Chroniques express #6

Chroniques mi-figue mi-raisin, entre mindfuck et mares de sang.

Heurs et malheurs du sous-majordome Minor – Patrick Dewitt

Plongée dans une atmosphère gothique trompeuse avec un (anti-?) héros naïf et mythomane, j’ai couru plusieurs fois vers des fausses pistes, pensant lire une version loufoque de Dracula, mais non, il ne s’agit absolument pas de ça.

Mais alors, de quoi s’agit-il ? Nous suivons les pérégrinations de Lucy Minor, jeune homme rêveur et, comme déjà mentionné, naïf et ayant légèrement tendance à enjoliver les choses en sa faveur. Il s’ennuie dans son village et parvient à obtenir un emploi de sous-majordome quelque part dans les Alpes. Le domaine où il va travailler est rempli de mystères, les villageois sont haut en couleurs, et les filles tombent toutes amoureuses de lui, bien évidemment. Ce livre m’a évoqué un Dracula sous la plume d’un Kivirähk, la faute à l’aura de mystère qui nimbe les habitant du chanteau de Aux, couplée aux villageois burlesques et aux superstitions absurdes liées à un très Grand Trou. Sauf que. Sauf que ? Au final, on est loin d’un roman fantastique une fois le mystère levé, et j’aurais bien préféré rester dans ma candide innocence. Et j’aurais bien baffé Lucy une ou deux fois, tellement je l’ai trouvé con. Mais j’ai beaucoup aimé les autres personnages habitants ce massif alpin. Pas ce à quoi je m’attendais au final, mais pas déplaisant non plus.

Trilogie La Mer Eclatée – Joe Abercrombie

Lorsque j’ai terminé le deuxième tome, j’étais fortement emballée. Je préférais même cette trilogie à la Première Loi. Même si l’on peut reprocher plein de choses à La Mer Eclatée, comme par exemple de rester de la fantasy très classique avec un héros jeune qui va se découvrir lui-même dans un récit initiatique comme il y en a déjà des centaines. Ce héros, se prête systématiquement un serment à lui même : VENGEAAAANCE ! Forcément. Dans les trois tomes. Oui.

On pourrait croire que ça s’essouffle, mais bizarrement, ça ne m’a pas plus dérangé que ça. Chaque tome suit un autre héros, qui rejoint les personnages précédents dans leurs quêtes. Et ces personnages principaux sont suffisamment différents les uns des autres et intéressants pour que leurs trajectoire personnelle ne ressemble pas à la précédente.

Puis j’ai lu le troisième et je suis arrivée vers la fin. Et tout le récit a été placé sous un éclairage différent. Bon, j’ai un peu moins accroché à l’héroïne du dernier tome aussi pour des raisons que je ne saurais même pas vraiment expliquer, alors qu’elle est peut-être même un peu plus nuancée que Yarvi, le héros du premier tome, manipulateur cérébral, et Epine, guerrière assez bornée, celle du second. Peut-être une forme de lassitude ? Au final, ce sont les personnages secondaires qui sont les plus complexes, et l’histoire leur laisse, fort heureusement, une place de choix pour se développer.

Mais alors, que s’est-il passé ? Si même les éléments mentionnés ci-dessus ne m’ont pas refroidie, alors qu’avec le recul, il y aurait de quoi ? L’univers, de prime abord classique dans la fantasy, se situe dans un genre de Scandinavie médiévale, avec guerres de religions et raids entre royaumes voisins. Sur ces terres, il y a des cités interdites, vestiges elfiques inaccessibles depuis la Brisure des Dieux. Ces cités elfiques, outre m’avoir fortement évoqué les Cités des Anciens chez Robin Hobb, ce qui ne m’a pas choqué en soi, c’était suffisamment différent pour ne pas être du plagiait, m’ont un peu gênées aux entournures une fois que j’avais percé leur secret à jour, et à l’aune de ce secret révélé, toute l’histoire bascule de la fantasy vers un autre registre de la SFFF (oserais-je le dire ? SPOILER :

anticipation et le post-apo)

et, peut être, vers la facilité dans la résolution des conflits autour de la Mer Eclatée.

J’aurais aimé que cette civilisation disparue, qui continue de projeter une ombre malfaisante sur les Royaumes autour de la Mer Eclatée, soit plus développée et gagne en identité marquée.

Au final, j’ai adoré les deux premiers tomes, malgré leurs défauts évidents, à savoir, un manque d’originalité dans leurs forme et aussi un tic langagier qui a fini par me courir sur le haricot au bout du troisième tome (je suis patiente), grâce à la plume efficace et évocatrice de l’auteur. Dommage que le soufflé soit retombé avec le dernier tome, mais j’aurais peut-être du laisser le four fermé et ne pas les lire à la chaine en trois semaines.

Charly 9 – Jean Teulé

J’aime beaucoup les livres de Jean Teulé, leur mélange historique et burlesque. Ou plutôt, j’aimais ? Je n’ai pas spécialement accroché à celui là, malgré le talent de l’auteur à peindre une fresque historique fourmillant de détails, des plus gores et horrifiques aux plus insignifiants. J’ai eu du mal à y croire, tout ne semblait exagéré et peu vraisemblable : je ne pense pas, par exemple, qu’à l’époque déjà, on ignorasse la toxicité du muguet. Si les chasses à courre dans le palais sont, semble-t’il, véridiques, l’hystérie de Margot me semble amplifiée, et tout ce grand guignol m’a semblé trop ridicule et minimisait, à mon sens, l’horreur de la Saint Barthélémy qui à pourtant fait sombrer le roi dans la folie la plus complète. Mais j’ai aimé ce nouvel éclairage sur la raison de cette nuit funeste, comme un complot ignoré par le Sachoir. Mention spéciale aussi pour la seule réplique de la reine, épouse de Charles IX.

Chroniques express #5

Numéro 11 – Jonathan Coe

Numéro11

J’ai mis presque trois mois à lire ce livre, ce qui, de prime abord, n’est pas très bon signe. J’avais du mal à comprendre les tenants et aboutissants, du mal à m’attacher aux personnages, du mal à m’intéresser à l’action, tellement les tranches de vie dont le lecteur est témoin m’apparaissaient sans lien et sans grand intérêt.

J’ai laborieusement lu une première moitié sur deux semaines, puis, nous sommes partis en vacances et je n’ai emporté que ma liseuse dans un souci de voyager léger. J’ai ainsi lu pléthore d’autres livres, dont un pavé de près de 1000 pages qui, lui, a été dévoré en deux semaines. J’ai même envisagé abandonner lâchement ce livre. Puis, en octobre,, souhaitant terminer ce que j’entreprends, je l’ai repris, et là, le déclic s’est fait, et j’ai lu la moitié restante en trois jours. Tout se met en place assez tardivement, avec l’arrivée des Winshaw, les liens entre les différentes parties ne sont annoncés qu’à la fin, en tout cas, pour les lecteurs non investis comme je l’ai été. Entre satire sociale et roman horrifique (arachnophobes s’abstenir !), une lecture mi-figue mi-raisin, qui m’a néanmoins donné envie de lire Testament à l’anglaise, présente par ailleurs dans la bibliothèque idéale.

Broadway/Le Discours – Fabrice Caro

FabCaro

Les Bds de Fabcaro me laissent assez souvent de marbre, ne parvenant qu’à me faire brièvement souffler du nez lors de gags bien sentis. Elles sont trop absurdes à mon goût, moi qui aime le contexte et les développement fouillés, les kamoulox sur des pages et des pages ne fatiguent plus qu’autre chose. Néanmoins, je trouve sa plume très agréable lorsqu’il s’agit de romans. Contrairement à ce que le titre de cette partie pourrait faire penser, ces deux livres n’ont rien à voir, il s’agit de one-shot à chaque fois. Mais ce que je voulais dire de l’un s’applique également à l’autre, pour le meilleur et pour le pire. Les personnages, des hommes cis-het quadras, vaguement déprimés, de classe moyenne, sont obnubilés par une chose différente dans chaque roman, et toutes leurs actions tournent autour de leur obssession. Dans Le Discours, une autre obsession se rajoute au discours qui donne son nom au livre, mais globalement, on retrouve le même schéma de personnage principal qui se retrouve plutôt spectateur de sa vie, vaguement rêveur dans sa mélancolie, entouré d’un décor que la plupart d’entre nous retrouve chez nos parents (on me dit que c’est du cottage-core) très touchant dans sa description. Alors, oui, les deux livres se mélangent dans mon esprit (c’était quoi, la marotte dans Broadway ? Une déception amoureuse ou une enveloppe colo-rectale ?), mais je ne peux pas prétendre ne pas avoir aimé, c’était deux lectures agréables, pas inoubliables, mais fort sympathiques.

Il est de retour – Timur Vermes

Je ne sais pas quoi penser de ce livre. Le cul entre deux chaises. Comme je ne suis pas sûre d’avoir parfaitement cerné les intentions de l’auteur. Souhaite-t’il dénoncer ? Ou alors, souhaite-t’il, et ce serait vraiment douteux, glorifier ? Les derniers mots du livre me font pencher vers la dernière option, mon espoir vers la première. A plusieurs reprises, je me suis exclamé dans ma tête, « Mais oui, il a trop raison ! » avant de me rappeler à qui je donnais raison là. (Spoiler : ça ne concernait que des questions d’actualité sans enjeu, pas les faits historiques ni la question de l’ethnie, hein), et c’est là ou j’ai trouvé ce roman glaçant, il rend, de manière pernicieuse, l’un des dictateurs les plus malsains de l’Histoire, presque sympathique, et j’espère que c’était bien cela l’objectif : permet de comprendre comment il a pu accéder au pouvoir (je ne doute pas une seule seconde que malgré son idéologie nauséabonde, comme la plupart des dictateurs par ailleurs, il fut terriblement charismatique pour ceux qui l’ont côtoyé.)

Malheureusement, j’ai trouvé ce roman aussi très ancré dans son époque, le début des années 2010, avec toutes les références au paysage médiatique et politique allemand, qui sont déjà désuètes 10 ans plus tard (aussi, si quelqu’un l’a lu en français, comment sont traduits les émissions de télé et les animateurs ? Stromberg ? Switsch ? Harald Schmidt ?), même le chef du parti d’extrême-droite mentionné dans le livre s’est retiré et est parti entre-temps pour ouvrir et fermer un café à Majorque (qui est devenu une extension de l’Allemagne en été, on est d’accord), et l’AFD ne fait plus rire personne tant la menace plane à nouveau.

Au final, une lecture dérangeante, dans un contexte politique anxiogène. Le dictateur a déjà été rendu drôle dans un film allemand ces dernières années et tout un débat s’était soulevé. Je pense que ce débat est toujours de mise. Peut-on rire de tout ? Si on rit de quelque chose, signifie-t’on que ce n’est pas un sujet grave ou sérieux ? Y’a t’il prescription ?

L’oncle Silas – Sheridan Le Fanu

wp-1598436952663.jpgUncle Silas: A tale of Bartam-Haugh

Editions : Wordsworth

ISBN : 978-1840221718

418 pages

In Uncle Silas, Sheridan Le Fanu’s most celebrated novel, Maud Ruthyn, the young, naïve heroine, is plagued by Madame de la Rougierre from the moment the enigmatic older woman is hired as her governess. A liar, bully, and spy, when Madame leaves the house, she takes her dark secret with her. But when Maud is orphaned, she is sent to live with her Uncle Silas, her father’s mysterious brother and a man with a scandalous–even murderous–past. And, once again, she encounters Madame, whose sinister role in Maud’s destiny becomes all too clear.

With its subversion of reality and illusion, and its exploration of fear through the use of mystery and the supernatural, Uncle Silas shuns the conventions of traditional horror and delivers a chilling psychological thriller.

Dix ans et trois tentatives, voici ce qu’il m’a fallu pour venir à bout de ce livre. Pourtant, il n’est pas particulièrement long. Mais ce n’était pas encore son heure. Il aura fallu un confinement pour qu’elle arrive. Ce qui assez drôle, étant donné le sentiment d’oppression qui émane de ce livre, et qui m’a peut-être empêché, jusque là, de le terminer.

La première tentative était en français, puis j’ai dû rendre le livre. Comme je tenais particulièrement à le terminer pour des raisons qui me restent obscures, j’ai fini par l’acheter, dans feu la librairie anglophone de Strasbourg. Et il faut dire que ce n’était pas l’idée la plus… efficace pour en venir à bout. La langue étant loin de celle à laquelle je suis habituée, lisant pus de livres récents, dans un anglais propre et aseptisé. L’anglais de Sheridan Le Fanu est très propre aussi, mais l’argot de son époque, qu’il retranscrit très bien, est loin de celui dont j’ai l’habitude, et j’ai cherché longtemps, en vain, ce que « baint » pouvait bien signifier. De plus, il retranscrit également l’accent français de Madame de la Rougierre, ce qui a encore rendu ma lecture plus malaisée et l’a considérablement ralentie.

J’ai également rencontré un autre souci, j’ignore s’il vient de mon état de concentration générale à ce moment, de mon inattention aux détails, trop occupée à essayer de comprendre les mots, mais j’ai souvent eu l’impression de n’avoir que des brides d’informations, comme si j’avais sauté des pages entières, ou si j’avais oublié les 10 pages que je venais de lire. Alors, parfois, j’avais la foi et je recommencé ces 10 dernières pages, à la recherche de la clef qui me permettrait de comprendre ce qu’il se passait. Pour rester aussi bête qu’avant. J’avais l’impression constante que ce roman était entouré d’une brume cotonneuse qui m’empêchait de tout comprendre. J’ai mis ça sur le dos de la langue, de mon manque d’habitude à lire un anglais « daté », de ma lassitude face à certains passages très « jeune fille niaise », comme se décrit la narratrice elle même à l’heure des évènements du livre.

C’est finalement en refermant le livre et en méditant sur sa conclusion que j’ai compris que je n’avais rien raté. Nous suivons une narratrice qui vit l’histoire de l’intérieur. Elle est naïve, immature pour son âge et l’assume totalement. Nous n’avons que son point de vue. Elle se laisse balloter par les autres personnages et les évènements, est tenue à l’écart de toutes les décisions, un peu comme une poupée de chiffon, et ne se rend compte de rien avant le dénouement final, à quelques dizaines de pages de la fin, là où est concentrée toute l’action, tout le reste étant assez contemplatif. Les trous dans l’histoire, le mystère qui entoure son oncle et sa gouvernante, l’apparente incohérence des choix de ses antagonistes, ce sont ceux qu’elle-même à perçus, c’est ce qu’elle a vu. La narration n’a pas cherché a combler ses trous avec le recul -Maud nous parle de cet épisode plusieurs années plus tard-, pour plonger le lecteur dans le même brouillard qu’elle à l’époque. Ce qui est plutôt réussi et justifie totalement sa notoriété et sa place dans la Bibliothèque Idéale.

Par ailleurs, si , avec Carmilla, Le Fanu a été l’un des premiers a explorer le mythe du vampire, ici, il est l’un des premiers à exploiter le thème de la chambre close. On y retrouve également une héroïne ingénue, plusieurs personnages mystérieux, une secte étrange, et même quelques fausses pistes.

corbeaucorbeaucorbeaucorbeau

 

Ce n’était clairement pas une lecture « facile », pour preuve le temps que j’ai mis à en venir à bout, autant du point de vue linguistique, que du point de vue contextuel ou textuel, mais je ne regrette absolument pas de l’avoir lu. J’ai failli le remiser définitivement, vers la page 100 et le mettre dans la boîte à livre à la première sortie autorisée et je suis bien contente de ne pas l’avoir fait et de m’être accrochée, acharnée, pourrait-on dire. Peut-être même… Que je le relirais, pour découvrir les indices qui mènent à la conclusion.

For my part, I really can’t see the advantage of being the weak sex if we are always to be as strong as our masculine neighbours.

Les oiseaux et autres nouvelles – Daphné du Maurier

lesoiseauxdaphnedumaurier

The Birds and Other Stories

Editions : Livre de poche

ISBN : 978-2253099963

445 pages

Recueil de nouvelles, Les Oiseaux  met en scène différents milieux sociaux à la croisée des genres fantastique, policier, surnaturel… mais toujours pour mieux surprendre le lecteur en le terrifiant par une étrangeté issue du quotidien. Pour Henry James, et c’est aussi le cas dans ce recueil de la romancière, « les mystères les plus mystérieux [qui] sont à notre porte ». Chaque nouvelle s’ouvre sur un quotidien banal, minutieusement décrit pour s’enrayer aussitôt : dans « Mobile inconnu », Mary Farren se donne subitement la mort. Quel mobile est à l’origine de ce geste de cette femme à qui tout souriait ? Elle a fait un mariage au-dessus de sa condition, elle attend un enfant… Son mari engage un privé pour enquêter sur le passé de sa femme. La construction diabolique de cette nouvelle est digne des romans policiers victoriens !

 

Je n’avais jamais rien lu de Daphné du Maurier, tout en ignorant pas qu’elle a marqué son époque ainsi que la littérature au sens global. Rebecca est certes sur ma liste à lire, mais la seule chose que je connaissais d’elle, au sens large, était l’adaptation des Oiseaux par Hitchcock, film qui m’a profondément marqué lorsque j’étais jeune. C’est pourquoi je voulais lire la nouvelle qui l’avait inspiré, et j’ai lu les autres dans la foulée. A noter d’ailleurs que le titre d’origine mettait en lumière une autre nouvelle : la première du recueil, intitulée Le Pommier, et que la réédition a changé de nom, pour surfer sur la vague hitchcockienne. Et je dois dire que les Oiseaux est peut-être celle qui m’a laissé le plus indifférente.
 
Deux grandes thématiques se démarquent de ces nouvelles : le traumatisme des anglais par les attaques aériennes de la Seconde Guerre Mondiale, illustré par Les Oiseaux et Encore un baiser. Il est par ailleurs notable et dommage que le film aie perdu une part de son impact et la totalité de la symbolique en déplaçant l’action des Cornouailles vers la Californie.
 
Les autres nous parlent de la place des femmes en ce début de XXème siècle, entre charge mentale et indifférence conjugale dans Le Pommier, Une Seconde d’éternité, peut-être un peu prévisible (est-ce parce que d’autres s’en sont inspirés par la suite ? Parce que le ressort de l’intrigue est désormais éculé ?), où la narratrice place tous ses espoirs dans sa parfaite (?) fille de 7 ans, et Mobile inconnu, Intrigue policière sur le suicide d’une jeune femme, fraîchement mariée et enceinte de son époux dont elle est amoureuse (et réciproquement), écrasée par un secret qu’elle avait enfoui et le poids du qu’en dira-t’on ? et nous laisse imaginer la problématique du consentement dans les années 50 ainsi que l’hypocrisie de la religion par rapport aux femmes.
Elle nous a raconté que son père lui avait dit que c’était la plus grande disgrâce qui pouvait arriver à une fille, et elle n’y comprenait rien, disait-elle, parce que son père était pasteur et qu’il faisait toujours des sermons comme quoi ce qui était arrivé à la Vierge Marie était la plus belle chose du monde.
Le Petit Photographe, lui, nous dépeint une femme d’une autre trempe, contrairement aux autres, auxquelles on peut s’identifier, même si, comme les autres héroïnes, elle est victime de son époque et de son milieu. Une marquise magnifique, oisive et narcissique s’ennuie en vacances et décide d’avoir une aventure avec un petit photographe local qui s’avère encombrant. Pour s’en débarrasser, elle use de stratagèmes vicieux, tel le plus beau des pervers narcissiques. Difficile ici de lui trouver des excuses, elle semble avoir choisi elle-même son enfer personnel, contrairement aux autres. Mais heureusement qu’elle est belle, pense-t’elle.
Ces nouvelles nous dépeignent également plusieurs variantes de troubles mentaux, du stress post-traumatique, à la paranoïa en passant par les troubles obsessionnels compulsifs et l’histrionisme.
Le Vieux, lui, nous témoigne d’une famille étrange qui vit de l’autre côté du lac. Les parents s’aiment, et aimeraient bien revenir à leur vie sans enfants. Les placer ailleurs, en ville, semble une bonne solution. Il s’agit là d’une nouvelle à chute très efficace, j’en ai encore mal au coccyx d’ailleurs.

Les Oiseaux et autres nouvelles explorent la diversité des sentiments humains en 7 nouvelles efficaces, tous les personnages ne sont pas aimables, et même les personnages détestables (Madame la Marquise, c’est vous que je regarde !) ne le sont pas complètement, ils sont humains, mus par le désespoir et une plume résolument moderne. Les thématiques sont toujours d’actualité, d’ailleurs maintenant que la charge mentale fait partie des combats féministes, il est fascinant de voir que le sujet avait déjà été abordé (et complètement ignoré, la faute à la subtilité du propos ? Au narrateur masculin ?) au début des années 50, au moment ou la ménagère était mise en avant dans toutes les publicités, gardienne du Saint Foyer. Le suspens est parfaitement maitrisé (sauf peut-être pour la Seconde d’éternité, mais cette nouvelle a dû avoir énormément d’impact lors de sa parution, alors que maintenant, la conclusion fait un peu pétard mouillé), qu’il s’agisse du registre fantastique ou non.

Un bûcher sous la neige – Susan Fletcher

Un bûcher sous la neige

Corrag

Editions : J’ai lu

Traductrice : Suzanne V. Mayoux

ISBN : 978-2290025253

475 pages

Au coeur de l’Ecosse du XVe siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, attend le bûcher. Dans le clair-obscur d’une prison putride, le révérend Charles Leslie, venu d’Irlande, l’interroge sur les massacres dont elle a été témoin. Mais, depuis sa geôle, la voix de Corrag s’élève au-dessus des légendes de sorcières et raconte les Highlands enneigés, les cascades où elle lave sa peau poussiéreuse. Jour après jour, la créature maudite s’efface. Et du coin de sa cellule émane une lumière, une grâce, qui vient semer le trouble dans l’esprit de Charles.

 

Est-ce que j’aurais seulement entendu parler (lu écrit ?) de ce livre sans Instagram ? C’est là que je l’ai vu, sur le fil de plusieurs personnes que je suis, chacune ne s’étant pas tarie d’éloges sur ce roman. Et comme je suis terriblement influençable, j’ai couru à la librairie me l’acheter.

J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, mais les circonstances de lecture n’étaient pas en ma faveur : plus de transport en commun pour aller travailler, ou alors un trajet de moins de 10 minutes, s’occuper d’un enfant en bas âge qui préfère qu’on lui lise les aventures du loup ou un imagier, pour tomber de sommeil au bout de deux pages le soir. Ce confinement dû au Covid-19 m’aura au moins permis de m’y plonger autant qu’il le mérite.

Le récit s’articule autour de deux monologues, celui de Corrag, prisonnière d’un cachot humide, attendant le bûcher, accusée de sorcellerie, qui témoigne de sa vie et des massacres dont elle a été témoin, à un pasteur, qui relate les dire de Corrag et son ressenti par voie épistolaire à son épouse, qui lui répond, mais dont on ne connaitra jamais la teneur des propos.

Corrag débute son histoire par sa naissance en Angleterre, et par expliquer comment le qualificatif de sorcière l’a toujours poursuivi, ce dès le berceau, pour finalement la mener dans une geôle au fin fond des Highlands. Le pasteur qui recueille son témoignage, aveuglé par sa foi et son avis plus que négatif au sujet des femmes indépendantes, revoit peu à peu son jugement, attendri par cette frêle jeune fille et raisonné par les propos de son épouse, qui semble voir au delà du sobriquet malheureux, et ce malgré son éloignement et le prisme déformant et déformé de son mari.

Ces plantes, Jane, comment dois-je les considérer ? J’ai toujours jugé qu’en user comme remèdes relevait de la sorcellerie. Néanmoins, elle a dit que si Dieu a créer les plantes, leurs vertus sont un présent de Dieu et n’ont donc rien de diabolique.

Un bûcher sous la neige est un roman historique, qui parle d’un sujet à la mode en ce moment, celui des sorcières, et le reprend également sous la même forme, c’est un roman écrit par une femme, qui parle d’une femme libre persécutée par la société, au ton résolument féministe, mais tout en subtilité, avec une grande finesse, qu’il s’agisse des idées sous-jacentes qu’au niveau des émotions transmises par les protagonistes. Pas de grands discours politiques qui ne seraient pas adaptés au contexte, mais un plaidoyer pour la liberté des individus, hommes et femmes, peu importe de la manière dont ils vivent et dont ils aiment.

Au sujet du mot « putain » : « C’est un mot qui sort de la crainte, toujours. Car seules les femmes à forte tête, au cœur sagace osent défier ces lois-là, je pense. Et tous les habitants de Thorneyburnbank craignaient Cora, car ils savaient qu’elle se connaissait et menait la vie qu’ils n’osaient pas mener, et les autres se demandaient peut-être tout au fond, avec le loup qui hurlait en eux, comment se serait de passer une nuit de pleine lune sur la lande, car leur loup à eux, ils le tenaient en cage à moitié mort. Alors Cora était la putain.

Comme mentionné plus haut, j’ai eu du mal à entrer dans le récit, mais une fois à l’intérieur, il m’a prise aux tripes, l’écriture est touchante et vivante, sa traduction l’est tout autant, on sent les toiles d’araignées de Corrag dans ses propres cheveux, on ressent sa liberté dans les highlands et on s’évade avec elle – car jamais ne sont décrit les lieux où elle se trouve lorsqu’elle parle au pasteur, sauf par le pasteur lui-même, dont les lettres sont bien moins évocatrices que le récit de la prisonnière – et on pleure, mon dieu que j’ai pleuré. Plusieurs fois. Comme une loque. Comme ça ne m’était arrivé qu’une seule et unique fois auparavant, en lisant un tome de l’Assassin Royal de Robin Hobb (TMTC). Le personnage de Corrag et sa philosophie de vie a tellement résonné en moi que je suis très heureuse de l’avoir lu, maintenant, et pas au moment où je l’ai acheté, moment où je serais passée peut-être à côté.

Je crois aux serments du cœur. C’est eux qui doivent guider notre vie, car avec un cœur muselé, quelle vie vaut la peine d’être vécue ? Aucune, à mon idée.

Ce n’a pas été une lecture facile, il a touché bien trop profondément certains points sensibles chez moi, mais le récit viscéral et à fleur de peau m’a fait partir loin en ces temps de confinement. Et je ne vous parlerai pas de la fin, sauf pour vous dire qu’elle est magnifique dans sa simplicité.

Et en plus, il semblerait ce que soit tiré d’une histoire vraie.

 

 

L’année et la décennie viennent de commencer, mais je tiens déjà l’un de mes livres favoris, dont la lecture aura été, je pense, aussi marquante que celle de Femmes qui courent avec les loups en son temps. D’ailleurs, la thématique profonde est similaire.

D’ailleurs, rien que d’écrire sur ce livre et d’y repenser, les larmes remontent, et pourtant, j’ai un cœur de pierre.

Les gens disaient  brigand, démon. Personne ne se souviendrait de lui comme d’un être humain faisait partie du monde, avec un cœurq qui battait. Un ami.

Et sinon, ça m’a donné envie de reprendre Outlander (la série), et bien, c’est moins bien quand même.

The Good the Bad the Furry – Tom Cox

Life with the World’s Most Melancholy Cat and Other Whiskery Friends

Editions : Sphere
ISBN : 9780751552393
272 pages

Le bon, la brute et le toudou (o_O)

Meet THE BEAR – a cat who carries the weight of the world on his furry shoulders, and whose wise, owl-like eyes seem to ask, Can you tell me why I am a cat, please?

Like many intellectuals, The Bear would prefer a life of quiet solitude with plenty of time to gaze forlornly into space and contemplate society’s ills. Unfortunately he is destined to spend his days surrounded by felines of a significantly lower IQ…

RALPH: handsome, self-satisfied tabby, terrified of the clothes horse.

SHIPLEY: mouthy hooligan and champion mouser, rendered insensible by being turned upside-down.

ROSCOE: fiercely independent kitten, tormented by her doppelganger in the mirror.

And then there’s Tom, writing with his usual wit and charm about the unexpected adventures that go hand in hand with a life at the beck and call of four cats … or three cats and a sensitive poet who just happens to be a foot high and covered in fur.

Internet, c’est pour les chats, c’est bien connu. Les réseaux sociaux en sont plein. C’est en tombant sur le profil des chats The Bear, Shipley et Ralph sur Twitter que j’ai découvert Tom Cox, un journaliste/écrivain qui parle de musique et de chats. Suivre leurs profils puis le blog de Tom Cox m’a donné envie de découvrir ses romans. C’est donc avec grand bonheur que j’ai trouvé The Good, the Bad The Furry sous le sapin. Je l’ai lu en deux jours et ça, ça ne m’était plus arrivé depuis un an et demi au moins, et ça n’est plus arrivé depuis alors que nous sommes en mars.

Alors pourquoi ce livre ? Ovni littéraire, ce n’est ni un roman, ni vraiment une autobiographie, ni un essai. Je ne saurais trop le qualifier. A première vue, ce livre parle de chats (sans déconner ?), mais il est bien plus profond que ca, il parle de la difficulté à se retrouver seul, fraîchement divorcé, travaillant dans un corps de métier sur le déclin, en pleine campagne anglaise humide dans une maison qui fuit, avec un père qui parle comme la Mort de Pratchett (COMME CA). L’auteur nous parle de son ressenti de campagnard qui retourne à la terre après des errances à la ville, de classic rock (il anime d’ailleurs une émission de radio sur le sujet) et de vinyles.

De base, je n’aime pas les livres sur les animaux : L’incroyable Voyage est un traumatisme, et mon envie de lire Watership Down oscille entre « jamais, ca va me donner envie de me pendre » et « Il parait que c’est trop bien et puis les lapins, c’est mignon » (et il vient d’être réédité, ne me tentez pas !). Mais voilà, souvent, quand ça parle d’animaux, c’est triste. Mais ici, malgré la tristesse inhérente à la longévité de nos animaux, on rit, notamment grâce aux parents de Tom Cox, bien malgré eux.
De plus, l’auteur partage, son plus de son amour pour les chats, son amour pour le classic rock (il anime d’ailleurs une émission de radio à ce sujet) et les vinyles.
Au fond, The Good the Bad The Furry reflète bien ce que c’est que de vivre dans la cambrousse, avec des animaux (domestiques ou non) : c’est souvent drôle, c’est parfois triste, mais au final, même si on sait toujours comment finira notre histoire avec notre animal, on sait qu’on ne la regrettera jamais.

corbeaucorbeaucorbeaucorbeaucorbeau

Amateurs de chats et de musique des années 70, vous y trouverez votre compte.
Il parait aussi que ce livre a été traduit. Le titre est douteux, mais si vous ne lisez pas l’anglais couramment, le problème de la langue ne se pose plus.

 

Dragons at Crumbling castle – (The fantastically funny) Terry Prachett

dragons

(The fantastically funny) Terry Pratchett
Editions : Doubleday
ISBN : 9780857534378
338 pages

Illustrations : Mark Beech

Dragons have invaded Crumbling Castle, and all of King Arthur’s knights are either on holiday or visiting their grannies.

It’s a disaster!

Luckily, there’s a spare suit of armour and a very small boy called Ralph who’s willing to fill it. Together with Fortnight the Friday knight and Fossfiddle the wizard, Ralph sets out to defeat the fearsome fire-breathers.

But there’s a teeny weeny surprise in store . . .

Fourteen fantastically funny stories from master storyteller Sir Terry Pratchett, full of time travel and tortoises, monsters and mayhem!

‘So funny I dropped my spoon laughing!’ – King Arthur

Bon, cette fois, je vous évite mon laïus habituel concernant Terry Pratchett, vous allez croire que je radote. Du coup, on va entrer dans le vif du sujet tout de suite.

Terry Pratchett a toujours assumé avoir du mal à écrire des nouvelles. Vous me direz donc, si lui même disais qu’il n’y arrivait que très difficilement, est-ce que Dragons at Crumbling Castle est réservé aux complétistes et collectionneurs ? J’ai le malheur ahem de faire partie de ces deux catégories , et en plus, je suis de mauvaise foi, je dirais que non.

Mais objectivement et réellement, non, cette anthologie est à réserver aux fans inconditionnels, qui veulent découvrir les premiers écrits de l’auteur et les prémices du Disque-Monde ainsi que la version originale du Peuple du Tapis. On y retrouve également l’influence des Monthy Pythons, et le talent de Pratchett pour manipuler la langue est déjà bien présent, néanmoins certaines nouvelles trouvent le moyen de trainer en longueur et manquent de rythme.

Alors si vous souhaitez découvrir le Pratchett originel, foncez, sinon, lisez plutôt ses romans.

corbeaucorbeaucorbeau

Sinon, il parait que A Blink of the Screen est sorti en français. Va falloir que je complète. On se revoit dans 15 ans, quand ma collection sera terminée.

Chroniques express – book edition #3

Pour cette troisième édition des chroniques express, nous exploiterons la thématique du malaise. Des lectures qui, sans avoir été mauvaises, m’ont laissé un gout de poussière ou de sang dans la bouche.

docteur-rat-couv

William Kotzwinkle
Editions : Cambourakis
ISBN : 9782366241815
282 pages

Dr Rat, rongeur mentalement déséquilibré et mégalomane, a fait alliance avec la cause des hommes : dans le laboratoire où il est enfermé avec des dizaines d’autres animaux, il prêche la soumission à une science qui leur réserve pourtant un sort peu enviable. Mais le délire masochiste du Dr Rat ne pourra empêcher la révolte de gronder parmi ses congénères : le laboratoire se transforme en champ de bataille révolutionnaire. Paru vingt ans avant L’ours est un écrivain comme les autres, cette comédie animalière de William Kotzwinkle est une fable grinçante et sarcastique qui dénonce vivement la cruauté des hommes envers le règne animal.

Un livre que j’avais repéré en librairie pour le retrouver à la médiathèque. J’avais déjà lu L’Ours est un écrivain comme les autres (surtout à cause de la citation de Terry Pratchett au dos, on ne se refait pas) qui était sympa sans plus (la citation m’a semblé un peu exagérée en fin de compte. Quelle trahison.), on redécouvre ici un point de point de vue animal. Un rat de laboratoire taré observe avec désarroi une révolte animale qui commence avec les chiens de laboratoire, qui continue dans les abattoirs pour se poursuivre dans la savane. Tous les animaux convergent vers un seul point, seul l’Homme ignore cet appel viscéral qui traverse toutes les créatures vivantes.

Ici, à chaque pause de lecture, même avant de découvrir la fin, c’est un gout de sang persistant dans la bouche qui me suivait. C’est le regard torve que je mangeait mon steak haché, c’est la conscience torturée que j’ai acheté du jambon.
Si la fin est prévisible, l’Homme est un loup pour l’Homme est surtout pour les animaux après tout, elle m’a prise aux tripes et m’a donné les larmes aux yeux.
Ce livre date de 1976… 40 ans et il n’a pas pris une seule ride. Malheureusement.
Sur ce, je vais manger du tofu.

 

corbeaucorbeaucorbeaucorbeau

lechateaucarey

Edward Carey
Editions : Grasset
ISBN : 9782246811855
464 pages

Au milieu d’un océan de détritus composé de tous les rebuts de Londres se dresse la demeure des Ferrayor. Le Château, assemblage hétéroclite d’objets trouvés et de bouts d’immeubles prélevés à la capitale, abrite cette étrange famille depuis des générations. Selon la tradition, chacun de ses membres, à la naissance, se voit attribuer un objet particulier, dont il devra prendre soin toute sa vie. Clod, notre jeune héros, a ainsi reçu une bonde universelle – et, pour son malheur, un don singulier : il est capable d’entendre parler les objets, qui ne cessent de répéter des noms mystérieux…
Tout commence le jour où la poignée de porte appartenant à Tante Rosamud disparaît ; les murmures des objets se font de plus en plus insistants ; dehors, une terrible tempête menace ; et voici qu’une jeune orpheline se présente à la porte du Château…
Premier tome d’une trilogie superbement illustrée par l’auteur, Le Château nous plonge dans un univers pareil à nul autre, fantasmagorique et inquiétant, gothique et enchanteur. Edward Carey y révèle des talents de conteur, de dessinateur et de magicien qui font de lui le fils spirituel de Tim Burton et de Charles Dickens.

1 euros sur un vide-grenier, pratiquement neuf, il n’en fallait pas plus pour que ce livre rentre avec moi. Il a fallu ensuite 6 mois pour que je le sorte de ma PàL. Illustré par l’auteur dans un style très sombre, ce livre pour adolescents (je suppose) nous plonge dans un univers aussi noir que ses illustrations, ou la saleté est reine. On a du mal à en sortir, pas vraiment parce que l’histoire est fascinante, mais plutôt parce qu’on a l’impression de sortir du livre recouvert d’une couche de crasse bien épaisse (ou c’est moi qui fait un léger blocage hygiéniste concernant les livres d’occasion…) avec une odeur de décharge dans le nez.

En bref, pas une lecture qui m’a passionnée, l’enchantement promis par la quatrième de couverture n’était pas au rendez-vous, je ne pense pas lire la suite, mais l’atmosphère sombre est parfaitement réussie et oppressante.

 

corbeaucorbeau

 

The Sleeper and the Spindle – Neil Gaiman

sleeperspindle

Neil Gaiman
Editions : Bloomsbury
ISBN : 978-1-4088-5964-3
69 pages

Illustrateur : Chris Ridell

La Belle et le Fuseau

She was one of those forest witches, driven to the margins a thousand years ago, and a bad lot.
She cursed the babe at birth, such that when the girl was eighteen she would prick her finger and sleep forever.

La Belle et le Fuseau : ce titre français va évidemment vous évoquer un conte bien connu, qu’il s’agisse de la version de Grimm ou de celle de Perrault. Les contes m’ont toujours fascinée, et j’ai ingurgité un nombre incalculable de séries et de films qui les réécrivaient pendant mon adolescence et mes premières années de fac. Mon intérêt a faibli peu avant le début de Once Upon a Time, c’est bien ballot. Mais vous vous souvenez de cette version horrifique de Blanche-Neige, avec Sigourney Weaver ? Ou avez-vous lu les mangas Ludwig Révolution ? Bon, ça, c’était avant que je ne décroche. Puis est venu Neil Gaiman.

The Sleeper and the Spindle nous propose donc une relecture du conte de la Belle au Bois Dormant. Sauf qu’ici, point de prince charmant. Non, ici,  c’est une Reine qui décide, accompagnée de sept nains (ahem), de libérer cette beauté endormie avant de se marier.
Le récit est ponctué de dessins de Chris Riddell, dont le style se rapproche des gravures de Doré (#petitstraits, cf. Boulet et Walter Moers). Le tout forme un objet livre très beau – je ne vous ai pas parlé de sa couverture ! – avec une couverture papier calque couverte de dessins de ronces, qui laisse apparaître par transparence la belle endormie.
La Reine est une reine guerrière, la belle et la sorcière ne sont pas ce que l’on croit de prime abord.
The Sleeper and the Spindle est une réécriture sombre, intelligente et dans l’air du temps.

corbeaucorbeaucorbeaucorbeaucorbeau

Une lecture courte et un bel objet, loin des contes pour enfants, à lire pour tout amateur de contes et de Neil Gaiman.

 

The Miniaturist – Jessie Burton

miniaturist1

Jessie Burton
Editions : Picador
ISBN : 9781447250937
424 pages

Miniaturiste

On an autumn day in 1686, eighteen-year-old Nella Oortman arrives at a grand house in Amsterdam to begin her new life as the wife of wealthy merchant Johannes Brandt. Though curiously distant, he presents her with an extraordinary wedding gift; a cabinet-sized replica of their home. It is to be furnished by an elusive miniaturist, whose tiny creations ring eerily true.
As Nella uncovers the secrets of her new household, she realises the escalating dangers they face. The miniaturist seems to hold their fate in her hands – but does she plan to save or destroy them?

J’avais repéré ce livre lors d’une de mes pérégrinations en librairie. Comme d’habitude, j’ai noté la référence pour la laisser décanter. Afin de ne pas acheter trop de livres sur un coup de tête, je note ceux qui m’intéressent, je les oublie pendant quelques mois, puis, je retourne voir si leur quatrième de couverture me fait toujours autant envie. Quitte a les commander à ma librairie habituelle où à les réserver à la bibliothèque.

Celui là, je n’y pensait plus trop d’ailleurs, jusqu’à ce que je retombe dessus à la médiathèque. Ni une ni deux, je l’ai emprunté.

The Miniaturist nous emmène vers une époque et un pays peu exploité par la littérature « populaire », c’est à dire, celle qui parvient jusqu’à nous : les Pays-Bas du XVIIème siècle. Nul doute que la littérature battave possède des rayons entiers dédiés à cette époque, mais elle fait rarement des émules chez nous.

Le livre comporte un lexique à la fin qui nous explique les termes et spécificités de l’époque, lexique très appréciable si, comme moi, on y connait strictement rien au commerce et aux colonies des Pays-Bas à cette époque.

Toute l’intrigue semble partir de ce meuble un peu particulier qui hante Pinterest autre autres pages wikipédia :
Dolls’_house_of_Petronella_Oortman

Petronella, jeune épouse d’une riche marchand amstellodamois, reçoit cette maison de poupée en cadeau de mariage. A l’époque, ce type de maisons miniatures coutait bien plus cher qu’une vraie habitation. Elle décide de la meubler et contacte un mystérieux miniaturiste qui lui fait parvenir de magnifiques objets qui semblent avoir une signification cachée.
Cette maison et ces objets semblent être le prétexte pour dénouer les problèmes sous-jacents de la nouvelle famille de Petronella : un stock de sucre qui ne se vends pas, une belle-soeur écrasante par son autorité, un mari froid et distant, deux domestiques dont la place est ambigüe.

Si les personnages sont en avance sur leur temps – Petronella et Marin sa belle-soeur sont clairement des personnages aux convictions féministes tandis que Johannes et Otto auraient étés plus acceptés aux Pays-Bas au XXIème siècle (mais pas pour les mêmes raisons) -, au fond, leurs désirs et motivations restent obscures et peu explicités et la conclusion m’a laissé sur ma faim. De plus, Petronella, de part son assurance et sa maturité, m’a parue bien plus âgée que les 18 ans qu’elle est censée avoir. Inconsciemment, je suis partie du principe qu’elle avait la trentaine, pour violemment retomber dans la réalité à chaque mention de son jeune âge.

De plus, dans la dernière partie du roman, certains détails anodins à première vue sont remémorés par Nella avec le recul, afin de les expliciter et de les rendre évidents. L’intention est louable, certes, mais est-ce que le lecteur a un tel besoin d’être pris par la main ? Est-ce que le lecteur est un tel assisté qu’il est incapable d’additionner 1 + 1 ?

Captain_obvious

corbeaucorbeaucorbeaucorbeau

Malgré ces défauts, The Miniaturist est un roman prenant, avec des défauts pardonnables pour un premier roman. Et dans le pire des cas, on sort de cette lecture en ayant la sensation d’avoir appris des choses, et ça, c’est pas donné à tous les livres. Jusqu’au milieu du roman, je croyait au coup de coeur, pour être mitigée sur la fin.