms leurs sont retirés, la lecture est interdite, etc.

Par ailleurs, on y retrouve un clin d’œil sémantique à d’autres dystopies antérieures, comme par exemple Un Bonheur Insoutenable/This Perfect Day d’Ira Levin : la différence entre « freedom from/libéré de » et « freedom to/libre de » est explicitement soulevée et remise en cause.

Le fil qui se déroule, ou presque

Le point de vue est celui d’Offred, une servante écarlate, de la couleur de son voile qui la cache au yeux des hommes. Le récit se déroule alors qu’elle vient de découvrir une issue éventuelle à son destin d’incubateur. Elle se souvient de sa vie d’avant, de la vie telle que nous la connaissons (les vêtements fluos des années 80 en plus) : les études, les sorties, la vie amoureuse, les séparations, les nouvelles rencontres, etc. Puis, un jour, d’un coup d’un seul, tout bascule, les femmes doivent rester à la maison, les femmes fécondes incuber pour les épouses stériles des puissants, le pays entre dans une guerre de religion contre le voisin, sa fuite vers le Canada échoue, le lavage de cerveau commence.

Un contexte peu explicite

Seulement, le point de vue d’Offred semble étriqué. On ne connais rien des raisons de cette guerre, de cet extrémisme qui semble si soudain. On ignore tout sur ces rayonnements qui semblent tuer à petit feu et sont une condamnation ultime. Le lecteur se retrouve un peu dans la position des générations futures de ce monde là : on ne sait pourquoi c’est comme ça, ça l’a toujours été, les souvenirs d’un monde différents sont loin et semblent bien fantaisistes.

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La Servante Écarlate est un livre malheureusement toujours actuel, qui mérite amplement sa place dans la bibliothèque idéale et aussi plusieurs lectures afin d’être appréhendé correctement et apprécié à sa juste valeur (même si j’ai une version annotée).