Chroniques express #6

Chroniques mi-figue mi-raisin, entre mindfuck et mares de sang.

Heurs et malheurs du sous-majordome Minor – Patrick Dewitt

Plongée dans une atmosphère gothique trompeuse avec un (anti-?) héros naïf et mythomane, j’ai couru plusieurs fois vers des fausses pistes, pensant lire une version loufoque de Dracula, mais non, il ne s’agit absolument pas de ça.

Mais alors, de quoi s’agit-il ? Nous suivons les pérégrinations de Lucy Minor, jeune homme rêveur et, comme déjà mentionné, naïf et ayant légèrement tendance à enjoliver les choses en sa faveur. Il s’ennuie dans son village et parvient à obtenir un emploi de sous-majordome quelque part dans les Alpes. Le domaine où il va travailler est rempli de mystères, les villageois sont haut en couleurs, et les filles tombent toutes amoureuses de lui, bien évidemment. Ce livre m’a évoqué un Dracula sous la plume d’un Kivirähk, la faute à l’aura de mystère qui nimbe les habitant du chanteau de Aux, couplée aux villageois burlesques et aux superstitions absurdes liées à un très Grand Trou. Sauf que. Sauf que ? Au final, on est loin d’un roman fantastique une fois le mystère levé, et j’aurais bien préféré rester dans ma candide innocence. Et j’aurais bien baffé Lucy une ou deux fois, tellement je l’ai trouvé con. Mais j’ai beaucoup aimé les autres personnages habitants ce massif alpin. Pas ce à quoi je m’attendais au final, mais pas déplaisant non plus.

Trilogie La Mer Eclatée – Joe Abercrombie

Lorsque j’ai terminé le deuxième tome, j’étais fortement emballée. Je préférais même cette trilogie à la Première Loi. Même si l’on peut reprocher plein de choses à La Mer Eclatée, comme par exemple de rester de la fantasy très classique avec un héros jeune qui va se découvrir lui-même dans un récit initiatique comme il y en a déjà des centaines. Ce héros, se prête systématiquement un serment à lui même : VENGEAAAANCE ! Forcément. Dans les trois tomes. Oui.

On pourrait croire que ça s’essouffle, mais bizarrement, ça ne m’a pas plus dérangé que ça. Chaque tome suit un autre héros, qui rejoint les personnages précédents dans leurs quêtes. Et ces personnages principaux sont suffisamment différents les uns des autres et intéressants pour que leurs trajectoire personnelle ne ressemble pas à la précédente.

Puis j’ai lu le troisième et je suis arrivée vers la fin. Et tout le récit a été placé sous un éclairage différent. Bon, j’ai un peu moins accroché à l’héroïne du dernier tome aussi pour des raisons que je ne saurais même pas vraiment expliquer, alors qu’elle est peut-être même un peu plus nuancée que Yarvi, le héros du premier tome, manipulateur cérébral, et Epine, guerrière assez bornée, celle du second. Peut-être une forme de lassitude ? Au final, ce sont les personnages secondaires qui sont les plus complexes, et l’histoire leur laisse, fort heureusement, une place de choix pour se développer.

Mais alors, que s’est-il passé ? Si même les éléments mentionnés ci-dessus ne m’ont pas refroidie, alors qu’avec le recul, il y aurait de quoi ? L’univers, de prime abord classique dans la fantasy, se situe dans un genre de Scandinavie médiévale, avec guerres de religions et raids entre royaumes voisins. Sur ces terres, il y a des cités interdites, vestiges elfiques inaccessibles depuis la Brisure des Dieux. Ces cités elfiques, outre m’avoir fortement évoqué les Cités des Anciens chez Robin Hobb, ce qui ne m’a pas choqué en soi, c’était suffisamment différent pour ne pas être du plagiait, m’ont un peu gênées aux entournures une fois que j’avais percé leur secret à jour, et à l’aune de ce secret révélé, toute l’histoire bascule de la fantasy vers un autre registre de la SFFF (oserais-je le dire ? SPOILER :

anticipation et le post-apo)

et, peut être, vers la facilité dans la résolution des conflits autour de la Mer Eclatée.

J’aurais aimé que cette civilisation disparue, qui continue de projeter une ombre malfaisante sur les Royaumes autour de la Mer Eclatée, soit plus développée et gagne en identité marquée.

Au final, j’ai adoré les deux premiers tomes, malgré leurs défauts évidents, à savoir, un manque d’originalité dans leurs forme et aussi un tic langagier qui a fini par me courir sur le haricot au bout du troisième tome (je suis patiente), grâce à la plume efficace et évocatrice de l’auteur. Dommage que le soufflé soit retombé avec le dernier tome, mais j’aurais peut-être du laisser le four fermé et ne pas les lire à la chaine en trois semaines.

Charly 9 – Jean Teulé

J’aime beaucoup les livres de Jean Teulé, leur mélange historique et burlesque. Ou plutôt, j’aimais ? Je n’ai pas spécialement accroché à celui là, malgré le talent de l’auteur à peindre une fresque historique fourmillant de détails, des plus gores et horrifiques aux plus insignifiants. J’ai eu du mal à y croire, tout ne semblait exagéré et peu vraisemblable : je ne pense pas, par exemple, qu’à l’époque déjà, on ignorasse la toxicité du muguet. Si les chasses à courre dans le palais sont, semble-t’il, véridiques, l’hystérie de Margot me semble amplifiée, et tout ce grand guignol m’a semblé trop ridicule et minimisait, à mon sens, l’horreur de la Saint Barthélémy qui à pourtant fait sombrer le roi dans la folie la plus complète. Mais j’ai aimé ce nouvel éclairage sur la raison de cette nuit funeste, comme un complot ignoré par le Sachoir. Mention spéciale aussi pour la seule réplique de la reine, épouse de Charles IX.

Chroniques express #5

Numéro 11 – Jonathan Coe

Numéro11

J’ai mis presque trois mois à lire ce livre, ce qui, de prime abord, n’est pas très bon signe. J’avais du mal à comprendre les tenants et aboutissants, du mal à m’attacher aux personnages, du mal à m’intéresser à l’action, tellement les tranches de vie dont le lecteur est témoin m’apparaissaient sans lien et sans grand intérêt.

J’ai laborieusement lu une première moitié sur deux semaines, puis, nous sommes partis en vacances et je n’ai emporté que ma liseuse dans un souci de voyager léger. J’ai ainsi lu pléthore d’autres livres, dont un pavé de près de 1000 pages qui, lui, a été dévoré en deux semaines. J’ai même envisagé abandonner lâchement ce livre. Puis, en octobre,, souhaitant terminer ce que j’entreprends, je l’ai repris, et là, le déclic s’est fait, et j’ai lu la moitié restante en trois jours. Tout se met en place assez tardivement, avec l’arrivée des Winshaw, les liens entre les différentes parties ne sont annoncés qu’à la fin, en tout cas, pour les lecteurs non investis comme je l’ai été. Entre satire sociale et roman horrifique (arachnophobes s’abstenir !), une lecture mi-figue mi-raisin, qui m’a néanmoins donné envie de lire Testament à l’anglaise, présente par ailleurs dans la bibliothèque idéale.

Broadway/Le Discours – Fabrice Caro

FabCaro

Les Bds de Fabcaro me laissent assez souvent de marbre, ne parvenant qu’à me faire brièvement souffler du nez lors de gags bien sentis. Elles sont trop absurdes à mon goût, moi qui aime le contexte et les développement fouillés, les kamoulox sur des pages et des pages ne fatiguent plus qu’autre chose. Néanmoins, je trouve sa plume très agréable lorsqu’il s’agit de romans. Contrairement à ce que le titre de cette partie pourrait faire penser, ces deux livres n’ont rien à voir, il s’agit de one-shot à chaque fois. Mais ce que je voulais dire de l’un s’applique également à l’autre, pour le meilleur et pour le pire. Les personnages, des hommes cis-het quadras, vaguement déprimés, de classe moyenne, sont obnubilés par une chose différente dans chaque roman, et toutes leurs actions tournent autour de leur obssession. Dans Le Discours, une autre obsession se rajoute au discours qui donne son nom au livre, mais globalement, on retrouve le même schéma de personnage principal qui se retrouve plutôt spectateur de sa vie, vaguement rêveur dans sa mélancolie, entouré d’un décor que la plupart d’entre nous retrouve chez nos parents (on me dit que c’est du cottage-core) très touchant dans sa description. Alors, oui, les deux livres se mélangent dans mon esprit (c’était quoi, la marotte dans Broadway ? Une déception amoureuse ou une enveloppe colo-rectale ?), mais je ne peux pas prétendre ne pas avoir aimé, c’était deux lectures agréables, pas inoubliables, mais fort sympathiques.

Il est de retour – Timur Vermes

Je ne sais pas quoi penser de ce livre. Le cul entre deux chaises. Comme je ne suis pas sûre d’avoir parfaitement cerné les intentions de l’auteur. Souhaite-t’il dénoncer ? Ou alors, souhaite-t’il, et ce serait vraiment douteux, glorifier ? Les derniers mots du livre me font pencher vers la dernière option, mon espoir vers la première. A plusieurs reprises, je me suis exclamé dans ma tête, « Mais oui, il a trop raison ! » avant de me rappeler à qui je donnais raison là. (Spoiler : ça ne concernait que des questions d’actualité sans enjeu, pas les faits historiques ni la question de l’ethnie, hein), et c’est là ou j’ai trouvé ce roman glaçant, il rend, de manière pernicieuse, l’un des dictateurs les plus malsains de l’Histoire, presque sympathique, et j’espère que c’était bien cela l’objectif : permet de comprendre comment il a pu accéder au pouvoir (je ne doute pas une seule seconde que malgré son idéologie nauséabonde, comme la plupart des dictateurs par ailleurs, il fut terriblement charismatique pour ceux qui l’ont côtoyé.)

Malheureusement, j’ai trouvé ce roman aussi très ancré dans son époque, le début des années 2010, avec toutes les références au paysage médiatique et politique allemand, qui sont déjà désuètes 10 ans plus tard (aussi, si quelqu’un l’a lu en français, comment sont traduits les émissions de télé et les animateurs ? Stromberg ? Switsch ? Harald Schmidt ?), même le chef du parti d’extrême-droite mentionné dans le livre s’est retiré et est parti entre-temps pour ouvrir et fermer un café à Majorque (qui est devenu une extension de l’Allemagne en été, on est d’accord), et l’AFD ne fait plus rire personne tant la menace plane à nouveau.

Au final, une lecture dérangeante, dans un contexte politique anxiogène. Le dictateur a déjà été rendu drôle dans un film allemand ces dernières années et tout un débat s’était soulevé. Je pense que ce débat est toujours de mise. Peut-on rire de tout ? Si on rit de quelque chose, signifie-t’on que ce n’est pas un sujet grave ou sérieux ? Y’a t’il prescription ?

Peau de Mille Bêtes – Stéphane Fert

Peau de Milles BêtesEditions : Delcourt

ISBN : 978-2756091723

120 pages

Belle est vraiment très belle et tous les garçons du village la désirent. Rebutée par la perspective d’un mariage qu’elle n’aurait pas choisi, elle s’enfuit pour se réfugier au plus profond de la forêt. Là, le roi Lucane va la recueillir… puis l’aimer à la folie. Une petite fille va naître de cette union, Ronce, dont la destinée va être profondément bouleversée par la disparition de sa mère…

 

J’ai pris cet album parce que je suis tombée sous le charme du trait de Stéphane Fert, dont vous pouvez aller découvrir le trait sur son tumblr. La couverture m’a subjuguée, et en plus, elle est douce au toucher (ben quoi ?). J’étais partie pour prendre une autre réécriture du même conte dont le dessin m’emballait moins, et comme les réécritures de contes de fées, c’est l’une de mes grandes passions dans la vie, je ne pouvais pas décemment sortir les mains vides en ne faisant aucun choix, et c’est celle-ci qui l’a emporté dans ma folle discussion éclair avec moi-même.

Peau d’âne est certainement l’un des contes les plus glauques qui aient jamais été écrits*. Pour preuve, même Disney n’a pas réussi a l’édulcorer pour en faire une adaptation. Il faut dire que ce conte n’est pas inoffensif en ce qui concerne la remise en question du patriarcat. Ici, pas de mère ou belle-mère à accuser de tous les maux, c’est bien le père le personnage malfaisant et incestueux, et nul moyen de le rendre sympathique sans toucher à l’intrigue. D’ailleurs, enfant, j’avais un livre de contes de Perrault ayant appartenu à ma mère, une fois assez grande pour lire seule, j’ai compris pourquoi elle avait toujours refusé de me lire les histoires avec les belles images. Ce conte-ci est celui que je sautais toujours, et je ne faisais plus qu’admirer les belles robes sur les illustrations.

Peau de Mille Bêtes est une réécriture du conte Peau d’Âne, avec des incursions de la version allemande Allerleirauh, et des éléments tirés d’autres contes comme le Roi Corbin ou la Belle et la Bête. La couverture est, par ailleurs, un très bel hommage au film Peau d’Âne de Jacques Demy.

La reine se meurt, le roi ne souhaite épouser en secondes noces qu’une femme qui serait au moins aussi belle que son épouse désormais décédée. Pas de bol, la seule qui lui arrive à la cheville, c’est sa fille. Qui ne veut pas l’épouser et qui est amoureuse de quelqu’un d’autre de toutes façons. Malédiction !

L’auteur décide de ne pas faire dans la subtilité dans l’approche moderne, progressiste, et, oserais-je dire, féministe ? du conte et même DES contes de manière générale, en critiquant de manière non voilée les critères posés par les rois et princes sur leurs prétendantes, afin d’ensuite cristalliser sur elles tous leurs désirs et fantasmes. Mais je part du principe que la subtilité n’est pas forcément utile partout. Rien ne vaut expliciter son propos immédiatement, plutôt que risquer des malentendus. Surtout dans ce contexte précis, où l’on aurait pu l’accuser de perpétuer le cliché de la jolie potiche.

Nous assistons à une espèce d’inversion des codes, avec un conte sombre, où l’on sait que le happy-end ne sera pas à base de « et ils se marièrent et vécurent heureux » (dans un lotissement, avec un garçon, une fille, un 4×4, un crédit sur 20 ans et un labrador, NDLR), ce qui serait bien un comble, étant donné que ce poncif, rendu désirable dans la vraie vie par notre société patriarcale et capitaliste est dénoncé également. Le roi est à la tête d’un royaume invisible, la fée marraine aime trop les chaudrons bloubloutants pour être réellement une fée, et puis, le baiser d’amour véritable qui, lui seul, peut délivrer d’une abominable malédiction, doit-il forcément être hétéro, voire même, cis ? Le couple est-il la seule planche de salut ? Que faire si les oiseaux ne nous coiffent pas le matin, mais font partie de ce que nous sommes ?

Malgré la noirceur ambiante, quelques touches d’humour bienvenues ponctuent la BD, afin d’alléger le propos et j’ai trouvé la conclusion qui concerne l’héroïne fort satisfaisante, parce que, justement, si éloignée du happy-end cliché, mais happy-end quand même.

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Un album très beau, aux dessins magnifiques. Néanmoins, j’aurais aimé que le propos aille plus loin – spoiler : que le prince devienne carrément une princesse pour de bon, soyons fous !  -, mais on ne peut pas tout avoir, et y trouver moins de fautes d’orthographe. Toutefois, j’ai bien envie de lire Morgane du même auteur maintenant !

Note : *Toutes proportions gardées, bien entendu, n’oublions pas de la Belle au Bois Dormant se fait violer pendant son sommeil pour faire se réveiller par l’un de ses enfants qui finit par ôter l’aiguille fichée dans son doigt.

 

Pour changer de T’choupi et Trotro

Parents ! Oncles, tantes, grands-parents ! Vous n’en pouvez plus de Trotro, T’Choupi et autres animaux ? La bibliothèque de votre enfant ressemble à l’inventaire d’un zoo qui aurait fait les soldes chez Kiabi ? Laissez-moi vous présenter deux livres qui vont changer votre vie ! Plébiscités par Le petit humain qui vit avec nous depuis presque deux ans maintenant : Mon premier livre d’art : Le Sommeil et Le Voyage de l’Ours Pompon.

IMG_20200330_182522.jpgMon premier livre d’art : Le Sommeil, paru aux éditions Phaidon compile des œuvres d’art, peintures, sculptures et même installations modernes (toutes à partir du XIX ème), sur le thème du sommeil mais pas que. On y découvre des œuvres représentant des enfants qui jouent, des personnes de Keith Harring qui dansent, ou le Cri de Munch comme des conséquences du sommeil ou manque de celui-ci. Une phrase accompagne chaque photographie, à raison d’une œuvre par page, regroupées par thématiques. Malgré tout, le tout forme un ensemble cohérent et plaisant, avec des pages cartonnées épaisses et solides. La fin récapitule toutes les œuvres, avec dates et lieux d’exposition.

IMG_20200330_182620.jpgLe Voyage de l’Ours Pompon, publié chez L’élan vert, nous fait accompagner la sculpture de l’Ours polaire, de François Pompon, visible au musée d’Orsay ainsi qu’au parc Darcy à Dijon (et ailleurs, la liste est disponible sur la page Wikipédia dédiée à l’ours), dans un incroyable voyage, en compagnie de la lune, à la rencontre d’autres animaux immortalisé par François Pompon. Les dessins, uniquement en noir, blanc et bleu foncé, avec parfois une couleur supplémentaire sur chaque page (jaune pour quelques fenêtres éclairées, vert sombre pour des feuilles dans la forêt, etc), sont sobres, épurées et beaux, et le texte nous emporte dans un voyage poétique, dont la musicalité emporte même les plus petits. A noter que la fin du livre raconte l’histoire de la statue et de son créateur. Il existe d’autres histoires de l’Ours Pompon, qui seront moins adaptées à un aussi jeune public que des moins de deux ans, mais celui-ci est l’un de ses favoris.

Un bûcher sous la neige – Susan Fletcher

Un bûcher sous la neige

Corrag

Editions : J’ai lu

Traductrice : Suzanne V. Mayoux

ISBN : 978-2290025253

475 pages

Au coeur de l’Ecosse du XVe siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, attend le bûcher. Dans le clair-obscur d’une prison putride, le révérend Charles Leslie, venu d’Irlande, l’interroge sur les massacres dont elle a été témoin. Mais, depuis sa geôle, la voix de Corrag s’élève au-dessus des légendes de sorcières et raconte les Highlands enneigés, les cascades où elle lave sa peau poussiéreuse. Jour après jour, la créature maudite s’efface. Et du coin de sa cellule émane une lumière, une grâce, qui vient semer le trouble dans l’esprit de Charles.

 

Est-ce que j’aurais seulement entendu parler (lu écrit ?) de ce livre sans Instagram ? C’est là que je l’ai vu, sur le fil de plusieurs personnes que je suis, chacune ne s’étant pas tarie d’éloges sur ce roman. Et comme je suis terriblement influençable, j’ai couru à la librairie me l’acheter.

J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, mais les circonstances de lecture n’étaient pas en ma faveur : plus de transport en commun pour aller travailler, ou alors un trajet de moins de 10 minutes, s’occuper d’un enfant en bas âge qui préfère qu’on lui lise les aventures du loup ou un imagier, pour tomber de sommeil au bout de deux pages le soir. Ce confinement dû au Covid-19 m’aura au moins permis de m’y plonger autant qu’il le mérite.

Le récit s’articule autour de deux monologues, celui de Corrag, prisonnière d’un cachot humide, attendant le bûcher, accusée de sorcellerie, qui témoigne de sa vie et des massacres dont elle a été témoin, à un pasteur, qui relate les dire de Corrag et son ressenti par voie épistolaire à son épouse, qui lui répond, mais dont on ne connaitra jamais la teneur des propos.

Corrag débute son histoire par sa naissance en Angleterre, et par expliquer comment le qualificatif de sorcière l’a toujours poursuivi, ce dès le berceau, pour finalement la mener dans une geôle au fin fond des Highlands. Le pasteur qui recueille son témoignage, aveuglé par sa foi et son avis plus que négatif au sujet des femmes indépendantes, revoit peu à peu son jugement, attendri par cette frêle jeune fille et raisonné par les propos de son épouse, qui semble voir au delà du sobriquet malheureux, et ce malgré son éloignement et le prisme déformant et déformé de son mari.

Ces plantes, Jane, comment dois-je les considérer ? J’ai toujours jugé qu’en user comme remèdes relevait de la sorcellerie. Néanmoins, elle a dit que si Dieu a créer les plantes, leurs vertus sont un présent de Dieu et n’ont donc rien de diabolique.

Un bûcher sous la neige est un roman historique, qui parle d’un sujet à la mode en ce moment, celui des sorcières, et le reprend également sous la même forme, c’est un roman écrit par une femme, qui parle d’une femme libre persécutée par la société, au ton résolument féministe, mais tout en subtilité, avec une grande finesse, qu’il s’agisse des idées sous-jacentes qu’au niveau des émotions transmises par les protagonistes. Pas de grands discours politiques qui ne seraient pas adaptés au contexte, mais un plaidoyer pour la liberté des individus, hommes et femmes, peu importe de la manière dont ils vivent et dont ils aiment.

Au sujet du mot « putain » : « C’est un mot qui sort de la crainte, toujours. Car seules les femmes à forte tête, au cœur sagace osent défier ces lois-là, je pense. Et tous les habitants de Thorneyburnbank craignaient Cora, car ils savaient qu’elle se connaissait et menait la vie qu’ils n’osaient pas mener, et les autres se demandaient peut-être tout au fond, avec le loup qui hurlait en eux, comment se serait de passer une nuit de pleine lune sur la lande, car leur loup à eux, ils le tenaient en cage à moitié mort. Alors Cora était la putain.

Comme mentionné plus haut, j’ai eu du mal à entrer dans le récit, mais une fois à l’intérieur, il m’a prise aux tripes, l’écriture est touchante et vivante, sa traduction l’est tout autant, on sent les toiles d’araignées de Corrag dans ses propres cheveux, on ressent sa liberté dans les highlands et on s’évade avec elle – car jamais ne sont décrit les lieux où elle se trouve lorsqu’elle parle au pasteur, sauf par le pasteur lui-même, dont les lettres sont bien moins évocatrices que le récit de la prisonnière – et on pleure, mon dieu que j’ai pleuré. Plusieurs fois. Comme une loque. Comme ça ne m’était arrivé qu’une seule et unique fois auparavant, en lisant un tome de l’Assassin Royal de Robin Hobb (TMTC). Le personnage de Corrag et sa philosophie de vie a tellement résonné en moi que je suis très heureuse de l’avoir lu, maintenant, et pas au moment où je l’ai acheté, moment où je serais passée peut-être à côté.

Je crois aux serments du cœur. C’est eux qui doivent guider notre vie, car avec un cœur muselé, quelle vie vaut la peine d’être vécue ? Aucune, à mon idée.

Ce n’a pas été une lecture facile, il a touché bien trop profondément certains points sensibles chez moi, mais le récit viscéral et à fleur de peau m’a fait partir loin en ces temps de confinement. Et je ne vous parlerai pas de la fin, sauf pour vous dire qu’elle est magnifique dans sa simplicité.

Et en plus, il semblerait ce que soit tiré d’une histoire vraie.

 

 

L’année et la décennie viennent de commencer, mais je tiens déjà l’un de mes livres favoris, dont la lecture aura été, je pense, aussi marquante que celle de Femmes qui courent avec les loups en son temps. D’ailleurs, la thématique profonde est similaire.

D’ailleurs, rien que d’écrire sur ce livre et d’y repenser, les larmes remontent, et pourtant, j’ai un cœur de pierre.

Les gens disaient  brigand, démon. Personne ne se souviendrait de lui comme d’un être humain faisait partie du monde, avec un cœurq qui battait. Un ami.

Et sinon, ça m’a donné envie de reprendre Outlander (la série), et bien, c’est moins bien quand même.

Chroniques express #4

Le rasoir d’Ockham – Henri Loevenruck

Ce livre a trouvé le chemin de ma PàL en ayant été laissé à qui voudra dans la boîte à livre de ma ville. J’ai lu le premier tome de Gallica du même auteur, et je me suis dit que j’allais tenter celui-là, en plus d’avoir ajouté un autre de ses romans sur ma liste de livres à lire. Il s’agit là d’un thriller ésotérique à la Da Vinci Code, des meurtres en lien avec une organisation secrète ayant lieu au quatre coins de la France. Si l’intrigue en elle-même n’était pas trop mal ficelée, quelque chose m’a profondément gênée. La mention de Gallica plus haut n’est en effet pas anodine, Gallica mentionnant et faisant la part belle à l’organisation des Compagnons du Devoir, ici, ils se trouvent également au centre de l’action. De plus, rien à voir avec ce titre, mais plusieurs de ses personnages principaux portent le même nom, un peu comme si les thématiques et prénoms sortaient d’une base de données limitées et étaient choisies de manière aléatoire. Et à plusieurs reprises, je n’ai pu m’empêcher de plus me soucier du destin du chat d’Ari, laissé tout seul dans un appartement sous scellé que d’Ari ou de sa dulcinée. Bref, de la boîte à livre tu viendras, à la boîte à livre tu retourneras.

Just Kids – Patti Smith

Je ne connais que peu l’oeuvre de Patti Smith, et la scène artistique New Yorkaise des années 60/70 m’indiffère complètement. Rien ne me destinait à lire ce livre, si ce n’est qu’il était dans la bibliothèque de la maison. Un jour d’ennui, je l’ai pris, décidant d’agrandir ma culture rock. Je l’ai lu, je n’ai toujours pas écouté Patti Smith, et je continue a me contrebalancer allégrement de la Factory, de ses émules, égéries et de son maître à penser. Mais j’ai eu l’impression que Patti Smith aussi s’en contrebalançait et n’a fait qu’observer l’environnement qu’affectionnait son amour de l’époque, pour ensuite prendre son envol et se faire son propre nom. Sa vision romancée d’un Paris plutôt pouilleux ( à tous les sens du terme) m’a un peu agacée, tout autant que son adoration de Rimbaud. Mais Paris provoque des crises d’angoisse chez moi à grand renforts de puanteur et de population trop dense et la poésie m’a toujours laissé de marbre. Malgré ce postulat de base, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé, c’était une lecture intéressante d’un chapitre de la vie de la Godmother of punk, bien plus nuancé, subtil et émouvant que je ne l’aurais imaginé, bien loin des clichés du punk que j’avais en tête, et bien loin aussi du sex, drugs, and rock n’ roll auquel je m’attendais.

 

Tant pis pour l’amour – Sophie Lambda

Tant pis pour l’amour

Editions : Delcourt

ISBN : 978-2-413-01986-2

248 pages

Tant pis pour l’amour nous plonge dans la véritable histoire d’amour de l’autrice. Avec humour, elle nous entraîne dans la spirale infernale d’une relation toxique avec un pervers narcissique et en propose les décryptages.

Quand Sophie rencontre Marcus, elle tombe amoureuse en 48h. Elle qui était si cynique en amour, cette fois, elle y croit. Sauf qu’il se révèle vite étrange. Sophie a alors besoin de comprendre ce qui ne va pas. Confronté à ses mensonges et ses incohérences, il a des réactions violentes, des excuses pour tout et arrive à se sortir de chaque impasse. Mais jusqu’à quand ? Sophie aime un manipulateur narcissique.

 

Le sujet du manipulateur semble à la mode, entre les articles sur la perversion narcissique, et les BDs sur le sujet, entre Fanny Vella (que je n’ai pas lu), et Sophie Lambda, et sans doute d’autres que j’ignore. Le terme pervers narcissique utilisé dans le texte de l’éditeur me semble d’ailleurs un peu mal venu et « putaclic », Sophie Lambda ne qualifie jamais son compagnon par ce mot, et elle explique pourquoi.

J’ai hésité à lire cette BD au début, de peur qu’elle ne réveille certains souvenirs douloureux. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai préféré l’emprunter à la médiathèque plutôt que l’acheter une fois la décision prise. Je ne suis pas persuadée que posséder un livre pareil dans ma bibliothèque de façon permanente soit la plus riche des idées.

Finalement, je l’ai lue, et j’ai bien aimé. Je me suis reconnue parfois, il faut dire que le manipulateur, peut importe son diagnostic précis, fonctionne toujours de la même manière, cette bête là n’étant pas très originale, mais pas tant que ça non plus, mon histoire à moi date, et les cicatrices ne démangent plus autant qu’auparavant.

Tant pis pour l’amour est l’histoire de l’auteur, qui a rencontré un manipulateur, terme générique qu’elle utilise car il englobe beaucoup de pathologies, et ne nécessite pas de diagnostic psy, contrairement au terme de pervers narcissique, de socio- ou psychopathe. Ce choix est d’ailleurs louable, le terme restant universel. Elle raconte sa descente aux enfers, de la rencontre idyllique au retournement de cerveau qui la fait douter de son propre équilibre mental, tout en semant les indices qu’elle a choisi d’ignorer (comme toutes les victimes, au final), pour terminer par son combat pour se reconstruire, en étant entourée, et elle montre aussi un bel exemple de sororité avec une autre victime de son amoureux.

Le récit est ponctué d’intervention de son ours en peluche, sorte de conscience lucide et de ressort humoristique et se clos par des conseils, profil de cibles du manipulateur afin de se déculpabiliser d’être tombée dans le panneau, adresses et associations, dans le but de venir en aide à d’autre victimes.

Le style du dessin est typique du style « blog BD girly », au trait arrondi et marqué, on aime ou on aime pas, je ne suis pas sûre que ce soit mon trait préféré, mais bon. De plus, j’ai un peu regretté le manque de subtilité des indices qui devraient faire tilt, avec parfois l’ajout de cases qui expliquent que « là, y’avait un truc qu’elle n’a pas compris mais aurait dû » que j’ai trouvée redondantes et inutiles. Mais elles peuvent sans doute avoir leur utilité pour expliquer à ceux qui ignorent le fonctionnement des personnalités toxiques le mécanisme interne à ceux « qui se font avoir ».

 

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J’appréhendais de lire Tant pis pour l’amour, à cause mon histoire personnelle, mais finalement, la lecture est plutôt bien passée. Sophie Lambda a eu le courage de raconter son histoire, et d’expliquer tous les mécanismes de prise au piège qui se mettent en place, pourquoi on « tombe dans le panneau », comment s’en sortir, et comment aider dans le cas d’un proche victime. Plus qu’une BD divertissante, je l’ai vue comme une BD didactique, au sujet important, parce que les violences conjugales ne sont pas toujours physiques, et pourquoi « elle ne l’a pas quitté ? ».

Une histoire de l’allaitement – Didier Lett et Marie-France Morel

Editions : Editions de la Martinière

ISBN : 978-2732433820

160 pages

Une femme allaite son enfant… ce geste si simple, si universel, a suscité d’innombrables représentations picturales. Du culte d’Isis aux allégories nourricières, des Vierges à l’enfant aux mères montrées dans leur vie quotidienne, cette scène chargée d’émotion traverse toute l’histoire de l’art. Mais l’allaitement eut aussi une histoire contrastée, révélatrice de l’évolution de la place des bébés dans notre société. En retraçant la vie des mères et des nourrices d’autrefois, et en éclairant la signification des images sacrées, profanes et populaires de l’allaitement, cet essai magnifiquement illustré apporte une contribution particulièrement originale à l’histoire de la maternité.

Musée de Melun: La Charité romaine / Jules Lefebvre (1836-1911)

A une époque où les mères sont culpabilisées, et ce peu importe leur choix, Une Histoire de l’Allaitement retrace et analyse le regard porté sur ce geste ancestral, depuis les déesses nourricières à la propagande du biberon, en passant par les Vierges à l’enfant – ou Maria Lactans – et les représentations de la Charité Romaine. Une Histoire de l’allaitement nous parle de comment le corps des femmes a été représenté puis contrôlé, et comment l’opposition de la Nature à la Culture a coupé plusieurs générations de femmes de ce geste naturel si bien qu’aujourd’hui, les mères allaitantes doivent réapprendre, faute de modèle. Il mentionne les mythes sur le lait qui risquerait de devenir mauvais si la femme ne correspond pas à l’image de la femme convenable, et les fantasmes de l’Homme, qui serait jaloux de la fonction reproductrice et nourricière de la Femme porteuse de vie.

Isis allaitant Horus, Basse Époque (715 – 330 avant J.-C.), Antiquités égyptienne / Musées de Strasbourg / M. Bertola

Une Histoire de l’allaitement mentionne également la genèse des biberons, outils censés nous éloigner de l’animalité, la place de l’enfant, qui doit être dressé et régulé et ainsi préparé au monde du travail dès ses premiers jours de vie et nous rappelle que ce geste naturel et anodin est devenu politique, vecteur non seulement de domination masculine, mais aussi de domination de classe via les nourrices : issues de milieux pauvres, elles délaissaient leurs propres enfants pour nourrir la progéniture de citadins plus ou moins aisés. Souvent pour revenir au pays après le décès de leurs propres enfants, morts de malnutrition. Et si c’était les enfants citadins qui venaient à la campagne, la nourrice était scrutée par le curé du village qui se portait garant de sa vertu. Mais non de son hygiène.
Entre mythes sur le corps de la femme et réalités de l’hygiène des siècles passés, ce livre est édifiant sur la place de la femme et de l’enfant au sein de la société.

Un peu difficile à trouver (très cher en occasion), je l’ai trouvé à la médiathèque. C’est un sujet qui me fascine depuis quelques temps – bon, en gros, depuis que je suis mère – et il permet de voir que les mythes que les générations au dessus de nous peuvent nous dire sont culturels, liés à de la désinformation vieille de plusieurs siècles.

Les histoires de lait pas assez riche que peut parfois nous sortir le personnel médical (et pas seulement tata Janine qui a eu des enfants dans les années 50), ont été démentis seulement dans les années 80, et pourtant, je les ai encore entendues en 2018.
A mes yeux, c’est une lecture fascinante pour qui s’intéresse à la question du corps féminin et de sa représentation.
Il ne s’agit en aucun cas d’un manuel d’allaitement, aucun conseil ou jugement vous sera délivré.
Le seul point négatif que j’ai à soulever est que ce livre est malheureusement très centré sur notre monde occidental, voire même très franco-français, alors que sa couverture pouvait faire espérer une plus grande couverture géographique du sujet.

Si jamais le livre est introuvable, je vous renvoie vers les liens suivants :

Et si vous voulez voir l’entendue des ravages de la désinformation et de l’infantilisation de la mère allaitante, je vous renvoie vers la page Facebook : Paye ton allaitement.

Quelques statistiques :

  • Nourrissons allaités à la naissance en 2013 : 66 %
  • Nourrissons allaités à 11 semaines : 40 %
  • Nourrissons allaités à 6 mois : 18 %

Suréquipée – Grégoire Courtois

Editions : Folio SF

ISBN : 9782072711206
176 pages

Lorsque la BlackJag a été mise en vente, il était évident qu’elle allait révolutionner le marché de l’automobile. Constitué uniquement de matériaux organiques, qui en font pour ainsi dire une voiture vivante, ce nouveau modèle a tout pour plaire. Le prototype qui a servi aux séances de démonstration devant la presse est aujourd’hui revenu en atelier : son propriétaire a disparu ; peut-être la BlackJag a-t-elle gardé en mémoire des éléments qui permettront de le retrouver. Écoutons-la nous raconter son histoire.

Avec Suréquipée, son premier roman de science-fiction, Grégoire Courtois, à la suite de J. G. Ballard ou de Stephen King, s’empare avec brio du mythe moderne par excellence : la relation de l’homme à sa voiture.

En voilà un livre qu’il est chelou. Le rapport du conducteur à sa voiture a déjà été exploité dans la littérature, Christine de Stephen King étant très certainement l’œuvre la plus connue sur ce thème.

Alors, est-ce qu’on peut encore y apporter quelque chose de neuf ?

Suréquipée, loin de King, se passe au XXIème siècle, l’industrie automobile vient de se lancer dans la voiture organique. Réactive, dotée de caractéristiques animales et d’une certaine forme de conscience primitive, bien loin de la voiture hantée et maléfique et Stephen King.

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Ici, l’auteur se concentre bien plus sur le lien du conducteur à sa voiture plutôt que sur le fantasme d’une technologie qui prendrait le dessus sur l’humain. Ce lien ici, est exacerbé jusqu’au plus glauque par ailleurs.

Le livre est assez court, et se présente sous forme d’enregistrements de la mémoire de la voiture, sur plusieurs années, entre sa conception et la disparation de son propriétaire, afin de découvrir toutes les caractéristiques organiques et animales dont l’a doté son créateur ainsi que les liens unissant le disparu à sa famille et à son véhicule. Il s’agit d’une lecture assez rapide et agréable, je n’aurais qu’à soulever un souci de clarté sur la fin, sans doute causé, en partie,  par cette forme d’enregistrements internes à la Blackjag, sans jamais avoir un point de vue externe.

 

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En soi, Suréquipée est une lecture agréable, même si la conclusion m’a fortement perturbée, je suis une chochotte. Et si quelqu’un passant par là peut m’expliquer la fin du dernier enregistrement, ça sera bien gentil.

Et, en cette période de bac, je vous offre une réminiscence de vos cours de philo : Science sans conscience n’est que ruine de l’âme.

 

Marquise des Anges

Une de mes premières héroînes littéraires, c’était Angélique, marquise des Anges, ne pouffez pas. Oubliez ces téléfilms éroto-kitschs qui n’ont fait que la desservir, la Marquise est bien plus qu’une courtisane échevelée.

C’était l’été 94 ou 95, je ne sais plus trop. Je passais quelques jours chez ma grand-mère, qui avait descendu du grenier de vieux livres qui avaient appartenus à ma mère et à ma tante pour combler mon ennui les jours de pluie. Entre quelques récits sur la vie des Saints, qui m’ont marquées d’une autre manière et Jane Eyre, dont les qualités n’ont pas besoin d’être défendues, il y avait ces vieux J’ai Lu, datant d’avant les ISBN, une peinture ornant la couverture, et une photo du couple ayant écrit cette saga qui ornait l’arrière. J’étais très certainement trop jeune pour lire ça, mais qu’importe ! C’est ainsi qu’a commencé une obsession qui a duré quelques années et m’a accompagné durant tout le collège : patiemment, j’ai fouillé les vides greniers et autres Emmaüs pour completer cette collection, c’est que les auteurs étaient profiliques et les aventures nombreuses. Finalement, ma passion fulgurante s’est étiolée pour ne devenir plus qu’une flammèche qui subsiste dans le fonds de mes amours littéraires une fois l’Atlantique traversé par mon héroïne.

Ceux qui ne la connaissent que par le biais de ces films ou elle apparraissait souvent dénudée et terriblement niaise ont une image bien ternie et faussée de cette icône féministe ignorée.

Si les films ont fait d’Angélique une femme certes libre sexuellement, moeurs des années 60 oblige, la censure de l’époque n’a permis que cette émancipation là, qu’il s’agisse des films ou des livres.

Il s’agit d’un personnage complexe, rebelle, loyal, qui est animé par bien plus de choses que simplement l’amour ou le sexe. Son amour pour les hommes ne fait pas d’elle une victime, elle n’a pas besoin d’eux pour vivre ni pour survivre.

Si cette série brille pour moi à cause de son personnage principal fort, elle est aussi admirable de part la justesse de son contexte historique, recherché par Serge Golon, tandis qu’Anne, son épouse, rédigeait l’intrigue. On est bien loin d’une bluette divertissante remplie d’inexactitudes destinée à ce public sous-estimé et stéréotypé qu’est « la ménagère de moins de 50 ans ». Malgré tout, la version originale souffre de la censure de l’époque : j’ai grandi en lisant cette même version originale, et j’ai eu l’occasion de lire un tome réécrit en 2009 par Anne Golon, selon ses souhaits originaux, l’an dernier : des épisodes dramatiques éludés dans la version originale (l’épidémie qui emporte sa petite soeur par exemple) sont désormais décrits dans toute leur horreur et leur violence, pour apporter encore plus de profondeur à ce personnage sous-estimé a mes yeux.

Au final, on retrouve un peu d’Angélique, Marquise des Anges dans la série Kushiel, de Jacqueline Carey : un personnage féminin fort, intelligent, sensible, et la réduire à sa « sensualité » serait une grave erreur.

Réduire Angélique aux téléfilms, c’est réduire Elisabeth d’Autriche à la Sissi de Romy Schneider.

Liens :

https://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20170717.OBS2175/anne-golon-a-jamais-angelique-j-ai-ete-spoliee-terriblement-spoliee.html

http://next.liberation.fr/culture/2017/07/16/anne-golon-femme-de-combat-comme-son-heroine-angelique_1584127

https://annegolon.wordpress.com/