Contemporain, Etats-Unis, Youpi Tralala

Amour monstre – Katherine Dunn

Geek love

Editions : Gallmeister

ISBN : 9782351786383

494 pages

La joyeuse famille Binewski est tout sauf banale. Ivres d’amour et nourrissant de grands projets pour leur spectacle itinérant, Al et Lil décident d’engendrer à coup d’amphétamines et de radiations la plus belle brochette de phénomènes de foire au monde. Et les résultats sont impressionnants ! Pour autant, cette famille d’enfants montres est habitée de passions bien humaines… Un roman culte finaliste du National Book Award et best-seller aux Etats-Unis depuis vingt-cinq ans.

Voici un livre dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce que je passe devant lui à la médiathèque, il était mis en avant, et je me disais que 3 livres d’une moyenne de 350 pages en un mois, c’était juste et que je risquais de m’ennuyer ferme (… bien évidemment, j’ai dû prolonger mes emprunts…)

Amour monstre est un livre atypique, non par sa forme, mais par le traitement de son sujet. Sa forme est assez classique, sa narration se situe à deux époques différentes, à travers les yeux du même narrateur : Olympia, naine bossue, chauve et albinos, oui, rien que ça. Ses souvenirs d’enfance au sein de la foire ambulante de ses parents, et son présent, ou l’enfant moyen, sans rien d’extraordinaire, devenu adulte prend soin des membres de sa famille tout en restant dans l’ombre.

Étrange et fascinant seront les mots les plus adaptés à ce livre. Étrange, de part son univers : une foire ambulante de monstres, qui sillonne les États-Unis et fonctionne en vase clos, avec des relations étroites et malsaines, et fascinant, car les personnages, loin de la représentation habituelle des freaks, victimaire et torturée (Joseph Merrick en étant l’exemple le plus connu), sont des marginaux assumés, qui transforment leurs malformations en outil de fascination des masses, fascination qui n’est pas celle à laquelle on pourrait s’attendre : morbide et malsaine. Elle est de celles qui portent aux nues, qui renvoient au divin. Pour le meilleur et pour le pire.

They thought to use and shame me but I win out by nature, because a true freak cannot be made. A true freak must be born.

Amour monstre remet également en perspective la norme : n’est-elle pas, au fond, un reflet de nous même et de nos attentes ? Au fil du récit, notre norme est remise en question.

Entre la famille Adams et Freaks, Amour monstre mérite amplement son statut de roman culte à mes yeux.

Publicités
Etats-Unis, Fantastique, Fantasy, La Femme Sauvage, Youpi Tralala

L’épouse de bois – Terri Windling

Editions : Les Moutons électriques

ISBN : 9782915793789

320 pages

Traducteur : Stéphan Lambadaris

Maggie Black est écrivain, auteur d’études sur des poètes. Elle apprend qu’un de ses plus anciens correspondants, David Cooper, vient de mourir en lui laissant tous ses biens en héritage. Maggie décide d’aller s’installer dans l’ancienne maison de Cooper, pour enfin s’atteler à la rédaction d’une biographie du grand écrivain. Mais elle n’avait pas prévu que Cooper habitait en plein désert, dans les montagnes de l’Arizona (près de Tucson). Là, la vie n’a pas le même rythme qu’ailleurs. Les choses sont plus pures, les formes plus essentielles, les mystères plus profonds…

Pourquoi Cooper est-il mort noyé dans un lit de rivière asséché ? Pourquoi des coyotes rôdent-ils autour de sa maison ? Qui est l’étrange fille-lapin qui s’abrite sous les grands cactus ? La magie de ces collines désertiques est puissante, Maggie Black devra prendre garde à ne pas y perdre la raison — ou la vie.

Si j’ai emprunté ce livre, c’est à cause de sa couverture qui m’a immédiatement séduite quand je l’ai vue sur je ne sais plus quel site. Il était disponible en médiathèque, j’y suis allée le jour même, sans trop savoir de quoi il retournait. Comme quoi, il est important d’avoir de jolies couvertures (hint hint aux éditeurs français).

Mais est-ce que le contenu est à la hauteur de cette couverture ?

Il me faut avouer que j’ai été conquise, même si le livre ne nous emmène pas dans un paysage feuillu, mais dans un désert aride, près de la frontière mexicaine. Ce roman e été écrit dans les années 90, et sème quelques indices, comme un groupe de musique évoqué particulièrement souvent et qui existe bel et bien (même si le membre omniprésent n’existe pas), les ateliers d’artistes dans des entrepôts avant que ne survienne la mode des lofts industriels, mais en même temps, semble intemporel, tant l’intrigue principale se situe loin de tout géographiquement mais aussi au niveau de son originalité et de sa bizarrerie.

La magie de ce livre se situe non seulement dans son intrigue : le désert est peuplé de créatures étranges et d’animaux qui ne sont pas uniquement ce que l’on peut voir, mais aussi dans la poésie de son écriture et, ici, de sa traduction. Un roman dont les protagonistes sont des poètes serait baclé si son écriture était trop commune, ici, ce n’est pas le cas. On se retrouve plongé dans ce désert, on entend les cris des coyotes et on ressent la folie qui menace les personnages grâce à la puissance d’évocation des mots choisis.

Entre fantastique et fantasy urbaine (ou plutôt désertique ?), L’épouse de bois est un livre qui ne se décrit que difficilement, son auteur est peu prolifique, mais il s’agit là véritablement d’un livre que je ne saurais que trop vous conseiller. C’est une lecture qui continue de me suivre encore quelques semaines après avoir refermé le livre.

Bibliothèque, Essais, France, La Femme Sauvage, Youpi Tralala

Une histoire de l’allaitement – Didier Lett et Marie-France Morel

Editions : Editions de la Martinière

ISBN : 978-2732433820

160 pages

Une femme allaite son enfant… ce geste si simple, si universel, a suscité d’innombrables représentations picturales. Du culte d’Isis aux allégories nourricières, des Vierges à l’enfant aux mères montrées dans leur vie quotidienne, cette scène chargée d’émotion traverse toute l’histoire de l’art. Mais l’allaitement eut aussi une histoire contrastée, révélatrice de l’évolution de la place des bébés dans notre société. En retraçant la vie des mères et des nourrices d’autrefois, et en éclairant la signification des images sacrées, profanes et populaires de l’allaitement, cet essai magnifiquement illustré apporte une contribution particulièrement originale à l’histoire de la maternité.

Musée de Melun: La Charité romaine / Jules Lefebvre (1836-1911)

A une époque où les mères sont culpabilisées, et ce peu importe leur choix, Une Histoire de l’Allaitement retrace et analyse le regard porté sur ce geste ancestral, depuis les déesses nourricières à la propagande du biberon, en passant par les Vierges à l’enfant – ou Maria Lactans – et les représentations de la Charité Romaine. Une Histoire de l’allaitement nous parle de comment le corps des femmes a été représenté puis contrôlé, et comment l’opposition de la Nature à la Culture a coupé plusieurs générations de femmes de ce geste naturel si bien qu’aujourd’hui, les mères allaitantes doivent réapprendre, faute de modèle. Il mentionne les mythes sur le lait qui risquerait de devenir mauvais si la femme ne correspond pas à l’image de la femme convenable, et les fantasmes de l’Homme, qui serait jaloux de la fonction reproductrice et nourricière de la Femme porteuse de vie.

Isis allaitant Horus, Basse Époque (715 – 330 avant J.-C.), Antiquités égyptienne / Musées de Strasbourg / M. Bertola

Une Histoire de l’allaitement mentionne également la genèse des biberons, outils censés nous éloigner de l’animalité, la place de l’enfant, qui doit être dressé et régulé et ainsi préparé au monde du travail dès ses premiers jours de vie et nous rappelle que ce geste naturel et anodin est devenu politique, vecteur non seulement de domination masculine, mais aussi de domination de classe via les nourrices : issues de milieux pauvres, elles délaissaient leurs propres enfants pour nourrir la progéniture de citadins plus ou moins aisés. Souvent pour revenir au pays après le décès de leurs propres enfants, morts de malnutrition. Et si c’était les enfants citadins qui venaient à la campagne, la nourrice était scrutée par le curé du village qui se portait garant de sa vertu. Mais non de son hygiène.
Entre mythes sur le corps de la femme et réalités de l’hygiène des siècles passés, ce livre est édifiant sur la place de la femme et de l’enfant au sein de la société.

Un peu difficile à trouver (très cher en occasion), je l’ai trouvé à la médiathèque. C’est un sujet qui me fascine depuis quelques temps – bon, en gros, depuis que je suis mère – et il permet de voir que les mythes que les générations au dessus de nous peuvent nous dire sont culturels, liés à de la désinformation vieille de plusieurs siècles.

Les histoires de lait pas assez riche que peut parfois nous sortir le personnel médical (et pas seulement tata Janine qui a eu des enfants dans les années 50), ont été démentis seulement dans les années 80, et pourtant, je les ai encore entendues en 2018.
A mes yeux, c’est une lecture fascinante pour qui s’intéresse à la question du corps féminin et de sa représentation.
Il ne s’agit en aucun cas d’un manuel d’allaitement, aucun conseil ou jugement vous sera délivré.
Le seul point négatif que j’ai à soulever est que ce livre est malheureusement très centré sur notre monde occidental, voire même très franco-français, alors que sa couverture pouvait faire espérer une plus grande couverture géographique du sujet.

Si jamais le livre est introuvable, je vous renvoie vers les liens suivants :

Et si vous voulez voir l’entendue des ravages de la désinformation et de l’infantilisation de la mère allaitante, je vous renvoie vers la page Facebook : Paye ton allaitement.

Quelques statistiques :

  • Nourrissons allaités à la naissance en 2013 : 66 %
  • Nourrissons allaités à 11 semaines : 40 %
  • Nourrissons allaités à 6 mois : 18 %

Dystopie, Etats-Unis, Youpi Tralala

Bioshock : Rapture – John Shirley

Editions : Bragelonne

ISBN : 9782352949305
432 pages

Traducteur : Cédric Degottex

C’était la fin de la seconde guerre mondiale.

Le New Deal du président Roosevelt avait redéfini la politique américaine. Les impôts avaient atteint un pic sans précédent. Les bombardements de Hiroshima et Nagasaki avaient créé la peur de l’annihilation totale. La montée d’agences gouvernementales secrètes avait rendu la population méfiante. Le sentiment de liberté des États-Unis s’était étiolé… Et nombreux étaient ceux qui voulaient retrouver cette liberté.

Parmi eux, un grand rêveur, un immigré qui s’était élevé des plus profonds abysses de la pauvreté pour devenir l’un des hommes les plus riches et les plus admirés au monde. Cet homme s’appelait Andrew Ryan, et il avait la conviction que les grands hommes méritaient ce qu’il y avait de mieux. Alors il se mit en quête de l’impossible, une utopie libre de tout gouvernement, de toute censure, de toute restriction morale sur la science, où ce qu’on donnait on le recevait en retour. Il a créé Rapture, la lumineuse cité sous les mers.

Mais l’utopie a été frappée d’une terrible tragédie.

Voici comment tout a commencé… et tout a fini.

Les jeux vidéos et moi, c’est une histoire compliquée. Selon les phases, je peux y passer mes soirées, puis, ne plus jouer pendant des mois voire des années. Je peux être conquise par un univers visuel et une atmosphère d’un jeu et être incapable d’y jouer pour plein de raisons. Bioshock est l’un de ceux là. Univers riche et visuellement très beau, j’ai tenu jusqu’au premier boss. Ce type de jeu n’est pas fait pour moi.
Mais quand je suis tombée sur le livre tiré de l’univers, j’ai su que ce serait le moyen d’y plonger (plonger, eau, Bioshock, haha) sans trop esquinter mes nerfs.
L’histoire commence à New York, on y découvre les prémices de Rapture, rêve utopiste d’un industriel américain, dans une amtophère sombre, digne des films noirs se déroulant dans les années 40.
Rapture, ce nouvel Eldorado imaginé pour pallier à l’échec du rêve américain. La fortune sourira au plus méritant : évolution capitaliste de la théorie de Darwin.
L’atmosphère oppressante de Rapture, la sensation de claustrophobie et d’étouffement est fortement présente. L’ambiance du jeu est très bien rendue.
L’histoire est prenante également, de la naissance à la chute de Rapture en passant par son heure de gloire, la ville sous-marine nous est représentée sous toutes ses coutures, pour le meilleur et pour le pire.

corbeaucorbeaucorbeau

Alors, à lire, même si ne connait pas le jeu ? Si vous aimez la science-fiction à tendance steampunk/art déco, oui, pourquoi pas. Comme dit, je n’ai atteint que le premier boss, et le principal atout a connaitre le jeu, c’est d’avoir en tête à quoi ressemblent les lieux et pour ça, vous avez internet ou votre propre imagination, c’est encore mieux.

J’aimerai vous dire s’il est mieux ou moins bien par rapport à d’autres livres tirés d’univers de jeux vidéos, mais celui-ci est le premier que je lis, mais il est plutôt pas mal dans le genre.

Dans les sociétés de la surface, la toute-puissance masculine tue nos rêves dans l’œuf. Sitôt qu’un homme décèle chez une femme la moindre étincelle… il l’étouffe.

Bibliothèque, Contemporain, Grande-Bretagne, Youpi Tralala

The Good the Bad the Furry – Tom Cox

Life with the World’s Most Melancholy Cat and Other Whiskery Friends

Editions : Sphere
ISBN : 9780751552393
272 pages

Le bon, la brute et le toudou (o_O)

Meet THE BEAR – a cat who carries the weight of the world on his furry shoulders, and whose wise, owl-like eyes seem to ask, Can you tell me why I am a cat, please?

Like many intellectuals, The Bear would prefer a life of quiet solitude with plenty of time to gaze forlornly into space and contemplate society’s ills. Unfortunately he is destined to spend his days surrounded by felines of a significantly lower IQ…

RALPH: handsome, self-satisfied tabby, terrified of the clothes horse.

SHIPLEY: mouthy hooligan and champion mouser, rendered insensible by being turned upside-down.

ROSCOE: fiercely independent kitten, tormented by her doppelganger in the mirror.

And then there’s Tom, writing with his usual wit and charm about the unexpected adventures that go hand in hand with a life at the beck and call of four cats … or three cats and a sensitive poet who just happens to be a foot high and covered in fur.

Internet, c’est pour les chats, c’est bien connu. Les réseaux sociaux en sont plein. C’est en tombant sur le profil des chats The Bear, Shipley et Ralph sur Twitter que j’ai découvert Tom Cox, un journaliste/écrivain qui parle de musique et de chats. Suivre leurs profils puis le blog de Tom Cox m’a donné envie de découvrir ses romans. C’est donc avec grand bonheur que j’ai trouvé The Good, the Bad The Furry sous le sapin. Je l’ai lu en deux jours et ça, ça ne m’était plus arrivé depuis un an et demi au moins, et ça n’est plus arrivé depuis alors que nous sommes en mars.

Alors pourquoi ce livre ? Ovni littéraire, ce n’est ni un roman, ni vraiment une autobiographie, ni un essai. Je ne saurais trop le qualifier. A première vue, ce livre parle de chats (sans déconner ?), mais il est bien plus profond que ca, il parle de la difficulté à se retrouver seul, fraîchement divorcé, travaillant dans un corps de métier sur le déclin, en pleine campagne anglaise humide dans une maison qui fuit, avec un père qui parle comme la Mort de Pratchett (COMME CA). L’auteur nous parle de son ressenti de campagnard qui retourne à la terre après des errances à la ville, de classic rock (il anime d’ailleurs une émission de radio sur le sujet) et de vinyles.

De base, je n’aime pas les livres sur les animaux : L’incroyable Voyage est un traumatisme, et mon envie de lire Watership Down oscille entre « jamais, ca va me donner envie de me pendre » et « Il parait que c’est trop bien et puis les lapins, c’est mignon » (et il vient d’être réédité, ne me tentez pas !). Mais voilà, souvent, quand ça parle d’animaux, c’est triste. Mais ici, malgré la tristesse inhérente à la longévité de nos animaux, on rit, notamment grâce aux parents de Tom Cox, bien malgré eux.
De plus, l’auteur partage, son plus de son amour pour les chats, son amour pour le classic rock (il anime d’ailleurs une émission de radio à ce sujet) et les vinyles.
Au fond, The Good the Bad The Furry reflète bien ce que c’est que de vivre dans la cambrousse, avec des animaux (domestiques ou non) : c’est souvent drôle, c’est parfois triste, mais au final, même si on sait toujours comment finira notre histoire avec notre animal, on sait qu’on ne la regrettera jamais.

corbeaucorbeaucorbeaucorbeaucorbeau

Amateurs de chats et de musique des années 70, vous y trouverez votre compte.
Il parait aussi que ce livre a été traduit. Le titre est douteux, mais si vous ne lisez pas l’anglais couramment, le problème de la langue ne se pose plus.

 

Bibliothèque, Contemporain, Estonie, Fantastique, Historique, Youpi Tralala

Les Groseilles de Novembre – Andrus Kivirähk

les-groseilles-de-novembre_P0N4fRM

Chronique de quelques dérèglements dans la contrée des kratts

Editions : Le Tripode
ISBN : 9782370550316
266 pages

Traducteur : Antoine Chalvin

Le destin d’un homme n’est pas facile. On vit, on meurt, puis on se change en démon.

Lire Andrus Kivirähk, c’est à chaque fois se donner la certitude que l’on va entrer de la façon la plus naturelle dans un monde proprement extraordinaire. L’Homme qui savait la langue des serpents (Le Tripode, 2013 – Grand Prix de l’Imaginaire 2014) nous avait habitués à l’idée d’une époque où il était encore possible d’épouser des ours, d’avoir pour meilleur ami une vipère royale ou encore de voler dans les airs à l’aide d’ossements humains. Les Groseilles de novembre démontre un peu plus les talents de conteur de l’écrivain. Nous voici cette fois-ci immergés dans la vie quotidienne d’un village où tout pourrait sembler normal et où, très vite, plus rien ne l’est. Les seigneurs sont dupés par leurs serfs, des démons maraudent, des vaches magiques paissent sur les rivages, les morts reviennent, le diable tient ses comptes, une sorcière prépare ses filtres dans la forêt et, quotidiennement, les jeux de l’amour et du désir tirent les ficelles. A la fois drôle et cruel, le texte relève autant de la farce que de la chronique fantastique. Les Groseilles de novembre est considéré en Estonie comme le meilleur roman d’Andrus Kivirähk.

Ce livre m’a tapé dans l’oeil en premier lieu à cause de sa couverture. Mis en avant au rayon SFFF d’une librairie, elle détonait parmis les couvertures arborants des héros musclés, des paysages sombres, des loup-garous poilus ou des femmes armées jusqu’aux dents. En effet, c’est quoi ce machin avec des bras en balai et cet air bête ? Et cette couverture, façon torchis ? Le libraire s’est trompé de rayon ? Oui et non. Les Groseilles de Novembre entrent bien dans la catégorie fantastique, on y trouve des créatures étranges dans les bois, des démons qui déambulent plus ou moins librement dans les fermes, de la magie, etc. Mais par contre, point de quête, point de héros, ici, tous les personnages sont des têtes à kratt (claques/kratt, krkrkr, pardon).

Ce roman, présenté comme la chronique d’un village estonien au mois de juillet novembre comme l’indique le titre – chaque chapitre est dédié à un jour -, nous fait faire la connaissance d’estoniens superstitieux (quoique), avares, voleurs, stupides pour la plupart et malhonnêtes.

Superstition : Forme élémentaire et particulière des sentiments religieux consistant dans la croyance à des présages tirés d’événements matériels fortuits (salière renversée, nombre treize, etc.).
http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/superstition/75497#jYDoYXvjdHhqhBy3.99

Mais il parle aussi d’amour courtois, de pactes avec le Diable (rien à voir avec Faust), de vaches marines, d’épidémies courantes en ces temps là et nous fait découvrir le passé de ce pays méconnu, sous un angle mordant et critique.

Dans Les Groseilles de Novembre, les jours (et les chapitres) se suivent, mais en se ressemblent pas. On a l’impression de voir de saynètes burlesques se succéder, sans pour autant que l’ensemble ne paraisse incohérent. Après tout, c’est tout un village que l’on suit au jour le jour. Le seul fil conducteur du roman, c’est le comportement exécrable des habitants et leur volonté de flouer le diable afin de s’enrichir. Ainsi que la météo, c’est pas comme ça que les touristes auront envie de venir à cette période de l’année. Malgré tout, le roman et l’univers loufoque de ces Groseilles est fort plaisant.

On retrouve chez Kivirähk des similitudes avec son voisin Paasilinna, au niveau du ton employé, mais j’y ai aussi vu des similitudes avec un livre que, contrairement à ces Groseilles, je n’ai pas pu terminer : La Triste Histoire des Frères Grossbart, à cause du caractère des personnages, des scènes parfois cruelles et crues. Le contexte historique ne doit pas y être étranger non plus.

corbeaucorbeaucorbeaucorbeaucorbeau

En bref, une petite perle d’humour noir et de cynisme.

C’est le premier livre de Kivirähk que j’ai l’occasion de lire, mais ce ne sera certainement pas le dernier. Prochaine étape : L’homme qui savait la langue des serpents.

Contemporain, Nouvelle-Zélande, Océanie, Youpi Tralala

Stand-up ! – Anthony McCarten

Stand_up_AnthonyMcCarten

 

 

Anthony McCarten
Editions : Piranha
ISBN : 9782371190276
249 pages

Traducteur : David Tuaillon

Stand-up!

Azime, jeune femme timide d’origine kurde, a grandi dans une banlieue de Londres, déchirée entre l’Orient et l’Occident, l’islam et la laïcité, le foulard et les petits hauts sexy. Et maintenant que des bombes explosent dans les rues et le métro, être Azime devient plus compliqué encore. Comment vivre dans deux mondes si différents, qui tous deux dictent qui on doit être et ce qu’on doit faire ?
Lorsqu’une de ses camarades kurdes est retrouvée morte à cause d’un choix amoureux que réprouve sa famille, Azime décide de réagir : la meilleure façon d’échapper à un destin aussi tragique ne serait-elle pas d’en rire ? Elle se lance un défi qui paraît impossible : mettre un niqab, monter sur scène et devenir la première humoriste de stand-up musulmane du monde !

Incroyable, encore un livre de la rentrée littéraire de 2015 ! Un jour, je finirai par parler du Goncourt. Voici bien une lecture dans l’air du temps, quand Elisabeth Badinter appelle à boycotter les marques proposant de la mode « modeste », les marques qui décident que les femmes musulmanes sont des consommatrices et cibles marketing au même titre que les femmes non voilées, ce livre donne la parole à Azime, jeune kurde, qui décide de porter le niqab sur scène.

Azime vit avec ses parents, son frère et sa soeur dans une petite maison au nord de Londres, dans un quartier uniquement peuplé de kurdes, et que les médias appelleraient en ce moment une « zone de non droit ». Deux policiers pour une centaine de petites frappes en moyenne, un crime d’honneur dont la police se moque, des amies mariées à des hommes violents à peine arrivées à la majorité, et une mère qui court les agences matrimoniales pour caser sa fille qui a le malheur de trop penser par elle-même sont le quotidien de cette jeune femme qui a refusé de porter le voile et qui travaille bénévolement dans le magasin de meubles de son père. Elle cherche le réconfort auprès d’un ami kurde également, esprit libre à la syntaxe tout aussi libérée des conventions que lui-même, qui va lui permettre de commencer le stand-up.

On pourra d’ailleurs noter que le titre présente non seulement l’activité d’Azime,  mais aussi sa conviction profonde de se lever pour faire entendre ce qu’elle à dire. Ce qui semble très mal vu au sein de sa communauté et de sa famille.

Si les coutumes kurdes me sont totalement étrangères et que je ne saurait dire si celles-ci sont représentées de manière correcte (n’oublions pas que l’auteur est un homme blanc a priori étranger à ces questions de niqab ou de jupe trop courte/trop longue), les problématiques féministes sonnent juste : entre Dondu, féministe en herbe qui se plie aux traditions pour ne pas déplaire à sa famille (combien d’entre nous s’épilent alors que ça nous gonfle, juste pour ne pas être regardées de travers en été ?), Azime qui tente d’échapper au mariage, supposé être la seule voie possible pour une femme (avec la maternité, bien évidemment, un enfant hors mariage ? Putain de Babylone !), et le problème rencontré par les femmes qui osent dire ce qu’elles pensent et ce peut importe leur religion ou leur couleur de peau.

Si Azime est l’humoriste dont le monde a besoin au moment où il en a besoin, Stand-up ! est le livre dont on a besoin en ces temps perturbés.
div>

corbeaucorbeaucorbeaucorbeaucorbeau

 Si seulement sa fille pouvait apprendre à fermer sa bouche, à écouter plus, à se comporter avec plus de modestie et d’humilité, à être loyalement au service des autres, libérée de cette ravageuse pression occidentale qui pousse à avoir une vie plus grande que son destin.

Alors ces longs siècles, avec tout ce qu’il avaient apportés, n’avaient vraiment pas servis à grand chose, si ne pas plier aux croyances de quelqu’un d’autre valait toujours la même peine capitale.