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Le Cercle du Suicide – Usamaro Furuya

Editions : Casterman
ISBN : 978-2203373327
176 pages

Le 31 mai 2001, en gare de Shinjuku, 54 lycéennes, main dans la main, se jettent sous un train. Seule Saya en réchappe. Un mois plus tard, la jeune fille se plaint à Kyôko, son amie d’enfance, de n’avoir pas péri en compagnie de Mitsuko, une autre de ses amies. Surprise, Kyôko sait néanmoins que Saya appartenait à un mystérieux « club », dirigé par la défunte. A présent, de nouveaux changements s’opèrent sur elle : tandis que des rumeurs se répandent à son sujet sur le Net, Saya s’attire la fréquentation de nombreuses jeunes filles..

Si j’ai pris ce livre, c’est parce que son titre et les quelques lignes au dos m’évoquaient Petits suicides entre amis d’Arto Paasilinna avec un ton un peu plus grave. Un peu ? Le ton est finalement totalement différent. Ici, je n’ai pu déceler aucune trace d’humour, aussi noir soit-il.

Ici, on plonge dans un univers malsain, dans une adolescence malheureuse, bien loin des fantasmes et clichés habituels des lycéennes japonaises présents dans les autres mangas que j’ai pu lire et auxquels je suis habituée. – Alors que leurs bizarreries et le taux de suicide élevé de ce pays ne me sont pas inconnus ; je resterai pour toujours traumatisée par Ring, vu il a presque 15 ans et dont le souvenir est toujours vivace –

Le cercle du suicide commence par un suicide collectif : une cinquantaine de lycéennes se jette sous un train. Une seule jeune fille survit, quasiment miraculée, sans aucune égratignure. En l’observant à travers les yeux de sa meilleure amie d’enfance, de qui elle s’est éloignée, on découvre la spirale sordide qui peut mener à ce geste désespéré. Le vie ne semble épargner aucune des adolescentes de ce manga, alors qu’elles sont à un âge ou tout semble encore possible, et l’on voit bien que, malgré cela, tout semble encore très flou et incertain. Entre légende urbaine et fait divers, le désespoir adolescent, dans ce manga, semble être une sorte de maladie contagieuse, une malédiction qui ne se satisfait que de victimes de plus en plus nombreuses.

Par ailleurs, d’un point de vue occidental, dans un pays où les uniformes scolaires ne font pas partie du paysage, voir ces lycéennes toutes habillées de la même manière en proie à leurs états d’âme dévastateurs gomme tous les marqueurs sociaux et rends le tout plus universel et plus effrayant.

 

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Je pensais que ce serais une lecture sans plus. Même au moment de refermer le livre, je me suis dit « Boarf, meh ». Et pourtant, avec le recul, c’est une lecture plus marquante que mes espérances ne le laissaient soupçonner.

Source : CoinBD

Dragons at Crumbling castle – (The fantastically funny) Terry Prachett

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(The fantastically funny) Terry Pratchett
Editions : Doubleday
ISBN : 9780857534378
338 pages

Illustrations : Mark Beech

Dragons have invaded Crumbling Castle, and all of King Arthur’s knights are either on holiday or visiting their grannies.

It’s a disaster!

Luckily, there’s a spare suit of armour and a very small boy called Ralph who’s willing to fill it. Together with Fortnight the Friday knight and Fossfiddle the wizard, Ralph sets out to defeat the fearsome fire-breathers.

But there’s a teeny weeny surprise in store . . .

Fourteen fantastically funny stories from master storyteller Sir Terry Pratchett, full of time travel and tortoises, monsters and mayhem!

‘So funny I dropped my spoon laughing!’ – King Arthur

Bon, cette fois, je vous évite mon laïus habituel concernant Terry Pratchett, vous allez croire que je radote. Du coup, on va entrer dans le vif du sujet tout de suite.

Terry Pratchett a toujours assumé avoir du mal à écrire des nouvelles. Vous me direz donc, si lui même disais qu’il n’y arrivait que très difficilement, est-ce que Dragons at Crumbling Castle est réservé aux complétistes et collectionneurs ? J’ai le malheur ahem de faire partie de ces deux catégories , et en plus, je suis de mauvaise foi, je dirais que non.

Mais objectivement et réellement, non, cette anthologie est à réserver aux fans inconditionnels, qui veulent découvrir les premiers écrits de l’auteur et les prémices du Disque-Monde ainsi que la version originale du Peuple du Tapis. On y retrouve également l’influence des Monthy Pythons, et le talent de Pratchett pour manipuler la langue est déjà bien présent, néanmoins certaines nouvelles trouvent le moyen de trainer en longueur et manquent de rythme.

Alors si vous souhaitez découvrir le Pratchett originel, foncez, sinon, lisez plutôt ses romans.

 

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Sinon, il parait que A Blink of the Screen est sorti en français. Va falloir que je complète. On se revoit dans 15 ans, quand ma collection sera terminée.

Chroniques express – book edition #3

Pour cette troisième édition des chroniques express, nous exploiterons la thématique du malaise. Des lectures qui, sans avoir été mauvaises, m’ont laissé un gout de poussière ou de sang dans la bouche.

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William Kotzwinkle
Editions : Cambourakis
ISBN : 9782366241815
282 pages

Dr Rat, rongeur mentalement déséquilibré et mégalomane, a fait alliance avec la cause des hommes : dans le laboratoire où il est enfermé avec des dizaines d’autres animaux, il prêche la soumission à une science qui leur réserve pourtant un sort peu enviable. Mais le délire masochiste du Dr Rat ne pourra empêcher la révolte de gronder parmi ses congénères : le laboratoire se transforme en champ de bataille révolutionnaire. Paru vingt ans avant L’ours est un écrivain comme les autres, cette comédie animalière de William Kotzwinkle est une fable grinçante et sarcastique qui dénonce vivement la cruauté des hommes envers le règne animal.

Un livre que j’avais repéré en librairie pour le retrouver à la médiathèque. J’avais déjà lu L’Ours est un écrivain comme les autres (surtout à cause de la citation de Terry Pratchett au dos, on ne se refait pas) qui était sympa sans plus (la citation m’a semblé un peu exagérée en fin de compte. Quelle trahison.), on redécouvre ici un point de point de vue animal. Un rat de laboratoire taré observe avec désarroi une révolte animale qui commence avec les chiens de laboratoire, qui continue dans les abattoirs pour se poursuivre dans la savane. Tous les animaux convergent vers un seul point, seul l’Homme ignore cet appel viscéral qui traverse toutes les créatures vivantes.

Ici, à chaque pause de lecture, même avant de découvrir la fin, c’est un gout de sang persistant dans la bouche qui me suivait. C’est le regard torve que je mangeait mon steak haché, c’est la conscience torturée que j’ai acheté du jambon.
Si la fin est prévisible, l’Homme est un loup pour l’Homme est surtout pour les animaux après tout, elle m’a prise aux tripes et m’a donné les larmes aux yeux.
Ce livre date de 1976… 40 ans et il n’a pas pris une seule ride. Malheureusement.
Sur ce, je vais manger du tofu.

 

corbeaucorbeaucorbeaucorbeau

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Edward Carey
Editions : Grasset
ISBN : 9782246811855
464 pages

Au milieu d’un océan de détritus composé de tous les rebuts de Londres se dresse la demeure des Ferrayor. Le Château, assemblage hétéroclite d’objets trouvés et de bouts d’immeubles prélevés à la capitale, abrite cette étrange famille depuis des générations. Selon la tradition, chacun de ses membres, à la naissance, se voit attribuer un objet particulier, dont il devra prendre soin toute sa vie. Clod, notre jeune héros, a ainsi reçu une bonde universelle – et, pour son malheur, un don singulier : il est capable d’entendre parler les objets, qui ne cessent de répéter des noms mystérieux…
Tout commence le jour où la poignée de porte appartenant à Tante Rosamud disparaît ; les murmures des objets se font de plus en plus insistants ; dehors, une terrible tempête menace ; et voici qu’une jeune orpheline se présente à la porte du Château…
Premier tome d’une trilogie superbement illustrée par l’auteur, Le Château nous plonge dans un univers pareil à nul autre, fantasmagorique et inquiétant, gothique et enchanteur. Edward Carey y révèle des talents de conteur, de dessinateur et de magicien qui font de lui le fils spirituel de Tim Burton et de Charles Dickens.

1 euros sur un vide-grenier, pratiquement neuf, il n’en fallait pas plus pour que ce livre rentre avec moi. Il a fallu ensuite 6 mois pour que je le sorte de ma PàL. Illustré par l’auteur dans un style très sombre, ce livre pour adolescents (je suppose) nous plonge dans un univers aussi noir que ses illustrations, ou la saleté est reine. On a du mal à en sortir, pas vraiment parce que l’histoire est fascinante, mais plutôt parce qu’on a l’impression de sortir du livre recouvert d’une couche de crasse bien épaisse (ou c’est moi qui fait un léger blocage hygiéniste concernant les livres d’occasion…) avec une odeur de décharge dans le nez.

En bref, pas une lecture qui m’a passionnée, l’enchantement promis par la quatrième de couverture n’était pas au rendez-vous, je ne pense pas lire la suite, mais l’atmosphère sombre est parfaitement réussie et oppressante.

 

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The Sleeper and the Spindle – Neil Gaiman

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Neil Gaiman
Editions : Bloomsbury
ISBN : 978-1-4088-5964-3
69 pages

Illustrateur : Chris Ridell

La Belle et le Fuseau

She was one of those forest witches, driven to the margins a thousand years ago, and a bad lot.
She cursed the babe at birth, such that when the girl was eighteen she would prick her finger and sleep forever.

La Belle et le Fuseau : ce titre français va évidemment vous évoquer un conte bien connu, qu’il s’agisse de la version de Grimm ou de celle de Perrault. Les contes m’ont toujours fascinée, et j’ai ingurgité un nombre incalculable de séries et de films qui les réécrivaient pendant mon adolescence et mes premières années de fac. Mon intérêt a faibli peu avant le début de Once Upon a Time, c’est bien ballot. Mais vous vous souvenez de cette version horrifique de Blanche-Neige, avec Sigourney Weaver ? Ou avez-vous lu les mangas Ludwig Révolution ? Bon, ça, c’était avant que je ne décroche. Puis est venu Neil Gaiman.

The Sleeper and the Spindle nous propose donc une relecture du conte de la Belle au Bois Dormant. Sauf qu’ici, point de prince charmant. Non, ici,  c’est une Reine qui décide, accompagnée de sept nains (ahem), de libérer cette beauté endormie avant de se marier.
Le récit est ponctué de dessins de Chris Riddell, dont le style se rapproche des gravures de Doré (#petitstraits, cf. Boulet et Walter Moers). Le tout forme un objet livre très beau – je ne vous ai pas parlé de sa couverture ! – avec une couverture papier calque couverte de dessins de ronces, qui laisse apparaître par transparence la belle endormie.
La Reine est une reine guerrière, la belle et la sorcière ne sont pas ce que l’on croit de prime abord.
The Sleeper and the Spindle est une réécriture sombre, intelligente et dans l’air du temps.

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Une lecture courte et un bel objet, loin des contes pour enfants, à lire pour tout amateur de contes et de Neil Gaiman.

 

The Miniaturist – Jessie Burton

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Jessie Burton
Editions : Picador
ISBN : 9781447250937
424 pages

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On an autumn day in 1686, eighteen-year-old Nella Oortman arrives at a grand house in Amsterdam to begin her new life as the wife of wealthy merchant Johannes Brandt. Though curiously distant, he presents her with an extraordinary wedding gift; a cabinet-sized replica of their home. It is to be furnished by an elusive miniaturist, whose tiny creations ring eerily true.
As Nella uncovers the secrets of her new household, she realises the escalating dangers they face. The miniaturist seems to hold their fate in her hands – but does she plan to save or destroy them?

J’avais repéré ce livre lors d’une de mes pérégrinations en librairie. Comme d’habitude, j’ai noté la référence pour la laisser décanter. Afin de ne pas acheter trop de livres sur un coup de tête, je note ceux qui m’intéressent, je les oublie pendant quelques mois, puis, je retourne voir si leur quatrième de couverture me fait toujours autant envie. Quitte a les commander à ma librairie habituelle où à les réserver à la bibliothèque.

Celui là, je n’y pensait plus trop d’ailleurs, jusqu’à ce que je retombe dessus à la médiathèque. Ni une ni deux, je l’ai emprunté.

The Miniaturist nous emmène vers une époque et un pays peu exploité par la littérature « populaire », c’est à dire, celle qui parvient jusqu’à nous : les Pays-Bas du XVIIème siècle. Nul doute que la littérature battave possède des rayons entiers dédiés à cette époque, mais elle fait rarement des émules chez nous.

Le livre comporte un lexique à la fin qui nous explique les termes et spécificités de l’époque, lexique très appréciable si, comme moi, on y connait strictement rien au commerce et aux colonies des Pays-Bas à cette époque.

Toute l’intrigue semble partir de ce meuble un peu particulier qui hante Pinterest autre autres pages wikipédia :
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Petronella, jeune épouse d’une riche marchand amstellodamois, reçoit cette maison de poupée en cadeau de mariage. A l’époque, ce type de maisons miniatures coutait bien plus cher qu’une vraie habitation. Elle décide de la meubler et contacte un mystérieux miniaturiste qui lui fait parvenir de magnifiques objets qui semblent avoir une signification cachée.
Cette maison et ces objets semblent être le prétexte pour dénouer les problèmes sous-jacents de la nouvelle famille de Petronella : un stock de sucre qui ne se vends pas, une belle-soeur écrasante par son autorité, un mari froid et distant, deux domestiques dont la place est ambigüe.

Si les personnages sont en avance sur leur temps – Petronella et Marin sa belle-soeur sont clairement des personnages aux convictions féministes tandis que Johannes et Otto auraient étés plus acceptés aux Pays-Bas au XXIème siècle (mais pas pour les mêmes raisons) -, au fond, leurs désirs et motivations restent obscures et peu explicités et la conclusion m’a laissé sur ma faim. De plus, Petronella, de part son assurance et sa maturité, m’a parue bien plus âgée que les 18 ans qu’elle est censée avoir. Inconsciemment, je suis partie du principe qu’elle avait la trentaine, pour violemment retomber dans la réalité à chaque mention de son jeune âge.

De plus, dans la dernière partie du roman, certains détails anodins à première vue sont remémorés par Nella avec le recul, afin de les expliciter et de les rendre évidents. L’intention est louable, certes, mais est-ce que le lecteur a un tel besoin d’être pris par la main ? Est-ce que le lecteur est un tel assisté qu’il est incapable d’additionner 1 + 1 ?

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Malgré ces défauts, The Miniaturist est un roman prenant, avec des défauts pardonnables pour un premier roman. Et dans le pire des cas, on sort de cette lecture en ayant la sensation d’avoir appris des choses, et ça, c’est pas donné à tous les livres. Jusqu’au milieu du roman, je croyait au coup de coeur, pour être mitigée sur la fin.

Emilie voit quelqu’un – Anne Rouquette, Théa Rojzman

Emilie voit quelqu'un

Anne Rouquette, Théa Rojzman
Editions : Fluide Glacial
ISBN : 978-2352075554
104 pages

 

Une BD d’humour sur la psychanalyse !
Émilie a 30 ans – le meilleur âge – mais aussi un copain accro à la télé, des parents gentils (synonyme d’intrusifs) et une soeur parfaite (synonyme d’insupportable). Bref, le quotidien est un peu pesant pour cette instit au look de Mary Poppins ! Décidée à se prendre en main, elle commence une thérapie plutôt déroutante avec une psy aussi aimable qu’un caillou et aux méthodes étonnantes pour cette novice en dogmes freudiens. Et pourtant, avec délicatesse et humour, de lapsus en actes manqués, Emilie retrouve le sourire. Attachante héroïne du quotidien servie par le trait délicat d’Anne Rouquette et la plume subtile de Théa Rojzman, Émilie rend drôle le sérieux sujet de la psychanalyse. Fille de l’écrivain et psychosociologue Charles Rojzman, titulaire d’une maîtrise de philosophie, Théa nous offre une intelligente « Psychanalyse pour les Nul(le)s » !

C’est par hasard que je suis tombée sur cette BD, au en furetant au rayon BD de la Fn*c. Je l’ai feuilleté, et j’aurais bien été partie pour le lire en entier, là, au milieu de l’allée, si l’annonce que le magasin allait fermer n’avait pas retenti.
Du coup, j’ai noté la référence pour plus tard.
C’est finalement sous le sapin que je l’ai retrouvée et que j’ai pu continuer ma lecture.

Emilie, trente ans, vit depuis deux ans avec un mollusque/gameur/geek. Son collègue est hypocondriaque et doit être un habitué des forums doctissimo. Ses parents sont hyper-présents et maladroits, sa sœur parfaite et ses amies sont soit gotho-artistico-dépressives, soit greluches, et Emilie, au milieu de tout ça, tente de trouver ses repères dans un monde d’adultes. Pour tenter de démêler ses problèmes et névroses, elle va voir une psy.
Son collègue décrit les mécanismes et le vocabulaire de la psychothérapie a l’aide de schémas et des grandes explications de vulgarisation, ce qui permet de mieux appréhender les mots qui font peur, comme la dépression entre autres.
Les éditions Fluide Glacial ne sont, pour ce que j’en sais, pas réputées pour leur délicatesse. Je ne m’attendais pas à retrouver le récit de la psychothérapie d’une trentenaire habillée en Mary Poppins chez eux. Et pourtant, cette BD est assez fine et assez représentative de la génération de (presque) trentenaires dont je fais partie (à moins que ce ne soit uniquement mon entourage ? o_O)/

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En bref, un moment sympathique de lecture, peut-être pas la BD du siècle – n’est pas Maus qui veut (et ce n’est surement pas l’ambition des auteurs) – mais une lecture fort agréable et en plus, on sort de cette lecture en ayant l’impression d’avoir appris des choses (si on a pas fait d’études de psycho et qu’on a vu un psy la dernière fois il y a plus de 15 ans).

Le « à suivre » dans la dernière vignette m’intrigue, je n’ai vu aucune annonce pour une suite pour le moment, mais je suis bien curieuse de connaitre le fin mot de cette thérapie.

 

 

 

La Servante Ecarlate – Margaret Atwood

the handmaid's tale

Margaret Atwood
Editions : Vintage Future Classics – Random house
ISBN : 9780099496953
336 pages

La Servante écarlate

The Republic of Gilead offers Offred only one function: to breed . If she deviates, she will, like dissenters, be hanged at the wall or sent out to die slowly of radiation sickness. But even a repressive state cannot obliterate desire – neither Offred’s nor that of the two men on which her future hangs.

 

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’Etat, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Evangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Ce roman se trouvait sur ma liste des livres à lire en une vie, alors quand je l’ai trouvé en librairie, je l’ai pris sans hésiter. Par contre, il lui a fallu un peu de temps pour sortir de la PAL, la preuve, la librairie en question a fermé entre temps (ne remuez pas le couteau dans la plaie, je ne m’en remettrai jamais !).

Une dystopie prophétique ?

Paru pour la première fois en 1985, il soulève des problèmes de société qui n’ont pas disparu ces trente dernières années, et est même prophétique par certains aspects. Il soulève en effet des problématiques féministes qui n’ont émergé aux yeux du grand public que ces deux dernières années, telles le harcèlement de rue et le « date rape », et semble annoncer également des évènements qui résonnent étrangement en notre époque pour le moins perturbée : les médecins pratiquant l’IVG sont pendus publiquement, tout comme les membres de religions « ennemies » (prêtres, pasteurs, etc) et les homosexuels, les femmes  fécondes sont voilées intégralement et « louées » aux puissants afin de servir d’incubateur, leurs enfants leur étant retirés à la seconde de leur naissance, les gens sont divisés en castes, et leurs noms leurs sont retirés, la lecture est interdite, etc.

Par ailleurs, on y retrouve un clin d’œil sémantique à d’autres dystopies antérieures, comme par exemple Un Bonheur Insoutenable/This Perfect Day d’Ira Levin : la différence entre « freedom from/libéré de » et « freedom to/libre de » est explicitement soulevée et remise en cause.

Le fil qui se déroule, ou presque

Le point de vue est celui d’Offred, une servante écarlate, de la couleur de son voile qui la cache au yeux des hommes. Le récit se déroule alors qu’elle vient de découvrir une issue éventuelle à son destin d’incubateur. Elle se souvient de sa vie d’avant, de la vie telle que nous la connaissons (les vêtements fluos des années 80 en plus) : les études, les sorties, la vie amoureuse, les séparations, les nouvelles rencontres, etc. Puis, un jour, d’un coup d’un seul, tout bascule, les femmes doivent rester à la maison, les femmes fécondes incuber pour les épouses stériles des puissants, le pays entre dans une guerre de religion contre le voisin, sa fuite vers le Canada échoue, le lavage de cerveau commence.

Un contexte peu explicite

Seulement, le point de vue d’Offred semble étriqué. On ne connais rien des raisons de cette guerre, de cet extrémisme qui semble si soudain. On ignore tout sur ces rayonnements qui semblent tuer à petit feu et sont une condamnation ultime. Le lecteur se retrouve un peu dans la position des générations futures de ce monde là : on ne sait pourquoi c’est comme ça, ça l’a toujours été, les souvenirs d’un monde différents sont loin et semblent bien fantaisistes.

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La Servante Écarlate est un livre malheureusement toujours actuel, qui mérite amplement sa place dans la bibliothèque idéale et aussi plusieurs lectures afin d’être appréhendé correctement et apprécié à sa juste valeur (même si j’ai une version annotée).

Le Dieu dans l’Ombre – Megan Lindholm

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Megan Lindholm
Editions : Le Livre de Poche
ISBN : 9782253114796
509 pages

Traducteur : Claudine Richetin

Cloven Hooves

Evelyn a 25 ans. Un séjour imprévu dans sa belle-famille avec son mari et son fils de cinq ans tourne au cauchemar absolu. Une créature surgie de son enfance l’entraîne alors dans un voyage hallucinant, sensuel et totalement imprévisible, vers les forêts primaires de l’Alaska. Compagnon fantasmatique ou incarnation de Pan, le grand faune lui-même… Qui est le Dieu dans l’ombre ? Une relecture du pansexualisme fabuleux, par l’auteur des célèbres cycles L’Assassin royal et Les Aventuriers de la mer.

Ce livre trainait dans ma PaL depuis plus d’un an. Pourtant, il est écrit par un de mes auteurs préférés, même si sous un autre nom de plume. Pourquoi alors ai-je mis tant de temps à le lire ? Sans doute par peur de l’inconnu, Robin Hobb écrit de la fantasy, Megan Lindholm écrit autre chose. Des choses plus personnelles, plus intimes, liées souvent à la problématique de la féminité et de l’indépendance, comme dans Le Peuple des Rennes ; peut-être des choses qui remuent l’inconscient. Donc, ce livre trainait dans ma PaL, et à chaque fois que je me tenait devant ma bibliothèque de plus en plus mal rangée, à la recherche d’un nouveau livre à découvrir, mon regard glissait dessus sans le voir. Jusqu’à la semaine dernière, où il m’a appelé, alors que je l’avais pratiquement oublié, tel Pan jouant de la flûte au fond des bois.

La femme sauvage et le pansexualisme

Evelyn a 25 ans, est mariée à un homme que toutes les femmes lui envient, a un petit garçon plein de vie, et vit dans la région où elle a grandit, en Alaska. Sa vie bascule le jour où son beau-frère se blesse et que son mari est appelé a le remplacer sur la ferme familiale, situé dans l’état de Washington. Elle se retrouve projetée dans une famille pour qui les apparences priment, où chacun des membres, dont son propre mari, agit en fonction de ce que peuvent attendre les autres, au détriment d’eux mêmes. Et Evelyn, afin de s’adapter et de devenir réelle, tente désespérément de faire de même. Car la « réalité » du monde est un concept qui semble l’avoir toujours dépassée : il faut plaire aux garçons quand on est une fille, il faut être jolie, ne pas courir par monts et par vaux, ne pas porter de vêtements déchirés, être une bonne femme d’intérieur… Alors que les va-et-vient entre son enfance en Alaska et le présent chez sa belle-famille tendent à démontrer que ce qu’elle est et que ce à quoi elle aspire est bien loin de l’idéal de la femme des années 60et 70, années dans lesquelles se déroule l’action.

Evelyn, l’enfant sauvage qui ne sentait pas réelle, qui jouait avec un faune dans les bois, est rattrapée par cette réalité à laquelle elle aspire lors de sa puberté, abandonnée par son ami fantastique, pour redevenir finalement la femme sauvage qu’elle aurait toujours dû être après un traumatisme survenu lors de sa visite chez ses beaux-parents qui s’éternise (ne lisez pas les critiques Goodreads, elles spoilent méchamment), et part dans un périple sensuel avec Pan, le faune de son enfance, à travers le Canada, jusqu’en Alaska. Par ailleurs, ce périple est relaté de façon bien plus vivante que tous les évènements se déroulants dans l’état de Washington, où elle semble spectatrice de ses humiliations, presque anesthésiée tant elle semble passive.

Finalement, Pan, cet être fantasmagorique qui représente une sorte de fil conducteur de la vie de l’héroïne, reste une énigme. Est-il une création de l’esprit d’Evelyn pour lui permettre de se libérer des attentes de la société et de reprendre sa vie en main ? Ou est-il réel et apporte-t-il une dimension fantastique à ce récit qui serait autrement le récit d’une schizophrénie ?

Une continuité dans l’oeuvre de Lindholm/Hobb ?

On retrouve beaucoup de thématiques chères à l’auteur, telles que la quête de l’identité, qu’on retrouve dans l’Assassin Royal ou même dans Liavek, celle de l’indépendance de la femme face à la Nature, comme dans le Peuple des Rennes, la pansexualité, qu’on retrouve dans la nouvelle A Touch of Lavender (dans le recueil The Inheritance, L’Héritage et autre nouvelles en VF) et la proximité de la Nature, qu’on retrouve dans la majorité de ses oeuvres.

Mais on peut aussi voir dans ce roman des touches autobiographiques, quand on sait que les lieux dans lesquels évolue Evelyn sont des lieux où à vécu l’auteur.

De plus, si vous avez lu l’Assassin Royal et les Aventuriers de la Mer, vous pourrez également retrouver des éléments communs entre les personnages autres que leurs caractéristiques psychologiques comme l’isolement, la réclusion et les jouets en bois (oui, les jouets en bois…)

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Pour conclure, c’était une lecture prenante, mais pas vraiment facile. Dérangeante, mais fascinante. C’est le genre de livres qui doivent tomber au bon moment : surtout pas trop tôt au risque de passer à coté. Mais après, est-ce vraiment grave de passer à coté d’un livre ?

 

 

 

Mémoires d’un Maître-Faussaire – William Heaney

Mémoires d'un maitre faussaire - William Heaney

William Heaney
Editions : Bragelonne
ISBN : 978-2-35294-266-5
334 pages

Memoirs of a Master Forger

Traducteur : Mélanie Fazi

William est un faussaire spécialisé dans les livres. Il est doué pour l’écriture mais préfère griffonner incognito des poèmes pour un ami plus séduisant que lui et fabriquer des exemplaires factices de premières éditions de Jane Austen qu’il vend ensuite à des collectionneurs crédules. Il n’est pas si mauvais, au fond : il reverse l’argent à un foyer pour SDF et ses crimes ne font de mal à personne.

Mais si William n’a rien fait d’autre de sa vie, ce n’est pas sans raison. Il a commis quelque chose quand il était étudiant qui lui a fait honte, boit beaucoup trop et ne peut s’engager dans une relation amoureuse. Ah oui, et il voit des démons. Des silhouettes éthérées qui rôdent derrière le dos de ceux qui l’entourent, guettant un instant de faiblesse. A moins que William voie simplement la souffrance du monde ?

C’est alors qu’une femme extraordinaire, peut-être capable de l’en sauver, entre dans sa vie…

Un roman fantastique ?

Ce livre, à la couverture digne des plus belles éditions falsifiées dont William et son acolyte Stinx pourraient être les auteurs, est un roman étrange et complexe. D’un part, il est un guide complet des pubs de Londres, le personnage principal étant un grand buveur, de l’autre, il est une magnifique supercherie : en effet, William Heaney n’existe nulle part ailleurs que dans ce livre, malgré le réalisme de ce perdant, alcoolique, divorcé, philanthrope et névrosé.

Ma lecture remonte à plusieurs mois déjà. Je ne savais pas trop quoi en penser à ce moment là et il m’a fallu murir ma réfléxion, car ce roman a plusieurs niveaux de lectures. Celui du roman fantastique, et aussi celui du roman philosophique. Car William voit des démons. Il les voit partout. Ces démons sont-ils réelement des créatures sorties des enfers ? Ou bien sont-ils une allégorie des souffrances de chacun ? Le doute est permis, le roman faisant la part belle aux ellipses temporelles et retours en arrières, où les rituels sataniques sont légions et semblent bel et bien fonctionner, et les démons étant légion au centre GoPoint, refuge pour les SDF auquel il verse toutes les recettes de ces escroqueries. Le point de vue reste à tout moment celui de William, qui est le seul à voir ces créatures, qui ne semblent jamais vraiment interagir avec leurs victimes et n’avoir aucun pouvoir d’action. De plus, il souffre d’alcoolisme, ce qui peut mettre à mal la véracité de sa perception du monde.

Les mémoires d’un faussaire ?

Mémoires d’un Maitre Faussaire s’articule comme des mémoires traditionnelles, le rythme est lent, très lent. Si l’on s’attend à des rebondissements liés à la falsification de livres, il n’en sera rien, ou pas grand chose, il s’agit là plus d’un prétexte, et d’une mise en abyme du roman même. Comme évoqué plus haut, William Heaney n’existe pas, il est le narrateur et l’auteur annoncé sur le livre (en France, tout du moins, l’édition anglaise est moins trompeuse – ou joueuse ? – et annonce le réel auteur), mais il n’est pas réel, il ne s’agit pas de ses mémoires, mais de la description des erreurs potentielles de toute une vie. Il raconte sous un faux nom de fausses mémoires, et se place ainsi en falsification ultime. Et pour cela, je dois dire que je ne regrette pas une seule seconde d’avoir lu ce roman en français, alors que je suis une grande amatrice de lecture en V.O., la qualité de la traduction étant, en plus de ça, vraiment excellente. Le roman dépeint avec justesse les errances psychologiques des Hommes, et c’est bien de cela dont il s’agit dans ces Mémoires d’un maitre faussaire.

Néanmoins, ce mélange de recel de livres anciens (ou pas, finalement) et de rituels sataniques donne une ambiance particulière au livre, un peu comme si le film La Neuvième Porte avait été un bon film, mais en livre, m’voyez ?

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Il ne s’agit pas d’un livre simple à appréhender, ni d’un livre purement fantastique, donc ne conviendra pas à ceux qui cherchent un roman fantastique facile, mais il vaut la peine d’être découvert.

 Peu importe la quantité qu’on a bue, si on commence à payer pour un peu de réconfort sexuel, on l’invite à prendre dans sa vie une place phénomènale. Faramineuse.

Et puis, c’était quoi, cette histoire de « crise de la cinquantaine » ? De mon point de vue, la crise avait commencé quand on m’avait arroché du sein maternel et la situation restera critique jusqu’à ce que je sois réconforté par le noir tétin de la mort. Rien à voir avec la cinquantaine. La vie elle-même est une crise du berceau à la tombe.

Roi du Matin Reine du Jour – Ian Mc Donald

Roi du Matin Reine du Jour de Ian McDonald

Ian Mc Donald
Editions : Denoël
ISBN : 978-220725981-8
504 pages

Emily Desmond, Jessica Caldwell, Enye MacColl, trois générations de femmes irlandaises, folles pour certains, sorcières pour d’autres. La première fréquente les lutins du bois de Bridestone quand son père, astronome, essaie de communiquer avec des extraterrestres qu’il imagine embarqués sur une comète. La seconde, jeune Dublinoise mythomane, se réfugie dans ses mensonges parce que la vérité est sans doute trop dure à supporter. Quant à Enye MacColl, katana à la main, elle mène un combat secret contre des monstres venus d’on ne sait où.

Creusant la même veine, âpre et magique, que La Forêt des Mythagos de Robert Holdstock, Roi du matin, reine du jour nous convie à un incroyable voyage dans l’histoire et la mythologie irlandaises.

Né en Angleterre, mais ayant presque toujours vécu en Irlande, lan McDonald est un des auteurs les plus en vue de ces dix dernières années. Ses deux derniers romans, d’une énorme ambition thématique et stylistique, ont été finalistes du prestigieux prix Hugo.

C’est un peu au hasard en me promenant parmi les rayons de la médiathèque que j’ai pris ce livre. Il était mis en avant sur un rayonnage, la couverture a attiré mon œil, il fallait que je le prenne. Comme ça, sans même avoir lu la quatrième de couverture. Bon, juste avant de le biper, je l’ai quand même lue. Au cas où. Trois générations de femmes, sorcières, folles, bingo, hop, j’emmène.

Le roman est articulé en quatre parties, qui diffèrent énormément de part leur forme. En effet, la première partie, consacrée à Emily Desmond, se déoule peu avant la Première Guerre Mondiale, se présente un peu comme Dracula de Bram Stocker, sous forme d’extraits de journal intime, de lettres, de coupures de presse. C’est justement cette forme là qui m’a toujours empêchée de terminer ma lecture du classique de la littérature vampirique. C’est donc avec appréhension que j’ai lu cette première partie, un peu hallucinée, entre adolescente qui voit des fées et père qui voit des petits hommes verts. La mise en place est lente, mais une fois l’action lancée, les aventures d’Emily se sont déroulées avec rythme et elles m’ont d’ailleurs semblées bien trop courtes.

S’en suit ensuite le récit de la thérapie de Jessica Caldwell, pendant les années 40, grossière, vulgaire et mythomane aux yeux de tous, même si ses histoires rocambolesques finissent toutes par avoir lieu. Les parties qui lui sont consacrées sont rédigées de manière plus conventionnelle, ici, pas de style épistolaire, mais un récit chronologique, carré, droit au but.

Ensuite, nous retrouvons Enye McColl, à la fin des années 80, plongée dans le monde des publicitaires, façon American Psycho, sauf qu’elle dégaine le katana et non la hache, et qu’elle débite plutôt des créatures étranges que des humains.

Le récit d’Enye est aussi chaotique par son contenu que par sa forme, les ellipses sont légions, et il m’a semblé difficile d’établir une chronologie avant d’arriver à la fin, moment ou tous les éléments du puzzle se mettent à leur place pour former une image cohérente.

Un livre qui regorge de femmes fortes et indépendantes (selon leur époque), qui évoque des thèmes forts tels que le viol, l’avortement et la sexualité, un style foisonnant, travaillé et complexe, et pourtant, il m’a manqué le petit truc en plus qui aurait fait de ce livre un coup de cœur.

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