Féminisme, France, Grande-Bretagne, Historique, La Femme Sauvage, Youpi Tralala

Un bûcher sous la neige – Susan Fletcher

Un bûcher sous la neige

Corrag

Editions : J’ai lu

Traductrice : Suzanne V. Mayoux

ISBN : 978-2290025253

475 pages

Au coeur de l’Ecosse du XVe siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, attend le bûcher. Dans le clair-obscur d’une prison putride, le révérend Charles Leslie, venu d’Irlande, l’interroge sur les massacres dont elle a été témoin. Mais, depuis sa geôle, la voix de Corrag s’élève au-dessus des légendes de sorcières et raconte les Highlands enneigés, les cascades où elle lave sa peau poussiéreuse. Jour après jour, la créature maudite s’efface. Et du coin de sa cellule émane une lumière, une grâce, qui vient semer le trouble dans l’esprit de Charles.

 

Est-ce que j’aurais seulement entendu parler (lu écrit ?) de ce livre sans Instagram ? C’est là que je l’ai vu, sur le fil de plusieurs personnes que je suis, chacune ne s’étant pas tarie d’éloges sur ce roman. Et comme je suis terriblement influençable, j’ai couru à la librairie me l’acheter.

J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, mais les circonstances de lecture n’étaient pas en ma faveur : plus de transport en commun pour aller travailler, ou alors un trajet de moins de 10 minutes, s’occuper d’un enfant en bas âge qui préfère qu’on lui lise les aventures du loup ou un imagier, pour tomber de sommeil au bout de deux pages le soir. Ce confinement dû au Covid-19 m’aura au moins permis de m’y plonger autant qu’il le mérite.

Le récit s’articule autour de deux monologues, celui de Corrag, prisonnière d’un cachot humide, attendant le bûcher, accusée de sorcellerie, qui témoigne de sa vie et des massacres dont elle a été témoin, à un pasteur, qui relate les dire de Corrag et son ressenti par voie épistolaire à son épouse, qui lui répond, mais dont on ne connaitra jamais la teneur des propos.

Corrag débute son histoire par sa naissance en Angleterre, et par expliquer comment le qualificatif de sorcière l’a toujours poursuivi, ce dès le berceau, pour finalement la mener dans une geôle au fin fond des Highlands. Le pasteur qui recueille son témoignage, aveuglé par sa foi et son avis plus que négatif au sujet des femmes indépendantes, revoit peu à peu son jugement, attendri par cette frêle jeune fille et raisonné par les propos de son épouse, qui semble voir au delà du sobriquet malheureux, et ce malgré son éloignement et le prisme déformant et déformé de son mari.

Ces plantes, Jane, comment dois-je les considérer ? J’ai toujours jugé qu’en user comme remèdes relevait de la sorcellerie. Néanmoins, elle a dit que si Dieu a créer les plantes, leurs vertus sont un présent de Dieu et n’ont donc rien de diabolique.

Un bûcher sous la neige est un roman historique, qui parle d’un sujet à la mode en ce moment, celui des sorcières, et le reprend également sous la même forme, c’est un roman écrit par une femme, qui parle d’une femme libre persécutée par la société, au ton résolument féministe, mais tout en subtilité, avec une grande finesse, qu’il s’agisse des idées sous-jacentes qu’au niveau des émotions transmises par les protagonistes. Pas de grands discours politiques qui ne seraient pas adaptés au contexte, mais un plaidoyer pour la liberté des individus, hommes et femmes, peu importe de la manière dont ils vivent et dont ils aiment.

Au sujet du mot « putain » : « C’est un mot qui sort de la crainte, toujours. Car seules les femmes à forte tête, au cœur sagace osent défier ces lois-là, je pense. Et tous les habitants de Thorneyburnbank craignaient Cora, car ils savaient qu’elle se connaissait et menait la vie qu’ils n’osaient pas mener, et les autres se demandaient peut-être tout au fond, avec le loup qui hurlait en eux, comment se serait de passer une nuit de pleine lune sur la lande, car leur loup à eux, ils le tenaient en cage à moitié mort. Alors Cora était la putain.

Comme mentionné plus haut, j’ai eu du mal à entrer dans le récit, mais une fois à l’intérieur, il m’a prise aux tripes, l’écriture est touchante et vivante, sa traduction l’est tout autant, on sent les toiles d’araignées de Corrag dans ses propres cheveux, on ressent sa liberté dans les highlands et on s’évade avec elle – car jamais ne sont décrit les lieux où elle se trouve lorsqu’elle parle au pasteur, sauf par le pasteur lui-même, dont les lettres sont bien moins évocatrices que le récit de la prisonnière – et on pleure, mon dieu que j’ai pleuré. Plusieurs fois. Comme une loque. Comme ça ne m’était arrivé qu’une seule et unique fois auparavant, en lisant un tome de l’Assassin Royal de Robin Hobb (TMTC). Le personnage de Corrag et sa philosophie de vie a tellement résonné en moi que je suis très heureuse de l’avoir lu, maintenant, et pas au moment où je l’ai acheté, moment où je serais passée peut-être à côté.

Je crois aux serments du cœur. C’est eux qui doivent guider notre vie, car avec un cœur muselé, quelle vie vaut la peine d’être vécue ? Aucune, à mon idée.

Ce n’a pas été une lecture facile, il a touché bien trop profondément certains points sensibles chez moi, mais le récit viscéral et à fleur de peau m’a fait partir loin en ces temps de confinement. Et je ne vous parlerai pas de la fin, sauf pour vous dire qu’elle est magnifique dans sa simplicité.

Et en plus, il semblerait ce que soit tiré d’une histoire vraie.

 

 

L’année et la décennie viennent de commencer, mais je tiens déjà l’un de mes livres favoris, dont la lecture aura été, je pense, aussi marquante que celle de Femmes qui courent avec les loups en son temps. D’ailleurs, la thématique profonde est similaire.

D’ailleurs, rien que d’écrire sur ce livre et d’y repenser, les larmes remontent, et pourtant, j’ai un cœur de pierre.

Les gens disaient  brigand, démon. Personne ne se souviendrait de lui comme d’un être humain faisait partie du monde, avec un cœurq qui battait. Un ami.

Et sinon, ça m’a donné envie de reprendre Outlander (la série), et bien, c’est moins bien quand même.

Bibliothèque, Entre-deux, Essais, Etats-Unis, France, Polar

Chroniques express #4

Le rasoir d’Ockham – Henri Loevenruck

Ce livre a trouvé le chemin de ma PàL en ayant été laissé à qui voudra dans la boîte à livre de ma ville. J’ai lu le premier tome de Gallica du même auteur, et je me suis dit que j’allais tenter celui-là, en plus d’avoir ajouté un autre de ses romans sur ma liste de livres à lire. Il s’agit là d’un thriller ésotérique à la Da Vinci Code, des meurtres en lien avec une organisation secrète ayant lieu au quatre coins de la France. Si l’intrigue en elle-même n’était pas trop mal ficelée, quelque chose m’a profondément gênée. La mention de Gallica plus haut n’est en effet pas anodine, Gallica mentionnant et faisant la part belle à l’organisation des Compagnons du Devoir, ici, ils se trouvent également au centre de l’action. De plus, rien à voir avec ce titre, mais plusieurs de ses personnages principaux portent le même nom, un peu comme si les thématiques et prénoms sortaient d’une base de données limitées et étaient choisies de manière aléatoire. Et à plusieurs reprises, je n’ai pu m’empêcher de plus me soucier du destin du chat d’Ari, laissé tout seul dans un appartement sous scellé que d’Ari ou de sa dulcinée. Bref, de la boîte à livre tu viendras, à la boîte à livre tu retourneras.

Just Kids – Patti Smith

Je ne connais que peu l’oeuvre de Patti Smith, et la scène artistique New Yorkaise des années 60/70 m’indiffère complètement. Rien ne me destinait à lire ce livre, si ce n’est qu’il était dans la bibliothèque de la maison. Un jour d’ennui, je l’ai pris, décidant d’agrandir ma culture rock. Je l’ai lu, je n’ai toujours pas écouté Patti Smith, et je continue a me contrebalancer allégrement de la Factory, de ses émules, égéries et de son maître à penser. Mais j’ai eu l’impression que Patti Smith aussi s’en contrebalançait et n’a fait qu’observer l’environnement qu’affectionnait son amour de l’époque, pour ensuite prendre son envol et se faire son propre nom. Sa vision romancée d’un Paris plutôt pouilleux ( à tous les sens du terme) m’a un peu agacée, tout autant que son adoration de Rimbaud. Mais Paris provoque des crises d’angoisse chez moi à grand renforts de puanteur et de population trop dense et la poésie m’a toujours laissé de marbre. Malgré ce postulat de base, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé, c’était une lecture intéressante d’un chapitre de la vie de la Godmother of punk, bien plus nuancé, subtil et émouvant que je ne l’aurais imaginé, bien loin des clichés du punk que j’avais en tête, et bien loin aussi du sex, drugs, and rock n’ roll auquel je m’attendais.

 

BD - Roman graphique, Entre-deux, Féminisme, France

Tant pis pour l’amour – Sophie Lambda

Tant pis pour l’amour

Editions : Delcourt

ISBN : 978-2-413-01986-2

248 pages

Tant pis pour l’amour nous plonge dans la véritable histoire d’amour de l’autrice. Avec humour, elle nous entraîne dans la spirale infernale d’une relation toxique avec un pervers narcissique et en propose les décryptages.

Quand Sophie rencontre Marcus, elle tombe amoureuse en 48h. Elle qui était si cynique en amour, cette fois, elle y croit. Sauf qu’il se révèle vite étrange. Sophie a alors besoin de comprendre ce qui ne va pas. Confronté à ses mensonges et ses incohérences, il a des réactions violentes, des excuses pour tout et arrive à se sortir de chaque impasse. Mais jusqu’à quand ? Sophie aime un manipulateur narcissique.

 

Le sujet du manipulateur semble à la mode, entre les articles sur la perversion narcissique, et les BDs sur le sujet, entre Fanny Vella (que je n’ai pas lu), et Sophie Lambda, et sans doute d’autres que j’ignore. Le terme pervers narcissique utilisé dans le texte de l’éditeur me semble d’ailleurs un peu mal venu et « putaclic », Sophie Lambda ne qualifie jamais son compagnon par ce mot, et elle explique pourquoi.

J’ai hésité à lire cette BD au début, de peur qu’elle ne réveille certains souvenirs douloureux. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai préféré l’emprunter à la médiathèque plutôt que l’acheter une fois la décision prise. Je ne suis pas persuadée que posséder un livre pareil dans ma bibliothèque de façon permanente soit la plus riche des idées.

Finalement, je l’ai lue, et j’ai bien aimé. Je me suis reconnue parfois, il faut dire que le manipulateur, peut importe son diagnostic précis, fonctionne toujours de la même manière, cette bête là n’étant pas très originale, mais pas tant que ça non plus, mon histoire à moi date, et les cicatrices ne démangent plus autant qu’auparavant.

Tant pis pour l’amour est l’histoire de l’auteur, qui a rencontré un manipulateur, terme générique qu’elle utilise car il englobe beaucoup de pathologies, et ne nécessite pas de diagnostic psy, contrairement au terme de pervers narcissique, de socio- ou psychopathe. Ce choix est d’ailleurs louable, le terme restant universel. Elle raconte sa descente aux enfers, de la rencontre idyllique au retournement de cerveau qui la fait douter de son propre équilibre mental, tout en semant les indices qu’elle a choisi d’ignorer (comme toutes les victimes, au final), pour terminer par son combat pour se reconstruire, en étant entourée, et elle montre aussi un bel exemple de sororité avec une autre victime de son amoureux.

Le récit est ponctué d’intervention de son ours en peluche, sorte de conscience lucide et de ressort humoristique et se clos par des conseils, profil de cibles du manipulateur afin de se déculpabiliser d’être tombée dans le panneau, adresses et associations, dans le but de venir en aide à d’autre victimes.

Le style du dessin est typique du style « blog BD girly », au trait arrondi et marqué, on aime ou on aime pas, je ne suis pas sûre que ce soit mon trait préféré, mais bon. De plus, j’ai un peu regretté le manque de subtilité des indices qui devraient faire tilt, avec parfois l’ajout de cases qui expliquent que « là, y’avait un truc qu’elle n’a pas compris mais aurait dû » que j’ai trouvée redondantes et inutiles. Mais elles peuvent sans doute avoir leur utilité pour expliquer à ceux qui ignorent le fonctionnement des personnalités toxiques le mécanisme interne à ceux « qui se font avoir ».

 

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J’appréhendais de lire Tant pis pour l’amour, à cause mon histoire personnelle, mais finalement, la lecture est plutôt bien passée. Sophie Lambda a eu le courage de raconter son histoire, et d’expliquer tous les mécanismes de prise au piège qui se mettent en place, pourquoi on « tombe dans le panneau », comment s’en sortir, et comment aider dans le cas d’un proche victime. Plus qu’une BD divertissante, je l’ai vue comme une BD didactique, au sujet important, parce que les violences conjugales ne sont pas toujours physiques, et pourquoi « elle ne l’a pas quitté ? ».

Entre-deux, Etats-Unis, Polar

Le chat qui mangeait de la laine – Lilian Jackson Braun

The Cat who ate Danish modern

Editions : 10/18

ISBN : 978 2 264 07394 5

542 pages

Ce livre rassemble : Le chat qui lisait à l’envers – Le chat qui mangeait de la laine – Le chat qui aimait la brocante

En entrant au Daily Fluxion, Jim Qwilleran n’imaginait pas que sa vie de journaliste serait aussi mouvementée. Ni qu’il faudrait endosser mille casquettes – tour à tour chasseur d’artistes, reporter culinaire, responsable décoration… Mais quelle que soit la rubrique, cet ancien chroniqueur de crimes  surtout le chic pour attirer les ennuis. Qu’il suive un critique d’art féroce, rencontre un collectionneur de jades malchanceux ou s’immerge dans le milieu interlope des brocanteurs, chacun de ses reportages apporte son lot de disparitions et morts subites. Heureusement, le journaliste à la moustache foisonnante peut compter sur le flair de Koko et Yom Yom, ses deux astucieux chats siamois, pour démêler ces drôles d’affaires, d’un coup de patte de velours…

 

J’ai pris ce livre parce que j’étais prise d’une envie irrépressible d’acheter un livre à la librairie de ma  petite ville. Comme une compulsion. Il me faut un livre, là, maintenant, tout de suite ! J’ai fureté parmi ses rayons et j’ai bloqué sur la couverture et le titre. La quatrième de couverture me semblait prometteuse, alors même que j’avais occulté qu’il s’agisse là d’un recueil de trois courts romans.

Quand je l’ai sorti de la bibliothèque, assez rapidement selon mes critères je dois dire – il n’aura attendu que 6 mois pour être plus, pour parfois plusieurs années pour les autres ! – j’ai découvert qu’il s’agissait d’un série,  qui comptabilise 28 (!!!) tomes, et que les romans de ce livre, premiers de la série, datent des années 60.

J’ai rapidement accroché au style, léger, sans prise de tête, qui m’a permis de passer outre certains aspects un peu datés de l’univers : la moustache touffue, les personnages somme toute assez cliché, des femmes aux journalistes aux artistes. Néanmoins, je me suis attachée à Jim Qwilleran, flic un peu paumé qui se retrouve maître de deux chats un peu par hasard, balourdé d’un service à l’autre au gré ses humeurs du chef, qui s’enorgueillit d’une moustache bien touffue et sexy (selon les critères de sexytude des années 60, notons-bien), tel un hipster des années 60. Et ses chats sont bien des chats avec un comportement félin, pas de chats humanisés qui parleraient ou mèneraient l’enquête eux même, tels des moutons à la recherche de l’assassin de leur berger. Les trois romans suivent la même trame, comme beaucoup de séries policières, les rebondissements sont ainsi assez prévisibles ce qui est un peu regrettable. Mais la lecture de ces trois courts romans, même à la suite, s’est avérée rapide et agréable, peut-être pas inoubliable ni la lecture de l’année, mais je ne regrette pas mon achat compulsif et je pense lire les autres à l’occasion.

A noter également que cette couverture moderne et stylisée est bien plus à mon goût que les couvertures des romans individuels avec un chat anthropomorphe un peu flippant (et qui n’est pas siamois en plus de ça !).

 

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Il s’agit là d’une lecture agréable et facile, à lire entre deux livres plus exigeants pour décompresser. Les amoureux des chats y trouveront leur compte, les amateurs de séries policières décalées également. Ceux qui cherchent à lire un thriller haletant, oppressant, à la scandinave devraient passer leur chemin.

Contemporain, Etats-Unis, Youpi Tralala

Amour monstre – Katherine Dunn

Geek love

Editions : Gallmeister

ISBN : 9782351786383

494 pages

La joyeuse famille Binewski est tout sauf banale. Ivres d’amour et nourrissant de grands projets pour leur spectacle itinérant, Al et Lil décident d’engendrer à coup d’amphétamines et de radiations la plus belle brochette de phénomènes de foire au monde. Et les résultats sont impressionnants ! Pour autant, cette famille d’enfants montres est habitée de passions bien humaines… Un roman culte finaliste du National Book Award et best-seller aux Etats-Unis depuis vingt-cinq ans.

Voici un livre dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce que je passe devant lui à la médiathèque, il était mis en avant, et je me disais que 3 livres d’une moyenne de 350 pages en un mois, c’était juste et que je risquais de m’ennuyer ferme (… bien évidemment, j’ai dû prolonger mes emprunts…)

Amour monstre est un livre atypique, non par sa forme, mais par le traitement de son sujet. Sa forme est assez classique, sa narration se situe à deux époques différentes, à travers les yeux du même narrateur : Olympia, naine bossue, chauve et albinos, oui, rien que ça. Ses souvenirs d’enfance au sein de la foire ambulante de ses parents, et son présent, ou l’enfant moyen, sans rien d’extraordinaire, devenu adulte prend soin des membres de sa famille tout en restant dans l’ombre.

Étrange et fascinant seront les mots les plus adaptés à ce livre. Étrange, de part son univers : une foire ambulante de monstres, qui sillonne les États-Unis et fonctionne en vase clos, avec des relations étroites et malsaines, et fascinant, car les personnages, loin de la représentation habituelle des freaks, victimaire et torturée (Joseph Merrick en étant l’exemple le plus connu), sont des marginaux assumés, qui transforment leurs malformations en outil de fascination des masses, fascination qui n’est pas celle à laquelle on pourrait s’attendre : morbide et malsaine. Elle est de celles qui portent aux nues, qui renvoient au divin. Pour le meilleur et pour le pire.

They thought to use and shame me but I win out by nature, because a true freak cannot be made. A true freak must be born.

Amour monstre remet également en perspective la norme : n’est-elle pas, au fond, un reflet de nous même et de nos attentes ? Au fil du récit, notre norme est remise en question.

Entre la famille Adams et Freaks, Amour monstre mérite amplement son statut de roman culte à mes yeux.

Etats-Unis, Fantastique, Fantasy, La Femme Sauvage, Youpi Tralala

L’épouse de bois – Terri Windling

Editions : Les Moutons électriques

ISBN : 9782915793789

320 pages

Traducteur : Stéphan Lambadaris

Maggie Black est écrivain, auteur d’études sur des poètes. Elle apprend qu’un de ses plus anciens correspondants, David Cooper, vient de mourir en lui laissant tous ses biens en héritage. Maggie décide d’aller s’installer dans l’ancienne maison de Cooper, pour enfin s’atteler à la rédaction d’une biographie du grand écrivain. Mais elle n’avait pas prévu que Cooper habitait en plein désert, dans les montagnes de l’Arizona (près de Tucson). Là, la vie n’a pas le même rythme qu’ailleurs. Les choses sont plus pures, les formes plus essentielles, les mystères plus profonds…

Pourquoi Cooper est-il mort noyé dans un lit de rivière asséché ? Pourquoi des coyotes rôdent-ils autour de sa maison ? Qui est l’étrange fille-lapin qui s’abrite sous les grands cactus ? La magie de ces collines désertiques est puissante, Maggie Black devra prendre garde à ne pas y perdre la raison — ou la vie.

Si j’ai emprunté ce livre, c’est à cause de sa couverture qui m’a immédiatement séduite quand je l’ai vue sur je ne sais plus quel site. Il était disponible en médiathèque, j’y suis allée le jour même, sans trop savoir de quoi il retournait. Comme quoi, il est important d’avoir de jolies couvertures (hint hint aux éditeurs français).

Mais est-ce que le contenu est à la hauteur de cette couverture ?

Il me faut avouer que j’ai été conquise, même si le livre ne nous emmène pas dans un paysage feuillu, mais dans un désert aride, près de la frontière mexicaine. Ce roman e été écrit dans les années 90, et sème quelques indices, comme un groupe de musique évoqué particulièrement souvent et qui existe bel et bien (même si le membre omniprésent n’existe pas), les ateliers d’artistes dans des entrepôts avant que ne survienne la mode des lofts industriels, mais en même temps, semble intemporel, tant l’intrigue principale se situe loin de tout géographiquement mais aussi au niveau de son originalité et de sa bizarrerie.

La magie de ce livre se situe non seulement dans son intrigue : le désert est peuplé de créatures étranges et d’animaux qui ne sont pas uniquement ce que l’on peut voir, mais aussi dans la poésie de son écriture et, ici, de sa traduction. Un roman dont les protagonistes sont des poètes serait baclé si son écriture était trop commune, ici, ce n’est pas le cas. On se retrouve plongé dans ce désert, on entend les cris des coyotes et on ressent la folie qui menace les personnages grâce à la puissance d’évocation des mots choisis.

Entre fantastique et fantasy urbaine (ou plutôt désertique ?), L’épouse de bois est un livre qui ne se décrit que difficilement, son auteur est peu prolifique, mais il s’agit là véritablement d’un livre que je ne saurais que trop vous conseiller. C’est une lecture qui continue de me suivre encore quelques semaines après avoir refermé le livre.

Bibliothèque, Essais, Féminisme, France, La Femme Sauvage, Youpi Tralala

Une histoire de l’allaitement – Didier Lett et Marie-France Morel

Editions : Editions de la Martinière

ISBN : 978-2732433820

160 pages

Une femme allaite son enfant… ce geste si simple, si universel, a suscité d’innombrables représentations picturales. Du culte d’Isis aux allégories nourricières, des Vierges à l’enfant aux mères montrées dans leur vie quotidienne, cette scène chargée d’émotion traverse toute l’histoire de l’art. Mais l’allaitement eut aussi une histoire contrastée, révélatrice de l’évolution de la place des bébés dans notre société. En retraçant la vie des mères et des nourrices d’autrefois, et en éclairant la signification des images sacrées, profanes et populaires de l’allaitement, cet essai magnifiquement illustré apporte une contribution particulièrement originale à l’histoire de la maternité.

Musée de Melun: La Charité romaine / Jules Lefebvre (1836-1911)

A une époque où les mères sont culpabilisées, et ce peu importe leur choix, Une Histoire de l’Allaitement retrace et analyse le regard porté sur ce geste ancestral, depuis les déesses nourricières à la propagande du biberon, en passant par les Vierges à l’enfant – ou Maria Lactans – et les représentations de la Charité Romaine. Une Histoire de l’allaitement nous parle de comment le corps des femmes a été représenté puis contrôlé, et comment l’opposition de la Nature à la Culture a coupé plusieurs générations de femmes de ce geste naturel si bien qu’aujourd’hui, les mères allaitantes doivent réapprendre, faute de modèle. Il mentionne les mythes sur le lait qui risquerait de devenir mauvais si la femme ne correspond pas à l’image de la femme convenable, et les fantasmes de l’Homme, qui serait jaloux de la fonction reproductrice et nourricière de la Femme porteuse de vie.

Isis allaitant Horus, Basse Époque (715 – 330 avant J.-C.), Antiquités égyptienne / Musées de Strasbourg / M. Bertola

Une Histoire de l’allaitement mentionne également la genèse des biberons, outils censés nous éloigner de l’animalité, la place de l’enfant, qui doit être dressé et régulé et ainsi préparé au monde du travail dès ses premiers jours de vie et nous rappelle que ce geste naturel et anodin est devenu politique, vecteur non seulement de domination masculine, mais aussi de domination de classe via les nourrices : issues de milieux pauvres, elles délaissaient leurs propres enfants pour nourrir la progéniture de citadins plus ou moins aisés. Souvent pour revenir au pays après le décès de leurs propres enfants, morts de malnutrition. Et si c’était les enfants citadins qui venaient à la campagne, la nourrice était scrutée par le curé du village qui se portait garant de sa vertu. Mais non de son hygiène.
Entre mythes sur le corps de la femme et réalités de l’hygiène des siècles passés, ce livre est édifiant sur la place de la femme et de l’enfant au sein de la société.

Un peu difficile à trouver (très cher en occasion), je l’ai trouvé à la médiathèque. C’est un sujet qui me fascine depuis quelques temps – bon, en gros, depuis que je suis mère – et il permet de voir que les mythes que les générations au dessus de nous peuvent nous dire sont culturels, liés à de la désinformation vieille de plusieurs siècles.

Les histoires de lait pas assez riche que peut parfois nous sortir le personnel médical (et pas seulement tata Janine qui a eu des enfants dans les années 50), ont été démentis seulement dans les années 80, et pourtant, je les ai encore entendues en 2018.
A mes yeux, c’est une lecture fascinante pour qui s’intéresse à la question du corps féminin et de sa représentation.
Il ne s’agit en aucun cas d’un manuel d’allaitement, aucun conseil ou jugement vous sera délivré.
Le seul point négatif que j’ai à soulever est que ce livre est malheureusement très centré sur notre monde occidental, voire même très franco-français, alors que sa couverture pouvait faire espérer une plus grande couverture géographique du sujet.

Si jamais le livre est introuvable, je vous renvoie vers les liens suivants :

Et si vous voulez voir l’entendue des ravages de la désinformation et de l’infantilisation de la mère allaitante, je vous renvoie vers la page Facebook : Paye ton allaitement.

Quelques statistiques :

  • Nourrissons allaités à la naissance en 2013 : 66 %
  • Nourrissons allaités à 11 semaines : 40 %
  • Nourrissons allaités à 6 mois : 18 %

Contemporain, Entre-deux, Suisse

La Vérité sur l’affaire Harry Quebert – Joël Dicker

La Vérité sur l'affaire Harry Quebert

Editions : Editions de Fallois

ISBN : 978-2877068635
700 pages

Ce best seller enfin en poche !

À New York, au printemps 2008, alors que l Amérique bruisse des prémices de l élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable d écrire le nouveau roman qu il doit remettre à son éditeur d ici quelques mois. Le délai est près d expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d université, Harry Quebert, l un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison. Convaincu de l innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l enquête s enfonce et il fait l objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s est-il passé dans le New Hampshire à l été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ? Sous ses airs de thriller à l américaine, La Vérité sur l Affaire Harry Quebert est une réflexion sur l Amérique, sur les travers de la société moderne, sur la littérature, sur la justice et sur les médias.

J’étais plutôt réticente à lire ce livre, la faute à toutes ces critiques dithyrambiques et a mon côté élitiste sans doute. Puis mon congé maternité a commencé, il fallait bien que je m’occupe, et je me suis dit que cette fois-ci, ce serait quelqu’un d’autre qui piocherait dans la PàL pour moi. Et donc, on m’a sorti ce livre là en me donnant quelques arguments qui me donneraient envie (et ça a marché).

D’après ce que j’ai pu voir, ce livre a reporté des prix, et a essuyé pas mal de critiques également. Ce qui a contribué a me refroidir de prime abord.

Vous savez ce qu’est un éditeur ? C’est un écrivain raté dont le papa avait suffisamment de fric pour qu’il puisse s’approprier le talent des autres.

Il s’agit du premier effort de l’auteur, et il s’attaque déjà au mythe de l’auteur qui souffre de la page blanche et égrène des leçons sur l’écriture au fil des chapitres. Leçons qui sont d’ailleurs mises en œuvre au pied de la lettre dans le chapitre qui suit. Je ne sais qu’en penser, est-ce de la suffisance ? De la confiance en soi ? A-t’il suivi des cours d’écriture créative et nous récite-t’il ses notes ?

L’auteur face à la page blanche, la situation géographique et l’affaire de meurtre évoquent Stephen King (l’argument qui m’a fait lire ce livre), mais côté géographie, pour un auteur européen francophone, il aurait aussi bien pu situer l’action dans la Creuse ou dans les Alpes, ça aurait peut être sonné plus authentique. Ici, parfois, ça sonne un peu carton-pâte.

La relation de Harry et Nola peut évoquer Lolita de Nabokov (on notera, ou bien je me fait des films, les similitudes de sonorités entre Quebert et Humbert, Nola et Lolita…), avec un soupçon de Psychose de Hitchcock en ce qui concerne l’adolescente.

Elle est fertile, docile, elle te fera un enfant tous les neuf mois ! Je lui apprendrais comment élever les enfants, et comme ça, ils seront tout comme je veux ! N’est-ce pas merveilleux ?

Les figures maternelles sont problèmatiques : envahissantes, hystériques et castratrices, il y a très peu de femmes « saines » dans ce roman, ce qui m’a un peu chiffonné. toutes les femmes sont insupportables dans ce livre, c’est incroyable. Le narrateur aussi d’ailleurs, suffisant, menteur, arrogant, c’est un antihéros que rien ne rend attachant. La narration est truffée de fausses pistes, la suspicion du coupable glisse sans arrêt d’un personnage à l’autre, et pourtant, la fin n’est pas une réelle surprise.

Est-ce vraiment une enquête sur un meurtre d’ailleurs ? Ou est-ce le récit d’un imposteur au sujet d’une imposture ?

Vous voyez, je ne sais toujours pas trop quoi en penser, deux mois plus tard. Je l’ai lu très rapidement, ce qui est plutôt bon signe. C’est prenant, ça se lit bien et facilement. Est-ce que j’ai trouvé ça bon ? Divertissant serait plus juste.

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En conclusion ? Un roman divertissant sans plus. Ca se lit, j’ai passé un bon moment, mais est-ce que c’était ma lecture de l’année ? Clairement, non.

Mais au fond, est-ce qu’on devrait en espérer plus d’un roman ? Qu’il nous divertisse ? S’il nous fait réfléchir, c’est un plus, mais si on passe un bon moment, même en ayant posé son cerveau dans un bocal, c’est déjà très bien !

Entre-deux, France, Science Fiction

Suréquipée – Grégoire Courtois

Editions : Folio SF

ISBN : 9782072711206
176 pages

Lorsque la BlackJag a été mise en vente, il était évident qu’elle allait révolutionner le marché de l’automobile. Constitué uniquement de matériaux organiques, qui en font pour ainsi dire une voiture vivante, ce nouveau modèle a tout pour plaire. Le prototype qui a servi aux séances de démonstration devant la presse est aujourd’hui revenu en atelier : son propriétaire a disparu ; peut-être la BlackJag a-t-elle gardé en mémoire des éléments qui permettront de le retrouver. Écoutons-la nous raconter son histoire.

Avec Suréquipée, son premier roman de science-fiction, Grégoire Courtois, à la suite de J. G. Ballard ou de Stephen King, s’empare avec brio du mythe moderne par excellence : la relation de l’homme à sa voiture.

En voilà un livre qu’il est chelou. Le rapport du conducteur à sa voiture a déjà été exploité dans la littérature, Christine de Stephen King étant très certainement l’œuvre la plus connue sur ce thème.

Alors, est-ce qu’on peut encore y apporter quelque chose de neuf ?

Suréquipée, loin de King, se passe au XXIème siècle, l’industrie automobile vient de se lancer dans la voiture organique. Réactive, dotée de caractéristiques animales et d’une certaine forme de conscience primitive, bien loin de la voiture hantée et maléfique et Stephen King.

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Ici, l’auteur se concentre bien plus sur le lien du conducteur à sa voiture plutôt que sur le fantasme d’une technologie qui prendrait le dessus sur l’humain. Ce lien ici, est exacerbé jusqu’au plus glauque par ailleurs.

Le livre est assez court, et se présente sous forme d’enregistrements de la mémoire de la voiture, sur plusieurs années, entre sa conception et la disparation de son propriétaire, afin de découvrir toutes les caractéristiques organiques et animales dont l’a doté son créateur ainsi que les liens unissant le disparu à sa famille et à son véhicule. Il s’agit d’une lecture assez rapide et agréable, je n’aurais qu’à soulever un souci de clarté sur la fin, sans doute causé, en partie,  par cette forme d’enregistrements internes à la Blackjag, sans jamais avoir un point de vue externe.

 

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En soi, Suréquipée est une lecture agréable, même si la conclusion m’a fortement perturbée, je suis une chochotte. Et si quelqu’un passant par là peut m’expliquer la fin du dernier enregistrement, ça sera bien gentil.

Et, en cette période de bac, je vous offre une réminiscence de vos cours de philo : Science sans conscience n’est que ruine de l’âme.

 

Bibliothèque, Féminisme, France, Historique

Marquise des Anges

Une de mes premières héroînes littéraires, c’était Angélique, marquise des Anges, ne pouffez pas. Oubliez ces téléfilms éroto-kitschs qui n’ont fait que la desservir, la Marquise est bien plus qu’une courtisane échevelée.

C’était l’été 94 ou 95, je ne sais plus trop. Je passais quelques jours chez ma grand-mère, qui avait descendu du grenier de vieux livres qui avaient appartenus à ma mère et à ma tante pour combler mon ennui les jours de pluie. Entre quelques récits sur la vie des Saints, qui m’ont marquées d’une autre manière et Jane Eyre, dont les qualités n’ont pas besoin d’être défendues, il y avait ces vieux J’ai Lu, datant d’avant les ISBN, une peinture ornant la couverture, et une photo du couple ayant écrit cette saga qui ornait l’arrière. J’étais très certainement trop jeune pour lire ça, mais qu’importe ! C’est ainsi qu’a commencé une obsession qui a duré quelques années et m’a accompagné durant tout le collège : patiemment, j’ai fouillé les vides greniers et autres Emmaüs pour completer cette collection, c’est que les auteurs étaient profiliques et les aventures nombreuses. Finalement, ma passion fulgurante s’est étiolée pour ne devenir plus qu’une flammèche qui subsiste dans le fonds de mes amours littéraires une fois l’Atlantique traversé par mon héroïne.

Ceux qui ne la connaissent que par le biais de ces films ou elle apparraissait souvent dénudée et terriblement niaise ont une image bien ternie et faussée de cette icône féministe ignorée.

Si les films ont fait d’Angélique une femme certes libre sexuellement, moeurs des années 60 oblige, la censure de l’époque n’a permis que cette émancipation là, qu’il s’agisse des films ou des livres.

Il s’agit d’un personnage complexe, rebelle, loyal, qui est animé par bien plus de choses que simplement l’amour ou le sexe. Son amour pour les hommes ne fait pas d’elle une victime, elle n’a pas besoin d’eux pour vivre ni pour survivre.

Si cette série brille pour moi à cause de son personnage principal fort, elle est aussi admirable de part la justesse de son contexte historique, recherché par Serge Golon, tandis qu’Anne, son épouse, rédigeait l’intrigue. On est bien loin d’une bluette divertissante remplie d’inexactitudes destinée à ce public sous-estimé et stéréotypé qu’est « la ménagère de moins de 50 ans ». Malgré tout, la version originale souffre de la censure de l’époque : j’ai grandi en lisant cette même version originale, et j’ai eu l’occasion de lire un tome réécrit en 2009 par Anne Golon, selon ses souhaits originaux, l’an dernier : des épisodes dramatiques éludés dans la version originale (l’épidémie qui emporte sa petite soeur par exemple) sont désormais décrits dans toute leur horreur et leur violence, pour apporter encore plus de profondeur à ce personnage sous-estimé a mes yeux.

Au final, on retrouve un peu d’Angélique, Marquise des Anges dans la série Kushiel, de Jacqueline Carey : un personnage féminin fort, intelligent, sensible, et la réduire à sa « sensualité » serait une grave erreur.

Réduire Angélique aux téléfilms, c’est réduire Elisabeth d’Autriche à la Sissi de Romy Schneider.

Liens :

https://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20170717.OBS2175/anne-golon-a-jamais-angelique-j-ai-ete-spoliee-terriblement-spoliee.html

http://next.liberation.fr/culture/2017/07/16/anne-golon-femme-de-combat-comme-son-heroine-angelique_1584127

https://annegolon.wordpress.com/