Archives

Le Cercle du Suicide – Usamaro Furuya

Editions : Casterman
ISBN : 978-2203373327
176 pages

Le 31 mai 2001, en gare de Shinjuku, 54 lycéennes, main dans la main, se jettent sous un train. Seule Saya en réchappe. Un mois plus tard, la jeune fille se plaint à Kyôko, son amie d’enfance, de n’avoir pas péri en compagnie de Mitsuko, une autre de ses amies. Surprise, Kyôko sait néanmoins que Saya appartenait à un mystérieux « club », dirigé par la défunte. A présent, de nouveaux changements s’opèrent sur elle : tandis que des rumeurs se répandent à son sujet sur le Net, Saya s’attire la fréquentation de nombreuses jeunes filles..

Si j’ai pris ce livre, c’est parce que son titre et les quelques lignes au dos m’évoquaient Petits suicides entre amis d’Arto Paasilinna avec un ton un peu plus grave. Un peu ? Le ton est finalement totalement différent. Ici, je n’ai pu déceler aucune trace d’humour, aussi noir soit-il.

Ici, on plonge dans un univers malsain, dans une adolescence malheureuse, bien loin des fantasmes et clichés habituels des lycéennes japonaises présents dans les autres mangas que j’ai pu lire et auxquels je suis habituée. – Alors que leurs bizarreries et le taux de suicide élevé de ce pays ne me sont pas inconnus ; je resterai pour toujours traumatisée par Ring, vu il a presque 15 ans et dont le souvenir est toujours vivace –

Le cercle du suicide commence par un suicide collectif : une cinquantaine de lycéennes se jette sous un train. Une seule jeune fille survit, quasiment miraculée, sans aucune égratignure. En l’observant à travers les yeux de sa meilleure amie d’enfance, de qui elle s’est éloignée, on découvre la spirale sordide qui peut mener à ce geste désespéré. Le vie ne semble épargner aucune des adolescentes de ce manga, alors qu’elles sont à un âge ou tout semble encore possible, et l’on voit bien que, malgré cela, tout semble encore très flou et incertain. Entre légende urbaine et fait divers, le désespoir adolescent, dans ce manga, semble être une sorte de maladie contagieuse, une malédiction qui ne se satisfait que de victimes de plus en plus nombreuses.

Par ailleurs, d’un point de vue occidental, dans un pays où les uniformes scolaires ne font pas partie du paysage, voir ces lycéennes toutes habillées de la même manière en proie à leurs états d’âme dévastateurs gomme tous les marqueurs sociaux et rends le tout plus universel et plus effrayant.

 

corbeaucorbeaucorbeaucorbeau

Je pensais que ce serais une lecture sans plus. Même au moment de refermer le livre, je me suis dit « Boarf, meh ». Et pourtant, avec le recul, c’est une lecture plus marquante que mes espérances ne le laissaient soupçonner.

Source : CoinBD
Publicités

Emilie voit quelqu’un – Anne Rouquette, Théa Rojzman

Emilie voit quelqu'un

Anne Rouquette, Théa Rojzman
Editions : Fluide Glacial
ISBN : 978-2352075554
104 pages

 

Une BD d’humour sur la psychanalyse !
Émilie a 30 ans – le meilleur âge – mais aussi un copain accro à la télé, des parents gentils (synonyme d’intrusifs) et une soeur parfaite (synonyme d’insupportable). Bref, le quotidien est un peu pesant pour cette instit au look de Mary Poppins ! Décidée à se prendre en main, elle commence une thérapie plutôt déroutante avec une psy aussi aimable qu’un caillou et aux méthodes étonnantes pour cette novice en dogmes freudiens. Et pourtant, avec délicatesse et humour, de lapsus en actes manqués, Emilie retrouve le sourire. Attachante héroïne du quotidien servie par le trait délicat d’Anne Rouquette et la plume subtile de Théa Rojzman, Émilie rend drôle le sérieux sujet de la psychanalyse. Fille de l’écrivain et psychosociologue Charles Rojzman, titulaire d’une maîtrise de philosophie, Théa nous offre une intelligente « Psychanalyse pour les Nul(le)s » !

C’est par hasard que je suis tombée sur cette BD, au en furetant au rayon BD de la Fn*c. Je l’ai feuilleté, et j’aurais bien été partie pour le lire en entier, là, au milieu de l’allée, si l’annonce que le magasin allait fermer n’avait pas retenti.
Du coup, j’ai noté la référence pour plus tard.
C’est finalement sous le sapin que je l’ai retrouvée et que j’ai pu continuer ma lecture.

Emilie, trente ans, vit depuis deux ans avec un mollusque/gameur/geek. Son collègue est hypocondriaque et doit être un habitué des forums doctissimo. Ses parents sont hyper-présents et maladroits, sa sœur parfaite et ses amies sont soit gotho-artistico-dépressives, soit greluches, et Emilie, au milieu de tout ça, tente de trouver ses repères dans un monde d’adultes. Pour tenter de démêler ses problèmes et névroses, elle va voir une psy.
Son collègue décrit les mécanismes et le vocabulaire de la psychothérapie a l’aide de schémas et des grandes explications de vulgarisation, ce qui permet de mieux appréhender les mots qui font peur, comme la dépression entre autres.
Les éditions Fluide Glacial ne sont, pour ce que j’en sais, pas réputées pour leur délicatesse. Je ne m’attendais pas à retrouver le récit de la psychothérapie d’une trentenaire habillée en Mary Poppins chez eux. Et pourtant, cette BD est assez fine et assez représentative de la génération de (presque) trentenaires dont je fais partie (à moins que ce ne soit uniquement mon entourage ? o_O)/

corbeaucorbeaucorbeaucorbeau

En bref, un moment sympathique de lecture, peut-être pas la BD du siècle – n’est pas Maus qui veut (et ce n’est surement pas l’ambition des auteurs) – mais une lecture fort agréable et en plus, on sort de cette lecture en ayant l’impression d’avoir appris des choses (si on a pas fait d’études de psycho et qu’on a vu un psy la dernière fois il y a plus de 15 ans).

Le « à suivre » dans la dernière vignette m’intrigue, je n’ai vu aucune annonce pour une suite pour le moment, mais je suis bien curieuse de connaitre le fin mot de cette thérapie.

 

 

 

Le Journal d’Edward, Hamster Nihiliste (1990-1990) – Miriam et Ezra Elia

Miriam Elia et Ezra Elia
Editions : Flammarion
ISBN : 978-2-0812-9023-5
91 pages

The Diary of Edward the Hamster (1990-1990)
Traductrice : Rose Labourie

A quoi bon écrire ? La vie est une cage de mots vides.

C’est au détour d’une librairie que je suis tombée sur ce petit album, j’ai couiné, et paf, je l’ai retrouvé sous le sapin.
Il s’agit, comme le dit le titre, du journal intime d’un hamster, pour qui les journées se résument à faire de la roue, à manger et dormir. De quoi devenir nihiliste, hein ? Nous sommes donc témoins de ses tentatives de philosopher avec le chat, de ses tentatives de grève de la roue (voire de la faim), et celles de comprendre ce monde étrange ou des gens le mettent dans des tubes, ou qui le soumettent à un étrange champ de force quand ils le sortent de sa cage. Mais tout va basculer le jour où ils introduisent un autre hamster dans la cage. (Il me semblait que les hamsters étaient des animaux solitaires, m’enfin, licence poétique…)
Ce petit album de 91 pages se compose à chaque fois d’une page de texte (plus ou moins long selon l’état dépressif d’Edward) et d’un dessin en noir et blanc, au style simple et efficace, assez brut de décoffrage, mais très efficace. Les textes sont courts, se lisent vite, et donnent une vision décalée de ce petit animal mignon, qui, peut être, sans doute, très certainement même, projettent de conquérir le monde et de nous asservir (comme les chats, mais en plus petit, quoi). Et surtout, qui doit bien s’emmerder dans sa cage, au fond.


moutonmoutonmoutonmoutonmouton

Insuffisant pour le coup de cœur, mais un petit livre drôle tout de même.

Il est temps que je réagisse. Que je lutte pour mes propres droits, et pour tous ceux qui subissent le joug de la tyrannie : il faut que je me révolte contre les mains cruelles de ces brutes qui ont tout pouvoir sur moi.

Leur but est de venir à bout de ma volonté, de me réduire à néant. Ils peuvent bien me priver de ma liberté, ils n’auront jamais mon âme.

Je m’appelle Edward, et je suis un hamster.

Buffy contre les vampires, saison 8, tome 1 : Un long retour au bercail

Le créateur du mythe, Joss Whedon, nous offre cette suite officielle, dont il assure la direction.

Dans cette nous intrigue, une mystérieuse menace nommée « Crépuscule » plonge Buffy et ses compagnons dans leur aventure la plus spectaculaire.

feather

Buffy et moi, c’est une grande histoire d’amour qui dure depuis près de 15 ans,  lors de sa première diffusion dans la Trilogie du samedi sur M6. Je ne ratait aucun épisode, que ce soit sur la chaine qui monte, ou le samedi après midi, sur une grande chaine allemande qui nous captions. Lorsque les romans sont sortis, j’en ai acheté une bonne partie (les derniers, j’avais lâché l’affaire, je n’avais plus le temps de lire pour moi même), les magazines dédiés à la série qui sont sortis à la pelle à l’époque trainent encore dans ma chambre d’adolescente. Puis la saison 4 m’a déçu, mon assiduité à baissé, puis, quelques années plus tard, j’ai acheté les coffrets DVD et je me suis enfilé toutes les saisons à la suite pendant mes dernières années de fac. En 2008, Joss Whedon a décidé de poursuivre la série sous forme de comics, j’étais contente, mais pourtant, je n’osais pas les lire. De peur d’être déçue, que ça ne soit pas à la hauteur de mes souvenirs, que le mythe soit brisé. Mais ces derniers mois, à force de parcourir les rayons BD des librairies et de retomber dessus, j’ai craqué hier. Je l’ai commencé et terminé dans la foulée.

Le comic est officiel, et plus que fidèle à la série. L’action se déroule après la saison 7 (forcément, vu que le comic s’appelle saison 8…), Sunnydale n’est plus qu’un cratère dans un désert californien, Spike est mort, Alex est borgne, et Giles est loin. L’armée de Tueuses est de plus en plus efficace et organisée, et les autorités sont après elle. Dawn est une géante (mais toujours aussi inutile), Willow est une des sorcières les plus puissantes de notre temps, Buffy a des doublures pour semer la confusion parmi les démons. Amy est toujours là, et son copain, on le connait aussi, mais il est plus inattendu.

Les ingrédients qui ont fait de Buffy un tel succès sont toujours au rendez-vous, l’humour noir et décalé, le discours féministe (non, je ne peux pas m’empêcher d’en parler, on ne se refait pas), le caractère des différents personnages est respecté, même le style vestimentaire de Buffy est respecté (celui des autres, peut être un peu moins). Le seul petit souci que j’ai eu, c’est de reconnaitre les personnages, pas toujours forcément hyper ressemblants, ou qui ressemblent à d’autre personnages qui n’ont rien à voir (il y a une case pour laquelle je crois que c’est Giles, mais comme il se répondrait à lui même, ça peut pas être lui, mais il se ressemble, mais quand même pas tout à fait, et le personnage n’apparait plus après, du coup, je sais pas qui c’est, c’est frustrant), et de suivre l’action case après case, mais je pense que ce souci est plutôt lié à ma non-habitude de lire des BD (ceci est la première de l’année que je lis) qu’au comic en lui même.

Il s’agit là d’un comic pour les fans, qui sauront reconnaitre les références et qui veulent connaitre les autres aventures du Scooby-Gang augmenté. Je pense que les gens qui ne sont pas fans de l’univers vampirique et démoniaque crée par Joss Whedon passeront leur chemin de toutes manières, mais s’ils veulent le découvrir, commencer par là sera une mauvaise idée. (D’après ce que j’ai entendu, ne commencez pas par le film non plus, hein, sauf si vous aimez les nanars… Enfin, je l’ai pas (encore) vu, mais sa réputation le précède…).

Non, parce que, un film avec Luke Perry, faut tenir, quoi… Et le ventre orange, c’est original aussi…

Bon, je vais prendre la suite quand même, on est fan ou on l’est pas. En espèrent que j’aurais moins de mal à suivre, ou que je me serais habituée.

corbeaucorbeaucorbeau

41 €, pour une poignée de psychotropes – Davy Mourier

41 €, pour une poignée de psychotropes

Et je vous ai épargné la photo de l’auteur à poil, pudiquement couvert par sa BD

D’habitude, je ne suis pas très BD. Il faut que le sujet me touche, ou qu’il soit complètement loufoque pour que je m’y intéresse. Là, je « connaissais » son auteur à travers la télé, et à travers son blog, sur lequel il publie ses strips.

La suite est déjà sortie, mais ici, je vais m’intéresser à la première. 41 € pour une poignée de psychotropes, ou comment on en vient à faire une thérapie. Il s’agit d’une BD autobiographique, qui vous offre, en prime, comme écrit sur la première page, une vraie dépression ! (Bon, en vrai, il exagère, ça allait relativement bien quand je l’avais finie.)

La BD s’ouvre sur l’enfance de Davy, une enfance visiblement heureuse, soulignée par la phrase :

Le degré de bonheur de l’enfance détermine le degré d’acharnement de fuite de l’âge adulte.

Enfance néanmoins bouleversée par le décès de sa maîtresse d’école, qui marquera le début de son refus de grandir, de son désir d’aller contre l’ordre des choses, et de refuser ainsi le principe de la mort. Au fur et à mesure de l’avancement du livre, on découvre d’autres évènements marquants, dans lequel nous pouvons tous nous reconnaitre, et qui marquent une vie, jusqu’à ce qu’on décide de chercher de l’aide, et de suivre une psychanalyse.

La suite est constituée de strips de trois cases chacune, toutes résumant une séance chez son psy, toutes basées sur le même principe. Pas de mouvement, le héros (ou l’anti-héros ?) au premier plan, tournant le dos à son thérapeute, assis à son bureau et l’écoutant. Seules les mimiques changent, et suffisent à charger l’histoire d’émotions.

Bien sûr, il s’agit d’une bande déssinée, le tout est traité efficacement avec humour, mais on se rend compte des fragilités de l’auteur.
Mais TOUT n’est pas dessiné, ce n’est pas un album d’Astérix, on y trouve également des collages, des photos, pleins d’éléments qui permettent de voir que ce qui est raconté est vrai, que peut être, l’écrire exorcise. On se sent parfois un peu voyeuriste, mais il s’agit ici d’un album de qualité, touchant et drôle. La présentation, sous forme de carnet à spirale, à couverture inspirée d’une certaine marque de cahiers, est soignée, le contenu est original.

Au fond… Ma vie est belle… Elle est pleine de douleurs qui ne font pas mal !

Morceaux choisis (avec liens vers le blog de l’auteur) :

Obélix ?

Critiques.

Dépression.

Maus – Art Spiegelman

Maus, l’intégrale – Art Spiegelman

J’avais déjà entendu parler de Maus, mais j’ai décidé de lire après avoir visité un fort de la Ligne Maginot situé à deux km du village de mes parents, il y a deux mois. (Oui, des trucs sont à deux kms de moi toute ma vie, et j’y vais seulement pour faire visiter la région à quelqu’un. Pourquoi on ne va que rarement visiter ce qui est à deux pas, hein ? o_O) Enfin, la problèmatique de l’holocauste ne n’avais pas préoccupée depuis mes révisions pour le bac d’histoire il y a longtemps. J’avais envie de lire sur le sujet, sans pour autant avoir la sensation d’opression qui peut être présente dans un roman ou un documentaire. Un BD, pour m’approcher du sujet, ça me convenait bien. En plus, celle ci a reçu le prix Pulitzer. Du coup, lors de mon passage à la médiathèque hier, je l’ai emporté.

Maus relate l’histoire de Vladek, depuis le début de la guerre, à la toute fin, quand il réchappe du camp d’Auschwitz, histoire elle même entrecoupé de scènes entre Art Spiegelman et Vladek, son père, qui lui raconte cette histoire. On y découvre la relation conflictuelle entre le père et le fils, le manque d’Anja, la mère d’Art qui s’est suicidée alors qu’il avait 20 ans, et l’amour indéfectible qui la liait a Vladek, et qui a du être être un moteur leur ayant permis à tout deux de survivre aux camps de la mort. On y découvre, par les yeux de son fils, un homme brisé par les camps, par le suicide de son épouse bien aimée, et malheureux dans son remariage, et sans doute rongé par la culpabilité d’avoir survécu.

Le dessin est en noir et blanc, le trait épais, les personnages représentés sous les traits d’animaux. C’est parfois difficile à déchiffrer, mais rien n’est épargné. Quelques rares photos des protagonistes rendent le tout plus réels et encore plus touchant. Quand au langage, on retrouve la syntaxe polonaise dans les constructions des phrases du père.

Il s’agit là d’une lecturefascinante, qui prend au tripes, qu’il m’a été impossible de reposer. Je ne pourrais pas, au vu du sujet, parler de lecture plaisante, mais d’une  grande oeuvre sur le travail de mémoire sur l’une des pages les plus sombres de notre histoire.