Chroniques express #4

Le rasoir d’Ockham – Henri Loevenruck

Ce livre a trouvé le chemin de ma PàL en ayant été laissé à qui voudra dans la boîte à livre de ma ville. J’ai lu le premier tome de Gallica du même auteur, et je me suis dit que j’allais tenter celui-là, en plus d’avoir ajouté un autre de ses romans sur ma liste de livres à lire. Il s’agit là d’un thriller ésotérique à la Da Vinci Code, des meurtres en lien avec une organisation secrète ayant lieu au quatre coins de la France. Si l’intrigue en elle-même n’était pas trop mal ficelée, quelque chose m’a profondément gênée. La mention de Gallica plus haut n’est en effet pas anodine, Gallica mentionnant et faisant la part belle à l’organisation des Compagnons du Devoir, ici, ils se trouvent également au centre de l’action. De plus, rien à voir avec ce titre, mais plusieurs de ses personnages principaux portent le même nom, un peu comme si les thématiques et prénoms sortaient d’une base de données limitées et étaient choisies de manière aléatoire. Et à plusieurs reprises, je n’ai pu m’empêcher de plus me soucier du destin du chat d’Ari, laissé tout seul dans un appartement sous scellé que d’Ari ou de sa dulcinée. Bref, de la boîte à livre tu viendras, à la boîte à livre tu retourneras.

Just Kids – Patti Smith

Je ne connais que peu l’oeuvre de Patti Smith, et la scène artistique New Yorkaise des années 60/70 m’indiffère complètement. Rien ne me destinait à lire ce livre, si ce n’est qu’il était dans la bibliothèque de la maison. Un jour d’ennui, je l’ai pris, décidant d’agrandir ma culture rock. Je l’ai lu, je n’ai toujours pas écouté Patti Smith, et je continue a me contrebalancer allégrement de la Factory, de ses émules, égéries et de son maître à penser. Mais j’ai eu l’impression que Patti Smith aussi s’en contrebalançait et n’a fait qu’observer l’environnement qu’affectionnait son amour de l’époque, pour ensuite prendre son envol et se faire son propre nom. Sa vision romancée d’un Paris plutôt pouilleux ( à tous les sens du terme) m’a un peu agacée, tout autant que son adoration de Rimbaud. Mais Paris provoque des crises d’angoisse chez moi à grand renforts de puanteur et de population trop dense et la poésie m’a toujours laissé de marbre. Malgré ce postulat de base, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé, c’était une lecture intéressante d’un chapitre de la vie de la Godmother of punk, bien plus nuancé, subtil et émouvant que je ne l’aurais imaginé, bien loin des clichés du punk que j’avais en tête, et bien loin aussi du sex, drugs, and rock n’ roll auquel je m’attendais.

 

Le chat qui mangeait de la laine – Lilian Jackson Braun

The Cat who ate Danish modern

Editions : 10/18

ISBN : 978 2 264 07394 5

542 pages

Ce livre rassemble : Le chat qui lisait à l’envers – Le chat qui mangeait de la laine – Le chat qui aimait la brocante

En entrant au Daily Fluxion, Jim Qwilleran n’imaginait pas que sa vie de journaliste serait aussi mouvementée. Ni qu’il faudrait endosser mille casquettes – tour à tour chasseur d’artistes, reporter culinaire, responsable décoration… Mais quelle que soit la rubrique, cet ancien chroniqueur de crimes  surtout le chic pour attirer les ennuis. Qu’il suive un critique d’art féroce, rencontre un collectionneur de jades malchanceux ou s’immerge dans le milieu interlope des brocanteurs, chacun de ses reportages apporte son lot de disparitions et morts subites. Heureusement, le journaliste à la moustache foisonnante peut compter sur le flair de Koko et Yom Yom, ses deux astucieux chats siamois, pour démêler ces drôles d’affaires, d’un coup de patte de velours…

 

J’ai pris ce livre parce que j’étais prise d’une envie irrépressible d’acheter un livre à la librairie de ma  petite ville. Comme une compulsion. Il me faut un livre, là, maintenant, tout de suite ! J’ai fureté parmi ses rayons et j’ai bloqué sur la couverture et le titre. La quatrième de couverture me semblait prometteuse, alors même que j’avais occulté qu’il s’agisse là d’un recueil de trois courts romans.

Quand je l’ai sorti de la bibliothèque, assez rapidement selon mes critères je dois dire – il n’aura attendu que 6 mois pour être plus, pour parfois plusieurs années pour les autres ! – j’ai découvert qu’il s’agissait d’un série,  qui comptabilise 28 (!!!) tomes, et que les romans de ce livre, premiers de la série, datent des années 60.

J’ai rapidement accroché au style, léger, sans prise de tête, qui m’a permis de passer outre certains aspects un peu datés de l’univers : la moustache touffue, les personnages somme toute assez cliché, des femmes aux journalistes aux artistes. Néanmoins, je me suis attachée à Jim Qwilleran, flic un peu paumé qui se retrouve maître de deux chats un peu par hasard, balourdé d’un service à l’autre au gré ses humeurs du chef, qui s’enorgueillit d’une moustache bien touffue et sexy (selon les critères de sexytude des années 60, notons-bien), tel un hipster des années 60. Et ses chats sont bien des chats avec un comportement félin, pas de chats humanisés qui parleraient ou mèneraient l’enquête eux même, tels des moutons à la recherche de l’assassin de leur berger. Les trois romans suivent la même trame, comme beaucoup de séries policières, les rebondissements sont ainsi assez prévisibles ce qui est un peu regrettable. Mais la lecture de ces trois courts romans, même à la suite, s’est avérée rapide et agréable, peut-être pas inoubliable ni la lecture de l’année, mais je ne regrette pas mon achat compulsif et je pense lire les autres à l’occasion.

A noter également que cette couverture moderne et stylisée est bien plus à mon goût que les couvertures des romans individuels avec un chat anthropomorphe un peu flippant (et qui n’est pas siamois en plus de ça !).

 

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Il s’agit là d’une lecture agréable et facile, à lire entre deux livres plus exigeants pour décompresser. Les amoureux des chats y trouveront leur compte, les amateurs de séries policières décalées également. Ceux qui cherchent à lire un thriller haletant, oppressant, à la scandinave devraient passer leur chemin.

Le cueilleur de Fraises – Monika Feth

Le Cueilleur de Fraises

Monika Feth
Editions : Hachette
ISBN : 978-2012013285
416 pages

Traducteur : Sabine Wyckaert

Der Erdbeerpflücker

Quatrième de couverture ?
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Ce livre trainait sur ma liseuse depuis deux ans, à cause de nombreuses critiques sur la blogosphère qui en disaient du bien. Seulement, j’ai préféré attendre pour le lire, la mention « jeunesse » m’ayant un peu refroidie. Il est revenu à la surface alors que je venais de terminer ma lecture en cours avant que le train ne démarre. J’avais une demie-heure devant moi, il fallait bien que je trouve un truc à lire.

L’avantage de l’epub, c’est que je n’ai jamais eu la quatrième de couverture sous les yeux. Elle spoile tout, j’ai jamais vu ça. C’est pourquoi exceptionnellement, je ne la mettrai pas ici.

J’ai voulu apprécier ce livre, j’ai essayé, vraiment. Le début n’était pas mal. Mais la sauce n’a pas pris.

Plus Belle la vie meets Derrick Columbo

Un des éléments qui m’a le plus gené, c’est que j’avais l’impression de lire le scénario d’un épisode d’un feuilleton qui passerai l’après-midi sur une chaîne publique teutonne. Tout y est, la maison appartenant à des gens riches qui impressionne les habitants du village, les lycéens de terminale qui sont assez à l’aise financièrement pour vivre en colloc sans leurs parents, mais sans forcément travailler, les descriptions inutiles (tout le monde allume la machine a espresso, mais sort pour en boire dans un café, WTF), les précisions pour expliciter ce qu’un personnage vient de dire alors que le discours était parfaitement clair, des comparaisons qui relèvent plus d’un exercice de style raté que de précisions nécessaires (le vin étincelait « comme un rubis » en plein milieu d’un dialogue assez grave). De plus, le suspense quand à l’identité du meurtrier est inexistant, le récit changeant tout le temps de point de vue, dont celui de l’assassin, aucun mystère ne plane, et ce dès le début. Et on se doute bien qu’il finira par se faire prendre.

Des personnages à l’épaisseur de papier cigarette

Les personnages les plus recherchés semblent être les personnages secondaires : Merle et Caro. L’héroïne Jette m’a fait l’effet d’une parfaite Mary-Sue à la Bella Swan : admirée par tous pour sa maturité et sa force caractère et pourtant, aucun élément du roman ne nous permet de confirmer ces impressions : elle menace ouvertement l’assassin de sa meilleure amie lors d’un discours public, puis il suffit qu’un bel homme ressemblant à Terrence Hill se pointe, et pouf, adieu veaux, vaches, cochons, maturité et chasse à l’homme (Terrence Hill… Sérieux… Il date de 2008, ce roman, pas de 1978). Ce roman est le premier d’une série appelée Outre-Rhin « Die Jette-Thriller »… Un peu comme les romans Alice de notre enfance, avec une héroïne bien transparente.

Quand à l’assassin, on comprend que le pauvre, il a souffert dans sa vie et qu’il veut être aimé d’un amour pur, mais à la fin… On n’est même pas sûrs de son nom, mais par contre, il parvient à provoquer un joli syndrome de Stockholm.

De l’action ? Où ça ?

L’action dans le Cueilleur de Fraises est lente. Très lente. La seule scène d’action fait l’objet d’une ellipse temporelle alors qu’elle commence. On ne peut découvrir la confrontation finale que par le biais de monologues intérieurs.

Si les personnages avaient été moins occupé a se siffler des espressos, il se serait peut-être passé plus de chose dans ce livre. J’aurais dû compter le nombre d’occurrences du mot « espresso », ça aurait fait un joli score d’ailleurs.

En conclusion ?

Moins d’espressos et d’énonciations d’évidences – les jeunes ne sont pas idiots au point de devoir leur préciser que l’assassin fait des trucs pas bien parce que, ben, c’est mal (je caricature à peine) – et plus d’actions ! Et éventuellement des références culturelles plausibles pour des ados de 18/19 ans en 2008, parce que Terrence Hill et Phil Collins ? Vraiment ?

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Le Dernier Apprenti Sorcier, tome 1 : Les Rivières de Londres – Ben Aaronovitch

L’agent Peter Grant ne croyait pas aux fantômes, jusqu’au jour où un étrange personnage lui affirme avoir assisté au meurtre sur lequel il enquête. Un témoin providentiel… s’il n’était mort depuis plus d’un siècle ! Et Peter n’est pas au bout de ses surprises : recruté par l’énigmatique inspecteur Nightingale, il intègre l’unité de la police londonienne chargée des affaires surnaturelles. Au programme, traquer vampires, sorcières et autres créatures de la nuit ; faire respecter les divers accords passés entre les forces occultes de Londres ; réconcilier les divinités qui se partagent la Tamise, sans devenir esclave de leurs charmes ; et bien sûr apprendre le latin, le grec ancien et une montagne d’incantations bizarres et pour le moins rébarbatives. Peter doit en passer par là, s’il veut un jour devenir à son tour le dernier sorcier de Londres…

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Peter Grant est une nouvelle recrue de la police londonienne. Après avoir passé deux ans en uniforme, à règlementer les bagarres de bistrot, il attend de connaitre le poste auquel il sera définitivement assigné. Son problème ? Il se laisse facilement distraire. Sur un lieu d’un crime, il manquera l’évidence parce qu’il sera trop occupé à lire la légende d’un monument situé juste à côté. Alors qu’il se trouve sur le lieu d’un crime, il rencontre un étrange témoin, qu’il est le seul à avoir vu. Forcément, tant donné qu’il s’agit d’un fantôme. Cette capacité à voir des choses lui vaut un poste dans une étrange unité. L’unité spécialisée en fantômes, vampires, loup-garous et autres créatures surnaturelles. Le meurtre sur lequel il enquête est celui, visiblement totalement arbitraire, d’un homme, dans une rue déserte, qui s’est fait décoller la tête (oui, vraiment) avec une matraque par un home avec un masque… Un masque ? Vraiment ? Et cet homme masqué, comment l’arrêter ? Est-ce seulement possible ? Et si, comme le seul témoin est un fantôme, le coupable était possédé ? Et le nouveau supérieur de Peter, pourquoi tout le monde parle-t-il de son grand âge ?

Ce roman policier fantastique, narré à la première personne, se démarque par un élément assez atypique. Son héros, ainsi que la plupart de ses protagonistes, sont de couleur. Et le narrateur ne manque pas de nous le faire remarquer, à travers son point de vue sarcastique et parfois à coté de la plaque. Car même s’il est policier et le héros (ou anti-héros ?) de ce livre, il n’échappe pas aux préjugés, que ce soit lors d’un trajet en métro ou ailleurs. Si l’humour assez noir est omniprésent, le livre pèche parfois par son incohérence temporelle. Un évènement peut avoir lieu dans un chapitre situé au début du roman, ensuite, deux ou trois chapitres suivent dans lesquels les personnages ont bougés, découverts d’autres, pour revenir à l’évènement précédent, presque comme s’il ne s’était rien passé. De plus, les tenants et aboutissants du pourquoi du comment (oui, ceci est une phrase) m’ont échappés. La durée du récit n’est pas vraiment claire non plus. L’action se déroule sur 6 mois, mais tout semble s’enchaîner si vite que tout ça pourrait aussi bien se dérouler sur trois semaines.

Malgré tout, un livre qui se lit vite, assez agréable et drôle, au style proche de Doctor Who (dont l’auteur a écrit plusieurs épisodes) et . Avec un Londres vivant et devenu un personnage à part entière. Mais lire la suite n’est pas vraiment à l’ordre du jour.

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Glennkill / Qui a tué Glenn – Leonie Swann

Approuvé par M. Mouton

Glennkill, ein Schafskrimi - Leonie Swann - Sheep of Approval

Vous vous êtes déjà demandé à quoi pensait un mouton ? Parce que, hein, on se dit, un mouton, c’est con, ça mange, ça bêle, ça dort, ça mute en mouton-garou quand on fait des expériences dessus, ça suit le chef de troupeau, mais tout ça, c’est ce que ça fait, un mouton, mais à quoi ça PENSE, un mouton ?Et surtout, la question cruciale, un mouton peut-il résoudre une affaire de meurtre ?

Bon, honnêtement, un mouton tout seul, je sais pas, même si c’est le mouton de plus intelligent de tout Glennkill, mais un troupeau, éventuellement, ça peut.

Bref, Glennkill, ou Qui a tué Glenn dans sa version traduite, est un roman allemand, premier livre de Leonie Swann. Le tout se passe à Glennkill (et le berger du troupeau s’appelle Glenn, c’est pratique ^^), petit village irlandais tranquille. Tranquille… Jusqu’au jour où le troupeau de Glenn, se réveille et découvre Glenn mort, avec une bêche depassant du torse. La bêche qu’il utilisait toujours pour bêcher son verger. Comment-est elle arrivée là ? Le vaillant troupeau de moutons, guidé par le mouton le plus intelligent de Glennkill, Miss Maple, décide de trouver le coupable, ainsi que les raisons du meurtre. Avec l’aide du mouton ayant la meilleure mémoire de Glennkill, Mopple the Whale, un mouton au passé trouble, Othello, le mouton le plus laineux du troupeau, Cloud, un mouton persuadé que l’âme se mesure à l’odorat, Maude, et du mouton alpha, Sir Ritchifield, et son frère prodigue,  Melmoth, Miss Maple mène l’enquête, et permet de découvrir un point de vue très mêêêêêh sur la vie, la mort, et les humains, qui décidement, sont vraiment bizarres.

J’aurai plein de choses à dire, mais comme je veux absolument que tout le monde le lise, pour le salut de l’humanité, et de la Terre et de l’Univers, je ne vais pas spoiler, mais voilà, lisez le ! C’est drôle, décallé, moutonnesque, et très humain.

Et en plus ! Il y a un feuilletoscope avec un mouton qui saute en bas des pages !

Le mouton saute-pages

Comment ça, ma photo est floue ?!

Et, pour ceux qui veulent voir la couverture française :

Addendum : je tiens à remercier Moustache (oui, bon, hein, je garde ton anonymat, hein) pour ses corrections sur mes articles. ^^