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Les Groseilles de Novembre – Andrus Kivirähk

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Chronique de quelques dérèglements dans la contrée des kratts

Editions : Le Tripode
ISBN : 9782370550316
266 pages

Traducteur : Antoine Chalvin

Le destin d’un homme n’est pas facile. On vit, on meurt, puis on se change en démon.

Lire Andrus Kivirähk, c’est à chaque fois se donner la certitude que l’on va entrer de la façon la plus naturelle dans un monde proprement extraordinaire. L’Homme qui savait la langue des serpents (Le Tripode, 2013 – Grand Prix de l’Imaginaire 2014) nous avait habitués à l’idée d’une époque où il était encore possible d’épouser des ours, d’avoir pour meilleur ami une vipère royale ou encore de voler dans les airs à l’aide d’ossements humains. Les Groseilles de novembre démontre un peu plus les talents de conteur de l’écrivain. Nous voici cette fois-ci immergés dans la vie quotidienne d’un village où tout pourrait sembler normal et où, très vite, plus rien ne l’est. Les seigneurs sont dupés par leurs serfs, des démons maraudent, des vaches magiques paissent sur les rivages, les morts reviennent, le diable tient ses comptes, une sorcière prépare ses filtres dans la forêt et, quotidiennement, les jeux de l’amour et du désir tirent les ficelles. A la fois drôle et cruel, le texte relève autant de la farce que de la chronique fantastique. Les Groseilles de novembre est considéré en Estonie comme le meilleur roman d’Andrus Kivirähk.

Ce livre m’a tapé dans l’oeil en premier lieu à cause de sa couverture. Mis en avant au rayon SFFF d’une librairie, elle détonait parmis les couvertures arborants des héros musclés, des paysages sombres, des loup-garous poilus ou des femmes armées jusqu’aux dents. En effet, c’est quoi ce machin avec des bras en balai et cet air bête ? Et cette couverture, façon torchis ? Le libraire s’est trompé de rayon ? Oui et non. Les Groseilles de Novembre entrent bien dans la catégorie fantastique, on y trouve des créatures étranges dans les bois, des démons qui déambulent plus ou moins librement dans les fermes, de la magie, etc. Mais par contre, point de quête, point de héros, ici, tous les personnages sont des têtes à kratt (claques/kratt, krkrkr, pardon).

Ce roman, présenté comme la chronique d’un village estonien au mois de juillet novembre comme l’indique le titre – chaque chapitre est dédié à un jour -, nous fait faire la connaissance d’estoniens superstitieux (quoique), avares, voleurs, stupides pour la plupart et malhonnêtes.

Superstition : Forme élémentaire et particulière des sentiments religieux consistant dans la croyance à des présages tirés d’événements matériels fortuits (salière renversée, nombre treize, etc.).
http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/superstition/75497#jYDoYXvjdHhqhBy3.99

Mais il parle aussi d’amour courtois, de pactes avec le Diable (rien à voir avec Faust), de vaches marines, d’épidémies courantes en ces temps là et nous fait découvrir le passé de ce pays méconnu, sous un angle mordant et critique.

Dans Les Groseilles de Novembre, les jours (et les chapitres) se suivent, mais en se ressemblent pas. On a l’impression de voir de saynètes burlesques se succéder, sans pour autant que l’ensemble ne paraisse incohérent. Après tout, c’est tout un village que l’on suit au jour le jour. Le seul fil conducteur du roman, c’est le comportement exécrable des habitants et leur volonté de flouer le diable afin de s’enrichir. Ainsi que la météo, c’est pas comme ça que les touristes auront envie de venir à cette période de l’année. Malgré tout, le roman et l’univers loufoque de ces Groseilles est fort plaisant.

On retrouve chez Kivirähk des similitudes avec son voisin Paasilinna, au niveau du ton employé, mais j’y ai aussi vu des similitudes avec un livre que, contrairement à ces Groseilles, je n’ai pas pu terminer : La Triste Histoire des Frères Grossbart, à cause du caractère des personnages, des scènes parfois cruelles et crues. Le contexte historique ne doit pas y être étranger non plus.

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En bref, une petite perle d’humour noir et de cynisme.

C’est le premier livre de Kivirähk que j’ai l’occasion de lire, mais ce ne sera certainement pas le dernier. Prochaine étape : L’homme qui savait la langue des serpents.

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Les Mémoires d’Elizabeth Frankenstein – Théodore Roszak

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Théodore Roszak
Editions : Le Cherche-Midi
ISBN : 978-2-7491-0491-1
548 pages

Traducteur : Edith Ochs

 

Après La Conspiration des ténèbres, Les Mémoires d’Elizabeth Frankenstein, roman gothique et féministe, d’une intelligence diabolique, est le nouveau chef-d’œuvre de Theodore Roszak.

Recueillie par la baronne Frankenstein, la jeune Elizabeth est introduite dans le monde secret des sorcières et initiée à l’alchimie, aux lois de la nature et à celles du corps humain. De son côté, Victor, fils légitime de la baronne, tournant le dos à cet univers féminin respectueux de la « loi naturelle », est pris du vertige de la science. Il prétend pouvoir créer une vie meilleure, une vie qui ne serait pas née du ventre de la femme mais de la science, nouveau maître du monde.
Alors que Victor s’égare dans sa quête et crée un monstre, Elizabeth essaie de trouver sa place en pleine révolution scientifique… voire scientiste. Peu à peu, leur univers se délite jusqu’à leur tragique nuit de noces.

Theodore Roszak nous entraîne dans une folle aventure romanesque, riche en péripéties, mettant en scène une héroïne forte et complexe dans un monde dominé par la raison et l’intellect masculins. Cet émouvant portrait est à la fois un hommage à la féminité, un roman historique haletant et une réflexion passionnée et passionnante sur la science et ses dérives.

En lisant cette quatrième de couverture, vous aurez sans doute deviné pourquoi j’ai emprunté ce livre, autre que sa couverture qui m’a tapé à l’œil (et les coins de livre dans l’œil, c’est douloureux), c’est le terme « féministe ». Une réécriture d’un roman qui a forgé l’inconscient collectif, du point de vue d’un personnage secondaire, ça ne pouvait qu’être intéressant, non ? C’est donc cet aspect, mis volontairement en avant sur l’édition française (peut-être qu’en V.O., ce n’était pas le cas, je n’en ai pas vu mention sur Goodreads en tout cas), qui a orienté ma lecture, et qui orientera mon avis, en plus de la réécriture du « mythe », que j’ai relu spécialement pour l’occasion.

Ceci n'est pas un GIF, n'attendez pas que ça clignote.

Ceci n’est pas un GIF, n’attendez pas que ça clignote.

La réécriture d’un monument de la littérature

Ce roman se présente sous la forme d’une étude, faite par le même narrateur que Frankenstein. Après la mort de Victor, celui qui a recueilli ses confessions décide de faire des recherches afin de vérifier la véracité de ses dires, et retrouve le journal d’Elizabeth. Le livre reprend l’intégralité de ce qui a pu être sauvé de ce journal, entrecoupé par les notes de l’éditeur, afin d’étayer certains propos et de compléter certaines informations qui pourraient manquer, le journal étant destiné à Victor et retraçant tout leur apprentissage ensemble.

Si, lors de ma relecture de l’original, la chronologie et le temps écoulé m’ont semblé plus confus, ici, l’intrigue m’a parue bien plus claire d’un point de vue temps. Les années écoulées étaient nommées clairement et explicitées également par l’éditeur, qui a pu recueillir les deux témoignages. Aussi, certains faits restés nébuleux dans l’œuvre de Shelley étaient bien plus explicites ici, comme, par exemple, la création d’une compagne pour la créature. Créature qui va à la rencontre d’Elizabeth, afin de lui parler, et aussi de lui révéler sa vraie nature.

Roszak brode par ailleurs sur le rôle tenu par la mère de Victor dans l’éducation scientifique de celui-ci. Ici, c’est elle qui oriente les lectures de Victor vers des auteurs désuets, c’est elle qui décide, dès qu’elle pose les yeux sur Elizabeth, qu’elle sera la compagne de Victor et c’est elle qui les oriente vers les pratiques occultes et l’alchimie. Elle organise des réceptions et est très proche (ahem…) des épouses des invités, peint, à été l’élève d’une matrone qui a parcouru le monde et participe à des sabbats étranges auxquels elle invite Elizabeth, afin de la préparer au « mariage chimique » avec Victor.

Le rôle de la mère est décuplé, alors que des personnages et évènements clefs du Frankenstein de Shelley passent tout simplement à la trappe : Victor et Elizabeth n’ont pas de petit frère et Justine disparait tout bonnement de la circulation. On pourrait donc presque prétendre qu’il ne s’agit pas de la même histoire.

Quand à Victor, qui apparait chez Shelley comme quelqu’un de chouinard (non, je n’ai pas peur des mots) et de sensible, est représenté ici comme un connard (pas peur des mots, bis) arrogant et insensible au monde qui l’entoure.

Féministe ? Vraiment ?

Certes, on pourra se demander si faire une réécriture féministe d’un roman rédigé par la fille de la première féministe au monde (Mary Wollstoneraft et son Vindication of the Rights of Women) était réellement nécessaire et pertinent, mais ne faisons pas un procès d’intention à Théodore, pardonnez-lui car il ne sait pas de quoi il parle.

Nous avons donc affaire à un féminisme en partiiculier : le féminisme essentialiste, ou différentialisme, ce qui pose un problème au vu de la revendication en quatrième de couverture – je vous invite à lire l’article sur le blog du Plafond de Verre – ici, pas d’égalité, mais une complémentarité qui amène les deux sexes à s’opposer totalement. D’un côté, la mère, Elizabeth et les femmes du village (et Rousseau), sont représentées comme des êtres de magie, proches de la Nature et de la Vie, avec une imagination forte et promptes aux réactions irrationnelles, et de l’autre, Victor, son père, Saussure et autres scientifiques de l’époque, rationnels et voulant transcender la chair grâce à la Science et la Culture malgré leur inhérente pulsion de mort.

Si certaines pistes effectivement féministes sont évoquées, d’autres sont horripilantes par leur naïveté et par les clichés sexistes qu’ils révèlent, ce qui est un comble pour un livre estampillé féministe. Parmi les bons points, on pourra évoquer les matrones et femmes injustement accusées de sorcellerie à l’époque parce qu’elles ne se conformaient pas à la norme en vigueur, la critique du mansplaining de Victor par Elizabeth, ainsi que la critique des normes de beauté déjà en vigueur à l’époque :

J’ai appris que les femelles sont faites pour être mères. Leurs besoins sont satisfaits de cette façon. (NDLR : par opposition aux besoins des hommes qui sont satisfaits par les rapports fréquents).

– Je me demande d’où tu tiens tout ce savoir sur les besoins des femmes, Victor. Et le baron Swedenborg aussi ? Ou tout autre homme au demeurant ? […]

– C’est universellement connu.

– Ah bon ? Sauf de la moitié de l’espèce humaine.

 

Les hommes qui n’ont jamais vu naître un bébé inventent ces choses et les écrivent dans des livres pour que d’autres hommes les lisent. Et cela devient un « savoir »! Ce sont des hommes comme ça, dans leur orgueil démesuré, qui ont réécrit les livres femmes comme si ceux-ci étaient de leur création.

Tu as un corps de jeune fille encore splendide dans son état naturel, avec une beauté intérieure qui jaillit, aussi fraîche que la source qui coulera en toi jusqu’à la fin de tes jours. Ton regard est trop influencé par les peintures que les hommes font de nous. Ils se plaisent à faire poser les femmes en chair et en os ; mais souvent, ils préfèrent nous donner des corps angéliques de petites filles : lisses et glabres, avec des seins géométriques minuscules qui semblent sculptés dans le marbre. A moins, bien sûr, qu’ils ne nous représentent sous formes de bacchantes.

Les hommes n’arrivent pas à décider s’ils nous veulent voluptueuses ou virginales.

Parmi les points problématiques, on pourra soulever les rites païens auxquels s’adonnent les femmes, qui, malgré le message d’acceptation du corps féminin dans tous les stades de sa vie – Elizabeth y est accueillie pour fêter sa ménarche -, de l’enfance à la vieillesse avancée, sont l’image même d’un regard hétéro-centré : les pratiques saphiques y sont courantes, mais seulement parce que les époux sont incapables de remplir leurs devoirs conjugaux.

Plus tard, ces rituels se feront plus intimes, sous prétexte d’initiation et de préparation au « Grand Œuvre » auquel Elizabeth et Victor devront participer. En effet, si les deux adolescents sont attirés l’un par l’autre, ils doivent se découvrir charnellement sous les regards et directives des deux initiatrices que sont leur mère et une aïeule qui préside aux sabbats. Ces directives semblent innocentées par le rapport à la « Nature » qui est évoqué lors de ces rituels, alors que les deux jeunes protagonistes sont clairement manipulés et abusés sexuellement.

D’ailleurs, Elizabeth, à force d’exercices avec Victor, fantasmera sur un viol éventuel, qui arrivera lors d’une pratique « alchimique » qui dégénérera. Ce traumatisme là sera exorcisé par le meurtre d’un violeur anonyme, réel selon Elizabeth, fantasmé pour l’éditeur, car selon lui, une femme, qui plus est de haute naissance, serait incapable de tuer.

Par ailleurs, ces rituels mènent Elizabeth a réclamer quelque chose bien loin des revendications féministes, qu’elles soient actuelles ou formulées par la mère de Shelley : une servitude envers Victor, afin de « veiller à satisfaire son seigneur [sic] ».

Heureusement que ces aberrations idéologiques cessent dans les deux dernières parties du livre, qui se concentre à nouveau sur Victor et sa créature, éléments dont il n’aurait jamais dû s’éloigner au départ pour éviter de patauger ainsi dans une image de la femme bien fantaisiste.

 

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C’est dommage, si « féministe » n’avait pas figuré sur la quatrième de couverture, ma note aurait été meilleure. Donc faites comme si ce mot n’avait jamais été imprimé au dos du livre.

Dodger – Terry Pratchett

Dodger - Terry Pratchett

Terry Pratchett
Editions : Doubleday
ISBN : 978-0-385-61927-1
356pages

VF : Roublard

Dodger is a tosher – a sewer scavenger living in the squalor of Dickensian London.

Everyone who is nobody knows him.
Anyone who is anybody doesn’t.
He used to know his future; it involved a lot of brick-lined tunnels and plenty of filth. But when he rescues a young girl from a beating, things start to get really messy.
Now everyone who is anyone wants to get their hands on Dodger.

Retournons à Londres, à l’époque victorienne. Sans même l’avoir prémédité, deux œuvres culturelles m’y ont plongé depuis la rentrée. Et elles ont quelques éléments en commun, à part le lieu et l’époque de l’action.

 

Terry Pratchett fait partie de mon panthéon personnel d’auteurs (avec Robin Hobb, Neil Gaiman et Walter Moers). Et si son univers de prédilection est celui qui m’a redonné goût à la lecture il y a une dizaine (!!!!) d’années (peut-être que je vous en parlerai un jour, de ce livre là), Dodger n’en fait, comme on peut s’en douter, pas partie. Ici, pas de mages, pas de sorcières, ni de guet hétéroclite. Par contre, des personnages réels, ou fortement inspirés de personnages réels, voire, d’autres personnages de la littérature britannique du XIXème siècle.

Dodger, le personnage éponyme, est un jeune homme parcourant les égouts de Londres, à la recherche de pièces ou de bijoux égarés. Malgré sa jeunesse et son physique décrit comme frêle, il jouit pourtant d’une réputation de dur-à-cuire, de protecteur, et semble avoir, en effet, un caractère bagarreur. Caractéristique qu’il utilise pourtant à bon escient, par deux fois, il sauve des innocents des coups de malfaiteurs, et par deux fois, cela change son destin et le fera rencontrer des personnes bien placées, la plus influente étant Charles Dickens, qui a lui même écrit le personnage d’Artful dodger, inspiration du Dodger de Pratchett. Il y rencontre également Sweeney Todd, ce personnage de penny dreadful qui aura traversé le siècle, mais aussi un certain Mayhew, journaliste anglais ayant réalisé une enquête fleuve sur les pauvres de Londres, ainsi que Angela Burdett-Coutts, héritière philanthrope qui a œuvré pour la protection des nombreuses prostituées de la ville.

Le Londres décrit dans Dodger (Roublard pour la VF) est d’ailleurs celui cher à Dickens, loin des maisons bourgeoises et des beaux quartiers, mais celui des bas-fonds, des laissés-pour-compte et des démunis. La description faite ici, qu’il s’agisse des vendeuses de fleurs ou de vieilles dames fouillant les immondices à la recherche d’un trésor (version au plein-air des ravageurs qui hantent les égouts), est juste et touchante, et fait de ce roman une sorte d’hommage et à Dickens, et à ces oubliés de l’histoire.

Le langage utilisé (pour la verson anglaise) se rapproche d’ailleurs du parler victorien, de la langue utilisée dans la littérature de l’époque, mais aussi du parler de la rue : nombreuses sont les expressions cockney utilisées (et explicitées, fort heureusement, ce jargon étant assez nébuleux, même avec un niveau correct en anglais).

La post-face explique que ce roman n’a aucunement l’ambition d’être un roman historique, mais plutôt un hommage, et que, si certains personnages sont bien réels, Terry Pratchett s’est néanmoins pris la liberté de changer quelques éléments chronologiques pour le bien du récit.

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Il ne s’agit peut être pas du meilleur de Pratchett, l’humour qui lui est si typique m’a un peu manqué, mais Dodger reste quand même un très bon livre. Il est peut être souhaitable d’avoir lu Dickens pour apprécier Dodger encore plus.

J’ai noté quelques lectures complémentaires en faisant mes recherches, si vous aussi souhaitez découvrir la face cachée du Londres victorien :

Dirty Old London et le site de son auteur Lee Jackson. Et si vous souhaitez lire des Penny Dreadful d’époque, certains sont disponibles ici, légalement, et gratuitement (à ce que j’ai compris).

 

 

 

Chroniques express – book edition

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Tobe Hooper et Alan Goldsher
Editions : Michel Lafon
ISBN : 978-2749914145
254 pages

Midnight Movie
Traducteur : Pascal Loubet

 

« Ce serait pas mal de retourner à Austin et de faire un tour au festival, même si je me rappelais pas de quoi ^parlait mon film – sûrement de zombies et de sexe. Et j’avais pas du tout envie de me retrouver devant une salle remplie de geeks fans de films gores. Mais j’avais besoin de fric. »
Un réalisateur de films d’horreur, Tobe Hooper, assiste à la projection de son premier film lors d’un festival de seconde zone. Ce film oublié, écrit et tourné par Tobe lorsqu’il y avait 15 ans, n’a jamais été projeté en public.
Très vite, les spectateurs sont victimes de phénomènes étranges, effrayants, à la limite de l’inconcevable. Leurs amis sont également touchés. Et les amis de leurs amis… Le phénomène se propage à toute vitesse, et les cadavres s’accumulent dans l’Amérique entière.
Tobe Hooper comprend alors que, pour arrêter cette épidémie, il devra remonter aux origines de ce film maudit, ce film qu’on n’aurait jamais dû projeter à minuit.

Midnight Movie. Tobe Hooper. Rien que ça, et vous pourriez penser que c’est un film d’horreur. Mais non, c’est un roman. Par le créateur de Massacre à la tronçonneuse. Et Poltergeist. Et de L’invasion vient de Mars (dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, mais j’aime bien le titre). Enfin, roman, c’est vite dit. Il s’agit d’un récit construit à la manière d’un épisode de Faites entrer l’accusé, avec des témoignages, des retours en arrière, des scènes de l’histoire, ainsi que des morceaux de l’internet mondial (articles de blog, mails, twitts, etc.) entre deux.

On retrouve les ficelles qui ont fait le cinéma d’horreur (« Noooon, n’y va paaaaaaaaaas ! Pas toute seule, ‘spèce de cruche ! »), agrémenté de réflexions sur lui même, Tobe Hooper étant présenté comme un réalisateur de seconde zone, un looser qui a réussi une seule et unique fois, et qui depuis, reste dans l’ombre de réalisateurs plus jeunes. Mais qui parvient, lui même ignore comment, à provoquer une apocalypse à base de sécrétions bleues et de zombies avides de sexe. Oui. Vraiment.
A réserver aux adeptes du film d’horreur.
Bon, je vais aller me mater Massacre à la tronçonneuse, moi.

 

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Terry Pratchett
Editions : L’Atalante
ISBN : 9782841-726530
124 pages

The World of Poo
Traducteur : Patrick Couton
Illustrations : Peter Dennis

 

Enfin traduite en français, découvrey Mlle Félicité Bidel, l’auteur favori de Sam Vimaire junior, le fils du commissaire du Guet d’Ankh-Morpork.

Avec Le très gros Problème de Gaston, La Guerre contre les Gobelins Morveux, Les Hommes Pipi et autres succès de librairie, elle est la coqueluche des enfants du Disque-monde.
Geoffroy rend visite à sa grand-mère à Ankh-Morpork. Alors qu’il passe sous les pommiers ancestraux du jardin, il sent quelque chose lui tomber sur la tête. Ce sera le début d’une quête déterminée et d’une collection d’un genre unique.

Si vous avez lu Coup de Tabac, vous savez qui est Félicité Bidel, et pourquoi elle se fascine tant pour les sécrétions (décidément, je n’aurais jamais autant écris ce mot dans un article… Ou écrit ce mot tout court d’ailleurs.). Découvrez l’un de ses titre phares, enfin traduit en français ! Enfin, si ça se laisse lire facilement, et si les illustrations sont jolies, si vous n’avez pas lu Coup de Tabac, ce Pratchett est plutôt dispensable. Mais si on veut découvrir la faune particulière du Disque-monde, ce livre permet de rencontrer des animaux particuliers, pour des raisons tout aussi particulières. Une lecture rapide, qui permet de se replonger vite fait entre deux autres lectures dans l’univers haut en couleurs de Terry Pratchett malgré tout.

En plus, l’objet livre est joli.

 

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Ken follett
Editions : Pan
ISBN : 978-0-330-45692-0
1237 pages

 

On the day after Halloween, in the year 1327, four children slip away from the cathedral city of Kingsbridge. They are a thief, a bully, a boy genius and a girl who wants to be a doctor. In the forest they see two men killed.

As adults, their lives will be braided together by ambition, love, greed and revenge. They will see prosperity and famine, plague and war. One boy will travel the world but come home in the end; the other will be a powerful, corrupt nobleman. One girl will defy the might of the medieval church; the other will pursue an impossible love. And always they will live under the long shadow of the unexplained killing they witnessed on that fateful childhood day.

Ken Follett’s masterful epic « The Pillars of the Eart »h enchanted millions of readers with its compelling drama of war, passion and family conflict set around the building of a cathedral. Now « World Without End » takes readers back to medieval Kingsbridge two centuries later, as the men, women and children of the city once again grapple with the devastating sweep of historical change.

On prend les mêmes et on recommence ! Kingsbridge est encore le lieu de péripéties parfois digne des Feux de l’amour, mais ça fonctionne toujours aussi bien. La trame reste sensiblement la même que pour Les Piliers de la Terre, les archétypes de personnages également, sauf que cette fois-ci, certains personnages sont peut-être un peu plus nuancés que leur alter-égo Piliers-terrien, et, parfois, thèmes et époque obligent, plus proche du Médecin d’Ispahan. Ken Follett prouve ici que c’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes, et qu’il maitrise parfaitement l’art du rebondissement.

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Les Borgia – Alexandre Dumas

Alexandre Dumas
Editions : Pocket
ISBN : 978-226-21708-8
279 pages

Vers 1840, les directeurs de journaux et les éditeurs s’arrachèrent Dumas, qui entreprend Les crimes célèbres, vaste sage historique de la violence, du meurtre et du sang.

La figure de Cesare Borgia, fils du pape Alexandre VI, cardinal à seize ans et condottiere absolu ensuite, domine cette famille illustre qui va se construire un royaume dans l’Italie renaissante. César, qui connait « le bon usage de la cruauté », élimine par le fer ou le poison ses principaux rivaux, et autant de petits despotes qui rançonnent et asservissent leurs sujets. A Rome, il entend redonner une influence, une armée, de l’argent. En homme d’État sans scrupule et habile, il soutient la bourgeoisie contre l’arbitraire d’une odieuse féodalité. A ce titre, César Borgia est bien le modèle qui inspira Le Prince de Machiavel.

L’année dernière, je vous avais parlé de la série Canal Borgia. Partagée entre la fascination et la perplexité la plus complète, j’ai acheté ce livre d’Alexandre Dumas père afin d’assouvir ma curiosité, parce que j’aime beaucoup les romans historiques. Et aussi parce que j’ai gardé un bon souvenir des livres de Dumas que j’ai dévorés adolescente (et que le livre sur Lucrèce Borgia acheté sur une brocante sent tellement fort le vieux bouquin que c’est impossible de le lire ailleurs qu’à l’extérieur, et en février, les terrasses, c’est pas forcément optimal. (Vous avez déjà essayé de tourner des pages avec des moufles ?)).

Ce roman est relativement court, 200 pages, et est écrit d’une traite, sans chapitres, comme une longue litanie. Litanie non seulement par sa forme, mais aussi par son fond. Si vous vous attendez à des détails, à des explications, passez votre chemin, ici, vous aurez la vie de la Trinité Borgia relatée façon jeu d’échec, ou chaque cardinal avance ses pions, ou tout n’est que champs de bataille, meurtres vite expédiés et personnages qui ne font que passer. Tout ? Tout. Sauf ! Les descriptions imagées de la façon d’extraire le fameux poison sont la famille usait tant, et de la façon d’y échapper (laissez-moi vous dire qu’aucune méthode ne serait homologuée par la Peta). Bien entendu, on pourra me répondre que cette histoire est complexe et qu’il fallait bien choisir ce que l’on raconte. Certes. Mais réduire leurs actions à une énumération de crimes ne permet pas d’y voir plus clair, et ne fait que rendre cette famille encore plus obscure et étrange. Peut-être était-ce le but ?

Si vous voulez en savoir plus, lisez les pages wikipédia associées (tout est si imbriqué que ça vous prendra peut-être même plus de temps que de lire ce livre.).

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Irais-je jusqu’à dire que j’ai été décue ? Oui. Que c’est le pire livre que j’ai lu ? Non. Mais il n’était pas à la hauteur de ce que j’en attendais. Vivement l’été que je puisse lire Lucrèce Borgia (s’il pleut, quelqu’un peut me fournir un masque à gaz ?). Ou que je remette la main sur la pièce de Victor Hugo.
Heureusement que j’ai d’autres livres de Dumas qui m’attendent pour me réconcilier avec lui.
Pour aller plus loin :

The Red Queen – Philippa Gregory

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The second book in Philippa’s stunning new trilogy, The Cousins War, brings to life the story of Margaret Beaufort, a shadowy and mysterious character in the first book of the series – The White Queen – but who now takes centre stage in the bitter struggle of The War of the Roses. The Red Queen tells the story of the child-bride of Edmund Tudor, who, although widowed in her early teens, uses her determination of character and wily plotting to infiltrate the house of York under the guise of loyal friend and servant, undermine the support for Richard III and ultimately ensure that her only son, Henry Tudor, triumphs as King of England. Through collaboration with the dowager Queen Elizabeth Woodville, Margaret agrees a betrothal between Henry and Elizabeth’s daughter, thereby uniting the families and resolving the Cousins War once and for all by founding of the Tudor dynasty.

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C’est en parcourant les rayonnages de la médiathèque que je suis tombée nez à, euh, couverture, avec ce livre, deuxième tome d’une série de trois romans (dont, une fois n’est pas coutume, je n’ai pas lu le premier tome), dont est tirée une série télévisée, The White Queen, que j’ai commencée il y a quelques temps. Sauf qu’ici, il ne s’agit pas d’Elizabeth Woodville, roturière mariée à l’héritier York, mais de Margaret Beaufort, qui donnera naissance à la dynastie Tudor. Evidement, les faits seront fortement romancés, mais il n’empêche qu’ils sont documentés, sont librement inspirés de faits réels, et que redonner vie à la Guerre des Deux Roses via deux femmes de camps opposés est un parti pris intéressant, qui va au delà de la guerre sur le champ de bataille.

The Red Queen suit Margaret, qui, n’étant qu’une enfant, mariée (ou vendue) au meilleur parti, trouve un échappatoire dans la foi, et se persuade qu’elle a, comme son modèle Jeanne d’Arc, une mission divine, qui se traduit par des genoux à vif d’avoir trop prié. Sa mission ? Devenir Reine d’Angleterre. Ou au moins, la Reine Mère, car, à son grand désespoir, elle n’aura jamais le pouvoir par elle-même.

L’auteur peine a rendre le personnage sympathique, et d’ailleurs, peut être qu’elle ne l’a même pas tenté, tellement Margaret semble odieuse et illuminée. Il s’agit peut-être (certainement ?) d’un parti pris pour la différencier et en faire un personnage antinomique d’Elizabeth, qui, vue par Margaret ainsi que par la population, est un modèle de douceur et d’amour. (Si j’avais étudié Alice au pays des Merveilles, je vous ferai une digression de fou sur la Red Queen et la White Queen de Lewis Caroll, mais je ne connais pas assez cette œuvre et son contexte, donc je vous met ça là, vous en faites ce que vous voulez.) Néanmoins, il est fascinant de voir que pour le personnage (l’auteur ?), le divin permet d’accéder, ou, au moins, de prétendre, aux privilèges d’habitude réservés aux hommes. Qu’il s’agisse de la vision fantasmée de Jeanne d’Arc, jeune fille qui, suivant les ordres de Dieu, parvient à mener toute une armée à la guerre, et à la gagner, ou de Margaret, convaincue que Dieu prévoit et attend d’elle qu’elle mette son fils sur le trône. On pourrait prétendre qu’une mission donnée par le Patriarche ultime permet d’élever ces femmes au dessus du rang qui leur était dévolu à cette époque.

Je l’ai lu en anglais, il se peut donc que la traduction ait effacé quelques points un peu désagréables, mais le temps d’écriture du roman est le présent et le point de vue est interne (sauf un chapitre au passé, où le personnage change), ce qui donne une immédiateté au propos, malgré le fait que ce soit un peu déroutant au premier abord. Néanmoins, la narration à la première personne et le temps du récit, qui devraient tendre à nous rapprocher de Margaret échouent, et je suis restée complètement imperméable au destin de cette femme (d’ailleurs un bref passage sur Wikipédia afin de vérifier et comprendre les tenants et aboutissants complets de cette période m’ont tout spoilé.)

Sinon, comme évoqué dans mon premier paragraphe, le parti pris de montrer la Guerre des Deux Roses par le point du vue d’une femme qui a vu le conflit seulement de loin, qui n’est tenue au courant que part des lettres évasives, peut-être intéressant s’il est bien amené, ce qui ‘est pas vraiment le cas ici, tout ce qui concerne le conflit en lui même et non Margaret est traité de manière plus qu’évasive (d’où ma consultation d’une encyclopédie, parce qu’au bout d’un moment, je n’y comprenais plus grand chose). Quand au style de l’auteur, à part le présent déjà mentionné, il souffre de répétition, et manque peut-être de subtilité. Oui, nous avons compris qu’elle adore Jeanne D’Arc, nous avons aussi compris qu’elle en veut à sa mère de l’avoir vendue comme une vache reproductrice, ouiiiiiiiiii, son mari est un lâche, elle nous l’a répété 50 fois dans la page précédente, ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, elle est appelée par Dieu, ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, Elizabeth, c’est rien qu’une grosse cochonne qui tombe enceinte à chaque fois qu’on lui passe dessus et elle est trop belle et tout le monde l’aime,  c’est bon, stop, n’en parlons plus… Comment ça ? Ah, elle aime Jeanne D’Arc et prier ? Ah, ça m’avait échappé, merci de me le rappeler.

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Bon, voilà, regardez la série, lisez le bouquin si vraiment, vous n’avez peur de rien, ou sinon, consultez une bonne encyclopédie, ça vous évitera le blabla répétitif. Mais il n’empêche que si je met la main sur The White Queen, il aura sa chance, parce que malgré tout, The Red Queen a donné lieu à des ébauches de réfléxions et d’analyses que je ne manquerai pas d’approfondir.

Why should my husband be ennobled when it will be me who has done all the work?

I am treated as a woman grown when it suits you, you can hardly make me a child again.

[God] always tells you to strive for power and wealth. Are you quite sure it is not your own voice that you hear […] ?

Le Médecin d’Ispahan – Noah Gordon

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Londres, en l’an 1021. Orphelin, Rob J. Cole, neuf ans, est recueilli par un barbier-chirurgien et devient son apprenti. Ensemble, ils sillonnent l’Angleterre. C’est une époque où l’on brûle les sorcières, où la vie est dure et la mort vite venue… Mais Rob n’a qu’une idée en tête : devenir médecin et il a un terrible don : il sent si un patient va mourir lorsqu’il lui prend la main. Ayant appris qu’on peut étudier sérieusement la médecine chez les Arabes, Rob n’hésite pas et, à vingt ans, le voilà qui traverse l’Europe pour gagner l’Orient. Comme chez les Arabes on n’admet pas les chrétiens, il va se faire passer pour juif… Le Médecin d’Ispahan est un formidable roman d’aventures. C’est l’histoire d’un homme enflammé d’une passion dévorante : vaincre la mort et la maladie, guérir. Pour atteindre son but, il fuira la brutalité et l’ignorance de l’Angleterre du xie siècle, traversera tout un continent pour découvrir la cour de Perse, le monde étonnant des universités arabes et la chaude sensualité des palais d’Ispahan. Et, dominant tout cela, Le Médecin d’Ispahan est la magnifique histoire d’un amour que rien ne parvient à détruire.

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Les échos que j’avais eu de ce livre ne m’ont jamais réellement donné envie de le lire, malgré mon intérêt pour l’époque médiévale et ce qui en découle. Peut-être que je ne l’aurais jamais lu s’il n’avais pas été abandonné sur une étagère au rayon livre chez Emmaüs et qu’il n’avais pas été en allemand. Ce jour là, j’ai raflé les quelques romans dans la langue de Goethe qui étaient présent, parce que ça faisait longtemps et qu’une langue vivante, ça se travaille. Je vous ai d’ailleurs déjà parlé d’une de ces trouvailles.

J’ai lu Les Piliers de la Terre entre temps, du coup, j’étais préparée à plonger dans l’Angleterre du début du deuxième millénaire. Ce livre-ci est paru quelques années avant le best-seller de Ken Follett, et à quelques points communs avec lui, outre le pays et l’époque. Le Médecin d’Ispahan s’y déroule un siècle avant Les Piliers de la Terre, mais visblement, le prénom Agnes était un prénom populaire pendant ses décennies. Et le destin des femmes prénommées Agnes semble être le même.

Le roman se construit au début comme une sorte de « Roman road trip », où l’on suit l’apprentissage de Rob à être barbier-chirurgien, jongleur et charlatan. Il découvre les pouvoirs et capacités d’un vrai médecin lorsqu’il rencontre un patient atteint de cataracte, qui s’en va consulter un médecin juif, élève d’Ibn Sina, qui parvient à lui rendre la vue. Dès lors, soigner la cataracte et, plus tard, exécuter une césarienne, vont  devenir une obsession, qui vont le pousser à mentir sur son identité et rejoindre Ispahan, une ville « aux milles seins » comme il va la découvrir et l’appeler, à cause de son architecture. Il découvrira un pays gouverné par un shah décadent, ignorant volontairement les lois de la sharia en vigueur, et les contraintes exercées par la religion par rapport à sa soif d’apprendre. Je ne connais que très peu le Judaïsme et l’Islam, je ne peux donc pas me prononcer sur la véracité des propos et préceptes décrits, mais ils me semblent bien documentés et recherchés, de la manière de faire sa prière du matin et de celle d’abattre un animal pour que sa viande soit casher, au personnage d’Ibn Sina, mentor du médecin juif et raison pour laquelle Rob a entrepris ce voyage d’une vie. Ibn Sina, aussi connu sous le nom d’Avicenne. Si ce livre n’a pas vocation a raconter une histoire vraie, ce personnage là a réellement existé sous cette forme-ci.

Le Médecin d’Ispahan raconte aussi la rencontre entre les trois grandes religions monothéistes, entre différentes cultures, et les difficultés de compréhension qui peuvent en découler. Il raconte aussi le besoin viscéral de vouloir poursuivre sa vocation et de devoir contrer les obstacles. Et il nous fait également une démonstration pittoresque des insultes perses, qui sont presque aussi chouettes que celles en alsacien*. Par contre, contrairement à la quatrième de couverture, l’histoire d’amour ne m’a pas semblé être le point principal du roman, qui, pour moi, se trouve plus dans la description des méthodes et connaissances médicales de cette époque et l’influence de la religion sur les méthodes curatives. Époque qui ignorait l’origine de l’appendicite, opération bénigne de nos jours, fatale en ce temps là. Si vous aimez l’Angleterre médiévale, le choc des cultures, et voulez avoir un aperçu de la médecine médiévale de manière ludique, n’hésitez pas !

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Chien du heaume – Justine Niogret

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Chien du heaume, un surnom gagné au prix du sang et de la sueur par celle qui ne possède plus rien que sa hache, dont elle destine la lame à ceux qui lui ont pris son nom. Mais en attendant de pouvoir leur sortir les viscères, elle loue son bras et sa rage au plus offrant, guerrière parmi les guerriers, tueuse parmi les loups. De bien curieuses rencontres l’attendent au castel de Broe où l’hiver l’a cloitrée : Regehir, le forgeron à la gueule cassée, Iynge à la voix plus douce que les meurs, le chevalier Sanglier et sa cruelle épouse de dix printemps. Au terme de sa quête, Chien trouvera-t’elle la vengeance, la rédemption ou… autre chose ?

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Voici le genre de livre qui, dès le prologue, vous met une claque. Le genre de claque qui vous secoue jusqu’au tripes et vous laisse pantelant, cherchant votre souffle, et vous noie dans son ambiance particulière. (C’est aussi le genre de livre qui ne se laisse pas lire dans un train blindé de scolaires hurlants. Oui, ça sent le vécu.)

Chien du heaume est mercenaire. Son visage est couvert de crasse et couturé de cicatrices. A la recherche de son vrai nom, elle a adopté celui des camarades de bataille d’un jour lui ont donné. Elle évolue dans un monde qui semble peuplé d’enfants cruels, où les paysans maudissent leurs seigneurs qui auraient manqués à leurs devoirs, et où les dames tiennent leurs promesses jusque dans la mort. Sa quête est un récit initiatique, où la recherche du nom est aussi celle de soi-même. Les mythes et légendes évoqués dans ce livre distinguent le roman d’un roman de fantasy « pure », car, à défaut d’être réelles, elles sont populaires dans certaines parties d’Europe, ce qui permet, d’une part de situer le récit dans un monde qui est le notre, mais aussi dans une époque qui fût réelle. Il s’agit là d’un roman historique, médiéval, et non pas d’une saga de fantasy telle que les connaissons.

Chaque chapitre est une petite histoire en soi, ce qui m’a rappelé (attention, la référence de ouf…) Perceval ou le roman du Graal (que j’ai lu il y a 9 ans, mes souvenirs sont peut être un peu embrumés), ou le personnage poursuit sa quête en traversant diverses aventures indépendantes, avant d’arriver à son terme. Le langage « médiévisant » ajoute judicieusement à cette impression.

La narration oscille parfois entre un point de vue interne à Chien, à la 3ème personne, et celui d’un narrateur caché, voyeuriste, qui interpelle le lecteur lorsque le personnage principal est occupé, un peu comme une voix off. Dommage pourtant que ce gimmick n’aie pas été plus exploité, je dois avouer que la petite voix du maître de cérémonie invisible était un parti pris intéressant qui m’a un peu manqué sur la fin.

Je n’ai nulle honte de ce qu’ils appellent les bas instincts. Je mange, je pisse, je dors et je fais al culbute aux femmes, et si un dieu a été assez content de son oeuvre pour l’estimer finie, je ne saurais lui faire l’insulte de haïr mon corps. »

Certaines idées, comme les serpents, aiment à ramper sur le ventre et grouiller dans les coins sombres de la pensée. Il est plus facile de juger comme vous le faites que de combattre ; alors un jour viendra, je le présage, ou une femme ne pourra plus toucher un fer sans passer pour folle, et où elles tireront toute fierté de leur langueur. Il leur faudra un homme pour défendre leur honneur, et la chose sera si bel et bien rivetée à la tête des gens que, comme un clou dans sa planche de bois rincée par les pluies, on ne saura plus l’en faire sortir sans se faire saillir les muscles à en avoir mal.

Un roman médiéval loin des clichés du genre, où les femmes ne sont pas forcément des princesses, où les hommes ne sont pas forcément des brutes, et où un château sombre et froid devient le plus accueillant des refuges. Un premier roman prometteur, le deuxième m’attend déjà.

Et un glossaire final au style complétement différent et décalé, qui, pourtant, clôture bien le livre.

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Les Piliers de la Terre – Ken Follett

The Pillars of the Earth

The Pillars of the Earth – Ken Follett

Quatrième de couverture :

Dans l’Angleterre du XIIe siècle ravagée par la guerre et la famine, des êtres luttent chacun à leur manière pour s’assurer le pouvoir, la gloire, la sainteté, l’amour, ou simplement de quoi survivre. Les batailles sont féroces, les hasards prodigieux, la nature cruelle. Les fresques se peignent à coups d’épée, les destins se taillent à coups de hache et les cathédrales se bâtissent à coups de miracles… et de saintes ruses. La haine règne, mais l’amour aussi, malmené constamment, blessé parfois, mais vainqueur enfin quand un Dieu, à la vérité souvent trop distrait, consent à se laisser toucher par la foi des hommes.

Ce livre était dans ma pile à lire depuis presque deux ans, son épaisseur me faisait un peu peur. En août, j’ai pris mon courage à deux mains et l’ai emporté pour passer une semaine dans la campagne bourguignonne profonde. Finalement, la bibliothèque là bas était bien fournie et je ne l’ai commencé que deux jours avant le retour. Et je l’ai terminé hier matin, en novembre donc. Faut dire que la bête fait plus de 1050 pages. Que je l’ai lu en anglais. Et que la violence de certaines scènes me faisait un peu délaisser ce livre pour des lectures très différentes. Mais même si certaines scènes et personnages m’ont fait fulminer, je n’ai pas pas pu l’abandonner.

Ce livre parle de la construction d’une cathédrale, et suit la vie des gens impliqués, de près ou de loin. Si certains sont odieux et détestables, d’autres, malgré leurs failles, sont terriblement attachants. Et c’est bien ce qui fait la force de ce livre. Les personnages bafoués, torturés, malheureux, qui, pourtant, parviennent à se relever, et à réaliser leurs rêves, qu’il s’agisse de la construction d’une cathédrale, ou bien que la justice soit faite malgré tout. Si j’avais envie d’en parler, c’est à cause des personnages féminins, loin de l’image de femme soumise à son mari à laquelle on peut s’attendre au vu de l’époque ou se déroule le récit.

Mais comme il n’y a pas que des femmes dans cette histoire, et que certains personnages me laissent sceptiques, je vais en parler aussi. Je vais même commencer par eux, eh ouais, j’ai peur de rien.

Les personnages masculins sont très présents, forcément, ils bâtissent des cathédrales, sont à la tête du clergé, et règnent sur leurs terres. Si certains ont un caractère admirable, sans être totalement purs et innocents, il s’agit de personnages fouillés et complexes. D’autres par contre… Si on voit qu’ils sont en proie à un dilemme intérieur, on sait pourtant bien à l’avance comment ils vont réagir. William Hamleigh, une brute éconduite par une charmante noble, assoiffé de vengeance, ne trouve de satisfaction que dans la violence (et là, je pense à TOUT les aspects de la vie d’un homme), il est pas content parce qu’un du patelin voisin à fait quelque chose ? Ben, on crame le village. Il veut punir un serf qui n’aurait pas payé une taxe quelconque ? Ben, on viole sa femme ou sa fille devant ses yeux ! Et on fait passer toute la garnison dessus dans la foulée, pour prouver à tout le monde qu’on a quelque chose dans le slip. Mais bon, comme il a peur de bruler en enfer, il va se confesser après, alors ça va, hein, c’est pas grave…

William believed that a man was helpless until people were afraid of him

Alfred, fils de maçon, brute et bête, aime aussi taper dans le tas, surtout quand le tas est plus jeune et plus intelligent. Bon, lui, il ne brûle pas de village, il n’a pas ce pouvoir, mais il ne vaut guère mieux.

Après, d’autres personnages trouvent une rédemption et regrettent leurs actes, liés, bien souvent, aux actions des deux bonhommes précédemment cités.

Il y a aussi des gens bien, hein, attention, Tom, très amoureux de sa femme, pieux à sa façon, adorant ses enfants plus que tout, cherche à atteindre l’immortalité en construisant une cathédrale. Il est prêt à tout pour cela, quitte a forcer sa famille à voyager en plein hiver, avec rien d’autre que des navets. Phillip, moine ambitieux, mais conscient de ses faiblesses et de ses erreurs, est empreint d’une grande bonté envers les siens, même si ses manières d’obtenir ce qu’il veut sont parfois non orthodoxes.

Jack, qui a grandi seul avec sa mère (je vais en venir à elle) en pleine forêt, est doté d’une grande intelligence, et d’un don pour le métier de son père d’adoption (oui, je périphrase, je veux pas vous spoiler non plus). Son éducation fait de lui quelqu’un d’inadapté à la vie en société aux premiers abords.

Enfin, je vous parlait de femmes, j’y viens ! Les femmes importantes sont aux nombre de trois, Ellen, mère de Jack, Aliena, celle qui a éconduit William, et Regan, la mère de ce dernier.

Ellen, qui apparait dès le premier chapitre en maudissant le public d’une pendaison. Celle de son mari, condamné à tord d’avoir volé un calice dans une église. Suite à la malédiction qu’elle a jeté sur les personnes impliquées dans le meurtre de son mari, elle s’installe en forêt, dans une grotte, seule. elle vit seule, accouche seule (oui, elle était enceinte lors de la pendaison), et élève son fils seule. Elle lui apprend à lire, à compter, elle lui raconte des histoires, elle lui apprend à se repérer dans les bois, et à survivre. Mais vivant seule et évitant la compagnie des moines vivant à proximité (forcément, le prieur du monastère était impliqué dans le procès de Jack père), il y a une chose qu’elle a bien du mal à lui apprendre, et c’est la vie en société. C’est pourquoi elle décide de suivre Tom et sa famille.

Aliena, elle, est une jeune noble en age de se marier. Elle est promise à William, dont j’ai fait l’éloge plus haut, mais refuse, son père lui ayant promis de ne pas la marier contre son gré à quelqu’un qu’elle ne pourrait pas aimer. Seulement, les choses ne sont jamais simples, et elle finit pas devoir subvenir à ses besoins elle même, sans son père pour la protéger, et de plus, elle doit s’occuper de son frère, plus jeune et incapable de se débrouiller seul. Elle continue de refuser tous ses prétendants, et est un modèle, tout comme Ellen, de femme autonome et indépendante dans un univers médiéval hostile et dangeureux.

Aliena felt an affinity for Ellen : they were both oddities, women who did not fit into the mould.

Regan, quand à elle, forcément, avec un rejeton pareil, ses desseins ne peuvent être que néfastes, mais pour atteindre son but, elle est prête à tout, et elle régente la vie de son époux ainsi que celle de son fils. Le vrai chef de famille ici, c’est elle. Chose étonnante vu l’époque.

En bref, des personnages fascinants, hommes et femmes, un fond historique de trahisons, de guerres civiles, et de croisades, et en trame de fond, la construction de ce que les personnages espèrent la plus belle cathédrale d’Angleterre.

(Et si vous avez pas envie de lire le pavé, il y a une série aussi, mais c’est bien connu, les séries, c’est pas pareil. Je ne saurais la juger, je n’ai vu que les deux premiers épisodes pour le moment.)

La Joconde sanglante – Ariane Mickael-Mitchell

La Joconde Sanglante

Ouais, avec une couverture pareille, j’aurais dû me méfier…

Heum… Alors… Euh… Ben… J’ignore ce qui m’a poussé à choisir ce livre à la bibliothèque… Je crois que j’aurais dû le laisser la où il était… Euhm. Il faut dire que, si la lecture a été rapide, elle a été bruyante. (Oui, je ne peux pas m’empêcher de commenter à voix haute quand je suis affligée… Ne regardez jamais de nanar avec moi si ça vous dérange.)

Donc, ce livre est basé sur une histoire réelle et a pour ambition de faire connaitre la comtesse Bathory. Bon, quand on dit basé sur une histoire réelle, il faut aussi ajouter que l’histoire à été fortement romancée, et sert d’alibi a une histoire de quête d’identité. En effet, l’histoire ne se passe pas en Hongrie au XVIème siècle, mais elle débute à Paris, en 2006. Elisabeth, une jeune greffière née sous X échappe de peu à la mort. Au même moment, sa mère biologique hongroise met fin à ses jours pour échapper à une sombre malédiction. A ce moment là, vous vous douterez qu’il y a un lien entre Elisabeth et Erszebeth (ou Elisabeth) Bathory, le nom m’a pas été choisi au hasard. Quelques semaines plus tard, Elisabeth (la greffière, pas la comtesse), reçoit un courrier d’un notaire, elle hérite d’une ruine et d’un orphelin. Le problème, c’est que notre chère Elisabeth, ben, depuis que ses parents adoptifs hyper croyants l’ont surprise à jouer a touche-pipi avec le voisin quand elle avait 12 ans, elle est bloquée sur les préadolescents.

Pedobear

Sans jamais passer à l’acte, elle est bien placée de part son métier de savoir que c’est mal. Donc voilà, nous avons une héroïne aux préférences sexuelles glauques, au caractère froid et relativement détestable. Et, forcément, sinon, il n’y aurait pas de rapport, elle est une descendante de la comtesse sanglante. Qui, tout comme ses nombreuses victimes, hante le château reçu en héritage, car, si elle n’a pas obtenu la jeunesse éternelle, elle veut devenir connue ! La plus grande serial killeuse de tous les temps ! 600 victimes ! C’est énorme ! Surtout pour une femme ! Car, tout du long, on enfoncera le clou de la femme douce et aimante, incapable de faire du mal à une mouche, et pourtant, ce monstre sanguinaire fût doté d’un double chromosome X. (J’ai voulu compter le nombre de fois ou le mot « féminité » était mentionné, j’en ai eu marre au bout d’un chapitre.)

Bon, donc, Elisabeth va en Hongrie, s’installe au château, rencontre un voisin de son age, en tombe amoureuse, après s’etre rendue compte que l’orphelin pré-adolescent de lui faisait pas frétiller les ovaires. Forcément, il s’agit en fait de son frère biologique. (Désolée pour le spoiler, mais vous ne comptiez pas le lire quand même ?) Son frère, qui d’ailleurs, fait semblant d’être muet, et qui possède le pouvoir de voir ce qui se passe au loin et d’en faire du dessin automatique. (Les notes de bas de pages, bien renseignées pour la majorité, indiquent ici que l’écriture automatique est en fait un moyen de communication avec les esprits…) En plus de ca, Elisabeth, notre chère héroïne, ignore que Dracula est un personnage littérature, certes inspiré d’un fait réel, mais somme toutes, un vampire de littérature, mais elle ignorait également tout de la comtesse, qui a fait l’objet de bien des livres et de films. Le livre ici, nous donne l’impression qu’il s’agit d’un obscur personnage sans importance, et pourtant, je crois que chaque personne s’étant intéressée au vampirisme connait les tenants et aboutissants de cette histoire.

Sinon, si on tente de ne pas tenir compte de l’histoire un peu bateau du personnage principal, le style est assez maladroit, certaines phrases sont bancales, il y a énormément de répétitions (« féminité » pour n’en citer qu’un), MAIS ! Car, finalement, tout n’est pas à jeter, les annexes sont très bien documentées. Sur la comtesse Bathory, sur l’histoire du pays, sur l’histoire de sa lignée dégénérée, sur ses complices. (Et sur un visiteur surnommé Cadavrius Lecorpus, qui m’a donné envie d’écrire un récit grivois dont le personnage principale porterai le nom charmant de Phallus Erectus), ainsi que les moyens utilisés pour supplicier ses victimes.

Si on exclut donc cette dernière partie fort bien documentée (mais vous trouverez ces infos ailleurs aussi), on a ici un nanar livresque, mais involontaire, c’est un peu dommage. Sinon, regardez le film de Julie Delpy sur le sujet, La Comtesse, que ca s’appelle (même si je suis sortie de la salle de cinéma avec la même impression que lorsque j’ai fermé ce livre, c’est à dire un sentiment étrange entre le LOL et le WTF, sentiment partagé par l’amie qui m’a accompagnée au cinéma, d’ailleurs. Sentiment baptisé le « What the fucking LOL? ».)