L’été indien d’une paire de lunettes – A.E. Van Vogt

L'été indien d'une paire de lunettes - E.A. Van VogtIndian Summer of a Pair of Spectacles

Editions : J’ai lu

ISBN : 978-2277210573

Traduit par France-Marie Watkins

189 pages

En ces temps futurs, les femmes dominent tandis que les hommes obéissent. Les lunettes chimiques qu’il leur faut porter ont fait d’eux des êtres d’une parfaite soumission.
Or,, un matin, le très doux et distingué physicien Peter Grayson s’aperçoit que deux fines fêlures lézardent ses verres teintés de rose…
… et découvre les charmes de l’autorité, de la colère, remportant au passage quelques victoires charnelles oubliées depuis longtemps.
Bref bonheur : devenu homme dangereux, Grayson est convoqué au Q.G. des Utts, les maîtres occultes de l’Univers…

Je ne sais plus trop comment ce livre est arrivé dans ma PàL. J’ai le vague souvenir d’un stand du secours populaire à la gare, il y a 6 ou 7 ans. Je l’ai exhumé fin mai, j’ai lu sa quatrième de couverture, et j’ai légèrement pris peur. M’apprètais-je à lire une ôde misogyne ? Allais-je réussir à lire ce livre sans le déchirer, le brûler ni hurler ?

Alors, oui, et des fois, non.

La Terre est été assujettie aux Utt, espèce extra-terrestre qui, partant du postulat que All Men are Trash (en 1979, les gars !), a décidé de castrer psychiquement tous les hommes pubères. Ce postulat de base, exposé dès les débuts du livre, m’a fait prendre peur, pas parce que je n’adhère pas -je suis féministe, ne l’oublions pas-, mais parce que j’avais peur que ce constat soit démoli, que les femmes en prennent pour leur grade, et que tout le livre ne soit qu’un rêve éveillé pour incels en tout genre.

Spoiler : ce constat n’est jamais remis en cause, le personnage principal, lorsqu’il parvient à sortir de son état de castrat, se rends compte de la modification de ses pulsions et que sa nature profonde est fidèle aux reproches des Utts.

Alors attention, ce livre n’est pas féministe pour autant, il y a bien quelques clichés lourdingues sur les femmes ici et là : nous ne savons pas conduire, et nous sommes frigides une fois mariées, alors qu’avant, célibataires, ohlala, quelles chaudasses nous étions.

Mais ce que je craignais le plus, à savoir, une pluie de male tears et de critiques sur les femmes, ne s’est pas produit. Ce qui s’est produit, c’était une critique de… la Religion, des faiseurs de bien et de Rois autoproclamés.

Parce que les femmes ont tous les droits et tous les pouvoirs, sauf un, celui de se pencher sur les Sciences, ce qui est autorisés aux hommes, qui sont réduits à l’état de toutous myopes. Les critiques du livre que j’ai lues sur Goodreads imputaient cela à un fantasme misogyne de l’auteur. Je ne demande jusqu’où ils sont arrivés dans leur lecture, car la raison devient rapidement transparente et évidente : l’ignorance rend manipulable et les Faiseurs de Bien, même avec les meilleures intentions du monde, peuvent devenir rapidement des tyrans. Car les Utts l’ont bien vu, les hommes sont responsables de beaucoup de choses qui sont allées de travers dans l’histoire de l’Humanité, mais qu’en est-il des femmes ? Feraient-elles mieux ? On ne le saura jamais, car en les gardant dans l’ignorance totale d’évidences scientifiques, ils ont réussi à les maintenir sous leur coupe. Ici, ce ne sont pas les femmes au pouvoir non plus finalement. D’ailleurs, les employés de maison sont… des femmes. On ne renverse pas tout un système en un claquement de doigts.

Alors, est-ce que ce livre est misogyne ? Il contient des clichés de genre bien énervants, mais il a 40 ans ! Parlez-donc à vos pères, oncles, voisins, il y en aura bien qui partageront encore aujourd’hui cette vision des choses, alors à l’époque… Mais il remet aussi les pendules à l’heure en ce qui concerne les pulsions irrépressibles des hommes, il y a 40 ans : certainement peu d’hommes se rendaient compte que les femmes acceptaient certaines choses par peur. Dans L’été indien d’une paie de lunettes, c’est exprimé clairement, sans faux semblants. Il mentionne aussi – rapidement, soit – l’image du vieil homme et de la jeune femme, mettant en avant le contraste entre leurs corps, leurs attentes, et leurs performances.

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En conclusion, ce n’était pas la lecture de l’année, c’était moins pire que ce à quoi je m’attendais d’un point de vue idéologique, et assez intéressant à mettre en parallèle avec les problématiques militantes du XXIème siècle.

En contrepartie, le discours manque cruellement de subtilité et de nuances, et le style, à moins que ce ne soit la traduction ? Est un peu pataud lourdingue. Mais je n’ai jamais lu de SF spécifiquement pour ses qualités stylistiques. Et l’auteur n’est d’ailleurs pas reconnu pour son talent dans ce domaine précis.

Mais aurais-je apprécié différemment ce livre sans le prisme féministe ? Mmmmh.

L’histoire humaine pré-Utt racontait que les hommes avaient profité sans pitié de leur plus grande force physique pour subjuguer et contrôler les femmes. Et c’était à cette menace que les femmes réagissaient.

Le pingouin – Andreï Kourkov

Смерть постороннего

Editions : Points

ISBN : 978-2020477819

Traduit par : Nathalie Amargier

274 pages

À Kiev, Victor Zolotarev et le pingouin Micha tentent péniblement de survivre. Victor, journaliste, est sans emploi et Micha, rescapé du zoo, traîne sa dépression entre la baignoire et le frigidaire de l’appartement. Lorsque le patron d’un grand quotidien offre à Victor d’écrire les nécrologies de personnalités pourtant bien en vie, Victor saute sur l’occasion. Un travail tranquille et lucratif.

Mais un beau jour, les « petites croix » se mettent à mourir, de plus en plus nombreuses et à une vitesse alarmante, plongeant Victor et son pingouin neurasthénique dans la tourmente de ce monde impitoyable et sans règles qu’est devenue l’ex-Union soviétique.

Ce livre est un fail de tentative de réduction de ma PAL. J’allais tranquillement déposer des livres dans la boîte à livres de ma ville. 5 ou 6, je ne sais plus. Deux coffrets de 3 plus quelques one shots. Trois semaines avant le début du confinement. Je dépose donc mes livres. Et je jette un coup d’œil quand même à ce qui traîne, on ne sait jamais. Bon, les traditionnels fascicules de feuilletons en allemand sur des romances de médecin de campagne. Des livres d’auteurs tombés dans l’oubli. Et celui là. Dont je n’avais jamais entendu parler. Mais ça avait l’air drôle, et il se peut que l’enfant m’aie contaminé avec sa phase pingouin. Et je venais de lire Le chat qui mangeait de la laine, je m’attendais à quelque chose du même type en lisant la quatrième de couverture.
 
Alors ouiiiii, et non. Victor vit avec Micha, le pingouin rescapé du zoo, dans un petit deux pièces à Kiev. Sa présence le réconforte et ils se soutiennent mutuellement dans leur solitude. La ressemblance s’arrête ici. Victor accepte une mission pour un journal et se retrouve entrainer dans une affaire politique qui le dépasse.
Pourtant, les enjeux politiques ne sont pas le cœur du récit, Victor ne comprenant pas trop ce qui se passe, ni pourquoi. Il a bien des idées à ce sujet, mais il est plus absorbé par sa solitude et son désespoir pour réellement chercher à comprendre.Le dénouement de l’intrigue lui est révélé, comme au lecteur, lorsqu’il tente de sauver son pingouin.
Cette partie là m’a rappelé un livre que j’ai lu l’année dernière, dans lequel un homme se fait régulièrement interpeller par des gens qui savent qui il est, sans que ce soit réciproque : Figurec de FabCaro.Ici, c’est un peu pareil et il m’a également évoqué d’autres auteurs des pays de l’Est, qui, dans leurs romans, subliment le désespoir avec de l’incongru : Arto Paasilinna (pas vraiment de l’Est, mais j’y viens*) et Andrus Kivirähk, ou même Boulgakov (dont je ne vous ai jamais parlé). Comme si le spectre de l’URSS planait encore sur leur tête et avait teinté leur écriture d’un grain de folie pour supporter une vie au mieux banale, au pire déprimante et accablante (*La Finlande, bien qu’indépendante, devait encore des comptes à l’URSS pendant la guerre froide). 
J’ai pas de chance avec les femmes. Je tombe que sur des extra-terrestres: calmes, discrètes, elles restent un temps avec moi, puis elles disparaissent… J’en ai eu marre, j’ai pris un pingouin, et je me suis tout de suite senti mieux.
 Car du désespoir, parlons-en. Victor a peu d’amis. Et il connait à peine ceux qu’il a. Au début, je pensais que c’était par manque de développement des personnages secondaires, d’où les ex-compagnes calmes et discrètes. Mais non, Victor le sait et le dit.
Les personnages secondaires, s’ils ont quelques caractéristiques et qu’on connait vaguement quelques éléments de leur vie, restent des silhouettes sans substance, par manque d’intérêt de Victor pour leur vie, parce qu’il ne veut pas rester seul, et qu’au final, eux non plus. Il trouve une petite amie, un peu parce qu’elle était là, parce qu’il était là, sans vraiment d’affection ni d’amour, et se crée alors un simulacre de famille, juste pour ne pas rester seuls dans un pays qui vit encore avec le spectre du communisme.
Au final, c’est le pingouin avec qui Victor a le plus d’affinités, ce colocataire silencieux et peu démonstratif qui va lui faire rencontrer d’autres personnages isolés plutôt que solitaires, et avec qui vont se lier d’autres relations, superficielles mais salutaires. 
 
Je m’attendais à un polar avec pingouin, léger et drôle. Je me retrouve avec une histoire assez triste enrobée d’absurde. Un récit d’isolation teinté de poésie étrange et de satire (d’un pays dont j’ignore presque tout), comme je l’ai souvent retrouvée chez les auteurs sus-mentionnés déjà, entre la lecture légère et le cafard interdimensionnel.
L’histoire d’un mec qui vit sa vie comme une marionnette pendant que des gens mentionnés en passant tirent les fils. L’histoire d’un mec déprimé qui vit dans un pays post-URSS où, pour obtenir des soins ou une protection, il faut graisser la patte de la bonne personne et où les gens vont faire une cure de rayons à Tchernobyl quand ce n’est pas la saison pour partir en vacances en Crimée.  

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Au final, peu d’action pour beaucoup d’introspection. Pas un coup de cœur, mais une lecture intéressante que j’ai apprécié, lu en deux jours, c’est que j’ai bien eu du mal à le poser. La fin est ouverte, j’ai lu la dernière phrase avec stupeur et frustration. Il semblerait qu’il y ait une suite, que je vais chercher, parce que Micha le pingouin, le personnage le plus étoffé du livre, me manque déjà.

L’amitié ? En fait, il ne l’avais jamais vraiment connue, pas plus que les costumes 3-pièces ni la passion véritable. Sa vie était terne et douloureuse, elle ne lui apportant pas joie. Même Micha était triste, comme si lui aussi n’avait connu que la fadeur d’une existence dénuée de couleurs et d’émotions, d’élans joyeux, d’enthousiasme.Chaque siècle offre environ cinq ans de faste, puis tout s’écroule.

 

L’Agonie de la Lumière – George RR. Martin

L'Agonie de la lumière

Dying of the light

Editions : J’ai lu

ISBN : 978-2290075722

442 pages

Lorsque, un jour, Dirk t’Larien reçoit sur la planète Braque le joyau que jadis il a offert à son amour perdu, des souvenirs douloureux reviennent à la surface, d’anciennes cicatrices se réveillent : pourquoi Gwen ferait-elle appel à lui après tout ce temps ? À l’idée qu’il existe une possibilité de repartir de zéro avec celle qu’il a tant aimée, t’Larien embarque néanmoins sans hésiter dans le premier vaisseau interstellaire en partance pour Worlorn – le monde-festival désormais à l’abandon, un cadre baroque et décadent condamné à l’extinction. Sur cette planète mourante, pour tenter de raviver les sentiments qui l’unissaient à la jeune femme, il lui faudra commencer par l’arracher aux griffes des Kavalars, un peuple violent régi par un code d’honneur d’un autre âge… un code mortel.

 

Oooh, un George RR Martin, alooors, Le Trône de Fer ?! Eh bah nan ! Découvrez avec moi le premier roman de M. Martin, aux antipodes de Westeros, à l’autre bout de la Galaxie.
 
Ici, point de fantasy médiévale avec dragons, géants, loups géants, mais de la science-fiction pure et dure, avec extra-terrestres et saucisses de cuir volantes.
 
Sur une trame d’un amour perdu et peut-être renaissant, nous nous dirigeons vers la planète Worlorn, ou se déroula, il y a fort longtemps, une exposition universelle, qui méritait largement son titre d’universelle : chaque planète, chaque peuple, construisit sa ville avec ses technologies, pour célébrer un festival qui durerait des années. Puis les soleils de Worlorn commencèrent à s’éloigner, l’hiver vient (ahem), et les moeurs se durcissent (ahem).
 
J’avoue, de base, la SF, l’espace, l’anticipation, tout ça tout ça, c’est pas trop mon truc. Trop anxiogène, et la réalité finit toujours par rattraper la fiction, malheureusement. Mais je voulais lire autre chose de Martin, qui souffre, à mon humble avis, de tics de langages qui changent d’un livre à un autre (useless as nipples on a breastplates, hein, quoi ? J’aurais dû compter les occurrences) et qui parasitent un peu la lecture. Ce qui ne remet pas en cause son talent de tisseur d’histoires, attention.
 
Suivons donc Dirk T’Larien à la découverte de Worlorn et à la poursuite de Gwen, son amour perdu qu’il retrouvé mariée à un Kavalar, un peuple barbare en voie de disparition, assujetti à un code d’honneur et des rites et traditions désuets, comme celui d’avoir des frères d’armes avec qui ont partage son épouse (ahem). Mais est-ce c’est bien Gwen qui lui a demandé de venir la rejoindre  sur ce caillou dans le ciel ? Hahaaaa !
 
Je ne vais pas vous raconter toute l’histoire, le but étant de vous donner envie (ou pas) de le lire, mais vous souhaitez lire un récit épique, avec de grandes batailles ainsi que des complots politiques de grande ampleur, passez-votre chemin. Ici, vous trouverez des duels, des complots pour l’amour (the things I do for love ?), une course poursuite angoissante, sur une planète mourante.
 
Les personnages ont une planète entière a explorer, et l’on passe toute la première partie du livre à l’explorer avec eux, et pourtant, le récit m’a fait l’effet d’un huis-clos claustrophobe, le nombre restreint de personnages et les descriptions de villes entières désertées n’y sont pas innocentes. Ici, vous ne trouverez pas non plus de listes de personnages à rallonge, vous vous en sortirez avec vos deux mains et pourrez garder vos chaussettes.
 
Par contre, vous y découvrirez des peuples absents, mais aux constructions fascinantes (une ville qui fait de la musique grâce au vent soufflant dans ses tours ! ), des antagonistes dignes d’un électorat de Trump, se vautrant dans un racisme primaire pour rendre sa gloire à leur peuple (en 1977, les gars), un benêt romantique qui pense pouvoir reconquérir son amour perdu en lui expliquant à quel point elle est bête d’avoir épousé ce Kavalar avec son peuple à la con et ses traditions d’un autre âge (toujours une bonne idée, ça) (spoiler : non), ainsi que des personnages complexes, fouillés et représentatifs de la nature humaine, qui arrivent à s’embrouiller dans la deuxième partie de manière tellement rapide que j’ai eu du mal à suivre, après une première partie plutôt passive.
 
Vous trouverez aussi dans ce one-shot relativement court les prémisses de ce qu’allait devenir Westeros : des saisons durant plusieurs années, la déraison des gens à l’approche de la fin (#pénuriedePQ), un peuple partageant beaucoup de traits avec des Dothrakis, les chevaux en moins, une question d’amour mal placé qui débute les hostilités et un personnage féminin (un seul, oui, mais il doit y avoir trois pelés deux tondus sur cette planète) fort, avec une mise en perspective de sa place et de sa condition selon le peuple qui l’observe.
 

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Malgré quelques maladresses stylistiques -je n’oserais pas accuser la traduction parce que nipples on a breastplate à chaque chapitre-, une saucisse de cuir, vraiment ?, L’Agonie de la Lumière, premier roman de GRRM, publié en 1977 pose les bases de sa prose, et nous fait démonstration des talents de conteur que l’auteur possède visiblement depuis ses débuts. Certains romans de SF datant de cette époque là, voire avant semblent désormais datés, vieillots, ici, ce n’est pas (encore) le cas.

Toute l’essence et les thématiques de l’œuvre la plus marquante de GRRM se trouvent déjà ici, ce qui peut éventuellement donner lieu à des comparaisons entre les deux univers, celui de la fameuse saga au mur étant bien plus complet et abouti, expérience et longueur obligent. J’ai essayé de ne pas penser à ses romans phares, mais je dois bien avouer que c’était compliqué.

Néanmoins, si la longueur du Trône de Fer ou la fantasy vous rebutent, mais que la SF vous parle, donnez une chance à L’Agonie de la Lumière, vous découvrirez un univers complexe et fouillé, très abouti pour un premier roman -il  a même un glossaire à la fin-, certes au rythme inégal, tout s’enchaîne très vite à la fin, mais pas déplaisant.

Sur ce, je vais voir si je peux trouver d’autres one-shots en ces temps de confinement.

Chroniques express #4

Le rasoir d’Ockham – Henri Loevenruck

Ce livre a trouvé le chemin de ma PàL en ayant été laissé à qui voudra dans la boîte à livre de ma ville. J’ai lu le premier tome de Gallica du même auteur, et je me suis dit que j’allais tenter celui-là, en plus d’avoir ajouté un autre de ses romans sur ma liste de livres à lire. Il s’agit là d’un thriller ésotérique à la Da Vinci Code, des meurtres en lien avec une organisation secrète ayant lieu au quatre coins de la France. Si l’intrigue en elle-même n’était pas trop mal ficelée, quelque chose m’a profondément gênée. La mention de Gallica plus haut n’est en effet pas anodine, Gallica mentionnant et faisant la part belle à l’organisation des Compagnons du Devoir, ici, ils se trouvent également au centre de l’action. De plus, rien à voir avec ce titre, mais plusieurs de ses personnages principaux portent le même nom, un peu comme si les thématiques et prénoms sortaient d’une base de données limitées et étaient choisies de manière aléatoire. Et à plusieurs reprises, je n’ai pu m’empêcher de plus me soucier du destin du chat d’Ari, laissé tout seul dans un appartement sous scellé que d’Ari ou de sa dulcinée. Bref, de la boîte à livre tu viendras, à la boîte à livre tu retourneras.

Just Kids – Patti Smith

Je ne connais que peu l’oeuvre de Patti Smith, et la scène artistique New Yorkaise des années 60/70 m’indiffère complètement. Rien ne me destinait à lire ce livre, si ce n’est qu’il était dans la bibliothèque de la maison. Un jour d’ennui, je l’ai pris, décidant d’agrandir ma culture rock. Je l’ai lu, je n’ai toujours pas écouté Patti Smith, et je continue a me contrebalancer allégrement de la Factory, de ses émules, égéries et de son maître à penser. Mais j’ai eu l’impression que Patti Smith aussi s’en contrebalançait et n’a fait qu’observer l’environnement qu’affectionnait son amour de l’époque, pour ensuite prendre son envol et se faire son propre nom. Sa vision romancée d’un Paris plutôt pouilleux ( à tous les sens du terme) m’a un peu agacée, tout autant que son adoration de Rimbaud. Mais Paris provoque des crises d’angoisse chez moi à grand renforts de puanteur et de population trop dense et la poésie m’a toujours laissé de marbre. Malgré ce postulat de base, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé, c’était une lecture intéressante d’un chapitre de la vie de la Godmother of punk, bien plus nuancé, subtil et émouvant que je ne l’aurais imaginé, bien loin des clichés du punk que j’avais en tête, et bien loin aussi du sex, drugs, and rock n’ roll auquel je m’attendais.

 

Tant pis pour l’amour – Sophie Lambda

Tant pis pour l’amour

Editions : Delcourt

ISBN : 978-2-413-01986-2

248 pages

Tant pis pour l’amour nous plonge dans la véritable histoire d’amour de l’autrice. Avec humour, elle nous entraîne dans la spirale infernale d’une relation toxique avec un pervers narcissique et en propose les décryptages.

Quand Sophie rencontre Marcus, elle tombe amoureuse en 48h. Elle qui était si cynique en amour, cette fois, elle y croit. Sauf qu’il se révèle vite étrange. Sophie a alors besoin de comprendre ce qui ne va pas. Confronté à ses mensonges et ses incohérences, il a des réactions violentes, des excuses pour tout et arrive à se sortir de chaque impasse. Mais jusqu’à quand ? Sophie aime un manipulateur narcissique.

 

Le sujet du manipulateur semble à la mode, entre les articles sur la perversion narcissique, et les BDs sur le sujet, entre Fanny Vella (que je n’ai pas lu), et Sophie Lambda, et sans doute d’autres que j’ignore. Le terme pervers narcissique utilisé dans le texte de l’éditeur me semble d’ailleurs un peu mal venu et « putaclic », Sophie Lambda ne qualifie jamais son compagnon par ce mot, et elle explique pourquoi.

J’ai hésité à lire cette BD au début, de peur qu’elle ne réveille certains souvenirs douloureux. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai préféré l’emprunter à la médiathèque plutôt que l’acheter une fois la décision prise. Je ne suis pas persuadée que posséder un livre pareil dans ma bibliothèque de façon permanente soit la plus riche des idées.

Finalement, je l’ai lue, et j’ai bien aimé. Je me suis reconnue parfois, il faut dire que le manipulateur, peut importe son diagnostic précis, fonctionne toujours de la même manière, cette bête là n’étant pas très originale, mais pas tant que ça non plus, mon histoire à moi date, et les cicatrices ne démangent plus autant qu’auparavant.

Tant pis pour l’amour est l’histoire de l’auteur, qui a rencontré un manipulateur, terme générique qu’elle utilise car il englobe beaucoup de pathologies, et ne nécessite pas de diagnostic psy, contrairement au terme de pervers narcissique, de socio- ou psychopathe. Ce choix est d’ailleurs louable, le terme restant universel. Elle raconte sa descente aux enfers, de la rencontre idyllique au retournement de cerveau qui la fait douter de son propre équilibre mental, tout en semant les indices qu’elle a choisi d’ignorer (comme toutes les victimes, au final), pour terminer par son combat pour se reconstruire, en étant entourée, et elle montre aussi un bel exemple de sororité avec une autre victime de son amoureux.

Le récit est ponctué d’intervention de son ours en peluche, sorte de conscience lucide et de ressort humoristique et se clos par des conseils, profil de cibles du manipulateur afin de se déculpabiliser d’être tombée dans le panneau, adresses et associations, dans le but de venir en aide à d’autre victimes.

Le style du dessin est typique du style « blog BD girly », au trait arrondi et marqué, on aime ou on aime pas, je ne suis pas sûre que ce soit mon trait préféré, mais bon. De plus, j’ai un peu regretté le manque de subtilité des indices qui devraient faire tilt, avec parfois l’ajout de cases qui expliquent que « là, y’avait un truc qu’elle n’a pas compris mais aurait dû » que j’ai trouvée redondantes et inutiles. Mais elles peuvent sans doute avoir leur utilité pour expliquer à ceux qui ignorent le fonctionnement des personnalités toxiques le mécanisme interne à ceux « qui se font avoir ».

 

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J’appréhendais de lire Tant pis pour l’amour, à cause mon histoire personnelle, mais finalement, la lecture est plutôt bien passée. Sophie Lambda a eu le courage de raconter son histoire, et d’expliquer tous les mécanismes de prise au piège qui se mettent en place, pourquoi on « tombe dans le panneau », comment s’en sortir, et comment aider dans le cas d’un proche victime. Plus qu’une BD divertissante, je l’ai vue comme une BD didactique, au sujet important, parce que les violences conjugales ne sont pas toujours physiques, et pourquoi « elle ne l’a pas quitté ? ».

Le chat qui mangeait de la laine – Lilian Jackson Braun

The Cat who ate Danish modern

Editions : 10/18

ISBN : 978 2 264 07394 5

542 pages

Ce livre rassemble : Le chat qui lisait à l’envers – Le chat qui mangeait de la laine – Le chat qui aimait la brocante

En entrant au Daily Fluxion, Jim Qwilleran n’imaginait pas que sa vie de journaliste serait aussi mouvementée. Ni qu’il faudrait endosser mille casquettes – tour à tour chasseur d’artistes, reporter culinaire, responsable décoration… Mais quelle que soit la rubrique, cet ancien chroniqueur de crimes  surtout le chic pour attirer les ennuis. Qu’il suive un critique d’art féroce, rencontre un collectionneur de jades malchanceux ou s’immerge dans le milieu interlope des brocanteurs, chacun de ses reportages apporte son lot de disparitions et morts subites. Heureusement, le journaliste à la moustache foisonnante peut compter sur le flair de Koko et Yom Yom, ses deux astucieux chats siamois, pour démêler ces drôles d’affaires, d’un coup de patte de velours…

 

J’ai pris ce livre parce que j’étais prise d’une envie irrépressible d’acheter un livre à la librairie de ma  petite ville. Comme une compulsion. Il me faut un livre, là, maintenant, tout de suite ! J’ai fureté parmi ses rayons et j’ai bloqué sur la couverture et le titre. La quatrième de couverture me semblait prometteuse, alors même que j’avais occulté qu’il s’agisse là d’un recueil de trois courts romans.

Quand je l’ai sorti de la bibliothèque, assez rapidement selon mes critères je dois dire – il n’aura attendu que 6 mois pour être plus, pour parfois plusieurs années pour les autres ! – j’ai découvert qu’il s’agissait d’un série,  qui comptabilise 28 (!!!) tomes, et que les romans de ce livre, premiers de la série, datent des années 60.

J’ai rapidement accroché au style, léger, sans prise de tête, qui m’a permis de passer outre certains aspects un peu datés de l’univers : la moustache touffue, les personnages somme toute assez cliché, des femmes aux journalistes aux artistes. Néanmoins, je me suis attachée à Jim Qwilleran, flic un peu paumé qui se retrouve maître de deux chats un peu par hasard, balourdé d’un service à l’autre au gré ses humeurs du chef, qui s’enorgueillit d’une moustache bien touffue et sexy (selon les critères de sexytude des années 60, notons-bien), tel un hipster des années 60. Et ses chats sont bien des chats avec un comportement félin, pas de chats humanisés qui parleraient ou mèneraient l’enquête eux même, tels des moutons à la recherche de l’assassin de leur berger. Les trois romans suivent la même trame, comme beaucoup de séries policières, les rebondissements sont ainsi assez prévisibles ce qui est un peu regrettable. Mais la lecture de ces trois courts romans, même à la suite, s’est avérée rapide et agréable, peut-être pas inoubliable ni la lecture de l’année, mais je ne regrette pas mon achat compulsif et je pense lire les autres à l’occasion.

A noter également que cette couverture moderne et stylisée est bien plus à mon goût que les couvertures des romans individuels avec un chat anthropomorphe un peu flippant (et qui n’est pas siamois en plus de ça !).

 

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Il s’agit là d’une lecture agréable et facile, à lire entre deux livres plus exigeants pour décompresser. Les amoureux des chats y trouveront leur compte, les amateurs de séries policières décalées également. Ceux qui cherchent à lire un thriller haletant, oppressant, à la scandinave devraient passer leur chemin.

La Vérité sur l’affaire Harry Quebert – Joël Dicker

La Vérité sur l'affaire Harry Quebert

Editions : Editions de Fallois

ISBN : 978-2877068635
700 pages

Ce best seller enfin en poche !

À New York, au printemps 2008, alors que l Amérique bruisse des prémices de l élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable d écrire le nouveau roman qu il doit remettre à son éditeur d ici quelques mois. Le délai est près d expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d université, Harry Quebert, l un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison. Convaincu de l innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l enquête s enfonce et il fait l objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s est-il passé dans le New Hampshire à l été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ? Sous ses airs de thriller à l américaine, La Vérité sur l Affaire Harry Quebert est une réflexion sur l Amérique, sur les travers de la société moderne, sur la littérature, sur la justice et sur les médias.

J’étais plutôt réticente à lire ce livre, la faute à toutes ces critiques dithyrambiques et a mon côté élitiste sans doute. Puis mon congé maternité a commencé, il fallait bien que je m’occupe, et je me suis dit que cette fois-ci, ce serait quelqu’un d’autre qui piocherait dans la PàL pour moi. Et donc, on m’a sorti ce livre là en me donnant quelques arguments qui me donneraient envie (et ça a marché).

D’après ce que j’ai pu voir, ce livre a reporté des prix, et a essuyé pas mal de critiques également. Ce qui a contribué a me refroidir de prime abord.

Vous savez ce qu’est un éditeur ? C’est un écrivain raté dont le papa avait suffisamment de fric pour qu’il puisse s’approprier le talent des autres.

Il s’agit du premier effort de l’auteur, et il s’attaque déjà au mythe de l’auteur qui souffre de la page blanche et égrène des leçons sur l’écriture au fil des chapitres. Leçons qui sont d’ailleurs mises en œuvre au pied de la lettre dans le chapitre qui suit. Je ne sais qu’en penser, est-ce de la suffisance ? De la confiance en soi ? A-t’il suivi des cours d’écriture créative et nous récite-t’il ses notes ?

L’auteur face à la page blanche, la situation géographique et l’affaire de meurtre évoquent Stephen King (l’argument qui m’a fait lire ce livre), mais côté géographie, pour un auteur européen francophone, il aurait aussi bien pu situer l’action dans la Creuse ou dans les Alpes, ça aurait peut être sonné plus authentique. Ici, parfois, ça sonne un peu carton-pâte.

La relation de Harry et Nola peut évoquer Lolita de Nabokov (on notera, ou bien je me fait des films, les similitudes de sonorités entre Quebert et Humbert, Nola et Lolita…), avec un soupçon de Psychose de Hitchcock en ce qui concerne l’adolescente.

Elle est fertile, docile, elle te fera un enfant tous les neuf mois ! Je lui apprendrais comment élever les enfants, et comme ça, ils seront tout comme je veux ! N’est-ce pas merveilleux ?

Les figures maternelles sont problèmatiques : envahissantes, hystériques et castratrices, il y a très peu de femmes « saines » dans ce roman, ce qui m’a un peu chiffonné. toutes les femmes sont insupportables dans ce livre, c’est incroyable. Le narrateur aussi d’ailleurs, suffisant, menteur, arrogant, c’est un antihéros que rien ne rend attachant. La narration est truffée de fausses pistes, la suspicion du coupable glisse sans arrêt d’un personnage à l’autre, et pourtant, la fin n’est pas une réelle surprise.

Est-ce vraiment une enquête sur un meurtre d’ailleurs ? Ou est-ce le récit d’un imposteur au sujet d’une imposture ?

Vous voyez, je ne sais toujours pas trop quoi en penser, deux mois plus tard. Je l’ai lu très rapidement, ce qui est plutôt bon signe. C’est prenant, ça se lit bien et facilement. Est-ce que j’ai trouvé ça bon ? Divertissant serait plus juste.

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En conclusion ? Un roman divertissant sans plus. Ca se lit, j’ai passé un bon moment, mais est-ce que c’était ma lecture de l’année ? Clairement, non.

Mais au fond, est-ce qu’on devrait en espérer plus d’un roman ? Qu’il nous divertisse ? S’il nous fait réfléchir, c’est un plus, mais si on passe un bon moment, même en ayant posé son cerveau dans un bocal, c’est déjà très bien !

Suréquipée – Grégoire Courtois

Editions : Folio SF

ISBN : 9782072711206
176 pages

Lorsque la BlackJag a été mise en vente, il était évident qu’elle allait révolutionner le marché de l’automobile. Constitué uniquement de matériaux organiques, qui en font pour ainsi dire une voiture vivante, ce nouveau modèle a tout pour plaire. Le prototype qui a servi aux séances de démonstration devant la presse est aujourd’hui revenu en atelier : son propriétaire a disparu ; peut-être la BlackJag a-t-elle gardé en mémoire des éléments qui permettront de le retrouver. Écoutons-la nous raconter son histoire.

Avec Suréquipée, son premier roman de science-fiction, Grégoire Courtois, à la suite de J. G. Ballard ou de Stephen King, s’empare avec brio du mythe moderne par excellence : la relation de l’homme à sa voiture.

En voilà un livre qu’il est chelou. Le rapport du conducteur à sa voiture a déjà été exploité dans la littérature, Christine de Stephen King étant très certainement l’œuvre la plus connue sur ce thème.

Alors, est-ce qu’on peut encore y apporter quelque chose de neuf ?

Suréquipée, loin de King, se passe au XXIème siècle, l’industrie automobile vient de se lancer dans la voiture organique. Réactive, dotée de caractéristiques animales et d’une certaine forme de conscience primitive, bien loin de la voiture hantée et maléfique et Stephen King.

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Ici, l’auteur se concentre bien plus sur le lien du conducteur à sa voiture plutôt que sur le fantasme d’une technologie qui prendrait le dessus sur l’humain. Ce lien ici, est exacerbé jusqu’au plus glauque par ailleurs.

Le livre est assez court, et se présente sous forme d’enregistrements de la mémoire de la voiture, sur plusieurs années, entre sa conception et la disparation de son propriétaire, afin de découvrir toutes les caractéristiques organiques et animales dont l’a doté son créateur ainsi que les liens unissant le disparu à sa famille et à son véhicule. Il s’agit d’une lecture assez rapide et agréable, je n’aurais qu’à soulever un souci de clarté sur la fin, sans doute causé, en partie,  par cette forme d’enregistrements internes à la Blackjag, sans jamais avoir un point de vue externe.

 

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En soi, Suréquipée est une lecture agréable, même si la conclusion m’a fortement perturbée, je suis une chochotte. Et si quelqu’un passant par là peut m’expliquer la fin du dernier enregistrement, ça sera bien gentil.

Et, en cette période de bac, je vous offre une réminiscence de vos cours de philo : Science sans conscience n’est que ruine de l’âme.

 

La Dilogie de Moirin

En fait, il s’agit d’une trilogie, mais je n’en ai lu que les deux premiers tomes. Après avoir dévoré les aventures de Phèdre, puis d’Imriel, que j’ai trouvées un cran en dessous, voici celles de Moirin, qui se déroulent un siècle après celles d’Imriel, en Alba. Le peuple des Maghuin Dhonn souffre toujours de sa malédiction, et vit isolé. Pourtant, la magie vit toujours en eux, dans une moindre mesure. Moirin est une enfant sauvage, qui vit avec sa mère dans la forêt, encore plus isolées que le reste de leur peuple. La légende de Phèdre continue à être contée, et l’héroïne de cette nouvelle série ne cesse de se comparer à cette figure devenue mythique. De ce fait, le lecteur ne peut s’empêcher de faire pareil…

Se retrouver en Alba est bien l’élément que j’ai préféré, ressentant plus d’affinités avec la mythologie « à la celte » qu’avec celle de Terre d’Ange, mais est-ce que cela suffit à atteindre la grandeur des aventures de la célèbre courtisane masochiste ?

Je dois avouer qu’au début, ce nouvel univers sauvage, loin de la sophistication d’Angeline m’a fait plaisir et emballée, puis, avec le recul, le soufflé est retombé. Au moment ou la Moirin sauvage et libre met les pieds en Terre d’Ange pour être civilisée. On quitte assez rapidement Alba, Moirin emporte au fond d’elle une boussole morale qu’ont tous les gens de son peuple que la grande Ourse a accueillis en son sein, ce qui limite assez sa marge d’erreur : quand elle doute, sa boussole lui dit quoi faire, pas d’erreur possible ou presque.

Un des éléments phares de cet univers est la prépondérance du sexe. Ici, pas de scènes S/M, ouf, tout le monde est consentant, tendre, aimant, le rapport de force dans l’acte charnel est quasi inexistant – dans les relations humaines, c’est autre chose, la manipulation par les sentiments reste assez présente – ce qui peut rendre les scènes de sexe fades, voire gratuites, alors que pour Phèdre, elles faisaient pleinement partie du jeu politique. Je regrette seulement que, comme chez Phèdre, l’héroïne soit bissexuelle plutôt que lesbienne, ce qui aurait pu rendre la devise d’Angeline « Aime comme tu l’entends » plus percutante et pertinente.

Le compagnon de Moirin souffre également de la comparaison avec ses prédécesseurs, là ou Josselin et Imriel étaient tiraillés et torturés, ici, pour le rendre plus mystérieux, l’auteur a choisi de le rendre mutique. En effet, pas besoin de développer un personnage en profondeur s’il ne dit jamais rien. De plus, la question de la véracité de leur attachement se pose tout du long, à cause de leur lien subi et imposé, comme toutes les choses liées à la boussole de Moirin.

Néanmoins, tout n’est pas à jeter, même avec le recul (j’ai lu ces deux livres il y a maintenant plusieurs mois) : on découvre plus en profondeur la carte de l’univers de Jacqueline Carey, on découvre des horizons plus lointains que ceux parcourus par Phèdre, et découvrir ces pays haut en couleurs est fort plaisant.

En conclusion, si les aventures de Phèdre m’ont fascinées, celles d’Imriel diverties, celles de Moirin m’ennuient quand même un peu, jusqu’à ce qu’elle retourne en Alba, si son destin est de revenir sur sa terre d’origine.

 

Le Cercle du Suicide – Usamaro Furuya

Editions : Casterman

ISBN : 978-2203373327
176 pages

Le 31 mai 2001, en gare de Shinjuku, 54 lycéennes, main dans la main, se jettent sous un train. Seule Saya en réchappe. Un mois plus tard, la jeune fille se plaint à Kyôko, son amie d’enfance, de n’avoir pas péri en compagnie de Mitsuko, une autre de ses amies. Surprise, Kyôko sait néanmoins que Saya appartenait à un mystérieux « club », dirigé par la défunte. A présent, de nouveaux changements s’opèrent sur elle : tandis que des rumeurs se répandent à son sujet sur le Net, Saya s’attire la fréquentation de nombreuses jeunes filles.

Si j’ai pris ce livre, c’est parce que son titre et les quelques lignes au dos m’évoquaient Petits suicides entre amis d’Arto Paasilinna avec un ton un peu plus grave. Un peu ? Le ton est finalement totalement différent. Ici, je n’ai pu déceler aucune trace d’humour, aussi noir soit-il.

Ici, on plonge dans un univers malsain, dans une adolescence malheureuse, bien loin des fantasmes et clichés habituels des lycéennes japonaises présents dans les autres mangas que j’ai pu lire et auxquels je suis habituée. – Alors que leurs bizarreries et le taux de suicide élevé de ce pays ne me sont pas inconnus ; je resterai pour toujours traumatisée par Ring, vu il a presque 15 ans et dont le souvenir est toujours vivace –

Le cercle du suicide commence par un suicide collectif : une cinquantaine de lycéennes se jette sous un train. Une seule jeune fille survit, quasiment miraculée, sans aucune égratignure. En l’observant à travers les yeux de sa meilleure amie d’enfance, de qui elle s’est éloignée, on découvre la spirale sordide qui peut mener à ce geste désespéré. Le vie ne semble épargner aucune des adolescentes de ce manga, alors qu’elles sont à un âge ou tout semble encore possible, et l’on voit bien que, malgré cela, tout semble encore très flou et incertain. Entre légende urbaine et fait divers, le désespoir adolescent, dans ce manga, semble être une sorte de maladie contagieuse, une malédiction qui ne se satisfait que de victimes de plus en plus nombreuses.

Par ailleurs, d’un point de vue occidental, dans un pays où les uniformes scolaires ne font pas partie du paysage, voir ces lycéennes toutes habillées de la même manière en proie à leurs états d’âme dévastateurs gomme tous les marqueurs sociaux et rends le tout plus universel et plus effrayant.

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Je pensais que ce serais une lecture sans plus. Même au moment de refermer le livre, je me suis dit « Boarf, meh ». Et pourtant, avec le recul, c’est une lecture plus marquante que mes espérances ne le laissaient soupçonner.

Source : CoinBD