Bibliothèque, Entre-deux, Essais, Etats-Unis, France, Polar

Chroniques express #4

Le rasoir d’Ockham – Henri Loevenruck

Ce livre a trouvé le chemin de ma PàL en ayant été laissé à qui voudra dans la boîte à livre de ma ville. J’ai lu le premier tome de Gallica du même auteur, et je me suis dit que j’allais tenter celui-là, en plus d’avoir ajouté un autre de ses romans sur ma liste de livres à lire. Il s’agit là d’un thriller ésotérique à la Da Vinci Code, des meurtres en lien avec une organisation secrète ayant lieu au quatre coins de la France. Si l’intrigue en elle-même n’était pas trop mal ficelée, quelque chose m’a profondément gênée. La mention de Gallica plus haut n’est en effet pas anodine, Gallica mentionnant et faisant la part belle à l’organisation des Compagnons du Devoir, ici, ils se trouvent également au centre de l’action. De plus, rien à voir avec ce titre, mais plusieurs de ses personnages principaux portent le même nom, un peu comme si les thématiques et prénoms sortaient d’une base de données limitées et étaient choisies de manière aléatoire. Et à plusieurs reprises, je n’ai pu m’empêcher de plus me soucier du destin du chat d’Ari, laissé tout seul dans un appartement sous scellé que d’Ari ou de sa dulcinée. Bref, de la boîte à livre tu viendras, à la boîte à livre tu retourneras.

Just Kids – Patti Smith

Je ne connais que peu l’oeuvre de Patti Smith, et la scène artistique New Yorkaise des années 60/70 m’indiffère complètement. Rien ne me destinait à lire ce livre, si ce n’est qu’il était dans la bibliothèque de la maison. Un jour d’ennui, je l’ai pris, décidant d’agrandir ma culture rock. Je l’ai lu, je n’ai toujours pas écouté Patti Smith, et je continue a me contrebalancer allégrement de la Factory, de ses émules, égéries et de son maître à penser. Mais j’ai eu l’impression que Patti Smith aussi s’en contrebalançait et n’a fait qu’observer l’environnement qu’affectionnait son amour de l’époque, pour ensuite prendre son envol et se faire son propre nom. Sa vision romancée d’un Paris plutôt pouilleux ( à tous les sens du terme) m’a un peu agacée, tout autant que son adoration de Rimbaud. Mais Paris provoque des crises d’angoisse chez moi à grand renforts de puanteur et de population trop dense et la poésie m’a toujours laissé de marbre. Malgré ce postulat de base, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé, c’était une lecture intéressante d’un chapitre de la vie de la Godmother of punk, bien plus nuancé, subtil et émouvant que je ne l’aurais imaginé, bien loin des clichés du punk que j’avais en tête, et bien loin aussi du sex, drugs, and rock n’ roll auquel je m’attendais.

 

Entre-deux, Etats-Unis, Polar

Le chat qui mangeait de la laine – Lilian Jackson Braun

The Cat who ate Danish modern

Editions : 10/18

ISBN : 978 2 264 07394 5

542 pages

Ce livre rassemble : Le chat qui lisait à l’envers – Le chat qui mangeait de la laine – Le chat qui aimait la brocante

En entrant au Daily Fluxion, Jim Qwilleran n’imaginait pas que sa vie de journaliste serait aussi mouvementée. Ni qu’il faudrait endosser mille casquettes – tour à tour chasseur d’artistes, reporter culinaire, responsable décoration… Mais quelle que soit la rubrique, cet ancien chroniqueur de crimes  surtout le chic pour attirer les ennuis. Qu’il suive un critique d’art féroce, rencontre un collectionneur de jades malchanceux ou s’immerge dans le milieu interlope des brocanteurs, chacun de ses reportages apporte son lot de disparitions et morts subites. Heureusement, le journaliste à la moustache foisonnante peut compter sur le flair de Koko et Yom Yom, ses deux astucieux chats siamois, pour démêler ces drôles d’affaires, d’un coup de patte de velours…

 

J’ai pris ce livre parce que j’étais prise d’une envie irrépressible d’acheter un livre à la librairie de ma  petite ville. Comme une compulsion. Il me faut un livre, là, maintenant, tout de suite ! J’ai fureté parmi ses rayons et j’ai bloqué sur la couverture et le titre. La quatrième de couverture me semblait prometteuse, alors même que j’avais occulté qu’il s’agisse là d’un recueil de trois courts romans.

Quand je l’ai sorti de la bibliothèque, assez rapidement selon mes critères je dois dire – il n’aura attendu que 6 mois pour être plus, pour parfois plusieurs années pour les autres ! – j’ai découvert qu’il s’agissait d’un série,  qui comptabilise 28 (!!!) tomes, et que les romans de ce livre, premiers de la série, datent des années 60.

J’ai rapidement accroché au style, léger, sans prise de tête, qui m’a permis de passer outre certains aspects un peu datés de l’univers : la moustache touffue, les personnages somme toute assez cliché, des femmes aux journalistes aux artistes. Néanmoins, je me suis attachée à Jim Qwilleran, flic un peu paumé qui se retrouve maître de deux chats un peu par hasard, balourdé d’un service à l’autre au gré ses humeurs du chef, qui s’enorgueillit d’une moustache bien touffue et sexy (selon les critères de sexytude des années 60, notons-bien), tel un hipster des années 60. Et ses chats sont bien des chats avec un comportement félin, pas de chats humanisés qui parleraient ou mèneraient l’enquête eux même, tels des moutons à la recherche de l’assassin de leur berger. Les trois romans suivent la même trame, comme beaucoup de séries policières, les rebondissements sont ainsi assez prévisibles ce qui est un peu regrettable. Mais la lecture de ces trois courts romans, même à la suite, s’est avérée rapide et agréable, peut-être pas inoubliable ni la lecture de l’année, mais je ne regrette pas mon achat compulsif et je pense lire les autres à l’occasion.

A noter également que cette couverture moderne et stylisée est bien plus à mon goût que les couvertures des romans individuels avec un chat anthropomorphe un peu flippant (et qui n’est pas siamois en plus de ça !).

 

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Il s’agit là d’une lecture agréable et facile, à lire entre deux livres plus exigeants pour décompresser. Les amoureux des chats y trouveront leur compte, les amateurs de séries policières décalées également. Ceux qui cherchent à lire un thriller haletant, oppressant, à la scandinave devraient passer leur chemin.

Contemporain, Etats-Unis, Youpi Tralala

Amour monstre – Katherine Dunn

Geek love

Editions : Gallmeister

ISBN : 9782351786383

494 pages

La joyeuse famille Binewski est tout sauf banale. Ivres d’amour et nourrissant de grands projets pour leur spectacle itinérant, Al et Lil décident d’engendrer à coup d’amphétamines et de radiations la plus belle brochette de phénomènes de foire au monde. Et les résultats sont impressionnants ! Pour autant, cette famille d’enfants montres est habitée de passions bien humaines… Un roman culte finaliste du National Book Award et best-seller aux Etats-Unis depuis vingt-cinq ans.

Voici un livre dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce que je passe devant lui à la médiathèque, il était mis en avant, et je me disais que 3 livres d’une moyenne de 350 pages en un mois, c’était juste et que je risquais de m’ennuyer ferme (… bien évidemment, j’ai dû prolonger mes emprunts…)

Amour monstre est un livre atypique, non par sa forme, mais par le traitement de son sujet. Sa forme est assez classique, sa narration se situe à deux époques différentes, à travers les yeux du même narrateur : Olympia, naine bossue, chauve et albinos, oui, rien que ça. Ses souvenirs d’enfance au sein de la foire ambulante de ses parents, et son présent, ou l’enfant moyen, sans rien d’extraordinaire, devenu adulte prend soin des membres de sa famille tout en restant dans l’ombre.

Étrange et fascinant seront les mots les plus adaptés à ce livre. Étrange, de part son univers : une foire ambulante de monstres, qui sillonne les États-Unis et fonctionne en vase clos, avec des relations étroites et malsaines, et fascinant, car les personnages, loin de la représentation habituelle des freaks, victimaire et torturée (Joseph Merrick en étant l’exemple le plus connu), sont des marginaux assumés, qui transforment leurs malformations en outil de fascination des masses, fascination qui n’est pas celle à laquelle on pourrait s’attendre : morbide et malsaine. Elle est de celles qui portent aux nues, qui renvoient au divin. Pour le meilleur et pour le pire.

They thought to use and shame me but I win out by nature, because a true freak cannot be made. A true freak must be born.

Amour monstre remet également en perspective la norme : n’est-elle pas, au fond, un reflet de nous même et de nos attentes ? Au fil du récit, notre norme est remise en question.

Entre la famille Adams et Freaks, Amour monstre mérite amplement son statut de roman culte à mes yeux.

Etats-Unis, Fantastique, Fantasy, La Femme Sauvage, Youpi Tralala

L’épouse de bois – Terri Windling

Editions : Les Moutons électriques

ISBN : 9782915793789

320 pages

Traducteur : Stéphan Lambadaris

Maggie Black est écrivain, auteur d’études sur des poètes. Elle apprend qu’un de ses plus anciens correspondants, David Cooper, vient de mourir en lui laissant tous ses biens en héritage. Maggie décide d’aller s’installer dans l’ancienne maison de Cooper, pour enfin s’atteler à la rédaction d’une biographie du grand écrivain. Mais elle n’avait pas prévu que Cooper habitait en plein désert, dans les montagnes de l’Arizona (près de Tucson). Là, la vie n’a pas le même rythme qu’ailleurs. Les choses sont plus pures, les formes plus essentielles, les mystères plus profonds…

Pourquoi Cooper est-il mort noyé dans un lit de rivière asséché ? Pourquoi des coyotes rôdent-ils autour de sa maison ? Qui est l’étrange fille-lapin qui s’abrite sous les grands cactus ? La magie de ces collines désertiques est puissante, Maggie Black devra prendre garde à ne pas y perdre la raison — ou la vie.

Si j’ai emprunté ce livre, c’est à cause de sa couverture qui m’a immédiatement séduite quand je l’ai vue sur je ne sais plus quel site. Il était disponible en médiathèque, j’y suis allée le jour même, sans trop savoir de quoi il retournait. Comme quoi, il est important d’avoir de jolies couvertures (hint hint aux éditeurs français).

Mais est-ce que le contenu est à la hauteur de cette couverture ?

Il me faut avouer que j’ai été conquise, même si le livre ne nous emmène pas dans un paysage feuillu, mais dans un désert aride, près de la frontière mexicaine. Ce roman e été écrit dans les années 90, et sème quelques indices, comme un groupe de musique évoqué particulièrement souvent et qui existe bel et bien (même si le membre omniprésent n’existe pas), les ateliers d’artistes dans des entrepôts avant que ne survienne la mode des lofts industriels, mais en même temps, semble intemporel, tant l’intrigue principale se situe loin de tout géographiquement mais aussi au niveau de son originalité et de sa bizarrerie.

La magie de ce livre se situe non seulement dans son intrigue : le désert est peuplé de créatures étranges et d’animaux qui ne sont pas uniquement ce que l’on peut voir, mais aussi dans la poésie de son écriture et, ici, de sa traduction. Un roman dont les protagonistes sont des poètes serait baclé si son écriture était trop commune, ici, ce n’est pas le cas. On se retrouve plongé dans ce désert, on entend les cris des coyotes et on ressent la folie qui menace les personnages grâce à la puissance d’évocation des mots choisis.

Entre fantastique et fantasy urbaine (ou plutôt désertique ?), L’épouse de bois est un livre qui ne se décrit que difficilement, son auteur est peu prolifique, mais il s’agit là véritablement d’un livre que je ne saurais que trop vous conseiller. C’est une lecture qui continue de me suivre encore quelques semaines après avoir refermé le livre.

Entre-deux, Etats-Unis, Fantasy, Féminisme, La Femme Sauvage

La Dilogie de Moirin

En fait, il s’agit d’une trilogie, mais je n’en ai lu que les deux premiers tomes. Après avoir dévoré les aventures de Phèdre, puis d’Imriel, que j’ai trouvées un cran en dessous, voici celles de Moirin, qui se déroulent un siècle après celles d’Imriel, en Alba. Le peuple des Maghuin Dhonn souffre toujours de sa malédiction, et vit isolé. Pourtant, la magie vit toujours en eux, dans une moindre mesure. Moirin est une enfant sauvage, qui vit avec sa mère dans la forêt, encore plus isolées que le reste de leur peuple. La légende de Phèdre continue à être contée, et l’héroïne de cette nouvelle série ne cesse de se comparer à cette figure devenue mythique. De ce fait, le lecteur ne peut s’empêcher de faire pareil…

Se retrouver en Alba est bien l’élément que j’ai préféré, ressentant plus d’affinités avec la mythologie « à la celte » qu’avec celle de Terre d’Ange, mais est-ce que cela suffit à atteindre la grandeur des aventures de la célèbre courtisane masochiste ?

Je dois avouer qu’au début, ce nouvel univers sauvage, loin de la sophistication d’Angeline m’a fait plaisir et emballée, puis, avec le recul, le soufflé est retombé. Au moment ou la Moirin sauvage et libre met les pieds en Terre d’Ange pour être civilisée. On quitte assez rapidement Alba, Moirin emporte au fond d’elle une boussole morale qu’ont tous les gens de son peuple que la grande Ourse a accueillis en son sein, ce qui limite assez sa marge d’erreur : quand elle doute, sa boussole lui dit quoi faire, pas d’erreur possible ou presque.

Un des éléments phares de cet univers est la prépondérance du sexe. Ici, pas de scènes S/M, ouf, tout le monde est consentant, tendre, aimant, le rapport de force dans l’acte charnel est quasi inexistant – dans les relations humaines, c’est autre chose, la manipulation par les sentiments reste assez présente – ce qui peut rendre les scènes de sexe fades, voire gratuites, alors que pour Phèdre, elles faisaient pleinement partie du jeu politique. Je regrette seulement que, comme chez Phèdre, l’héroïne soit bissexuelle plutôt que lesbienne, ce qui aurait pu rendre la devise d’Angeline « Aime comme tu l’entends » plus percutante et pertinente.

Le compagnon de Moirin souffre également de la comparaison avec ses prédécesseurs, là ou Josselin et Imriel étaient tiraillés et torturés, ici, pour le rendre plus mystérieux, l’auteur a choisi de le rendre mutique. En effet, pas besoin de développer un personnage en profondeur s’il ne dit jamais rien. De plus, la question de la véracité de leur attachement se pose tout du long, à cause de leur lien subi et imposé, comme toutes les choses liées à la boussole de Moirin.

Néanmoins, tout n’est pas à jeter, même avec le recul (j’ai lu ces deux livres il y a maintenant plusieurs mois) : on découvre plus en profondeur la carte de l’univers de Jacqueline Carey, on découvre des horizons plus lointains que ceux parcourus par Phèdre, et découvrir ces pays haut en couleurs est fort plaisant.

En conclusion, si les aventures de Phèdre m’ont fascinées, celles d’Imriel diverties, celles de Moirin m’ennuient quand même un peu, jusqu’à ce qu’elle retourne en Alba, si son destin est de revenir sur sa terre d’origine.

 

Dystopie, Etats-Unis, Youpi Tralala

Bioshock : Rapture – John Shirley

Editions : Bragelonne

ISBN : 9782352949305
432 pages

Traducteur : Cédric Degottex

C’était la fin de la seconde guerre mondiale.

Le New Deal du président Roosevelt avait redéfini la politique américaine. Les impôts avaient atteint un pic sans précédent. Les bombardements de Hiroshima et Nagasaki avaient créé la peur de l’annihilation totale. La montée d’agences gouvernementales secrètes avait rendu la population méfiante. Le sentiment de liberté des États-Unis s’était étiolé… Et nombreux étaient ceux qui voulaient retrouver cette liberté.

Parmi eux, un grand rêveur, un immigré qui s’était élevé des plus profonds abysses de la pauvreté pour devenir l’un des hommes les plus riches et les plus admirés au monde. Cet homme s’appelait Andrew Ryan, et il avait la conviction que les grands hommes méritaient ce qu’il y avait de mieux. Alors il se mit en quête de l’impossible, une utopie libre de tout gouvernement, de toute censure, de toute restriction morale sur la science, où ce qu’on donnait on le recevait en retour. Il a créé Rapture, la lumineuse cité sous les mers.

Mais l’utopie a été frappée d’une terrible tragédie.

Voici comment tout a commencé… et tout a fini.

Les jeux vidéos et moi, c’est une histoire compliquée. Selon les phases, je peux y passer mes soirées, puis, ne plus jouer pendant des mois voire des années. Je peux être conquise par un univers visuel et une atmosphère d’un jeu et être incapable d’y jouer pour plein de raisons. Bioshock est l’un de ceux là. Univers riche et visuellement très beau, j’ai tenu jusqu’au premier boss. Ce type de jeu n’est pas fait pour moi.
Mais quand je suis tombée sur le livre tiré de l’univers, j’ai su que ce serait le moyen d’y plonger (plonger, eau, Bioshock, haha) sans trop esquinter mes nerfs.
L’histoire commence à New York, on y découvre les prémices de Rapture, rêve utopiste d’un industriel américain, dans une amtophère sombre, digne des films noirs se déroulant dans les années 40.
Rapture, ce nouvel Eldorado imaginé pour pallier à l’échec du rêve américain. La fortune sourira au plus méritant : évolution capitaliste de la théorie de Darwin.
L’atmosphère oppressante de Rapture, la sensation de claustrophobie et d’étouffement est fortement présente. L’ambiance du jeu est très bien rendue.
L’histoire est prenante également, de la naissance à la chute de Rapture en passant par son heure de gloire, la ville sous-marine nous est représentée sous toutes ses coutures, pour le meilleur et pour le pire.

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Alors, à lire, même si ne connait pas le jeu ? Si vous aimez la science-fiction à tendance steampunk/art déco, oui, pourquoi pas. Comme dit, je n’ai atteint que le premier boss, et le principal atout a connaitre le jeu, c’est d’avoir en tête à quoi ressemblent les lieux et pour ça, vous avez internet ou votre propre imagination, c’est encore mieux.

J’aimerai vous dire s’il est mieux ou moins bien par rapport à d’autres livres tirés d’univers de jeux vidéos, mais celui-ci est le premier que je lis, mais il est plutôt pas mal dans le genre.

Dans les sociétés de la surface, la toute-puissance masculine tue nos rêves dans l’œuf. Sitôt qu’un homme décèle chez une femme la moindre étincelle… il l’étouffe.

Entre-deux, Etats-Unis, Fantasy, Grande-Bretagne, Réécritures

The Sleeper and the Spindle – Neil Gaiman

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Neil Gaiman
Editions : Bloomsbury
ISBN : 978-1-4088-5964-3
69 pages

Illustrateur : Chris Ridell

La Belle et le Fuseau

She was one of those forest witches, driven to the margins a thousand years ago, and a bad lot.
She cursed the babe at birth, such that when the girl was eighteen she would prick her finger and sleep forever.

La Belle et le Fuseau : ce titre français va évidemment vous évoquer un conte bien connu, qu’il s’agisse de la version de Grimm ou de celle de Perrault. Les contes m’ont toujours fascinée, et j’ai ingurgité un nombre incalculable de séries et de films qui les réécrivaient pendant mon adolescence et mes premières années de fac. Mon intérêt a faibli peu avant le début de Once Upon a Time, c’est bien ballot. Mais vous vous souvenez de cette version horrifique de Blanche-Neige, avec Sigourney Weaver ? Ou avez-vous lu les mangas Ludwig Révolution ? Bon, ça, c’était avant que je ne décroche. Puis est venu Neil Gaiman.

The Sleeper and the Spindle nous propose donc une relecture du conte de la Belle au Bois Dormant. Sauf qu’ici, point de prince charmant. Non, ici,  c’est une Reine qui décide, accompagnée de sept nains (ahem), de libérer cette beauté endormie avant de se marier.
Le récit est ponctué de dessins de Chris Riddell, dont le style se rapproche des gravures de Doré (#petitstraits, cf. Boulet et Walter Moers). Le tout forme un objet livre très beau – je ne vous ai pas parlé de sa couverture ! – avec une couverture papier calque couverte de dessins de ronces, qui laisse apparaître par transparence la belle endormie.
La Reine est une reine guerrière, la belle et la sorcière ne sont pas ce que l’on croit de prime abord.
The Sleeper and the Spindle est une réécriture sombre, intelligente et dans l’air du temps.

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Une lecture courte et un bel objet, loin des contes pour enfants, à lire pour tout amateur de contes et de Neil Gaiman.

 

Etats-Unis, Fantastique, Terreur, Youpi Tralala

Histoire de Lisey – Stephen King

Stephen King
Editions : Albin Michel
ISBN : 9782226179692
576 pages

Traducteur : Nadine Gassie
Lisey’s Story

Pendant vingt-cinq ans, Lisey a partagé les secrets et les angoisses de son mari. Romancier célèbre, Scott Landon était un homme extrêmement complexe et tourmenté. Il avait tenté de lui ouvrir la porte du lieu, à la fois terrifiant et salvateur, où il puisait son inspiration. À sa mort, désemparée, Lisey s’immerge dans les papiers laissés par Scott, s’enfonçant toujours plus loin dans les ténèbres qu’il fréquentait…Histoire de Lisey est le roman le plus personnel et le plus puissant de Stephen King. Une histoire troublante, obsessionnelle, bouleversante, mais aussi une réflexion fascinante sur les sources de la création, la tentation de la folie et le langage secret de l’amour. Un chef-d’oeuvre.

Je vous avais déjà raconté, il y a longtemps, que Stephen King et moi, c’était compliqué. Enfin, plutôt, entre les traductions de Stephen King et moi, parfois, ça ne passait pas. Heureusement, dans les romans récents, disons, depuis l’avènement d’Internet et ainsi, la facilitation de la communication, ça allait mieux (la prochaine fois que je vois « il pleut des chats et des chiens » dans un texte en français, j’organise un autodafé et je met le responsable au milieu). Histoire de Lisey, un roman récent, de 2006, n’a pas soulevé ces problèmes (même que c’est la première fois que je voit un « Mot du traducteur » à la fin du roman). Si j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire, c’est à cause du récit cette fois-ci. On pénètre dans l’intimité d’un couple, avec son langage spécifique, ses allusions et ses références culturelles sans filet et au début, ces expressions fantaisistes et la transposition des accents parlés m’ont perturbé. J’avais même envie d’abandonner ce livre. J’avais l’impression d’être un voyeur parmi eux, cela m’a rendu mal à l’aise, et je n’avais qu’une envie : les laisser seuls avec leurs expressions et leur amour.

J’ai persisté, et finalement, j’ai eu du mal à en sortir. Cette histoire d’amour à la Stephen King, bien loin des fleurs et des petits oiseaux, est malgré tout magnifique.

Histoire de Lisey

On découvre peu à peu leur histoire grâce à Lisey qui parcourt avec sa sœur, les photos de son mari décédé deux ans auparavant, ce qui réveille des souvenirs enfouis en elle : des souvenirs de Scott, de son histoire à lui, puis, à travers lui, de son histoire à elle.

Les histoires personnelles et complexes de Lisey et Scott en tant que personnes à parts entières se déroulent lentement, au fil des révélations sur leur histoire commune. Les problèmes psychiatriques de Scott trouvent un écho avec ceux de la sœur de Lisey, et c’est Lisey qui les porte tous deux à bout de bras. Car si en lisant le roman, j’ai eu l’impression que le personnage principal était Scott vu à travers le prisme de son épouse, avec le recul – cette lecture date de deux mois désormais, oui, je suis complètement à la masse – il porte très bien son nom, car le personnage fort, celui qui porte le récit, celui sans qui le roman n’aurait été qu’une nouvelle, c’est bien Lisey, ce personnage qui semble si discret, effacé, et surtout éploré et au bout du gouffre. Lisey qui parvient à puiser des ressources inimaginables dans ses souvenirs afin de sauver sa peau et celle de sa sœur.

Histoire d’amour

L’autre aspect prépondérant de ce livre est qu’il s’agit d’une histoire d’amour. Chez Stephen King. Oui. Et malgré toute l’horreur qui peut être instillée au fil des pages, cette histoire d’amour est magnifique. L’amour que Lisey porte à Scott est ce qui va le sauver plusieurs fois, physiquement et psychologiquement, tout comme l’amour que Scott porte à Lisey est entier, voire excessif. Mais il a aussi l’amour que Lisey porte à sa sœur Amanda, qui lui permet également de la sauver, à la manière dont elle a porté secours à son mari.

Mais ce roman soulève aussi la question de l' »amour » fanatique : celui d’admirateurs envers leurs artistes favoris, Scott ayant quelques lecteurs fanatiques, tout comme John Lennon ou Björk.

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 Un livre qui n’a pas été facile à appréhender, mais une fois plongée dedans, je n’ai pas pu le poser. Un Stephen King pioché au hasard dans les rayonnages de la médiathèque, mais qui fera désormais partie de mes favoris de l’auteur. Il mérite qu’on lui donne une chance.

Entre-deux, Etats-Unis, Fantastique, La Femme Sauvage

Le Dieu dans l’Ombre – Megan Lindholm

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Megan Lindholm
Editions : Le Livre de Poche
ISBN : 9782253114796
509 pages

Traducteur : Claudine Richetin

Cloven Hooves

Evelyn a 25 ans. Un séjour imprévu dans sa belle-famille avec son mari et son fils de cinq ans tourne au cauchemar absolu. Une créature surgie de son enfance l’entraîne alors dans un voyage hallucinant, sensuel et totalement imprévisible, vers les forêts primaires de l’Alaska. Compagnon fantasmatique ou incarnation de Pan, le grand faune lui-même… Qui est le Dieu dans l’ombre ? Une relecture du pansexualisme fabuleux, par l’auteur des célèbres cycles L’Assassin royal et Les Aventuriers de la mer.

Ce livre trainait dans ma PaL depuis plus d’un an. Pourtant, il est écrit par un de mes auteurs préférés, même si sous un autre nom de plume. Pourquoi alors ai-je mis tant de temps à le lire ? Sans doute par peur de l’inconnu, Robin Hobb écrit de la fantasy, Megan Lindholm écrit autre chose. Des choses plus personnelles, plus intimes, liées souvent à la problématique de la féminité et de l’indépendance, comme dans Le Peuple des Rennes ; peut-être des choses qui remuent l’inconscient. Donc, ce livre trainait dans ma PaL, et à chaque fois que je me tenait devant ma bibliothèque de plus en plus mal rangée, à la recherche d’un nouveau livre à découvrir, mon regard glissait dessus sans le voir. Jusqu’à la semaine dernière, où il m’a appelé, alors que je l’avais pratiquement oublié, tel Pan jouant de la flûte au fond des bois.

La femme sauvage et le pansexualisme

Evelyn a 25 ans, est mariée à un homme que toutes les femmes lui envient, a un petit garçon plein de vie, et vit dans la région où elle a grandit, en Alaska. Sa vie bascule le jour où son beau-frère se blesse et que son mari est appelé a le remplacer sur la ferme familiale, situé dans l’état de Washington. Elle se retrouve projetée dans une famille pour qui les apparences priment, où chacun des membres, dont son propre mari, agit en fonction de ce que peuvent attendre les autres, au détriment d’eux mêmes. Et Evelyn, afin de s’adapter et de devenir réelle, tente désespérément de faire de même. Car la « réalité » du monde est un concept qui semble l’avoir toujours dépassée : il faut plaire aux garçons quand on est une fille, il faut être jolie, ne pas courir par monts et par vaux, ne pas porter de vêtements déchirés, être une bonne femme d’intérieur… Alors que les va-et-vient entre son enfance en Alaska et le présent chez sa belle-famille tendent à démontrer que ce qu’elle est et que ce à quoi elle aspire est bien loin de l’idéal de la femme des années 60et 70, années dans lesquelles se déroule l’action.

Evelyn, l’enfant sauvage qui ne sentait pas réelle, qui jouait avec un faune dans les bois, est rattrapée par cette réalité à laquelle elle aspire lors de sa puberté, abandonnée par son ami fantastique, pour redevenir finalement la femme sauvage qu’elle aurait toujours dû être après un traumatisme survenu lors de sa visite chez ses beaux-parents qui s’éternise (ne lisez pas les critiques Goodreads, elles spoilent méchamment), et part dans un périple sensuel avec Pan, le faune de son enfance, à travers le Canada, jusqu’en Alaska. Par ailleurs, ce périple est relaté de façon bien plus vivante que tous les évènements se déroulants dans l’état de Washington, où elle semble spectatrice de ses humiliations, presque anesthésiée tant elle semble passive.

Finalement, Pan, cet être fantasmagorique qui représente une sorte de fil conducteur de la vie de l’héroïne, reste une énigme. Est-il une création de l’esprit d’Evelyn pour lui permettre de se libérer des attentes de la société et de reprendre sa vie en main ? Ou est-il réel et apporte-t-il une dimension fantastique à ce récit qui serait autrement le récit d’une schizophrénie ?

Une continuité dans l’oeuvre de Lindholm/Hobb ?

On retrouve beaucoup de thématiques chères à l’auteur, telles que la quête de l’identité, qu’on retrouve dans l’Assassin Royal ou même dans Liavek, celle de l’indépendance de la femme face à la Nature, comme dans le Peuple des Rennes, la pansexualité, qu’on retrouve dans la nouvelle A Touch of Lavender (dans le recueil The Inheritance, L’Héritage et autre nouvelles en VF) et la proximité de la Nature, qu’on retrouve dans la majorité de ses oeuvres.

Mais on peut aussi voir dans ce roman des touches autobiographiques, quand on sait que les lieux dans lesquels évolue Evelyn sont des lieux où à vécu l’auteur.

De plus, si vous avez lu l’Assassin Royal et les Aventuriers de la Mer, vous pourrez également retrouver des éléments communs entre les personnages autres que leurs caractéristiques psychologiques comme l’isolement, la réclusion et les jouets en bois (oui, les jouets en bois…)

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Pour conclure, c’était une lecture prenante, mais pas vraiment facile. Dérangeante, mais fascinante. C’est le genre de livres qui doivent tomber au bon moment : surtout pas trop tôt au risque de passer à coté. Mais après, est-ce vraiment grave de passer à coté d’un livre ?

Etats-Unis, Fantasy, Youpi Tralala

La Musique du Silence – Patrick Rothfuss

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Patrick Rothfuss
Editions : Bragelonne
ISBN : 2352947790
168 pages

Traducteur : Colette Carrière
Illustrateur : Marc Simonetti

The Slow Regard of Silent Things

Rares sont ceux qui connaissent l’existence du Sous-Monde, une toile brisée d’anciennes galeries et de pièces laissées à l’abandon qui s’étend dans les profondeurs de l’Université.
Protégée par ce labyrinthe sinueux, confortablement installée au coeur même de ces lieux désolés, vit une étrange jeune femme.
Le silence et les ténèbres semblent être ses seuls compagnons sur le chemin qu’elle se fraie dans cet univers souterrain. À moins qu’elle ne perçoive autre chose. Comme une complainte des oubliés, mêlant douceur et amertume à son existence…
Son nom est Auri. Et sa vie est peuplée de mystères.
Parmi les nombreuses rencontres de Kvothe, la plus attachante est sans nul doute celle d’Auri. Cette jeune femme, au caractère à la fois sauvage, enfantin et précieux, reste voilée de mystère. Le regard qu’elle porte sur le monde semble percevoir bien plus que celui du commun des mortels. Bientôt elle reverra Kvothe et il faudra lui offrir un présent. Il est temps de se mettre en quête.
Laissez-vous entraîner dans le Sous-Monde et découvrez l’univers du personnage le plus touchant du Nom du vent.

 

Aah, Patrick ! Avec trois livres parus, il est déjà en train de se frayer une place dans mon panthéon personnel. Oui, rien que ça. Même avec ce livre qui, d’après les avis sur Amazon et les avis présentés dans la postface, ne laisse personne indifférent. Soit on aime, soit on déteste et on ne comprend pas l’intérêt.

Mais avant de vous parler du contenu du livre, il faut que je vous parle de l’objet livre ! Il s’agit là d’une édition reliée façon cuir magnifique, bien protégée par sa « dust-jacket » montrant Auri observant l’Université, illustrée de gravures du Sous_Monde, par Marc Simonetti.

Comme présenté dans la préface, il ne faut pas lire ce livre si vous n’avez pas lu Le Nom du Vent auparavant, ni La Peur du Sage. Et comme dit dans la postface, il ne faut pas lire ce livre non plus si vous avez besoin d’action, de dialogues et de multiples personnages et endroits dans une histoire. Parce qu’ici, rien de tout ça, il n’y a qu’Auri, ce personnage étrange, qui semble échappé d’une histoire féerique, qui évolue dans son monde, le Sous-Monde, dont Kvothe a pu apercevoir des bribes dans les deux romans précédemment cités. D’ailleurs, l’auteur n’avait jamais prévu de faire publier cette novella, justement à cause de tous ces éléments manquants pour en faire une histoire digne de ce nom, avec du dialogue, de l’action, du suspens. C’est suite aux encouragements de son entourage et de son éditeur que finalement, nous pouvons partager quelques jours du quotidien d’Auri.

S’il vous est recommandé de lire également la Peur du Sage avant de commencer La Musique du Silence, c’est surtout parce qu’il répond à quelques questions que l’on a pu se poser au sujet de cette jeune fille aux cheveux en aigrette de pissenlit, sur son passé surtout – qui reste malgré tout nébuleux pour le moment – et sur ce qu’elle a pu être avant,  et que ce dernier n’évoque à aucun moment ce qui a pu se passer pour qu’elle se réfugie dans son Sous-Monde, et se concentre justement sur la nature de celui-ci, et sur la conscience qu’Auri a d’elle même. Elle ne tourne pas rond, et elle le sait, et parfois, ce poids l’écrase, alors qu’à d’autres moments, le monde -et elle même – est comme il devrait être, avec ses fêlures, ses bosses, et son désordre apparent.

 

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 Un livre introspectif, lent, dans lequel il ne se passe pas grand chose, et pourtant, j’ai eu énormément de mal à le poser. Les lliens d4auri avec son environnement ont bien résonné en moi, et ce personnage s’y est rendu encore plus attachant. J’ignore si j’ai autant accroché à ce livre parce que, comme mentionné dans la préface, je fais partie de ces gens cabossés qui s’identifient à cette jeune fille, ou parce que ce livre, sans plaire à tout le monde, est plus universel que l’auteur ne s’y attendait.

Bonus !

Nightwish a sorti un nouvel album et a dédié une chanson à l’univers du Nom du Vent, et il me semble qu’elle est tout à fait adaptée pour conclure cet article :