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Bioshock : Rapture – John Shirley

Editions : Bragelonne
ISBN : 9782352949305
432 pages

Traducteur : Cédric Degottex

C’était la fin de la seconde guerre mondiale.

Le New Deal du président Roosevelt avait redéfini la politique américaine. Les impôts avaient atteint un pic sans précédent. Les bombardements de Hiroshima et Nagasaki avaient créé la peur de l’annihilation totale. La montée d’agences gouvernementales secrètes avait rendu la population méfiante. Le sentiment de liberté des États-Unis s’était étiolé… Et nombreux étaient ceux qui voulaient retrouver cette liberté.

Parmi eux, un grand rêveur, un immigré qui s’était élevé des plus profonds abysses de la pauvreté pour devenir l’un des hommes les plus riches et les plus admirés au monde. Cet homme s’appelait Andrew Ryan, et il avait la conviction que les grands hommes méritaient ce qu’il y avait de mieux. Alors il se mit en quête de l’impossible, une utopie libre de tout gouvernement, de toute censure, de toute restriction morale sur la science, où ce qu’on donnait on le recevait en retour. Il a créé Rapture, la lumineuse cité sous les mers.

Mais l’utopie a été frappée d’une terrible tragédie.

Voici comment tout a commencé… et tout a fini.

Les jeux vidéos et moi, c’est une histoire compliquée. Selon les phases, je peux y passer mes soirées, puis, ne plus jouer pendant des mois voire des années. Je peux être conquise par un univers visuel et une atmosphère d’un jeu et être incapable d’y jouer pour plein de raisons. Bioshock est l’un de ceux là. Univers riche et visuellement très beau, j’ai tenu jusqu’au premier boss. Ce type de jeu n’est pas fait pour moi.
Mais quand je suis tombée sur le livre tiré de l’univers, j’ai su que ce serait le moyen d’y plonger (plonger, eau, Bioshock, haha) sans trop esquinter mes nerfs.
L’histoire commence à New York, on y découvre les prémices de Rapture, rêve utopiste d’un industriel américain, dans une amtophère sombre, digne des films noirs se déroulant dans les années 40.
Rapture, ce nouvel Eldorado imaginé pour pallier à l’échec du rêve américain. La fortune sourira au plus méritant : évolution capitaliste de la théorie de Darwin.
L’atmosphère oppressante de Rapture, la sensation de claustrophobie et d’étouffement est fortement présente. L’ambiance du jeu est très bien rendue.
L’histoire est prenante également, de la naissance à la chute de Rapture en passant par son heure de gloire, la ville sous-marine nous est représentée sous toutes ses coutures, pour le meilleur et pour le pire.

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Alors, à lire,  même si ne connait pas le jeu ? Si vous aimez la science-fiction à tendance steampunk/art déco, oui, pourquoi pas. Comme dit, je n’ai atteint que le premier boss, et le principal atout a connaitre le jeu, c’est d’avoir en tête à quoi ressemblent les lieux et pour ça, vous avez internet ou votre propre imagination, c’est encore mieux.

J’aimerai vous dire s’il est mieux ou moins bien par rapport à d’autres livres tirés d’univers de jeux vidéos, mais celui-ci est le premier que je lis, mais il est plutôt pas mal dans le genre.

Dans les sociétés de la surface, la toute-puissance masculine tue nos rêves dans l’œuf. Sitôt qu’un homme décèle chez une femme la moindre étincelle… il l’étouffe.

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The Sleeper and the Spindle – Neil Gaiman

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Neil Gaiman
Editions : Bloomsbury
ISBN : 978-1-4088-5964-3
69 pages

Illustrateur : Chris Ridell

La Belle et le Fuseau

She was one of those forest witches, driven to the margins a thousand years ago, and a bad lot.
She cursed the babe at birth, such that when the girl was eighteen she would prick her finger and sleep forever.

La Belle et le Fuseau : ce titre français va évidemment vous évoquer un conte bien connu, qu’il s’agisse de la version de Grimm ou de celle de Perrault. Les contes m’ont toujours fascinée, et j’ai ingurgité un nombre incalculable de séries et de films qui les réécrivaient pendant mon adolescence et mes premières années de fac. Mon intérêt a faibli peu avant le début de Once Upon a Time, c’est bien ballot. Mais vous vous souvenez de cette version horrifique de Blanche-Neige, avec Sigourney Weaver ? Ou avez-vous lu les mangas Ludwig Révolution ? Bon, ça, c’était avant que je ne décroche. Puis est venu Neil Gaiman.

The Sleeper and the Spindle nous propose donc une relecture du conte de la Belle au Bois Dormant. Sauf qu’ici, point de prince charmant. Non, ici,  c’est une Reine qui décide, accompagnée de sept nains (ahem), de libérer cette beauté endormie avant de se marier.
Le récit est ponctué de dessins de Chris Riddell, dont le style se rapproche des gravures de Doré (#petitstraits, cf. Boulet et Walter Moers). Le tout forme un objet livre très beau – je ne vous ai pas parlé de sa couverture ! – avec une couverture papier calque couverte de dessins de ronces, qui laisse apparaître par transparence la belle endormie.
La Reine est une reine guerrière, la belle et la sorcière ne sont pas ce que l’on croit de prime abord.
The Sleeper and the Spindle est une réécriture sombre, intelligente et dans l’air du temps.

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Une lecture courte et un bel objet, loin des contes pour enfants, à lire pour tout amateur de contes et de Neil Gaiman.

 

Histoire de Lisey – Stephen King

Stephen King
Editions : Albin Michel
ISBN : 9782226179692
576 pages

Traducteur : Nadine Gassie
Lisey’s Story

Pendant vingt-cinq ans, Lisey a partagé les secrets et les angoisses de son mari. Romancier célèbre, Scott Landon était un homme extrêmement complexe et tourmenté. Il avait tenté de lui ouvrir la porte du lieu, à la fois terrifiant et salvateur, où il puisait son inspiration. À sa mort, désemparée, Lisey s’immerge dans les papiers laissés par Scott, s’enfonçant toujours plus loin dans les ténèbres qu’il fréquentait…Histoire de Lisey est le roman le plus personnel et le plus puissant de Stephen King. Une histoire troublante, obsessionnelle, bouleversante, mais aussi une réflexion fascinante sur les sources de la création, la tentation de la folie et le langage secret de l’amour. Un chef-d’oeuvre.

Je vous avais déjà raconté, il y a longtemps, que Stephen King et moi, c’était compliqué. Enfin, plutôt, entre les traductions de Stephen King et moi, parfois, ça ne passait pas. Heureusement, dans les romans récents, disons, depuis l’avènement d’Internet et ainsi, la facilitation de la communication, ça allait mieux (la prochaine fois que je vois « il pleut des chats et des chiens » dans un texte en français, j’organise un autodafé et je met le responsable au milieu). Histoire de Lisey, un roman récent, de 2006, n’a pas soulevé ces problèmes (même que c’est la première fois que je voit un « Mot du traducteur » à la fin du roman). Si j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire, c’est à cause du récit cette fois-ci. On pénètre dans l’intimité d’un couple, avec son langage spécifique, ses allusions et ses références culturelles sans filet et au début, ces expressions fantaisistes et la transposition des accents parlés m’ont perturbé. J’avais même envie d’abandonner ce livre. J’avais l’impression d’être un voyeur parmi eux, cela m’a rendu mal à l’aise, et je n’avais qu’une envie : les laisser seuls avec leurs expressions et leur amour.

J’ai persisté, et finalement, j’ai eu du mal à en sortir. Cette histoire d’amour à la Stephen King, bien loin des fleurs et des petits oiseaux, est malgré tout magnifique.

Histoire de Lisey

On découvre peu à peu leur histoire grâce à Lisey qui parcourt avec sa sœur, les photos de son mari décédé deux ans auparavant, ce qui réveille des souvenirs enfouis en elle : des souvenirs de Scott, de son histoire à lui, puis, à travers lui, de son histoire à elle.

Les histoires personnelles et complexes de Lisey et Scott en tant que personnes à parts entières se déroulent lentement, au fil des révélations sur leur histoire commune. Les problèmes psychiatriques de Scott trouvent un écho avec ceux de la sœur de Lisey, et c’est Lisey qui les porte tous deux à bout de bras. Car si en lisant le roman, j’ai eu l’impression que le personnage principal était Scott vu à travers le prisme de son épouse, avec le recul – cette lecture date de deux mois désormais, oui, je suis complètement à la masse – il porte très bien son nom, car le personnage fort, celui qui porte le récit, celui sans qui le roman n’aurait été qu’une nouvelle, c’est bien Lisey, ce personnage qui semble si discret, effacé, et surtout éploré et au bout du gouffre. Lisey qui parvient à puiser des ressources inimaginables dans ses souvenirs afin de sauver sa peau et celle de sa sœur.

Histoire d’amour

L’autre aspect prépondérant de ce livre est qu’il s’agit d’une histoire d’amour. Chez Stephen King. Oui. Et malgré toute l’horreur qui peut être instillée au fil des pages, cette histoire d’amour est magnifique. L’amour que Lisey porte à Scott est ce qui va le sauver plusieurs fois, physiquement et psychologiquement, tout comme l’amour que Scott porte à Lisey est entier, voire excessif. Mais il a aussi l’amour que Lisey porte à sa sœur Amanda, qui lui permet également de la sauver, à la manière dont elle a porté secours à son mari.

Mais ce roman soulève aussi la question de l' »amour » fanatique : celui d’admirateurs envers leurs artistes favoris, Scott ayant quelques lecteurs fanatiques, tout comme John Lennon ou Björk.

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 Un livre qui n’a pas été facile à appréhender, mais une fois plongée dedans, je n’ai pas pu le poser. Un Stephen King pioché au hasard dans les rayonnages de la médiathèque, mais qui fera désormais partie de mes favoris de l’auteur. Il mérite qu’on lui donne une chance.

Le Dieu dans l’Ombre – Megan Lindholm

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Megan Lindholm
Editions : Le Livre de Poche
ISBN : 9782253114796
509 pages

Traducteur : Claudine Richetin

Cloven Hooves

Evelyn a 25 ans. Un séjour imprévu dans sa belle-famille avec son mari et son fils de cinq ans tourne au cauchemar absolu. Une créature surgie de son enfance l’entraîne alors dans un voyage hallucinant, sensuel et totalement imprévisible, vers les forêts primaires de l’Alaska. Compagnon fantasmatique ou incarnation de Pan, le grand faune lui-même… Qui est le Dieu dans l’ombre ? Une relecture du pansexualisme fabuleux, par l’auteur des célèbres cycles L’Assassin royal et Les Aventuriers de la mer.

Ce livre trainait dans ma PaL depuis plus d’un an. Pourtant, il est écrit par un de mes auteurs préférés, même si sous un autre nom de plume. Pourquoi alors ai-je mis tant de temps à le lire ? Sans doute par peur de l’inconnu, Robin Hobb écrit de la fantasy, Megan Lindholm écrit autre chose. Des choses plus personnelles, plus intimes, liées souvent à la problématique de la féminité et de l’indépendance, comme dans Le Peuple des Rennes ; peut-être des choses qui remuent l’inconscient. Donc, ce livre trainait dans ma PaL, et à chaque fois que je me tenait devant ma bibliothèque de plus en plus mal rangée, à la recherche d’un nouveau livre à découvrir, mon regard glissait dessus sans le voir. Jusqu’à la semaine dernière, où il m’a appelé, alors que je l’avais pratiquement oublié, tel Pan jouant de la flûte au fond des bois.

La femme sauvage et le pansexualisme

Evelyn a 25 ans, est mariée à un homme que toutes les femmes lui envient, a un petit garçon plein de vie, et vit dans la région où elle a grandit, en Alaska. Sa vie bascule le jour où son beau-frère se blesse et que son mari est appelé a le remplacer sur la ferme familiale, situé dans l’état de Washington. Elle se retrouve projetée dans une famille pour qui les apparences priment, où chacun des membres, dont son propre mari, agit en fonction de ce que peuvent attendre les autres, au détriment d’eux mêmes. Et Evelyn, afin de s’adapter et de devenir réelle, tente désespérément de faire de même. Car la « réalité » du monde est un concept qui semble l’avoir toujours dépassée : il faut plaire aux garçons quand on est une fille, il faut être jolie, ne pas courir par monts et par vaux, ne pas porter de vêtements déchirés, être une bonne femme d’intérieur… Alors que les va-et-vient entre son enfance en Alaska et le présent chez sa belle-famille tendent à démontrer que ce qu’elle est et que ce à quoi elle aspire est bien loin de l’idéal de la femme des années 60et 70, années dans lesquelles se déroule l’action.

Evelyn, l’enfant sauvage qui ne sentait pas réelle, qui jouait avec un faune dans les bois, est rattrapée par cette réalité à laquelle elle aspire lors de sa puberté, abandonnée par son ami fantastique, pour redevenir finalement la femme sauvage qu’elle aurait toujours dû être après un traumatisme survenu lors de sa visite chez ses beaux-parents qui s’éternise (ne lisez pas les critiques Goodreads, elles spoilent méchamment), et part dans un périple sensuel avec Pan, le faune de son enfance, à travers le Canada, jusqu’en Alaska. Par ailleurs, ce périple est relaté de façon bien plus vivante que tous les évènements se déroulants dans l’état de Washington, où elle semble spectatrice de ses humiliations, presque anesthésiée tant elle semble passive.

Finalement, Pan, cet être fantasmagorique qui représente une sorte de fil conducteur de la vie de l’héroïne, reste une énigme. Est-il une création de l’esprit d’Evelyn pour lui permettre de se libérer des attentes de la société et de reprendre sa vie en main ? Ou est-il réel et apporte-t-il une dimension fantastique à ce récit qui serait autrement le récit d’une schizophrénie ?

Une continuité dans l’oeuvre de Lindholm/Hobb ?

On retrouve beaucoup de thématiques chères à l’auteur, telles que la quête de l’identité, qu’on retrouve dans l’Assassin Royal ou même dans Liavek, celle de l’indépendance de la femme face à la Nature, comme dans le Peuple des Rennes, la pansexualité, qu’on retrouve dans la nouvelle A Touch of Lavender (dans le recueil The Inheritance, L’Héritage et autre nouvelles en VF) et la proximité de la Nature, qu’on retrouve dans la majorité de ses oeuvres.

Mais on peut aussi voir dans ce roman des touches autobiographiques, quand on sait que les lieux dans lesquels évolue Evelyn sont des lieux où à vécu l’auteur.

De plus, si vous avez lu l’Assassin Royal et les Aventuriers de la Mer, vous pourrez également retrouver des éléments communs entre les personnages autres que leurs caractéristiques psychologiques comme l’isolement, la réclusion et les jouets en bois (oui, les jouets en bois…)

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Pour conclure, c’était une lecture prenante, mais pas vraiment facile. Dérangeante, mais fascinante. C’est le genre de livres qui doivent tomber au bon moment : surtout pas trop tôt au risque de passer à coté. Mais après, est-ce vraiment grave de passer à coté d’un livre ?

 

 

 

La Musique du Silence – Patrick Rothfuss

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Patrick Rothfuss
Editions : Bragelonne
ISBN : 2352947790
168 pages

Traducteur : Colette Carrière
Illustrateur : Marc Simonetti

The Slow Regard of Silent Things

Rares sont ceux qui connaissent l’existence du Sous-Monde, une toile brisée d’anciennes galeries et de pièces laissées à l’abandon qui s’étend dans les profondeurs de l’Université.
Protégée par ce labyrinthe sinueux, confortablement installée au coeur même de ces lieux désolés, vit une étrange jeune femme.
Le silence et les ténèbres semblent être ses seuls compagnons sur le chemin qu’elle se fraie dans cet univers souterrain. À moins qu’elle ne perçoive autre chose. Comme une complainte des oubliés, mêlant douceur et amertume à son existence…
Son nom est Auri. Et sa vie est peuplée de mystères.
Parmi les nombreuses rencontres de Kvothe, la plus attachante est sans nul doute celle d’Auri. Cette jeune femme, au caractère à la fois sauvage, enfantin et précieux, reste voilée de mystère. Le regard qu’elle porte sur le monde semble percevoir bien plus que celui du commun des mortels. Bientôt elle reverra Kvothe et il faudra lui offrir un présent. Il est temps de se mettre en quête.
Laissez-vous entraîner dans le Sous-Monde et découvrez l’univers du personnage le plus touchant du Nom du vent.

 

Aah, Patrick ! Avec trois livres parus, il est déjà en train de se frayer une place dans mon panthéon personnel. Oui, rien que ça. Même avec ce livre qui, d’après les avis sur Amazon et les avis présentés dans la postface, ne laisse personne indifférent. Soit on aime, soit on déteste et on ne comprend pas l’intérêt.

Mais avant de vous parler du contenu du livre, il faut que je vous parle de l’objet livre ! Il s’agit là d’une édition reliée façon cuir magnifique, bien protégée par sa « dust-jacket » montrant Auri observant l’Université, illustrée de gravures du Sous_Monde, par Marc Simonetti.

Comme présenté dans la préface, il ne faut pas lire ce livre si vous n’avez pas lu Le Nom du Vent auparavant, ni La Peur du Sage. Et comme dit dans la postface, il ne faut pas lire ce livre non plus si vous avez besoin d’action, de dialogues et de multiples personnages et endroits dans une histoire. Parce qu’ici, rien de tout ça, il n’y a qu’Auri, ce personnage étrange, qui semble échappé d’une histoire féerique, qui évolue dans son monde, le Sous-Monde, dont Kvothe a pu apercevoir des bribes dans les deux romans précédemment cités. D’ailleurs, l’auteur n’avait jamais prévu de faire publier cette novella, justement à cause de tous ces éléments manquants pour en faire une histoire digne de ce nom, avec du dialogue, de l’action, du suspens. C’est suite aux encouragements de son entourage et de son éditeur que finalement, nous pouvons partager quelques jours du quotidien d’Auri.

S’il vous est recommandé de lire également la Peur du Sage avant de commencer La Musique du Silence, c’est surtout parce qu’il répond à quelques questions que l’on a pu se poser au sujet de cette jeune fille aux cheveux en aigrette de pissenlit, sur son passé surtout – qui reste malgré tout nébuleux pour le moment – et sur ce qu’elle a pu être avant,  et que ce dernier n’évoque à aucun moment ce qui a pu se passer pour qu’elle se réfugie dans son Sous-Monde, et se concentre justement sur la nature de celui-ci, et sur la conscience qu’Auri a d’elle même. Elle ne tourne pas rond, et elle le sait, et parfois, ce poids l’écrase, alors qu’à d’autres moments, le monde -et elle même – est comme il devrait être, avec ses fêlures, ses bosses, et son désordre apparent.

 

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 Un livre introspectif, lent, dans lequel il ne se passe pas grand chose, et pourtant, j’ai eu énormément de mal à le poser. Les lliens d4auri avec son environnement ont bien résonné en moi, et ce personnage s’y est rendu encore plus attachant. J’ignore si j’ai autant accroché à ce livre parce que, comme mentionné dans la préface, je fais partie de ces gens cabossés qui s’identifient à cette jeune fille, ou parce que ce livre, sans plaire à tout le monde, est plus universel que l’auteur ne s’y attendait.

Bonus !

Nightwish a sorti un nouvel album et a dédié une chanson à l’univers du Nom du Vent, et il me semble qu’elle est tout à fait adaptée pour conclure cet article :

Les Mémoires d’Elizabeth Frankenstein – Théodore Roszak

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Théodore Roszak
Editions : Le Cherche-Midi
ISBN : 978-2-7491-0491-1
548 pages

Traducteur : Edith Ochs

 

Après La Conspiration des ténèbres, Les Mémoires d’Elizabeth Frankenstein, roman gothique et féministe, d’une intelligence diabolique, est le nouveau chef-d’œuvre de Theodore Roszak.

Recueillie par la baronne Frankenstein, la jeune Elizabeth est introduite dans le monde secret des sorcières et initiée à l’alchimie, aux lois de la nature et à celles du corps humain. De son côté, Victor, fils légitime de la baronne, tournant le dos à cet univers féminin respectueux de la « loi naturelle », est pris du vertige de la science. Il prétend pouvoir créer une vie meilleure, une vie qui ne serait pas née du ventre de la femme mais de la science, nouveau maître du monde.
Alors que Victor s’égare dans sa quête et crée un monstre, Elizabeth essaie de trouver sa place en pleine révolution scientifique… voire scientiste. Peu à peu, leur univers se délite jusqu’à leur tragique nuit de noces.

Theodore Roszak nous entraîne dans une folle aventure romanesque, riche en péripéties, mettant en scène une héroïne forte et complexe dans un monde dominé par la raison et l’intellect masculins. Cet émouvant portrait est à la fois un hommage à la féminité, un roman historique haletant et une réflexion passionnée et passionnante sur la science et ses dérives.

En lisant cette quatrième de couverture, vous aurez sans doute deviné pourquoi j’ai emprunté ce livre, autre que sa couverture qui m’a tapé à l’œil (et les coins de livre dans l’œil, c’est douloureux), c’est le terme « féministe ». Une réécriture d’un roman qui a forgé l’inconscient collectif, du point de vue d’un personnage secondaire, ça ne pouvait qu’être intéressant, non ? C’est donc cet aspect, mis volontairement en avant sur l’édition française (peut-être qu’en V.O., ce n’était pas le cas, je n’en ai pas vu mention sur Goodreads en tout cas), qui a orienté ma lecture, et qui orientera mon avis, en plus de la réécriture du « mythe », que j’ai relu spécialement pour l’occasion.

Ceci n'est pas un GIF, n'attendez pas que ça clignote.

Ceci n’est pas un GIF, n’attendez pas que ça clignote.

La réécriture d’un monument de la littérature

Ce roman se présente sous la forme d’une étude, faite par le même narrateur que Frankenstein. Après la mort de Victor, celui qui a recueilli ses confessions décide de faire des recherches afin de vérifier la véracité de ses dires, et retrouve le journal d’Elizabeth. Le livre reprend l’intégralité de ce qui a pu être sauvé de ce journal, entrecoupé par les notes de l’éditeur, afin d’étayer certains propos et de compléter certaines informations qui pourraient manquer, le journal étant destiné à Victor et retraçant tout leur apprentissage ensemble.

Si, lors de ma relecture de l’original, la chronologie et le temps écoulé m’ont semblé plus confus, ici, l’intrigue m’a parue bien plus claire d’un point de vue temps. Les années écoulées étaient nommées clairement et explicitées également par l’éditeur, qui a pu recueillir les deux témoignages. Aussi, certains faits restés nébuleux dans l’œuvre de Shelley étaient bien plus explicites ici, comme, par exemple, la création d’une compagne pour la créature. Créature qui va à la rencontre d’Elizabeth, afin de lui parler, et aussi de lui révéler sa vraie nature.

Roszak brode par ailleurs sur le rôle tenu par la mère de Victor dans l’éducation scientifique de celui-ci. Ici, c’est elle qui oriente les lectures de Victor vers des auteurs désuets, c’est elle qui décide, dès qu’elle pose les yeux sur Elizabeth, qu’elle sera la compagne de Victor et c’est elle qui les oriente vers les pratiques occultes et l’alchimie. Elle organise des réceptions et est très proche (ahem…) des épouses des invités, peint, à été l’élève d’une matrone qui a parcouru le monde et participe à des sabbats étranges auxquels elle invite Elizabeth, afin de la préparer au « mariage chimique » avec Victor.

Le rôle de la mère est décuplé, alors que des personnages et évènements clefs du Frankenstein de Shelley passent tout simplement à la trappe : Victor et Elizabeth n’ont pas de petit frère et Justine disparait tout bonnement de la circulation. On pourrait donc presque prétendre qu’il ne s’agit pas de la même histoire.

Quand à Victor, qui apparait chez Shelley comme quelqu’un de chouinard (non, je n’ai pas peur des mots) et de sensible, est représenté ici comme un connard (pas peur des mots, bis) arrogant et insensible au monde qui l’entoure.

Féministe ? Vraiment ?

Certes, on pourra se demander si faire une réécriture féministe d’un roman rédigé par la fille de la première féministe au monde (Mary Wollstoneraft et son Vindication of the Rights of Women) était réellement nécessaire et pertinent, mais ne faisons pas un procès d’intention à Théodore, pardonnez-lui car il ne sait pas de quoi il parle.

Nous avons donc affaire à un féminisme en partiiculier : le féminisme essentialiste, ou différentialisme, ce qui pose un problème au vu de la revendication en quatrième de couverture – je vous invite à lire l’article sur le blog du Plafond de Verre – ici, pas d’égalité, mais une complémentarité qui amène les deux sexes à s’opposer totalement. D’un côté, la mère, Elizabeth et les femmes du village (et Rousseau), sont représentées comme des êtres de magie, proches de la Nature et de la Vie, avec une imagination forte et promptes aux réactions irrationnelles, et de l’autre, Victor, son père, Saussure et autres scientifiques de l’époque, rationnels et voulant transcender la chair grâce à la Science et la Culture malgré leur inhérente pulsion de mort.

Si certaines pistes effectivement féministes sont évoquées, d’autres sont horripilantes par leur naïveté et par les clichés sexistes qu’ils révèlent, ce qui est un comble pour un livre estampillé féministe. Parmi les bons points, on pourra évoquer les matrones et femmes injustement accusées de sorcellerie à l’époque parce qu’elles ne se conformaient pas à la norme en vigueur, la critique du mansplaining de Victor par Elizabeth, ainsi que la critique des normes de beauté déjà en vigueur à l’époque :

J’ai appris que les femelles sont faites pour être mères. Leurs besoins sont satisfaits de cette façon. (NDLR : par opposition aux besoins des hommes qui sont satisfaits par les rapports fréquents).

– Je me demande d’où tu tiens tout ce savoir sur les besoins des femmes, Victor. Et le baron Swedenborg aussi ? Ou tout autre homme au demeurant ? […]

– C’est universellement connu.

– Ah bon ? Sauf de la moitié de l’espèce humaine.

 

Les hommes qui n’ont jamais vu naître un bébé inventent ces choses et les écrivent dans des livres pour que d’autres hommes les lisent. Et cela devient un « savoir »! Ce sont des hommes comme ça, dans leur orgueil démesuré, qui ont réécrit les livres femmes comme si ceux-ci étaient de leur création.

Tu as un corps de jeune fille encore splendide dans son état naturel, avec une beauté intérieure qui jaillit, aussi fraîche que la source qui coulera en toi jusqu’à la fin de tes jours. Ton regard est trop influencé par les peintures que les hommes font de nous. Ils se plaisent à faire poser les femmes en chair et en os ; mais souvent, ils préfèrent nous donner des corps angéliques de petites filles : lisses et glabres, avec des seins géométriques minuscules qui semblent sculptés dans le marbre. A moins, bien sûr, qu’ils ne nous représentent sous formes de bacchantes.

Les hommes n’arrivent pas à décider s’ils nous veulent voluptueuses ou virginales.

Parmi les points problématiques, on pourra soulever les rites païens auxquels s’adonnent les femmes, qui, malgré le message d’acceptation du corps féminin dans tous les stades de sa vie – Elizabeth y est accueillie pour fêter sa ménarche -, de l’enfance à la vieillesse avancée, sont l’image même d’un regard hétéro-centré : les pratiques saphiques y sont courantes, mais seulement parce que les époux sont incapables de remplir leurs devoirs conjugaux.

Plus tard, ces rituels se feront plus intimes, sous prétexte d’initiation et de préparation au « Grand Œuvre » auquel Elizabeth et Victor devront participer. En effet, si les deux adolescents sont attirés l’un par l’autre, ils doivent se découvrir charnellement sous les regards et directives des deux initiatrices que sont leur mère et une aïeule qui préside aux sabbats. Ces directives semblent innocentées par le rapport à la « Nature » qui est évoqué lors de ces rituels, alors que les deux jeunes protagonistes sont clairement manipulés et abusés sexuellement.

D’ailleurs, Elizabeth, à force d’exercices avec Victor, fantasmera sur un viol éventuel, qui arrivera lors d’une pratique « alchimique » qui dégénérera. Ce traumatisme là sera exorcisé par le meurtre d’un violeur anonyme, réel selon Elizabeth, fantasmé pour l’éditeur, car selon lui, une femme, qui plus est de haute naissance, serait incapable de tuer.

Par ailleurs, ces rituels mènent Elizabeth a réclamer quelque chose bien loin des revendications féministes, qu’elles soient actuelles ou formulées par la mère de Shelley : une servitude envers Victor, afin de « veiller à satisfaire son seigneur [sic] ».

Heureusement que ces aberrations idéologiques cessent dans les deux dernières parties du livre, qui se concentre à nouveau sur Victor et sa créature, éléments dont il n’aurait jamais dû s’éloigner au départ pour éviter de patauger ainsi dans une image de la femme bien fantaisiste.

 

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C’est dommage, si « féministe » n’avait pas figuré sur la quatrième de couverture, ma note aurait été meilleure. Donc faites comme si ce mot n’avait jamais été imprimé au dos du livre.

Wilde Reise durch die Nacht – Walter Moers

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Walter Moers
Editions : Goldmann
ISBN : 978-3442452910
224 pages

Non traduit en français (pour le moment)
Wild Ride through the Night

 

Der junge Gustave möchte unbedingt ein großer Zeichner werden. Aber zuvor muss er in einer einzigen Nacht von der Erde zum Mond und einmal quer durchs Universum reisen, denn er hat eine Wette mit dem Tod abgeschlossen, bei der es um nichts Geringeres als sein Leben und seine Seele geht. Moers illustrierte Gustaves fantastische Reise anhand von 21 beeindruckenden Bildern aus dem Werk von Gustave Doré, dem erfolgreichsten Zeichner des 19. Jahrhunderts.

Aaaah, Walter Moers ! C’est seulement la combientième fois que j’en parle ? Bien trop souvent, non ? Je vous rassure, c’est le dernier pour un moment. Au moins jusqu’à la sortie du Château des livres qui rêvent, courant 2015.

Exceptionnellement, il ne nous emmène pas en Zamonie. Cette fois-ci, nous restons bien sagement en Europe. En France. En Alsace. A Strasbourg, plus précisément. On se retrouve dans la peau de quelqu’un que nous connaissons tous, et qui a signé toutes les illustrations de ce livre. Car, comme tous les livres de Walter Moers, Wilde Reise durch die Nacht (qu’on pourrait traduire par Chevauchée Sauvage à travers la Nuit) est illustré. Pas par l’auteur, mais par Gustave Doré (mais si, vous connaissez ! Les fables de la Fontaine et les contes de Perrault ? La déco des trams de la CTS ce printemps ?).

L’auteur a pris le parti de sélectionner 21 gravures de Gustave Doré, piochées dans toute son œuvre, qu’il s’agisse de la Bible, de Don Quichotte, de The Raven, d’Edgar Allan Poe, ou de Paradise Lost de Milton, et d’écrire une histoire qui rendrait ses gravures cohérentes entre elles, tout en rendant hommage à d’autres œuvres de la littérature. Exprimé comme ça, le projet semble ambitieux.

Nous retrouvons donc Gustave, 12 ans, capitaine d’un navire en proie a un tempête. Afin d’échapper à la Mort, il conclut un marché avec elle. Il devra relever six défis avant la fin de la nuit, tel un Hercule prépubère, sans quoi son âme sera confinée dans un minuscule cercueil, puis jeté dans le feu du Soleil, parce que sans Soleil, pas de vie, sans vie, pas d’âmes, sans âmes, pas de Soleil, tel est le cycle de la… oups. Ces six tâches lui sont données par la Mort et sa sœur, Dementia, qu’il retrouvera tout au long de son périple.

Bien entendu, la Mort lui envoie des serviteurs qui devront aider Gustave. Il se retrouve donc, tel Don Quichotte, à parcourir le monde, à tenter de sauver d’innocentes vierges des griffes de dragons sanguinaires, à moins que ce ne soit l’inverse, à traverser une forêt de démons fêtards, à parcourir l’espace avec le plus monstrueux des monstres, pour enfin terminer sur la lune.

Comme d’habitude, les situations sont souvent loufoques, toujours pleines d’imagination, et comme peuvent l’être les aventures du dragon écrivain Hildegunst Taillemythes, un très bel hommage à la littérature et à Gustave Doré qui, semble-t’il, avait sombré dans l’oubli de l’autre coté du Rhin, et à qui Walter Moers voulait rendre ses lettres de noblesse.

Néanmoins, le dénouement est plus que prévisible et certains rebondissements un peu poussifs. On se doute de la fin dès les premières lignes, et les évènements parfois trop forcés pour coller exactement à l’illustration selectionnée.

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C’était une lecture agréable, pas du niveau de la Cité des livres qui Rêvent, mais on mettra ça sur le compte qu’il s’agit de son premier roman, ayant surtout œuvré pour la télé (l’Ours Bleu), et en tant qu’auteur de BD (Le Petit Emmerdeur, Adolf), et aussi qu’il n’a pas illustré lui même et qu’il a du faire avec ce qui était à sa disposition.

Du fragst dich jetzt sicher, was an der Sorge so schrecklich sein soll, stimmt’s? […] Genau das ist eine meiner verheerendsten Eigenschaften: daß man mich für selbstverstandlich hält. Für angebracht! […] Ich fresse Männer, Frauen und Kinder, ohne Ansehen von gesellschaftlichen Rang oder Charakter. Ich bin rücksichtslos, unbarmherzig, kaltblütig und ohne Gnade.*

NdlR : Tu te demandes certainement ce qui rend l’inquiétude si monstrueuse, pas vrai ? […] C’est justement l’une de mes caractéristiques les plus dévastatrices : on me croit évidente. Indiquée ! […] Je ronge les hommes, les femmes et les enfants, sans distinction de rang social ou de caractère. Je suis indélicate, impitoyable, au sang-froid, et sans merci.

Des extraits (en allemand) et des visuels sont disponibles ici : http://www.zamonien.de/roman_wilde-reise.php

 

 

 

Fool’s Assassin – Robin Hobb

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Robin Hobb
Editions : Harper Voyager
ISBN : 9780553392425
630 pages

 Le Fou et l’Assassin

Tom Badgerlock has been living peaceably in the manor house at Withywoods with his beloved wife Molly these many years, the estate a reward to his family for loyal service to the crown.

But behind the facade of respectable middle-age lies a turbulent and violent past. For Tom Badgerlock is actually FitzChivalry Farseer, bastard scion of the Farseer line, convicted user of Beast-magic, and assassin. A man who has risked much for his king and lost more…

On a shelf in his den sits a triptych carved in memory stone of a man, a wolf and a fool. Once, these three were inseparable friends: Fitz, Nighteyes and the Fool. But one is long dead, and one long-missing.

Then one Winterfest night a messenger arrives to seek out Fitz, but mysteriously disappears, leaving nothing but a blood-trail. What was the message? Who was the sender? And what has happened to the messenger?

Suddenly Fitz’s violent old life erupts into the peace of his new world, and nothing and no one is safe.

J’ai découvert L’Assassin Royal très tard, bien plus tard que la plupart des gens, et sans doute que j’avais bien dépassé l’âge de la cible. Mais pourtant, ce cycle, (avec Les Aventuriers de la Mer inclus dans le lot), est sans doute celui qui m’a donné une des plus grosse claque littéraire de ma vie. Oui, rien que ça. C’était la première fois que je pleurais toute les larmes de mon corps lors de la mort d’un personnage, que j’avais des sueurs froides pendant ma lecture, que j’ai vécu ma lecture de manière aussi physique, et aussi qu’une fois le cycle terminé, toutes les lectures qui ont pu suivre dans la foulée m’ont parues aussi fades (et pourtant, des bouses écrites, j’en ai l’habitude.)

Quand j’ai su que Robin Hobb préparait une suite, j’ai trépigné d’impatience, j’ai attendu la sortie, puis, j’ai attendu que la librairie anglaise de Strasbourg réouvre après ses congés, puis, encore, que ma commande arrive. Et enfin, il était là, il m’attendait, et du coup, c’est lui qui a dû m’attendre. Est-ce que j’étais prête à retourner à Castelcerf, à replonger dans toutes ses intrigues, alors que j’avais fait mon deuil de cet univers, que l’histoire était close, que chaque personnage était allé prendre sa retraite ? Ça fait beaucoup de questionnements pour un simple roman qu’on ne me demande que de lire, pas d’écrire, n’est-ce-pas ? Mais derrière tout ça, il avait aussi l’appréhension, la peur d’être déçue. De retrouver cet univers, mais de ne pas y retrouver ce qui m’y avait tant plu.

Puis, il y a une semaine, j’ai décidé d’y aller franchement, histoire de savoir, comme ça, ça serait fait, et aussi, je saurais tout de suite si ça valait le coup de sautiller en attendant la sortie de la suite en 2015. Alors j’ai ouvert le livre, et j’ai replongé dans les Six Duchés. Et, pour tous ceux qui ont l’intention de lire (ou qui sont en train de lire) L’Assassin Royal (allez-y, allez-y !), ça risque de spoiler un peu en attendant. Lire la suite

The Name of the Wind – Patrick Rothfuss

Le Nom du Vent

Patrick Rothfuss

The Kingkiller Chronicle: Day One
Editions : Orionbooks
ISBN : 978-1-4072-3472-4
661 pages

I have stolen princesses back from sleeping barrow kings. I burned down the twon of Trebon. I have spent the night with Felurian and left with both my sanity and my life. I was expelled from the University at a younger age than most people are allowed in. I tread paths by moonlight that others fear to speak of during day. I have talked to Gods, loved women, and written songs that make the minstrels weep.
My name is Kvothe. You may have heard of me.

C’est une période prolifique en coup de coeurs en ce moment. Il est temps pour moi de lire une bouse infâme pour rééquilibrer l’univers. Mais ce livre là, il n’y contribuera pas.

J’ai lu et entendu énormément de bien de ce livre avant de le commencer. Sauf que mes expériences passées avec les livres encensés de tout bord m’ont refroidie. Est-ce que celui là saura être à la hauteur de mes attentes ?  Ce n’est pas l’introduction qui m’a rassuré. Cette introduction est en fait une lettre adressée à l’auteur par Stephen Deas, un autre auteur de fantasy, qui avouait avoir été jaloux de Rothfuss à cause de l’enthousiasme de son épouse pour ce livre. Pour finalement le lire, et admettre que oui, honnêtement « it is that damn good ». Autant vous dire, la barre était haute, très haute. Peut-être plus que toutes les autres barres que j’ai placées pour d’autres livres.

Pour paraphraser Stephen Deas, oui, c’est vraiment aussi bien qu’on le dit.

Le Nom du Vent prend la forme d’un récit oral, qui fait office de mémoires qui tentent de rétablir la vérité au sujet de ce Kvothe, ce tueur du roi, autour duquel tournent énormément d’histoires et de légendes. Il prend également la forme d’un roman initiatique, qui suit le cheminement de cet enfant doué et vif d’esprit, jusqu’à cet homme mystérieux qu’il est aujourd’hui, en passant par une adolescence bercée par les rêves de vengeance. Les mémoires sont entrecoupées de scènes dans l’auberge ou est hébergé le scribe réceptacle de l’histoire.

Le rythme du récit est rapide, le personnage, tout comme le lecteur, a à peine le temps de souffler qu’une autre aventure/mésaventure débute, que les rencontres se suivent et ne se ressemblent pas forcément.

Les personnages sont certes les mêmes que dans beaucoup de romans de fantasy : le héros qui a tout à apprendre, le vieux sage, les amis marrant, la jolie et mystérieuse jeune fille et l’antagoniste à qui ont foutrait bien des claques en aller-retour. Le fait que Kvothe apparraise doué en tout pourrait presque le faire passer pour une Mary-Sue, mais cet écueil là est évité parce que contrairement au personnage Mary-Sue-esque, tout le monde n’entre pas en pâmoison au moindre de ses faits et gestes, et qu’il semble bien maladroit dans ses actes, et surtout dans ses contacts avec les autres. Mais la force du Nom du Vent réside surtout dans l’écriture. Je ne saurais jurer qu’il en est de même pour la version française (ce qui serait dommage si ce n’est pas le cas). L’écriture est travaillée, réfléchie, poétique et mélodieuse (si on peut appeler une écriture mélodieuse). La narration est d’abord externe, puis va et vient entre ce point de vue externe et le récit à la première personne de Kvothe, qui, comme mentionné sur la quatrième de couverture, a écrit des chansons à faire pleurer les ménestrels, autant dire que pour cette partie là, Patrick Rothfuss avait intérêt à assurer. Et cette mission est, à mon sens, accomplie.

De plus, lors de mes recherches sur l’auteur, j’ai vu qu’il était actif dans un association féministe, engagement politique qui se ressent dans son écriture, avec des personnages féminins forts et indépendants, même si assez peu présents dans ce premier tome. Le Jour Deuxième saura peut-être les mettre plus en lumière.

J’ai néanmoins pu noter quelques incohérences au niveau du contenu, et quelques coquilles au niveau de mon édition. Malgré ces détails, je reste fidèle à ce que j’ai dit dans mon TTT dernier, le tome suivant rejoindra bientôt ma bibliothèque, et mon appréciation n’a *presque* pas été ternie par ces détails (même si une relecture plus précise serait appréciable, il s’agit d’un livre publié et encensé, pas d’un skyblog).

 

 

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Liavek – Megan Lindholm, Steven Brust

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Megan Lindholm, Steven Brust
Editions : actuSF
ISBN : 978-2-917689-60-8
282 pages

Traducteur : Jacqueline Callier

 

Dans la majestueuse cité portuaire de Liavek, les habitants reçoivent une dose de « chance » chaque année, le jour de leur anniversaire. La plupart des gens ne peuvent utiliser ce pouvoir, seuls les sorciers ont appris à le manipuler, souvent à leur propre profit. Kaloo, une jeune orpheline, sent qu’elle pourrait apprivoiser et développer sa « chance », mais comment faire alors qu’elle ignore sa date de naissance ? Taraudée par cette question, elle consulte un mage pour tenter de lever le voile sur ses origines. Commence pour elle une quête initiatique qui l’emmènera sur des sentiers dangereux.Certains mystères devraient rester dans l’ombre…
Devenue une légende de la fantasy mondiale grâce à L’Assassin royal, Megan Lindholm, alias Robin Hobb, s’associe pour ce récit inédit en France à Steven Brust et Gregory Frost. Teinté de la profonde humanité et de l’art du rebondissement qui caractérisent les histoires de l’auteur, Liavek offre au lecteur une plongée dans une cité aux couleurs éclatantes sur les traces d’une héroïne aussi effrontée que volontaire.

Liavek est à la base un univers patchwork, où chaque auteur participant apporte sa touche et ajoute des éléments jusqu’à créer un monde multi-facettes, aussi foisonnant que les œuvres de tous les auteurs impliqués réunis. Ce projet comptabilise cinq anthologies de nouvelles, en V.O., mais seules les cinq nouvelles du recueil ci-nommé ont été traduites en français. Ce qui commence déjà à poser un problème. On se retrouve projeté dans un univers déjà installé, les actions sont déjà en cours, les personnages déjà présentés. C’est un peu comme revenir au travail en souffrant d’amnésie, c’est un peu difficile de s’y retrouver. On se retrouve face à des ennemis et des complots dont on ignore tout (mais qui ont certainement été évoqués dans d’autres nouvelles), on a des méchants qui sont méchants parce qu’il leur est arrivé un truc triplement méchant 15 nouvelles plus tôt. Alors certes, c’est révélateur d’un univers complet, réfléchi et cohérent, mais pour ce recueil là, on a simplement l’impression de sauter dans un train en route, sans savoir d’où il vient, ni où il va.

 

Si l’on prend les nouvelles pour ce qu’elles sont, en ignorant le fait qu’on est largué au début (oui, je râle, mais en fait, à la deuxième nouvelle, ça va déjà mieux, on a trouvé un contrôleur, on a pu lui demander si on était dans un TER ou un Corail), le fait qu’elles soient écrites par deux auteurs différents fait ressortir l’énorme différence de plume entre les deux. Si je n’ai plus besoin de vous dire à quel point j’aime celle de Megan Lindholm/Robin Hobb, celle de Steven Brust ne n’a pas autant convaincue : une construction plus alambiquée et une structure moins cohérente m’ont perdues en route (déjà que je n’étais pas solidement attachée, hein).  Heureusement que celle de Megan Lindholm, fidèle à elle-même, a su me captiver.

 

Le bon point, c’est que les cinq nouvelles se lisent à la suite, évidemment, et suivent les deux mêmes personnages principaux, dont les histoires se croisent, pour se lier de manière inextricable, pour, au final, donner le rendu d’un roman écrit à quatre mains. Avec tous les inconvénients qu’une écriture à plusieurs mains peut avoir.

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Si vous êtes un inconditionnel de l’un de ces auteurs, allez-y, sinon, euh, allez-y pas. Ou alors débrouillez-vous pour lire les autres nouvelles aussi.