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The Good the Bad the Furry – Tom Cox

Life with the World’s Most Melancholy Cat and Other Whiskery Friends

Editions : Sphere
ISBN : 9780751552393
272 pages

Le bon, la brute et le toudou (o_O)

Meet THE BEAR – a cat who carries the weight of the world on his furry shoulders, and whose wise, owl-like eyes seem to ask, Can you tell me why I am a cat, please?

Like many intellectuals, The Bear would prefer a life of quiet solitude with plenty of time to gaze forlornly into space and contemplate society’s ills. Unfortunately he is destined to spend his days surrounded by felines of a significantly lower IQ . . .

RALPH: handsome, self-satisfied tabby, terrified of the clothes horse.

SHIPLEY: mouthy hooligan and champion mouser, rendered insensible by being turned upside-down.

ROSCOE: fiercely independent kitten, tormented by her doppelganger in the mirror.

And then there’s Tom, writing with his usual wit and charm about the unexpected adventures that go hand in hand with a life at the beck and call of four cats . . . or three cats and a sensitive poet who just happens to be a foot high and covered in fur.

Internet, c’est pour les chats, c’est bien connu. Les réseaux sociaux en sont plein. C’est en tombant sur le profil des chats The Bear, Shipley et Ralph sur Twitter que j’ai découvert Tom Cox, un journaliste/écrivain qui parle de musique et de chats. Suivre leurs profils puis le blog de Tom Cox m’a donné envie de découvrir ses romans. C’est donc avec grand bonheur que j’ai trouvé The Good, the Bad The Furry sous le sapin. Je l’ai lu en deux jours et ça, ça ne m’était plus arrivé depuis un an et demi au moins, et ça n’est plus arrivé depuis alors que nous sommes en mars.

Alors pourquoi ce livre ? Ovni littéraire, ce n’est ni un roman, ni vraiment une autobiographie, ni un essai. Je ne saurais trop le qualifier. A première vue, ce livre parle de chats (sans déconner ?), mais il est bien plus profond que ca, il parle de la difficulté à se retrouver seul, fraîchement divorcé, travaillant dans un corps de métier sur le déclin, en pleine campagne anglaise humide dans une maison qui fuit, avec un père qui parle comme la Mort de Pratchett (COMME CA). L’auteur nous parle de son ressenti de campagnard qui retourne à la terre après des errances à la ville, de classic rock (il anime d’ailleurs une émission de radio sur le sujet) et de vinyles.

De base, je n’aime pas les livres sur les animaux : L’incroyable Voyage est un traumatisme, et mon envie de lire Watership Down oscille entre « jamais, ca va me donner envie de me pendre » et « Il parait que c’est trop bien et puis les lapins, c’est mignon » (et il vient d’être réédité, ne me tentez pas !). Mais voilà, souvent, quand ça parle d’animaux, c’est triste. Mais ici, malgré la tristesse inhérente à la longévité de nos animaux, on rit, notamment grâce aux parents de Tom Cox, bien malgré eux.
De plus, l’auteur partage, son plus de son amour pour les chats, son amour pour le classic rock (il anime d’ailleurs une émission de radio à ce sujet) et les vinyles.
Au fond, The Good the Bad The Furry reflète bien ce que c’est que de vivre dans la cambrousse, avec des animaux (domestiques ou non) : c’est souvent drôle, c’est parfois triste, mais au final, même si on sait toujours comment finira notre histoire avec notre animal, on sait qu’on ne la regrettera jamais.

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Amateurs de chats et de musique des années 70, vous y trouverez votre compte.
Il parait aussi que ce livre a été traduit. Le titre est douteux, mais si vous ne lisez pas l’anglais couramment, le problème de la langue ne se pose plus.

Dragons at Crumbling castle – (The fantastically funny) Terry Prachett

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(The fantastically funny) Terry Pratchett
Editions : Doubleday
ISBN : 9780857534378
338 pages

Illustrations : Mark Beech

Dragons have invaded Crumbling Castle, and all of King Arthur’s knights are either on holiday or visiting their grannies.

It’s a disaster!

Luckily, there’s a spare suit of armour and a very small boy called Ralph who’s willing to fill it. Together with Fortnight the Friday knight and Fossfiddle the wizard, Ralph sets out to defeat the fearsome fire-breathers.

But there’s a teeny weeny surprise in store . . .

Fourteen fantastically funny stories from master storyteller Sir Terry Pratchett, full of time travel and tortoises, monsters and mayhem!

‘So funny I dropped my spoon laughing!’ – King Arthur

Bon, cette fois, je vous évite mon laïus habituel concernant Terry Pratchett, vous allez croire que je radote. Du coup, on va entrer dans le vif du sujet tout de suite.

Terry Pratchett a toujours assumé avoir du mal à écrire des nouvelles. Vous me direz donc, si lui même disais qu’il n’y arrivait que très difficilement, est-ce que Dragons at Crumbling Castle est réservé aux complétistes et collectionneurs ? J’ai le malheur ahem de faire partie de ces deux catégories , et en plus, je suis de mauvaise foi, je dirais que non.

Mais objectivement et réellement, non, cette anthologie est à réserver aux fans inconditionnels, qui veulent découvrir les premiers écrits de l’auteur et les prémices du Disque-Monde ainsi que la version originale du Peuple du Tapis. On y retrouve également l’influence des Monthy Pythons, et le talent de Pratchett pour manipuler la langue est déjà bien présent, néanmoins certaines nouvelles trouvent le moyen de trainer en longueur et manquent de rythme.

Alors si vous souhaitez découvrir le Pratchett originel, foncez, sinon, lisez plutôt ses romans.

 

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Sinon, il parait que A Blink of the Screen est sorti en français. Va falloir que je complète. On se revoit dans 15 ans, quand ma collection sera terminée.

Chroniques express – book edition #3

Pour cette troisième édition des chroniques express, nous exploiterons la thématique du malaise. Des lectures qui, sans avoir été mauvaises, m’ont laissé un gout de poussière ou de sang dans la bouche.

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William Kotzwinkle
Editions : Cambourakis
ISBN : 9782366241815
282 pages

Dr Rat, rongeur mentalement déséquilibré et mégalomane, a fait alliance avec la cause des hommes : dans le laboratoire où il est enfermé avec des dizaines d’autres animaux, il prêche la soumission à une science qui leur réserve pourtant un sort peu enviable. Mais le délire masochiste du Dr Rat ne pourra empêcher la révolte de gronder parmi ses congénères : le laboratoire se transforme en champ de bataille révolutionnaire. Paru vingt ans avant L’ours est un écrivain comme les autres, cette comédie animalière de William Kotzwinkle est une fable grinçante et sarcastique qui dénonce vivement la cruauté des hommes envers le règne animal.

Un livre que j’avais repéré en librairie pour le retrouver à la médiathèque. J’avais déjà lu L’Ours est un écrivain comme les autres (surtout à cause de la citation de Terry Pratchett au dos, on ne se refait pas) qui était sympa sans plus (la citation m’a semblé un peu exagérée en fin de compte. Quelle trahison.), on redécouvre ici un point de point de vue animal. Un rat de laboratoire taré observe avec désarroi une révolte animale qui commence avec les chiens de laboratoire, qui continue dans les abattoirs pour se poursuivre dans la savane. Tous les animaux convergent vers un seul point, seul l’Homme ignore cet appel viscéral qui traverse toutes les créatures vivantes.

Ici, à chaque pause de lecture, même avant de découvrir la fin, c’est un gout de sang persistant dans la bouche qui me suivait. C’est le regard torve que je mangeait mon steak haché, c’est la conscience torturée que j’ai acheté du jambon.
Si la fin est prévisible, l’Homme est un loup pour l’Homme est surtout pour les animaux après tout, elle m’a prise aux tripes et m’a donné les larmes aux yeux.
Ce livre date de 1976… 40 ans et il n’a pas pris une seule ride. Malheureusement.
Sur ce, je vais manger du tofu.

 

corbeaucorbeaucorbeaucorbeau

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Edward Carey
Editions : Grasset
ISBN : 9782246811855
464 pages

Au milieu d’un océan de détritus composé de tous les rebuts de Londres se dresse la demeure des Ferrayor. Le Château, assemblage hétéroclite d’objets trouvés et de bouts d’immeubles prélevés à la capitale, abrite cette étrange famille depuis des générations. Selon la tradition, chacun de ses membres, à la naissance, se voit attribuer un objet particulier, dont il devra prendre soin toute sa vie. Clod, notre jeune héros, a ainsi reçu une bonde universelle – et, pour son malheur, un don singulier : il est capable d’entendre parler les objets, qui ne cessent de répéter des noms mystérieux…
Tout commence le jour où la poignée de porte appartenant à Tante Rosamud disparaît ; les murmures des objets se font de plus en plus insistants ; dehors, une terrible tempête menace ; et voici qu’une jeune orpheline se présente à la porte du Château…
Premier tome d’une trilogie superbement illustrée par l’auteur, Le Château nous plonge dans un univers pareil à nul autre, fantasmagorique et inquiétant, gothique et enchanteur. Edward Carey y révèle des talents de conteur, de dessinateur et de magicien qui font de lui le fils spirituel de Tim Burton et de Charles Dickens.

1 euros sur un vide-grenier, pratiquement neuf, il n’en fallait pas plus pour que ce livre rentre avec moi. Il a fallu ensuite 6 mois pour que je le sorte de ma PàL. Illustré par l’auteur dans un style très sombre, ce livre pour adolescents (je suppose) nous plonge dans un univers aussi noir que ses illustrations, ou la saleté est reine. On a du mal à en sortir, pas vraiment parce que l’histoire est fascinante, mais plutôt parce qu’on a l’impression de sortir du livre recouvert d’une couche de crasse bien épaisse (ou c’est moi qui fait un léger blocage hygiéniste concernant les livres d’occasion…) avec une odeur de décharge dans le nez.

En bref, pas une lecture qui m’a passionnée, l’enchantement promis par la quatrième de couverture n’était pas au rendez-vous, je ne pense pas lire la suite, mais l’atmosphère sombre est parfaitement réussie et oppressante.

 

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The Sleeper and the Spindle – Neil Gaiman

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Neil Gaiman
Editions : Bloomsbury
ISBN : 978-1-4088-5964-3
69 pages

Illustrateur : Chris Ridell

La Belle et le Fuseau

She was one of those forest witches, driven to the margins a thousand years ago, and a bad lot.
She cursed the babe at birth, such that when the girl was eighteen she would prick her finger and sleep forever.

La Belle et le Fuseau : ce titre français va évidemment vous évoquer un conte bien connu, qu’il s’agisse de la version de Grimm ou de celle de Perrault. Les contes m’ont toujours fascinée, et j’ai ingurgité un nombre incalculable de séries et de films qui les réécrivaient pendant mon adolescence et mes premières années de fac. Mon intérêt a faibli peu avant le début de Once Upon a Time, c’est bien ballot. Mais vous vous souvenez de cette version horrifique de Blanche-Neige, avec Sigourney Weaver ? Ou avez-vous lu les mangas Ludwig Révolution ? Bon, ça, c’était avant que je ne décroche. Puis est venu Neil Gaiman.

The Sleeper and the Spindle nous propose donc une relecture du conte de la Belle au Bois Dormant. Sauf qu’ici, point de prince charmant. Non, ici,  c’est une Reine qui décide, accompagnée de sept nains (ahem), de libérer cette beauté endormie avant de se marier.
Le récit est ponctué de dessins de Chris Riddell, dont le style se rapproche des gravures de Doré (#petitstraits, cf. Boulet et Walter Moers). Le tout forme un objet livre très beau – je ne vous ai pas parlé de sa couverture ! – avec une couverture papier calque couverte de dessins de ronces, qui laisse apparaître par transparence la belle endormie.
La Reine est une reine guerrière, la belle et la sorcière ne sont pas ce que l’on croit de prime abord.
The Sleeper and the Spindle est une réécriture sombre, intelligente et dans l’air du temps.

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Une lecture courte et un bel objet, loin des contes pour enfants, à lire pour tout amateur de contes et de Neil Gaiman.

 

The Miniaturist – Jessie Burton

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Jessie Burton
Editions : Picador
ISBN : 9781447250937
424 pages

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On an autumn day in 1686, eighteen-year-old Nella Oortman arrives at a grand house in Amsterdam to begin her new life as the wife of wealthy merchant Johannes Brandt. Though curiously distant, he presents her with an extraordinary wedding gift; a cabinet-sized replica of their home. It is to be furnished by an elusive miniaturist, whose tiny creations ring eerily true.
As Nella uncovers the secrets of her new household, she realises the escalating dangers they face. The miniaturist seems to hold their fate in her hands – but does she plan to save or destroy them?

J’avais repéré ce livre lors d’une de mes pérégrinations en librairie. Comme d’habitude, j’ai noté la référence pour la laisser décanter. Afin de ne pas acheter trop de livres sur un coup de tête, je note ceux qui m’intéressent, je les oublie pendant quelques mois, puis, je retourne voir si leur quatrième de couverture me fait toujours autant envie. Quitte a les commander à ma librairie habituelle où à les réserver à la bibliothèque.

Celui là, je n’y pensait plus trop d’ailleurs, jusqu’à ce que je retombe dessus à la médiathèque. Ni une ni deux, je l’ai emprunté.

The Miniaturist nous emmène vers une époque et un pays peu exploité par la littérature « populaire », c’est à dire, celle qui parvient jusqu’à nous : les Pays-Bas du XVIIème siècle. Nul doute que la littérature battave possède des rayons entiers dédiés à cette époque, mais elle fait rarement des émules chez nous.

Le livre comporte un lexique à la fin qui nous explique les termes et spécificités de l’époque, lexique très appréciable si, comme moi, on y connait strictement rien au commerce et aux colonies des Pays-Bas à cette époque.

Toute l’intrigue semble partir de ce meuble un peu particulier qui hante Pinterest autre autres pages wikipédia :
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Petronella, jeune épouse d’une riche marchand amstellodamois, reçoit cette maison de poupée en cadeau de mariage. A l’époque, ce type de maisons miniatures coutait bien plus cher qu’une vraie habitation. Elle décide de la meubler et contacte un mystérieux miniaturiste qui lui fait parvenir de magnifiques objets qui semblent avoir une signification cachée.
Cette maison et ces objets semblent être le prétexte pour dénouer les problèmes sous-jacents de la nouvelle famille de Petronella : un stock de sucre qui ne se vends pas, une belle-soeur écrasante par son autorité, un mari froid et distant, deux domestiques dont la place est ambigüe.

Si les personnages sont en avance sur leur temps – Petronella et Marin sa belle-soeur sont clairement des personnages aux convictions féministes tandis que Johannes et Otto auraient étés plus acceptés aux Pays-Bas au XXIème siècle (mais pas pour les mêmes raisons) -, au fond, leurs désirs et motivations restent obscures et peu explicités et la conclusion m’a laissé sur ma faim. De plus, Petronella, de part son assurance et sa maturité, m’a parue bien plus âgée que les 18 ans qu’elle est censée avoir. Inconsciemment, je suis partie du principe qu’elle avait la trentaine, pour violemment retomber dans la réalité à chaque mention de son jeune âge.

De plus, dans la dernière partie du roman, certains détails anodins à première vue sont remémorés par Nella avec le recul, afin de les expliciter et de les rendre évidents. L’intention est louable, certes, mais est-ce que le lecteur a un tel besoin d’être pris par la main ? Est-ce que le lecteur est un tel assisté qu’il est incapable d’additionner 1 + 1 ?

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Malgré ces défauts, The Miniaturist est un roman prenant, avec des défauts pardonnables pour un premier roman. Et dans le pire des cas, on sort de cette lecture en ayant la sensation d’avoir appris des choses, et ça, c’est pas donné à tous les livres. Jusqu’au milieu du roman, je croyait au coup de coeur, pour être mitigée sur la fin.

R.I.P. Terry Pratchett

Mémoires d’un Maître-Faussaire – William Heaney

Mémoires d'un maitre faussaire - William Heaney

William Heaney
Editions : Bragelonne
ISBN : 978-2-35294-266-5
334 pages

Memoirs of a Master Forger

Traducteur : Mélanie Fazi

William est un faussaire spécialisé dans les livres. Il est doué pour l’écriture mais préfère griffonner incognito des poèmes pour un ami plus séduisant que lui et fabriquer des exemplaires factices de premières éditions de Jane Austen qu’il vend ensuite à des collectionneurs crédules. Il n’est pas si mauvais, au fond : il reverse l’argent à un foyer pour SDF et ses crimes ne font de mal à personne.

Mais si William n’a rien fait d’autre de sa vie, ce n’est pas sans raison. Il a commis quelque chose quand il était étudiant qui lui a fait honte, boit beaucoup trop et ne peut s’engager dans une relation amoureuse. Ah oui, et il voit des démons. Des silhouettes éthérées qui rôdent derrière le dos de ceux qui l’entourent, guettant un instant de faiblesse. A moins que William voie simplement la souffrance du monde ?

C’est alors qu’une femme extraordinaire, peut-être capable de l’en sauver, entre dans sa vie…

Un roman fantastique ?

Ce livre, à la couverture digne des plus belles éditions falsifiées dont William et son acolyte Stinx pourraient être les auteurs, est un roman étrange et complexe. D’un part, il est un guide complet des pubs de Londres, le personnage principal étant un grand buveur, de l’autre, il est une magnifique supercherie : en effet, William Heaney n’existe nulle part ailleurs que dans ce livre, malgré le réalisme de ce perdant, alcoolique, divorcé, philanthrope et névrosé.

Ma lecture remonte à plusieurs mois déjà. Je ne savais pas trop quoi en penser à ce moment là et il m’a fallu murir ma réfléxion, car ce roman a plusieurs niveaux de lectures. Celui du roman fantastique, et aussi celui du roman philosophique. Car William voit des démons. Il les voit partout. Ces démons sont-ils réelement des créatures sorties des enfers ? Ou bien sont-ils une allégorie des souffrances de chacun ? Le doute est permis, le roman faisant la part belle aux ellipses temporelles et retours en arrières, où les rituels sataniques sont légions et semblent bel et bien fonctionner, et les démons étant légion au centre GoPoint, refuge pour les SDF auquel il verse toutes les recettes de ces escroqueries. Le point de vue reste à tout moment celui de William, qui est le seul à voir ces créatures, qui ne semblent jamais vraiment interagir avec leurs victimes et n’avoir aucun pouvoir d’action. De plus, il souffre d’alcoolisme, ce qui peut mettre à mal la véracité de sa perception du monde.

Les mémoires d’un faussaire ?

Mémoires d’un Maitre Faussaire s’articule comme des mémoires traditionnelles, le rythme est lent, très lent. Si l’on s’attend à des rebondissements liés à la falsification de livres, il n’en sera rien, ou pas grand chose, il s’agit là plus d’un prétexte, et d’une mise en abyme du roman même. Comme évoqué plus haut, William Heaney n’existe pas, il est le narrateur et l’auteur annoncé sur le livre (en France, tout du moins, l’édition anglaise est moins trompeuse – ou joueuse ? – et annonce le réel auteur), mais il n’est pas réel, il ne s’agit pas de ses mémoires, mais de la description des erreurs potentielles de toute une vie. Il raconte sous un faux nom de fausses mémoires, et se place ainsi en falsification ultime. Et pour cela, je dois dire que je ne regrette pas une seule seconde d’avoir lu ce roman en français, alors que je suis une grande amatrice de lecture en V.O., la qualité de la traduction étant, en plus de ça, vraiment excellente. Le roman dépeint avec justesse les errances psychologiques des Hommes, et c’est bien de cela dont il s’agit dans ces Mémoires d’un maitre faussaire.

Néanmoins, ce mélange de recel de livres anciens (ou pas, finalement) et de rituels sataniques donne une ambiance particulière au livre, un peu comme si le film La Neuvième Porte avait été un bon film, mais en livre, m’voyez ?

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Il ne s’agit pas d’un livre simple à appréhender, ni d’un livre purement fantastique, donc ne conviendra pas à ceux qui cherchent un roman fantastique facile, mais il vaut la peine d’être découvert.

 Peu importe la quantité qu’on a bue, si on commence à payer pour un peu de réconfort sexuel, on l’invite à prendre dans sa vie une place phénomènale. Faramineuse.

Et puis, c’était quoi, cette histoire de « crise de la cinquantaine » ? De mon point de vue, la crise avait commencé quand on m’avait arroché du sein maternel et la situation restera critique jusqu’à ce que je sois réconforté par le noir tétin de la mort. Rien à voir avec la cinquantaine. La vie elle-même est une crise du berceau à la tombe.

Dodger – Terry Pratchett

Dodger - Terry Pratchett

Terry Pratchett
Editions : Doubleday
ISBN : 978-0-385-61927-1
356pages

VF : Roublard

Dodger is a tosher – a sewer scavenger living in the squalor of Dickensian London.

Everyone who is nobody knows him.
Anyone who is anybody doesn’t.
He used to know his future; it involved a lot of brick-lined tunnels and plenty of filth. But when he rescues a young girl from a beating, things start to get really messy.
Now everyone who is anyone wants to get their hands on Dodger.

Retournons à Londres, à l’époque victorienne. Sans même l’avoir prémédité, deux œuvres culturelles m’y ont plongé depuis la rentrée. Et elles ont quelques éléments en commun, à part le lieu et l’époque de l’action.

 

Terry Pratchett fait partie de mon panthéon personnel d’auteurs (avec Robin Hobb, Neil Gaiman et Walter Moers). Et si son univers de prédilection est celui qui m’a redonné goût à la lecture il y a une dizaine (!!!!) d’années (peut-être que je vous en parlerai un jour, de ce livre là), Dodger n’en fait, comme on peut s’en douter, pas partie. Ici, pas de mages, pas de sorcières, ni de guet hétéroclite. Par contre, des personnages réels, ou fortement inspirés de personnages réels, voire, d’autres personnages de la littérature britannique du XIXème siècle.

Dodger, le personnage éponyme, est un jeune homme parcourant les égouts de Londres, à la recherche de pièces ou de bijoux égarés. Malgré sa jeunesse et son physique décrit comme frêle, il jouit pourtant d’une réputation de dur-à-cuire, de protecteur, et semble avoir, en effet, un caractère bagarreur. Caractéristique qu’il utilise pourtant à bon escient, par deux fois, il sauve des innocents des coups de malfaiteurs, et par deux fois, cela change son destin et le fera rencontrer des personnes bien placées, la plus influente étant Charles Dickens, qui a lui même écrit le personnage d’Artful dodger, inspiration du Dodger de Pratchett. Il y rencontre également Sweeney Todd, ce personnage de penny dreadful qui aura traversé le siècle, mais aussi un certain Mayhew, journaliste anglais ayant réalisé une enquête fleuve sur les pauvres de Londres, ainsi que Angela Burdett-Coutts, héritière philanthrope qui a œuvré pour la protection des nombreuses prostituées de la ville.

Le Londres décrit dans Dodger (Roublard pour la VF) est d’ailleurs celui cher à Dickens, loin des maisons bourgeoises et des beaux quartiers, mais celui des bas-fonds, des laissés-pour-compte et des démunis. La description faite ici, qu’il s’agisse des vendeuses de fleurs ou de vieilles dames fouillant les immondices à la recherche d’un trésor (version au plein-air des ravageurs qui hantent les égouts), est juste et touchante, et fait de ce roman une sorte d’hommage et à Dickens, et à ces oubliés de l’histoire.

Le langage utilisé (pour la verson anglaise) se rapproche d’ailleurs du parler victorien, de la langue utilisée dans la littérature de l’époque, mais aussi du parler de la rue : nombreuses sont les expressions cockney utilisées (et explicitées, fort heureusement, ce jargon étant assez nébuleux, même avec un niveau correct en anglais).

La post-face explique que ce roman n’a aucunement l’ambition d’être un roman historique, mais plutôt un hommage, et que, si certains personnages sont bien réels, Terry Pratchett s’est néanmoins pris la liberté de changer quelques éléments chronologiques pour le bien du récit.

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Il ne s’agit peut être pas du meilleur de Pratchett, l’humour qui lui est si typique m’a un peu manqué, mais Dodger reste quand même un très bon livre. Il est peut être souhaitable d’avoir lu Dickens pour apprécier Dodger encore plus.

J’ai noté quelques lectures complémentaires en faisant mes recherches, si vous aussi souhaitez découvrir la face cachée du Londres victorien :

Dirty Old London et le site de son auteur Lee Jackson. Et si vous souhaitez lire des Penny Dreadful d’époque, certains sont disponibles ici, légalement, et gratuitement (à ce que j’ai compris).

 

 

 

The Ocean at the End of the Lane – Neil Gaiman

The Ocean at the End of the Lane - Neil Gaiman

Neil Gaiman
Editions : Harper Fiction
ISBN : 978-0-06-232513-6
181 pages

 

A middle-aged man returns to his childhood home to attend a funeral. Although the house he lived in is long gone, he is drawn to the farm at the end of the road, where, when he was seven, he encountered a most remarkable girl, Lettie Hempstock, and her mother and grandmother. He hasn’t thought of Lettie in decades, and yet, as he sits by the pond (a pond that she’d claimed was an ocean) behind the ramshackle old farmhouse where she once lived, the unremembered past comes flooding back. And it is a past too strange, too frightening, too dangerous to have happened to anyone, let alone a small boy.
A groundbreaking work as delicate as a buttefly’s wing and as menacing as a knife in the dark, The Ocean at the end of the Lane is told with a rare understanding of all that makes us human, and shows the power of stories to reveal and shelter us from the darkness inside and out.

Neil Gaiman est un de ces auteurs qui sait me convaincre à chaque fois. Si The Ocean at the End of the Lane ne me tentait pas des masses lors de sa sortie, parce que pas envie de lire sur ce thème là, parce que ci, parce que ça, c’est pourtant sans hésiter une seule seconde que j’ai fini à la caisse de ma librairie préférée quand je l’ai vu en poche. Il était petit, il était si mignon, il était bleu, et surtout, il y avait écrit Neil Gaiman en grand dessus.

Ce court roman reprend les thèmes récurrents dans l’œuvre de Neil Gaiman : la possibilité d’un envers du décor, d’un monde du dessous complexe et recherché, qui cherche a se mêler au monde ordinaire ; celui du mal présent dans cette autre monde qui se travestit afin de parvenir à ses fins ou à accéder au pouvoir dans le notre, comme dans Coraline avec l’autre mère, ou dans Neverwhere avec Mr Croup et Vandemar ; mais aussi celui de l’enfance, naïve et innocente, qui perçoit des choses qui échappent à nos yeux d’adultes ; il aborde également des thèmes plus difficile comme le deuil, le sacrifice et les problèmes conjugaux, toujours du point de vue candide d’un enfant de 7 ans.

Il réutilise également le folklore et le néopaganisme pour créer son clan Hempstock, rassemblant les archétypes de la triple déesse – la vierge, la mère et l’ancienne (lien an anglais) (archétypes également présents chez son comparse Terry Pratchett, avec Esme Weatherwax, Nanny Ogg et Magrat) – symbolisant les phases de la vie, mais aussi celles de la lune, astre ayant également une place prépondérante dans ce livre.

On pourrait reprocher à The Ocean at the End of the Lane de réutiliser les mêmes thèmes, et à l’auteur de s’auto-pomper. Mais les thèmes, mêmes s’ils peuvent être considérés redondants, sont traités de manière différente à chaque fois, avec toujours autant de délicatesse, d’intelligence et de discernement.

The Ocean at the End of the Lane fait désormais partie de ces livres que j’aimerais pouvoir lire pour la première fois de manière infinie.

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Grown-ups don’t look like grown-ups on the inside either. Outside, they’re big and thoughtless and they always know what they’re doing. Inside, they look just like they always have. Like they did when they were your age. The truth is, there aren’t any grown-ups. Not one, in the whole wide world.

Et j’avoue que bêtement, sans ce statut Facebook, cet article n’aurait peut être jamais été rédigé.

Chroniques express – book edition

MidnightMovie_TobeHooper

Tobe Hooper et Alan Goldsher
Editions : Michel Lafon
ISBN : 978-2749914145
254 pages

Midnight Movie
Traducteur : Pascal Loubet

 

« Ce serait pas mal de retourner à Austin et de faire un tour au festival, même si je me rappelais pas de quoi ^parlait mon film – sûrement de zombies et de sexe. Et j’avais pas du tout envie de me retrouver devant une salle remplie de geeks fans de films gores. Mais j’avais besoin de fric. »
Un réalisateur de films d’horreur, Tobe Hooper, assiste à la projection de son premier film lors d’un festival de seconde zone. Ce film oublié, écrit et tourné par Tobe lorsqu’il y avait 15 ans, n’a jamais été projeté en public.
Très vite, les spectateurs sont victimes de phénomènes étranges, effrayants, à la limite de l’inconcevable. Leurs amis sont également touchés. Et les amis de leurs amis… Le phénomène se propage à toute vitesse, et les cadavres s’accumulent dans l’Amérique entière.
Tobe Hooper comprend alors que, pour arrêter cette épidémie, il devra remonter aux origines de ce film maudit, ce film qu’on n’aurait jamais dû projeter à minuit.

Midnight Movie. Tobe Hooper. Rien que ça, et vous pourriez penser que c’est un film d’horreur. Mais non, c’est un roman. Par le créateur de Massacre à la tronçonneuse. Et Poltergeist. Et de L’invasion vient de Mars (dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, mais j’aime bien le titre). Enfin, roman, c’est vite dit. Il s’agit d’un récit construit à la manière d’un épisode de Faites entrer l’accusé, avec des témoignages, des retours en arrière, des scènes de l’histoire, ainsi que des morceaux de l’internet mondial (articles de blog, mails, twitts, etc.) entre deux.

On retrouve les ficelles qui ont fait le cinéma d’horreur (« Noooon, n’y va paaaaaaaaaas ! Pas toute seule, ‘spèce de cruche ! »), agrémenté de réflexions sur lui même, Tobe Hooper étant présenté comme un réalisateur de seconde zone, un looser qui a réussi une seule et unique fois, et qui depuis, reste dans l’ombre de réalisateurs plus jeunes. Mais qui parvient, lui même ignore comment, à provoquer une apocalypse à base de sécrétions bleues et de zombies avides de sexe. Oui. Vraiment.
A réserver aux adeptes du film d’horreur.
Bon, je vais aller me mater Massacre à la tronçonneuse, moi.

 

corbeaucorbeaucorbeau

le_monde_merveilleux_du_caca

Terry Pratchett
Editions : L’Atalante
ISBN : 9782841-726530
124 pages

The World of Poo
Traducteur : Patrick Couton
Illustrations : Peter Dennis

 

Enfin traduite en français, découvrey Mlle Félicité Bidel, l’auteur favori de Sam Vimaire junior, le fils du commissaire du Guet d’Ankh-Morpork.

Avec Le très gros Problème de Gaston, La Guerre contre les Gobelins Morveux, Les Hommes Pipi et autres succès de librairie, elle est la coqueluche des enfants du Disque-monde.
Geoffroy rend visite à sa grand-mère à Ankh-Morpork. Alors qu’il passe sous les pommiers ancestraux du jardin, il sent quelque chose lui tomber sur la tête. Ce sera le début d’une quête déterminée et d’une collection d’un genre unique.

Si vous avez lu Coup de Tabac, vous savez qui est Félicité Bidel, et pourquoi elle se fascine tant pour les sécrétions (décidément, je n’aurais jamais autant écris ce mot dans un article… Ou écrit ce mot tout court d’ailleurs.). Découvrez l’un de ses titre phares, enfin traduit en français ! Enfin, si ça se laisse lire facilement, et si les illustrations sont jolies, si vous n’avez pas lu Coup de Tabac, ce Pratchett est plutôt dispensable. Mais si on veut découvrir la faune particulière du Disque-monde, ce livre permet de rencontrer des animaux particuliers, pour des raisons tout aussi particulières. Une lecture rapide, qui permet de se replonger vite fait entre deux autres lectures dans l’univers haut en couleurs de Terry Pratchett malgré tout.

En plus, l’objet livre est joli.

 

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Ken follett
Editions : Pan
ISBN : 978-0-330-45692-0
1237 pages

 

On the day after Halloween, in the year 1327, four children slip away from the cathedral city of Kingsbridge. They are a thief, a bully, a boy genius and a girl who wants to be a doctor. In the forest they see two men killed.

As adults, their lives will be braided together by ambition, love, greed and revenge. They will see prosperity and famine, plague and war. One boy will travel the world but come home in the end; the other will be a powerful, corrupt nobleman. One girl will defy the might of the medieval church; the other will pursue an impossible love. And always they will live under the long shadow of the unexplained killing they witnessed on that fateful childhood day.

Ken Follett’s masterful epic « The Pillars of the Eart »h enchanted millions of readers with its compelling drama of war, passion and family conflict set around the building of a cathedral. Now « World Without End » takes readers back to medieval Kingsbridge two centuries later, as the men, women and children of the city once again grapple with the devastating sweep of historical change.

On prend les mêmes et on recommence ! Kingsbridge est encore le lieu de péripéties parfois digne des Feux de l’amour, mais ça fonctionne toujours aussi bien. La trame reste sensiblement la même que pour Les Piliers de la Terre, les archétypes de personnages également, sauf que cette fois-ci, certains personnages sont peut-être un peu plus nuancés que leur alter-égo Piliers-terrien, et, parfois, thèmes et époque obligent, plus proche du Médecin d’Ispahan. Ken Follett prouve ici que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, et qu’il maitrise parfaitement l’art du rebondissement.

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