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Le cueilleur de Fraises – Monika Feth

Le Cueilleur de Fraises

Monika Feth
Editions : Hachette
ISBN : 978-2012013285
416 pages

Traducteur : Sabine Wyckaert
Der Erdbeerpflücker

Quatrième de couverture ? med_gallery_17196_246_23263

Ce livre trainait sur ma liseuse depuis deux ans, à cause de nombreuses critiques sur la blogosphère qui en disaient du bien. Seulement, j’ai préféré attendre pour le lire, la mention « jeunesse » m’ayant un peu refroidie. Il est revenu à la surface alors que je venais de terminer ma lecture en cours avant que le train ne démarre. J’avais une demie-heure devant moi, il fallait bien que je trouve un truc à lire.

L’avantage de l’epub, c’est que je n’ai jamais eu la quatrième de couverture sous les yeux. Elle spoile tout, j’ai jamais vu ça. C’est pourquoi exceptionnellement, je ne la mettrai pas ici.

J’ai voulu apprécier ce livre, j’ai essayé, vraiment. Le début n’était pas mal. Mais la sauce n’a pas pris.

Plus Belle la vie meets Derrick Columbo

Un des éléments qui m’a le plus gené, c’est que j’avais l’impression de lire le scénario d’un épisode d’un feuilleton qui passerai l’après-midi sur une chaîne publique teutonne. Tout y est, la maison appartenant à des gens riches qui impressionne les habitants du village, les lycéens de terminale qui sont assez à l’aise financièrement pour vivre en colloc sans leurs parents, mais sans forcément travailler, les descriptions inutiles (tout le monde allume la machine a espresso, mais sort pour en boire dans un café, WTF), les précisions pour expliciter ce qu’un personnage vient de dire alors que le discours était parfaitement clair, des comparaisons qui relèvent plus d’un exercice de style raté que de précisions nécessaires (le vin étincelait « comme un rubis » en plein milieu d’un dialogue assez grave). De plus, le suspense quand à l’identité du meurtrier est inexistant, le récit changeant tout le temps de point de vue, dont celui de l’assassin, aucun mystère ne plane, et ce dès le début. Et on se doute bien qu’il finira par se faire prendre.

Des personnages à l’épaisseur de papier cigarette

Les personnages les plus recherchés semblent être les personnages secondaires : Merle et Caro. L’héroïne Jette m’a fait l’effet d’une parfaite Mary-Sue à la Bella Swan : admirée par tous pour sa maturité et sa force caractère et pourtant, aucun élément du roman ne nous permet de confirmer ces impressions : elle menace ouvertement l’assassin de sa meilleure amie lors d’un discours public, puis il suffit qu’un bel homme ressemblant à Terrence Hill se pointe, et pouf, adieu veaux, vaches, cochons, maturité et chasse à l’homme (Terrence Hill… Sérieux… Il date de 2008, ce roman, pas de 1978). Ce roman est le premier d’une série appelée Outre-Rhin « Die Jette-Thriller »… Un peu comme les romans Alice de notre enfance, avec une héroïne bien transparente.

Quand à l’assassin, on comprend que le pauvre, il a souffert dans sa vie et qu’il veut être aimé d’un amour pur, mais à la fin… On n’est même pas sûrs de son nom, mais par contre, il parvient à provoquer un joli syndrome de Stockholm.

De l’action ? Où ça ?

L’action dans le Cueilleur de Fraises est lente. Très lente. La seule scène d’action fait l’objet d’une ellipse temporelle alors qu’elle commence. On ne peut découvrir la confrontation finale que par le biais de monologues intérieurs.

Si les personnages avaient été moins occupé a se siffler des espressos, il se serait peut-être passé plus de chose dans ce livre. J’aurais dû compter le nombre d’occurrences du mot « espresso », ça aurait fait un joli score d’ailleurs.

En conclusion ?

Moins d’espressos et d’énonciations d’évidences – les jeunes ne sont pas idiots au point de devoir leur préciser que l’assassin fait des trucs pas bien parce que, ben, c’est mal (je caricature à peine) – et plus d’actions ! Et éventuellement des références culturelles plausibles pour des ados de 18/19 ans en 2008, parce que Terrence Hill et Phil Collins ? Vraiment ?

 

 

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Wilde Reise durch die Nacht – Walter Moers

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Walter Moers
Editions : Goldmann
ISBN : 978-3442452910
224 pages

Non traduit en français (pour le moment)
Wild Ride through the Night

 

Der junge Gustave möchte unbedingt ein großer Zeichner werden. Aber zuvor muss er in einer einzigen Nacht von der Erde zum Mond und einmal quer durchs Universum reisen, denn er hat eine Wette mit dem Tod abgeschlossen, bei der es um nichts Geringeres als sein Leben und seine Seele geht. Moers illustrierte Gustaves fantastische Reise anhand von 21 beeindruckenden Bildern aus dem Werk von Gustave Doré, dem erfolgreichsten Zeichner des 19. Jahrhunderts.

Aaaah, Walter Moers ! C’est seulement la combientième fois que j’en parle ? Bien trop souvent, non ? Je vous rassure, c’est le dernier pour un moment. Au moins jusqu’à la sortie du Château des livres qui rêvent, courant 2015.

Exceptionnellement, il ne nous emmène pas en Zamonie. Cette fois-ci, nous restons bien sagement en Europe. En France. En Alsace. A Strasbourg, plus précisément. On se retrouve dans la peau de quelqu’un que nous connaissons tous, et qui a signé toutes les illustrations de ce livre. Car, comme tous les livres de Walter Moers, Wilde Reise durch die Nacht (qu’on pourrait traduire par Chevauchée Sauvage à travers la Nuit) est illustré. Pas par l’auteur, mais par Gustave Doré (mais si, vous connaissez ! Les fables de la Fontaine et les contes de Perrault ? La déco des trams de la CTS ce printemps ?).

L’auteur a pris le parti de sélectionner 21 gravures de Gustave Doré, piochées dans toute son œuvre, qu’il s’agisse de la Bible, de Don Quichotte, de The Raven, d’Edgar Allan Poe, ou de Paradise Lost de Milton, et d’écrire une histoire qui rendrait ses gravures cohérentes entre elles, tout en rendant hommage à d’autres œuvres de la littérature. Exprimé comme ça, le projet semble ambitieux.

Nous retrouvons donc Gustave, 12 ans, capitaine d’un navire en proie a un tempête. Afin d’échapper à la Mort, il conclut un marché avec elle. Il devra relever six défis avant la fin de la nuit, tel un Hercule prépubère, sans quoi son âme sera confinée dans un minuscule cercueil, puis jeté dans le feu du Soleil, parce que sans Soleil, pas de vie, sans vie, pas d’âmes, sans âmes, pas de Soleil, tel est le cycle de la… oups. Ces six tâches lui sont données par la Mort et sa sœur, Dementia, qu’il retrouvera tout au long de son périple.

Bien entendu, la Mort lui envoie des serviteurs qui devront aider Gustave. Il se retrouve donc, tel Don Quichotte, à parcourir le monde, à tenter de sauver d’innocentes vierges des griffes de dragons sanguinaires, à moins que ce ne soit l’inverse, à traverser une forêt de démons fêtards, à parcourir l’espace avec le plus monstrueux des monstres, pour enfin terminer sur la lune.

Comme d’habitude, les situations sont souvent loufoques, toujours pleines d’imagination, et comme peuvent l’être les aventures du dragon écrivain Hildegunst Taillemythes, un très bel hommage à la littérature et à Gustave Doré qui, semble-t’il, avait sombré dans l’oubli de l’autre coté du Rhin, et à qui Walter Moers voulait rendre ses lettres de noblesse.

Néanmoins, le dénouement est plus que prévisible et certains rebondissements un peu poussifs. On se doute de la fin dès les premières lignes, et les évènements parfois trop forcés pour coller exactement à l’illustration selectionnée.

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C’était une lecture agréable, pas du niveau de la Cité des livres qui Rêvent, mais on mettra ça sur le compte qu’il s’agit de son premier roman, ayant surtout œuvré pour la télé (l’Ours Bleu), et en tant qu’auteur de BD (Le Petit Emmerdeur, Adolf), et aussi qu’il n’a pas illustré lui même et qu’il a du faire avec ce qui était à sa disposition.

Du fragst dich jetzt sicher, was an der Sorge so schrecklich sein soll, stimmt’s? […] Genau das ist eine meiner verheerendsten Eigenschaften: daß man mich für selbstverstandlich hält. Für angebracht! […] Ich fresse Männer, Frauen und Kinder, ohne Ansehen von gesellschaftlichen Rang oder Charakter. Ich bin rücksichtslos, unbarmherzig, kaltblütig und ohne Gnade.*

NdlR : Tu te demandes certainement ce qui rend l’inquiétude si monstrueuse, pas vrai ? […] C’est justement l’une de mes caractéristiques les plus dévastatrices : on me croit évidente. Indiquée ! […] Je ronge les hommes, les femmes et les enfants, sans distinction de rang social ou de caractère. Je suis indélicate, impitoyable, au sang-froid, et sans merci.

Des extraits (en allemand) et des visuels sont disponibles ici : http://www.zamonien.de/roman_wilde-reise.php

 

 

 

Rumo und die Wunder im Dunkeln – Walter Moers

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Walter Moers
Editions : Piper
ISBN : 978-3-492-24177-9
693 pages

 

Selbst die größten Helden haben klein angefangen.

Rumo – der Wolpertinger aus Walter Moers’ Bestseller « Die 13 1/2 Leben des Kapt’n Blaubär » – macht sich selbstständig aund geht seinen Weg: Wie er kämpfen und lieben lernt, Feinde besiegt, Freunde gewinnt und das Böse kennenlernt und wie er schließlich auszieht, um das größte Abenteur seines Lebens zu bestehen, davon erzählt das bisland spannendste, ergreifendste und komischte Werk von Walter Moers.

« Es gibt Wunder, die müssen im Dunkeln geschehen. » Professir Doktor Abdul Nachtigaller

 

Vous le savez, Walter Moers fait partie des auteurs que j’adore, et dont je vous ai parlé déjà maintes fois. Si Les 13 vies et demie du capitaine Ours Bleu étaient un poil en dessous de mes attentes, j’ai toutefois passé au crible fin les librairies berlinoises lors de mon séjour là bas, afin de pouvoir compléter ma collection (attendez-vous à entendre parler de lui plusieurs fois encore), et d’enfin pouvoir lire Rumo und die Wunder im Dunkeln, dont le personnage éponyme est présent dans la biographie de l’ours à la couleur azur.

Au début, accompagné d’un membre de la dysnatie Smeik (bien connue des lecteurs de la Cité des Livres qui Rêvent, ou de la vie de l’Ours Bleu) qui, en lui racontant des histoires et en partangeant sa connaissance toute théorique de l’art du combat, lui permet de libérer ses instincts sauvages, de sauver toute une population enfermée sur une île flottante (rien à voir avec le dessert), et ainsi de devenir le premier héros méconnu de son espèce, puis, une fois devenu adulte et ayant rejoint la ville où vivent tous ses congénères et découvert son fil argenté sous les traits d’une femelle Wolpertinger très spéciale, ses pérégrinations le mènent au devant de nombreux dangers, tous pires les uns que les autres. Mais il parvient néanmoins à trouver du soutien dans les endroits les plus inattendus, tout en affrontant son destin seul avec son épée schizophrène (oui, l’épée n’est pas toute seule dans sa lame).

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und die Wunder im Dunkeln (Rumo et les miracles dans l’obscurité, traduction approximative, l’ouvrage n’ayant, pour le moment, pas de version française), est un roman initiatique, parodiant les quêtes initiatiques mythologiques (les Nibelungen, par exemple, ou encore l’Edda) qui suit un chiot Wolpertinger (qui n’a rien à voir ici avec les chimères des Alpes) depuis sa ferme natale au monde souterrain de la Zamonie, à la recherche du fil argenté, quête suivie par toutes les créatures de son espèce. Le lecteur suit l’évolution de ce chiot rose, faible et cornu, qui ne pense qu’à son panier et à manger, jusqu’à devenir un Wolpertinger adulte, au pelage blanc, féroce, et, avouons-le, un peu bête, (ce qui ne le rend pas moins attachant). Cette dernière caractéristique le différencie également des autres héros Moersiens, entre l’Ours Bleu, malin et débrouillard, et Hildegunst Taillemythes, intellectuel héroïque et éloquent, qualité dont manque cruellement Rumo, qui « ne sait pas raconter les histoires », mais qui adore en écouter. Cet aspect « histoire racontée oralement » est d’ailleurs présente dans tout le roman, le narrateur omniscient externe ne se privant pas commenter sarcastiquement les faits, le seul chapitre relevant du domaine de l’écrit dans le style est celui qui retranscrit un journal intime au contenu Lovecraftien.

 

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Rumo est un roman plein de rebondissements, qui ennuient rarement, s’enchainent sans longueurs, et tous les éléments se mettent en place logiquement et de manière toutefois imprévisible, grâce à des changements de perspective rapides. Contrairement au tome précédent (L’Ours Bleu, pour ceux qui ne suivent pas, là bas, au fond), l’écriture est bien moins linéaire, et la narration bien plus maitrisée.

De nouvelles parties du continent Zamonien sont défrichées, de nouvelles espèces sont présentées, l’histoire (à ce moins que ce soit l’Histoire ?) du continent est explicitée, ce qui permet aussi de préparer le terrain pour les tomes suivants, à savoir,  la série de Bouquinbourg (le troisième tome est à paraitre en V.O. en automne.), et, comme toujours, les illustrations permettent de découvrir encore plus profondément la faune particulière de ce monde à part.

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Il est vraiment dommage que ce tome ne soit pas traduit (pour le moment) en français (même si la traduction de cet auteur doit s’avérer ardue), cet univers étant très complet, et chaque livre permettant encore d’approfondir ce monde foisonnant.


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Wenn du wolltest könntest du den ganzen Tag Wasser lassen, wo du gehst und stehst, aber du tust es nicht, was wäre das denn für eine Sauerei? Du staust es auf bis es weh tut, dann lässt du es fließen, und es ist eine Erlösung – stimmst’s? Genau so solltest du kämpfen: wie du pinkelst.

Si tu le voulais, tu pourrais pisser toute la sainte journée, peu importe où tu te trouves, mais tu ne le fais pas, parce que ça serait vraiment crade. Tu te retiens, jusqu’à ce que ça devienne douloureux, puis tu laisses couler, et c’est un vrai soulagement, pas vrai ? C’est exactement comme ça que tu devrais te battre. Comme tu fais pisse.

Die 13 1/2 Leben Des Käpt’n Blaubär / Les 13 vies et demie du Capitaine Ours Bleu – Walter Moers

Un Ours Bleu possède vingt-sept vies. J’en dévoilerai treize et demie dans ce livre, et je ne dirai rien de toutes les autres. Un ours doit garder un côté obscur, c’est ce qui le rend attirant et mystérieux. Je me contenterai de mentionner : Des Minipirates. Des Ectospectres. Une Sorcière-Araignée des Bois. Un Grottotroll. L’Asticot des Monts obscurs. Un géant sans tête. Une tête sans géant. Des Yétis somnambules. Des Démons des Pousses-Pousse. Un prince venu d’une autre dimension. Un professeur à sept cerveaux. Un Désert Sucré. Des Barbares mal élevés. Des dangers mortels. Un amour éternel. Des sauvetages à la dernière seconde… Mais n’anticipons pas.

Il est impossible d’énumérer ici toutes les créatures qui peuplaient Atlantis ; parmi bien d’autres groupes et tribus, on trouvait aussi les Bonshommes pas tout à fait finis de Nouvelle-Zélande, les Bonshommes-Bonzaïs du japon, les Veaux Monastiques, les Ghorks, les Côtelettes d’Armor, les Capuchettes, les Meuh-mies des Prairies, les Agents Corrosifs, les Vers de Paradis, les Mi-Momies, les Hommes-Cannelle, les Femmes-Brindilles, les Bécasses des Vents, les Ombres de Pygmées, les Orques des Marais, les Ratatinées des Neiges, et toute une armée de groupuscules et d’individus de toutes sortes difficiles à cataloguer. Même les Bolloggs avaient droit de cité à Atlantis, mais uniquement ceux de moins de quinze mètres, et dotés d’une tête. Ici, un Ours Bleu n’attirait pas spécialement l’attention.

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Je vous en ai déjà parlé, l’ours bleu, c’est le héros de mon enfance. Cet ours, ancien loup de mer maintenant à la retraite, qui raconte des histoires incroyables (inventées ? On ne le saura jamais) à ses petits-enfants (colorés aussi), m’a émerveillé et fait rire depuis que je suis petite. J’ai découvert, bien des années plus tard, que son créateur avait écrit sa biographie (et aussi que c’était lui qui avait crée, dans un autre registre, le Petit Emmerdeur, disponible en BD, mais dont je ne connais que le film…). J’ai tourné autour de cette dite-biographie (est-ce que c’est encore une biographie si c’est un personnage fictif ?) pendant des années ; de peur d’être déçue, parce que tout est toujours mieux dans nos souvenirs ; avant de me lancer.

Ce roman zamonien, est le premier à être paru, mais chronologiquement, il se déroule après La Cité des Livres qui Rêvent, ce qui m’a un peu dérouté au début, car si Hildegunst peut vivre plusieurs siècles, aucune mention de longévité à l’échelle humaine n’est donnée pour les ours colorés. Mais, comme il s’agit du premier tome, il plante le décor, explicite les créatures diverses, la politique, la géographie de ce continent fictif (c’est important, si j’avais su que les Nattifftoffs étaient des élans humanoïdes, ma lecture des autres livres aurait été totalement différente… Enfin, ma représentation des Nattifftoffs l’aurait été, et ça fait déjà beaucoup, passer d’un blob partageant des traits avec les Vogons à un élan, ça fait un choc.) Il s’agit d’une part d’une introduction assez complète à l’univers zamonien, mais aussi d’une initiation, celle d’un ours flottant sur la mer, nu, minuscule, incapable de parler et de se défendre, devenant un capitaine chevronné, conteur devant l’éternel, voyageur sans frontières, et savant ayant a réponse à tout (mais toujours trop tard).

Les 13 vies et demies raconte les 13 premières vies (et demie) de cet ours, à raison d’un chapitre par vie, eux-mêmes découpés en paragraphes explicatifs dotés de titres. Ces mêmes paragraphes sont entrecoupés d’extraits d’une encyclopédie tout aussi fictive que le héros. La narration est donc très linéaire, on assiste au évènements, tout comme le capitaine, qui, au début du moins, se laisse ballotter d’un endroit à l’autre, d’un évènement à l’autre, avant de réellement devenir maître de son destin et de son chemin. Le lecteur se laisse égaler promener d’un endroit du globe à l’autre, en suivant les aventures échevelées de ce héros qui échappe toujours de peu à la mort. Certaines vies sont très courtes, mais, au fil du temps, elles durent de plus en plus longtemps. Malheureusement, il ne s’agit pas toujours des vies les plus passionnantes qui sont le plus développées. Néanmoins, ces vies, aussi différentes les unes des autres soient-elles, parviennent à une unité grâce à des personnages, parfois semblant plus qu’anecdotiques, qui reviennent et prennent une place beaucoup plus importante dans la vie complète de l’ours bleu (qui s’appelle ours bleu), et grâce à des éléments sans lien apparents qui s’emboitent, tels les pièces d’un puzzle éparpillées au quatre vents. Le fil conducteur semble inexistant jusqu’au dernier chapitre, où toutes les pièces se mettent en place et dévoilent un tableau bien plus grand qu’on (ou que l’ours) ne l’avait imaginé. Le roman se termine sur la moitié d’une vie, par souci d’intimité du héros, et juste au bon moment pour mettre fin à beaucoup d’énigmes semées dans les pages.

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En conclusion : un bon moment de lecture, peut être moins bien que La Cité des Livres qui Rêvent, mais un bon complèment d’information sur le continent Zamonien, et surtout, un personnage fidèle à mon souvenir, un univers original et inventif mêlant hasard complet et physique quantique, et des illustrations mignonnes qui complètent parfaitement l’histoire.

Et pour les germanophones (J’aurais bien aimé trouver une vidéo sous-titrée, mais les dieux sont contre moi sur ce coup là) :

La Cité des Livres qui Rêvent – Walter Moers

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Le récit fantastique, onirique et horrifique d’Hildegunst Taillemythes, jeune dragon et poète qui bravera tous les dangers des catacombes de Bouquinbourg, hantées par le Roi des ombres, pour retrouver l’auteur du manuscrit «parfait»…
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Walter Moers est le créateur d’un univers que j’adorais bien avant de lire ses livres. L’univers du capitaine Ours Bleu, qui passait dans l’émission de la Souris Souriante, que je regardais tous les dimanches quand j’étais petite. C’était avant que la version française ne soit diffusée sur Arte. Mais maintenant encore, quand je tombe dessus, je regarde. Parce que l’Ours Bleu, avec ses histoires de marin abracadabrantes, c’est sans doute le déclencheur de ma passion dévorante pour la littérature de l’imaginaire. Du coup, quand j’ai vu que les livres de Walter Moers étaient disponibles juste à côté de mon lieu de travail, j’y suis allée, j’ai regardé, j’ai embarqué.

Hildegunst Taillemythe : poète, auteur

La Cité des Livres qui rêvent ne parle pas de ce fameux ours, mais se passe dans le même monde, la Zamonie, où tout tourne autour des livres. Tout le monde écrit, tout le monde lit. Tout n’est que production écrite. Ce livre est raconté par Hildegunst Taillemythe (von Mythemetz, je l’ai lu en V.O. donc je pourrais pas vous traduire tous les noms, si je tente, il y aura beaucoup de chance que le vrai nom utilisé en V.F. soit différent, vous êtes donc prévenus), un dinosaure (j’ai cru pendant près de la moitié du bouquin que Hildegunst était un dinosaure femelle, à cause de « Hilde », vous voyez, il semblerait que non. Mais en fait, ça ne change strictement rien. Et puis, peut-être que ces dinosaures là sont assexués, hein.) qui vient de la « Lindwurmfeste », la forteresse des lindworms, reptiles souvent rencontrés dans les fables médiévales… Il semblerait que ce soit un nom savant pour désigner les dragons. Cette forteresse est peuplée de… gros reptiles (je vais dire ça, c’est plus simple, et les dinosaures et les dragons, on va se mettre d’accord sur le fait que ce sont des reptiles) (je sens que je vais battre mes records de parenthèses), gros reptiles, donc, qui se passionnent pour la poésie. Ils écrivent tous. Ils sont tous talentueux. Et beaucoup d’entre eux quittent la forteresse pour aller à Bouquinbourg, chercher un éditeur, afin d’être lus dans toute la Zamonie, parce qu’être reconnu chez soi, ça va bien un moment, mais le monde est plus vaste que ça.
Hildegunst, comme tous ses copains reptiles, a un « Dichtpate », un parrain de poésie*, qui va tenter de lui apprendre tout ce qu’il sait au sujet de la littérature. Ce parrain, c’est Danzelot von Silbendrechsler (Danzelot Tourneurdesyllabes*), qui, paradoxalement, n’a jamais écrit qu’un seul livre. Sur le jardinage. Parce qu’il était fasciné par le chou-fleur. Et un poème sur les états d’âme d’une armoire pleine de lunettes sales. Et pourtant, Danzelot est reconnu partout (sauf dans la forteresse), et reçoit régulièrement des demandes de conseils d’auteurs en devenir du continent entier. Une de ces demandes sera lourde de conséquences pour lui et pour Hildegunst, qui quittera le fief des lindworms pour aller à Bouquinbourg. De là, une aventure extraordinaire l’attend, dans les catacombes de la ville, ou des dangers plus grands les uns que les autres l’attendent.
La Zamonie est un continent peuplé de dinosaures (je crois l’avoir brièvement mentionné déjà), de cyclopes, d’asticots-requins* (Haimaden) obèses, de créatures anthropomorphiques, de harpyres* (croisement du vampire et de la harpie), de créatures dont la tâche est d’apprendre l’oeuvre complète d’un auteur par cœur (plus l’auteur est prolifique, plus la créature en question risque de mélanger les personnages, forcément), de chasseurs de livres (c’est comme des chasseurs de têtes, sauf qu’ils cherchent des livres précieux dans les catacombes), de livres à pattes, d’harpires, de géants, et autres créatures incroyables (si vous trouvez un Murch quelque part, envoyez-moi une photo). Les catacombes ressemblent aux étages les plus profonds de la grande bibliothèque de la série « Thursday Next » de Jasper Fforde, et le style d’écriture est semblable à un Terry Pratchett allemand. (Le mot précédent est le 666ème. Oui, ça mérite une parenthèse.)
Des antiquaires loufoques peuplent les rues de la ville, et les catacombes cachent un plus grand secret que Hildegunst ne le pensait. Je me doutais que je passerai un bon moment en lisant ce livre, mais le coup de cœur, lui, je ne l’ai pas vu venir. Lisez-le, lisez-le, lisez-le ! En plus, il est illustré par l’auteur (Walter, pas Hildegunst, hein, un dinosaure, ça a des trop petites pattes pour dessiner, voyons !) et vous noterez l’influence de Gustave Doré pour ce qui est du style « gravure ».
* traduction approximative, comme dit plus haut


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Je vous ai déjà dit que c’était vachement bien ?

Merci à Reika et à S. pour avoir corrigé mes fautes d’orthographe, de conjugaison, de frappe et de mots oubliés !

Des milliards de tapis de cheveux – Andreas Eschbach

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Nœud après nœud, jour après jour, toute une vie durant, ses mains répétaient les mêmes gestes, nouant et renouant sans cesse les fins cheveux, comme son père et le père de son père l’avaient fait avant lui… N’est-ce pas étrange qu’un monde entier s’adonne ainsi au tissage de tapis en cheveux ? L’objet en est, dit-on, d’orner le Palais des Etoiles, la demeure de l’Empereur. Mais qu’en est-il de l’Empereur lui-même ? N’entend-on pas qu’il aurait abdiqué ? Qu’il serait mort, abattu par des rebelles ? Comment cela serait-il possible ? Le soleil brillerait-il sans lui ? Les étoiles luiraient-elles encore au firmament ? L’Empereur, les rebelles, des milliards de tapis de cheveux ; il est long le chemin qui mène à la vérité, de la cité de Yahannochia au Palais des Etoiles, et jusqu’au Palais des Larmes sur un monde oublié…

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D’habitude, je suis plus fantasy, dragons, châteaux et guerriers impitoyables que science-fiction, galaxies lointaines et vaisseaux spatiaux. Mais la couverture et le titre de ce livre là m’ont intrigué, et je l’ai pris sans même lire la quatrième de couverture. Parce que voilà, des tapis, en cheveux. C’était en plein dans ma thématique tapis du moment. Parce que je venait aussi de trouver Le Peuple du Tapis de Terry Pratchett. Oui, je fonctionne par thématique, inconsciemment. L’été dernier, pratiquement tous les livres que j’ai acquis avaient le mot « chien » dans le titre. Sans faire exprès. Et là, c’était le mot « tapis ». Les paris pour la prochaine fixette sont ouverts.

Il y a tapis dans le titre,  et des tapis dans le roman. Forcément. Ce space opéra se déroule sur une planète où la Guilde des tisseurs se meurt, ils sont de moins en moins nombreux, et certains tisseurs restants, qui n’ont pas tous la chance d’être prospères, ont le malheur d’avoir le destin qui s ‘acharne contre eux. Chaque chapitre suis un personnage différent, du tisseur de tapis en cheveux, à la fille de riche marchand, en passant par le maître flutiste et l’archiviste impérial. Empereur millénaire qui exerce un pouvoir absolu et qui fait l’objet d’un culte mystique. Il règne sur plusieurs galaxies, et seuls certains privilégiés ont pu le voir, pourtant, chaque famille, dans chaque village, aussi pauvre soit-il, possède une photo de l’empereur.

Cet empereur vit depuis des millénaires, et semble tout puissant, tel un patriarche divin, que des rebelles ont pourtant réussi à éliminer.  Comment ont-ils pu arriver a tuer cet homme tout-puissant, qui a vécu plus longtemps que tous ces prédécesseurs ? Comment ce fait-il que le Palais des Etoiles est exempt de tout tapis de cheveux ? Qu’advient-il de ces tapis ? Et surtout, pourquoi, malgré l’annonce de la nouvelle de la fin du règne impérial, tant de planètes refusent d’y croire, malgré les preuves et le changement inéluctable de leur commerce ?

Si les planètes désertiques mis à part quelques villages balayés par les sables semblent être monnaie courante dans les oeuvres de SF (Star Wars, Dune, et sans doute d’autres, mais je m’y connais bien assez mal pour en citer d’autres), Des milliards de Tapis de cheveux semble être bien plus que l’histoire de tisseurs de tapis obsolètes. On peut y lire (on peut, c’est pas obligé, hein, on est pas en cours de littérature où on analyse chaque virgule non plus) une analyse de la religion, et l’influence de Nietzsche et de son nihilisme : « Dieu est mort », ou bien, ici, « l’empereur est mort ». Les habitants des planètes productrices de tapis ont entendu la rumeur de la fin de l’empire, mais l’ignorent, et continuent de faire comme avant, sans trop se poser de questions, parce que sinon, leur vie deviendrai vide de sens. Tout comme la religion sert parfois de béquille aux gens, de guide et de morale.

Des milliards de tapis de cheveux est réellement un roman à lire, même si les considérations métaphysiques ne sont pas votre tasse de thé. Ce serait passer à côté d’une lecture enrichissante, et qui se lit vite en plus de ça.

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Glennkill / Qui a tué Glenn – Leonie Swann

Approuvé par M. Mouton

Glennkill, ein Schafskrimi - Leonie Swann - Sheep of Approval

Vous vous êtes déjà demandé à quoi pensait un mouton ? Parce que, hein, on se dit, un mouton, c’est con, ça mange, ça bêle, ça dort, ça mute en mouton-garou quand on fait des expériences dessus, ça suit le chef de troupeau, mais tout ça, c’est ce que ça fait, un mouton, mais à quoi ça PENSE, un mouton ?Et surtout, la question cruciale, un mouton peut-il résoudre une affaire de meurtre ?

Bon, honnêtement, un mouton tout seul, je sais pas, même si c’est le mouton de plus intelligent de tout Glennkill, mais un troupeau, éventuellement, ça peut.

Bref, Glennkill, ou Qui a tué Glenn dans sa version traduite, est un roman allemand, premier livre de Leonie Swann. Le tout se passe à Glennkill (et le berger du troupeau s’appelle Glenn, c’est pratique ^^), petit village irlandais tranquille. Tranquille… Jusqu’au jour où le troupeau de Glenn, se réveille et découvre Glenn mort, avec une bêche depassant du torse. La bêche qu’il utilisait toujours pour bêcher son verger. Comment-est elle arrivée là ? Le vaillant troupeau de moutons, guidé par le mouton le plus intelligent de Glennkill, Miss Maple, décide de trouver le coupable, ainsi que les raisons du meurtre. Avec l’aide du mouton ayant la meilleure mémoire de Glennkill, Mopple the Whale, un mouton au passé trouble, Othello, le mouton le plus laineux du troupeau, Cloud, un mouton persuadé que l’âme se mesure à l’odorat, Maude, et du mouton alpha, Sir Ritchifield, et son frère prodigue,  Melmoth, Miss Maple mène l’enquête, et permet de découvrir un point de vue très mêêêêêh sur la vie, la mort, et les humains, qui décidement, sont vraiment bizarres.

J’aurai plein de choses à dire, mais comme je veux absolument que tout le monde le lise, pour le salut de l’humanité, et de la Terre et de l’Univers, je ne vais pas spoiler, mais voilà, lisez le ! C’est drôle, décallé, moutonnesque, et très humain.

Et en plus ! Il y a un feuilletoscope avec un mouton qui saute en bas des pages !

Le mouton saute-pages

Comment ça, ma photo est floue ?!

Et, pour ceux qui veulent voir la couverture française :

Addendum : je tiens à remercier Moustache (oui, bon, hein, je garde ton anonymat, hein) pour ses corrections sur mes articles. ^^