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Emilie voit quelqu’un – Anne Rouquette, Théa Rojzman

Emilie voit quelqu'un

Anne Rouquette, Théa Rojzman
Editions : Fluide Glacial
ISBN : 978-2352075554
104 pages

 

Une BD d’humour sur la psychanalyse !
Émilie a 30 ans – le meilleur âge – mais aussi un copain accro à la télé, des parents gentils (synonyme d’intrusifs) et une soeur parfaite (synonyme d’insupportable). Bref, le quotidien est un peu pesant pour cette instit au look de Mary Poppins ! Décidée à se prendre en main, elle commence une thérapie plutôt déroutante avec une psy aussi aimable qu’un caillou et aux méthodes étonnantes pour cette novice en dogmes freudiens. Et pourtant, avec délicatesse et humour, de lapsus en actes manqués, Emilie retrouve le sourire. Attachante héroïne du quotidien servie par le trait délicat d’Anne Rouquette et la plume subtile de Théa Rojzman, Émilie rend drôle le sérieux sujet de la psychanalyse. Fille de l’écrivain et psychosociologue Charles Rojzman, titulaire d’une maîtrise de philosophie, Théa nous offre une intelligente « Psychanalyse pour les Nul(le)s » !

C’est par hasard que je suis tombée sur cette BD, au en furetant au rayon BD de la Fn*c. Je l’ai feuilleté, et j’aurais bien été partie pour le lire en entier, là, au milieu de l’allée, si l’annonce que le magasin allait fermer n’avait pas retenti.
Du coup, j’ai noté la référence pour plus tard.
C’est finalement sous le sapin que je l’ai retrouvée et que j’ai pu continuer ma lecture.

Emilie, trente ans, vit depuis deux ans avec un mollusque/gameur/geek. Son collègue est hypocondriaque et doit être un habitué des forums doctissimo. Ses parents sont hyper-présents et maladroits, sa sœur parfaite et ses amies sont soit gotho-artistico-dépressives, soit greluches, et Emilie, au milieu de tout ça, tente de trouver ses repères dans un monde d’adultes. Pour tenter de démêler ses problèmes et névroses, elle va voir une psy.
Son collègue décrit les mécanismes et le vocabulaire de la psychothérapie a l’aide de schémas et des grandes explications de vulgarisation, ce qui permet de mieux appréhender les mots qui font peur, comme la dépression entre autres.
Les éditions Fluide Glacial ne sont, pour ce que j’en sais, pas réputées pour leur délicatesse. Je ne m’attendais pas à retrouver le récit de la psychothérapie d’une trentenaire habillée en Mary Poppins chez eux. Et pourtant, cette BD est assez fine et assez représentative de la génération de (presque) trentenaires dont je fais partie (à moins que ce ne soit uniquement mon entourage ? o_O)/

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En bref, un moment sympathique de lecture, peut-être pas la BD du siècle – n’est pas Maus qui veut (et ce n’est surement pas l’ambition des auteurs) – mais une lecture fort agréable et en plus, on sort de cette lecture en ayant l’impression d’avoir appris des choses (si on a pas fait d’études de psycho et qu’on a vu un psy la dernière fois il y a plus de 15 ans).

Le « à suivre » dans la dernière vignette m’intrigue, je n’ai vu aucune annonce pour une suite pour le moment, mais je suis bien curieuse de connaitre le fin mot de cette thérapie.

 

 

 

Chair et Tendre – Amelith Deslandes

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Amelith Deslandes Editions : La Madolière ISBN : 978-2-917454-04-6 Pour le nombre de pages, je l’ai en ebook, et Google refuse de me cracher la réponse pour le papier.

Amelith Deslandes est un artiste de l’ambiance, il sait comme nul autre engluer son lecteur dans l’univers glauque et déroutant de ses nouvelles fantastiques. D’Anvers à Venise en passant par la Venelle fantôme, découvrez le brûlant de la Maison-Tranchoir ou les labyrinthes qui se cachent dans l’âme humaine.

Lorsqu’on m’a fait parvenir ce livre, on m’avait prévenu. Ce serai une lecture dérangeante (comme toutes celles qu’on m’a envoyées en même temps, et que je n’ai pas encore eu les tripes de lire et de chroniquer… heureusement, Halloween approche). Un peu comme ces avertissements que j’aime à ignorer pour m’en mordre les doigts plus tard.

Parce que comme je l’ai déjà mentionné – ou radoté -, ce qui ne m’aurait pas fait sourciller il y a encore 5 ans peut maintenant me donner des cauchemars. Faut pas vieillir, j’vous le dit.

Enfin, donner des cauchemars, j’exagère. Ça ne m’est arrivé qu’une seule fois, il y a deux ans et demi, et je n’ai pas touché à cet ebook depuis. Il stagne à 15 % depuis. Alors que j’ai tenté de lui redonner une chance. Pour m’arrêter à ce chapitre anxiogène, me souvenant pourquoi j’avais lâchement abandonné.

Ici, j’ai persévéré (bien que le sujet de la première nouvelle aie bien failli avoir raison de moi). En me demandant parfois quel était le fuck de ce truc. J’avoue même ne pas avoir totalement saisi s’il s’agissait de nouvelles ou d’un seul et même roman à la forme décousue.

En effet, au début, le tout apparaît comme des nouvelles, n’ayant pas grand rapport les unes avec les autres, jusqu’à ce que différents éléments ou personnages commencent à les relier entre elles, pour former une mosaïque glauque à base de morceaux de chair en décomposition.

En ce qui concerne les nouvelles prises à part, certaines m’ont un peu prises au dépourvu, étant donné le langage utilisé, parfois assez châtié voire pédant (oui, bon, hein, selon mes critères de poissonnière), pour des décrire des horreurs sans nom. Sauf que. Utiliser un langage du même niveau que ce qui était décrit aurait en fait été le comble du vulgaire, du glauque, et aurait approché le tout d’un slasher avec hillbillys consanguins qui trucident des ados bourrés, alors qu’en fait, cette maitrise de la langue rend le tout plus fascinant, à la manière du Silence des Agneaux. C’est en fait un procédé ingénieux qui magnifie l’indicible.

Les sujets sont variés, allant de l’obsession du paraître à la fatalité génétique. Les influences que j’ai pu ou cru déceler, elles, vont de L’île du docteur Moreau à Hellraiser pour la Maison-tranchoîr.

Au fond, peu importe qu’il s’agisse de nouvelles ayant un rapport lointain entre elles, ou un roman à la forme étrange, l’ensemble forme malgré tout un ensemble assez homogène, de qualité, mais dérangeant. Il m’a bien fallu trois mois pour pondre cet article. Et deux lectures. Et je ne suis toujours pas sûre de l’avoir complètement digéré…

Mentions spéciales aux nouvelles Bonne Nuit Les Nuits Captives, Mutilations mondaines et surtout La Maison-Tranchoir, qui continue de m’obséder.

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Pour les curieux, les éditions La Madolière proposent des extraits à la lecture, que vous pourrez trouver sur le blog du recueil.

Sales Bêtes ! – Collectif Les Artistes fous

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Collectif
Les Éditions des Artistes Fous
ISBN : 978-2-36826-004-3
250 pages

Sales bêtes !
Animaux étranges et délires zoomorphiques

 

Chimères, animaux-totems, transformations bestiales, animal tapi en soi qui se dévoile, conscience émergeant chez la bête, créatures mythologiques, improbables, quotidiennes… Ou tout simplement regards croisés entre l’homme et l’animal, entre lutte, répulsion, respect et fraternisation, proximité dérangeante et fascination.
Dans cette deuxième anthologie, Les Artistes Fous Associés explorent la thématique animale à travers 20 récits tour à tour horrifiques, poétiques, sarcastiques, émouvants, tragiques, gores, sexuels, dans un format allant de la micro-nouvelle à la novella. Venant des quatre coins de la francophonie, leurs auteurs et illustrateurs sauront réveiller la (sale) bête qui sommeille en vous !

Je vous avais déjà parlé des Artistes fous l’an dernier, ainsi que de mon intention de lire l’anthologie suivante. J’ai mis le temps à y venir, comme pour chacun des recueils de nouvelles en ma possession.

Les nouvelles présentes dans Sales Bêtes vont, comme le précise la quatrième de couverture (peut-on parler de quatrième de couverture pour un ebook ?), dans beaucoup de directions différentes, tous les types d’animaux sont abordés, qu’ils soient mythologiques, microscopiques, domestiques, aquatiques, humanoïdes (n’oublions pas que l’humain reste un animal, peut-être le plus monstrueux et cruel d’entre tous), ou extraterrestre.

Les auteurs présentés dans cette anthologie étaient déjà présent dans Fin(s) du monde, c’est donc sans surprise que j’ai replongé dans leurs univers diversifiés, glauques, et torturés. Sans surprises, parce que la qualité d’écriture et d’édition de la première anthologie ne fait pas défaut ici non plus. (Comme pour la première, je ne saurais que vous recommander, soit de feuilleter l’ebook sur un écran couleur, soit de soutenir l’association en achetant un exemplaire papier.)

Et la qualité d’écriture, parlons-en d’ailleurs ! Ici encore, certaines nouvelles m’ont mises mal à l’aise (τρ, Pffugs, peut être à cause de leurs protagonistes, situés tous deux quelque part entre l’homme et l’animal), tandis que d’autres ont su toucher la corde sensible (Les Maîtres ne vinrent plus, Le Deuxième Évènement). Mais entre le tortillement quand on est mal à l’aise, et les hoquets d’émotions, il y a aussi celles qui font réfléchir, à la science (sans conscience ?), au comportement colonialiste des humains (Tous les Singes ne vont pas au Paradis, Cobaye #27, Notre-Dame des Opossums, La parole du rhinocéros), à la folie (Jonas), ainsi qu’à la relation ambivalente entre l’Homme et la Nature (La Mélodie des Bois). La touche absurde n’est pas en reste non plus, grâce à La Dépression du Chat, et à Parasite (que j’ai dû relire à deux fois tellement la fin m’a surprise).

Un recueil qui chamboulera vos repères, vous sortira de votre zone de confort (mais au fond, c’est pas très drôle d’y rester), et qui, malgré le fait que les nouvelles incluses nous malmènent et nous emmènent dans une autre dimension de l’humanité (ou de l’animalité, selon votre point de vue), se lit facilement, c’est avec étonnement que je suis arrivée au sommaire de fin : « Quoi ? Déjà ?! »
Pour vous procurer un exemplaire papier ou ebook (gratuit, légal, sans DRM !), c’est par ici : le site de l’association.

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Morceaux choisis :

Mais après tout, pourquoi gratter la surface des choses si tout va bien ? Pourquoi fouiner pour trouver des explications de ceci ou de cela… Tant que tout allait pour le mieux, l’important était de ne rien bousculer.

Il y a des gens qui appellent au secours l’horreur absolue, qu’elle s’abatte sur eux comme une guillotine.

Il est ainsi des rêves qui méritent d’être nourris, à défaut de s’en nourrir.

Les Borgia – Alexandre Dumas

Alexandre Dumas
Editions : Pocket
ISBN : 978-226-21708-8
279 pages

Vers 1840, les directeurs de journaux et les éditeurs s’arrachèrent Dumas, qui entreprend Les crimes célèbres, vaste sage historique de la violence, du meurtre et du sang.

La figure de Cesare Borgia, fils du pape Alexandre VI, cardinal à seize ans et condottiere absolu ensuite, domine cette famille illustre qui va se construire un royaume dans l’Italie renaissante. César, qui connait « le bon usage de la cruauté », élimine par le fer ou le poison ses principaux rivaux, et autant de petits despotes qui rançonnent et asservissent leurs sujets. A Rome, il entend redonner une influence, une armée, de l’argent. En homme d’État sans scrupule et habile, il soutient la bourgeoisie contre l’arbitraire d’une odieuse féodalité. A ce titre, César Borgia est bien le modèle qui inspira Le Prince de Machiavel.

L’année dernière, je vous avais parlé de la série Canal Borgia. Partagée entre la fascination et la perplexité la plus complète, j’ai acheté ce livre d’Alexandre Dumas père afin d’assouvir ma curiosité, parce que j’aime beaucoup les romans historiques. Et aussi parce que j’ai gardé un bon souvenir des livres de Dumas que j’ai dévorés adolescente (et que le livre sur Lucrèce Borgia acheté sur une brocante sent tellement fort le vieux bouquin que c’est impossible de le lire ailleurs qu’à l’extérieur, et en février, les terrasses, c’est pas forcément optimal. (Vous avez déjà essayé de tourner des pages avec des moufles ?)).

Ce roman est relativement court, 200 pages, et est écrit d’une traite, sans chapitres, comme une longue litanie. Litanie non seulement par sa forme, mais aussi par son fond. Si vous vous attendez à des détails, à des explications, passez votre chemin, ici, vous aurez la vie de la Trinité Borgia relatée façon jeu d’échec, ou chaque cardinal avance ses pions, ou tout n’est que champs de bataille, meurtres vite expédiés et personnages qui ne font que passer. Tout ? Tout. Sauf ! Les descriptions imagées de la façon d’extraire le fameux poison sont la famille usait tant, et de la façon d’y échapper (laissez-moi vous dire qu’aucune méthode ne serait homologuée par la Peta). Bien entendu, on pourra me répondre que cette histoire est complexe et qu’il fallait bien choisir ce que l’on raconte. Certes. Mais réduire leurs actions à une énumération de crimes ne permet pas d’y voir plus clair, et ne fait que rendre cette famille encore plus obscure et étrange. Peut-être était-ce le but ?

Si vous voulez en savoir plus, lisez les pages wikipédia associées (tout est si imbriqué que ça vous prendra peut-être même plus de temps que de lire ce livre.).

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Irais-je jusqu’à dire que j’ai été décue ? Oui. Que c’est le pire livre que j’ai lu ? Non. Mais il n’était pas à la hauteur de ce que j’en attendais. Vivement l’été que je puisse lire Lucrèce Borgia (s’il pleut, quelqu’un peut me fournir un masque à gaz ?). Ou que je remette la main sur la pièce de Victor Hugo.
Heureusement que j’ai d’autres livres de Dumas qui m’attendent pour me réconcilier avec lui.
Pour aller plus loin :

Les Mystères de Saint-Pétersbourg – Christian Vilà

En rouge et noir ♪

Un rituel magique est à l’ origine de la Révolution d’octobre.
Pour Efim Stoïkov, jeune chaman sibérien, tout commence à Barabinsk, son village natal. Une vieille femme à l’agonie lui confie la garde d’une mystérieuse créature qui lui ouvre la voie vers le Pays Violet, le monde des esprits. Ayant survécu aux premières épreuves de l’apprentissage chamanique, il émigre vers Saint-Pétersbourg.
Dans la capitale tsariste, où la police dispose d’allies surnaturels, où complots politiques et combats de sorciers font rage dans les bordels et les palais, Efim achève son initiation et subit le joug des terrifiantes Reines-Sorcières, qui se livrent une guerre secrète dans les coulisses de l’histoire.
Sa route va croiser celle de Raspoutine, qui lui a été désigné pour ennemi. Mais derrière le moine maudit se cache un Ennemi plus redoutable encore : le Prince des Nocents, souverain occulte de la cité. Pour vaincre, Efim devra franchir les Seuils Violets qui palpitent dans l’horizon du monde des esprits, et où affluent les âmes des soldats morts dans les combats de la Première Guerre mondiale. En ces lieux singuliers vont se jouer son destin… et celui du siècle.

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Ce livre est la preuve que parfois, je me laisse emporter par la couverture… Les couleurs m’ont hypnotisé et me sussuraient à l’oreille « Emmène nous, le livre est bien, tu vas voir, aie confiansssssse ! ». La prochaine fois, je mettrais des boules Quiès et des lunettes de soleil. Enfin, j’exagère, c’était pas mauvais, c’était même vachement prometteur, au début. Puis, pfuit. Le pétard mouillé. Le soufflé qui retombe. La déception, en somme. Parce que les mythes slaves, c’est loin d’être surexploité, surtout dans la littérature de nos contrées. Ca aurait pu être si bien… Ô, toi, livre à la couverture si éclatante, pourquoi m’as tu laissé lâchement tomber ?

Pour revenir au roman, Les Mystères de Saint Pétersbourg suit Efim, un jeune sibérien, depuis sa plus tendre enfance, jusqu’à ses vingt ans, avec le recul d’un vieillard (chaud comme une baraque à frites, d’ailleurs.) Efim sortira de sa cambrousse sibérienne pour entrer à Saint-Petersbourg, déjouer les manigances de Raspoutine et de Dames noires et rouges lesbiennes qui se livrent à un jeu de cartes maléfique. Ou quelque chose comme ça. Les premières pages m’ont envoutées, se lisaient d’une traite, jusqu’à ses délires de voyages astraux, qui ne sont d’ailleurs jamais appelés comme ça. Si au début, j’arrivais à suivre, une fois Efim à Saint-Pétersbourg, confronté à des Oreilles et des Sacs de Pierre, l’auteur m’avait perdue. Tant d’idées qui fusaient de partout, et pourtant, tant de clés pour les comprendre qui semblaient être restées coincées quelque part sur le chemin de sortie du cerveau de l’auteur. Je n’ai pas compris les enjeux, sauf qu’Efim est le créateur du point Godwin, et que Raspoutine est son ennemi. Pas pour des raisons politiques (enfin, peut être que si, j’ai pas tout compris), mais pour des raisons sentimentales. Car, pour Efim, qui, lors de son initiation chamanique, à refuser de pratiquer l’ascèse, « tout n’est que sensualité et volupté ». Ce qui résume aussi très bien le livre. Voyage astral, scène de fesses, voyage astral, sexe, sexe lesbien, voyage astral, trip aux champignons, confrontation avec Staline/Raspoutine/un Sac/une Oreille, sexe, voyage astral. Alors c’est très bien de mettre du cul partout, hein, mais un peu moins de cul et d’orgie et un peu plus de détails qui permettent de comprendre l’histoire, l’Okrana, tout ça, ç’aurait été pas de refus, hein.

Je m’attendais plus à un roman du style de Jonathan Strange et Mr Norell, et en fait, non. Ou alors tellement mélangé à une version écrite du Rocky Horror Picture Show (un accueil dans un hôtel particulier fait par une femme en porte-jarretelle) que le tout était réellement étrange.

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Dispensable. Vraiment. Pfuit.

[…] les hommes adultes. Ceux-là n’ont d’autre obsession que fourrer, limer, besogner, décharger, et nous traitent comme autant de crachoirs destinés à être le réceptacle de leurs sécrétions poisseuses.

P.S. : contre les pubs, installez Ad-Block.

Fin(s) du monde – Collectif Les Artistes Fous

Le collectif des Artistes Fous est une association composée d’écrivains, d’artistes visuels et de musiciens un peu siphonnés du bocal (d’où le nom, hein, forcément), qui a publié deux recueils de nouvelles rédigées et illustrées par ses membres, répartis au quatre coins du pays. Le premier recueil, Fin(s) du monde, est disponible gratuitement en ebook sur leur site (garanti sans DRM ! Il y a une nouvelle de plus par rapport au support papier, et le formatage est soigné.)

Les 20 nouvelles sont diversifiées, autant au niveau des thèmes que du style de l’écriture. Bon, thématiquement, vous pourrez me répondre que non, le thème, c’est la fin du monde, et vous auriez raison. Mais la fin du monde est quelque chose de si abstrait qu’au fond, la fin du monde que chacun imagine différente en fait quelque chose d’unique à chaque fois. Du coup, ici, la fin du monde peut concerner la vraie fin du monde, telle qu’elle nous est vendue dans les films catastrophes ou les séries Z, tout comme la fin toute personnelle d’un malade en phase terminale, ou encore celle… d’un jeu vidéo. Les éléments déclencheurs des fins du monde sont éclectiques, entre les extraterrestres, les zombies, les astéroïdes, le changement climatique, un pacte avec le diable, la débâcle écologique, Cthulhu, voire les débordements sectaires. La fin du monde peut être imminente, passée, fantasmée ou à venir dans un futur lointain.

Les styles, eux, sont très différents selon les auteurs, entre le style parlé courant voire vulgaire de Bibliophobia et les rimes plates (du slam ? Je n’y connais rien) de Crises Tentaculaires. Chaque nouvelle est différente des autres (sauf pour le diptyque des très courtes nouvelles Clic et Clic 2, dont le thème et la manière dont il est abordé sont semblables), en ce qui concerne leur façon d’appréhender cette hypothétique fin du monde, certaines ont des personnages travaillés et l’apocalypse n’est qu’une toile de fond (La fin d’un monde, De Terre et de Sang, Émancipation), d’autres se concentrent sur la situation sans espoir (Youpi, on va tous mourir !,  …).

Le risque, avec un recueil de 20 nouvelles d’auteurs différents, c’est d’avoir un résultat inégal, ce qui n’est pas le cas ici : malgré la variété des nouvelles et des styles personnels, l’écriture est maitrisée pour chacune d’entre elles, mais certaines m’ont néanmoins mises mal à l’aise (Le Club de la Fin du Monde, avec son rituel sataniste vu par la personne sacrifiée, et, dans une moindre mesure, Émancipation, avec son personnage agoraphobe et misanthrope ), d’autres m’ont touchées bien plus que je ne l’aurait pensé (De Terre et de Sang ; La Fin d’un Monde ; Souvenirs ; Ma Fin du Monde). Les nouvelles à chute sont particulièrement réussies, aucune ne m’a semblé prévisible, ou alors je suis facilement impressionnée, mais je n’ai jamais rien vu venir (évidemment, je ne vais pas vous dire lesquelles, hein.)

Forcément, si l’association s’appelle les Artistes Fous, ce n’est pas pour donner dans le pathos, mais aussi, entre autres, pour donner un contre-pied à l’ambiance glauque de certaines fantaisies apocalyptiques (Khao-Okh, Noxos), en créant une vision décalée de l’apocalypse (Clic, Clic 2, …, Le Carnaval de Cobalt, Je meurs comme j’ai vécu).

Si le nombre élevé fait que forcément, on accroche moins à certaines nouvelles qu’à d’autres, parce qu’on ne peux jamais contenter tout le monde tout le temps, il est pourtant assez important pour que chacun y trouve son compte. Si je devais en garder trois : La fin d’un monde, Souvenirs, De Terre et de Sang (mais on ne me le demande pas, et c’est tant mieux, parce qu’en fait, il y en a bien plus que trois qui méritent d’être lues. Surtout que l’ebook est disponible gratuitement ET légalement, ce serait dommage de se priver). En tout cas, il s’agit là d’une anthologie qui nous fait découvrir de nouvelles plumes, qui, bien qu’amateurs, n’ont rien à envier aux auteurs médiatisés (mis à part peut être le fait qu’ils soient médiatisés, surtout en cette période de rentrée littéraire…).

Chaque nouvelle est illustrée avec soin, du coup, si vous êtes sur liseuse, n’hésitez surtout pas à feuilleter le fichier sur votre ordinateur/tablette/smartphone/micro-ondes/cafetière, afin d’en profiter en couleurs, c’est dommage de se contenter du gris sur blanc foncé. (Ou vous achetez la version papier, disponible sur le site de l’association.)

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Et si l’apocalypse, c’est pas votre truc et que vous préférez les animaux, leur anthologie Sales Bêtes est disponible sur le même site.

Le progrès a donné à la mort une odeur de désinfectant pour W.C.,  une odeur de cabinet dentaire. Il l’a privée de sa vérité olfactive, il l’a lavée, aseptisée, à défaut de l’avoir domptée.

Ça s’est passé l’été du début de ma vie d’adulte. Au moment où tu dois assumer les conséquences des trucs que tu fais ; même si tu voulais bien faire, même si ça part en couille et même si c’est merdique.

Quand je leur ai raconté, ils ont failli s’étrangler avec leur lait de chèvre, on s’est mis à chanter Plus près de toi mon Dieu et puis Belzébuth m’a bipé.

Il n’y a plus de règle à édicter, commença-t-elle. Plus de morale cohérente, ni même de loi du plus fort. Il n’y a rien à me reprocher. Pas après ce qu’il s’est passé. J’ai fait ce que j’avais à faire. Ce que j’avais envie de faire.

La Coureuse – Maïa Mazaurette

Portrait d’une femme qui doute, qui aime. Chronique d’une sexualité qui se veut sans attache, La Coureuse est le livre de notre époque.

« Copenhague m’attend, et dans le miroir avant de partir, une inconnue plus jolie que moi pose la dernière touche de mensonge sur son visage. Rouge. Sur les lèvres. Les fards absurdes cachent des tatouages de guerre, des agressions publicitaires, des stratégies marketing. Il m’aimera. Je l’aurai.

Cette inconnue a des cheveux blond foncé, nouvelle couleur pour une nouvelle aventure, toute une vie à reconstruire. C’est pourmieux devenir une femme, mon enfant. C’est pour mieux laisser pousser les dents sous la poudre. »

Maïa vit une passion ravageuse avec un jeune et (très) beau Danois. Parce c’est difficile, elle va s’accrocher et aller jusqu’au bout des compromissions possibles. Parce qu’elle se sert de la féminité comme une arme, le couple devient le lieu de toutes les manipulations. Que fait-on quand on a le prince charmant dans son lit ? Que se passe-t-il après le conte de fées ?

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Fidèle lectrice de Sexactu jusqu’à la fusion avec GQ (je peux pas, la mise en page me rebute), j’ai toujours voulu lire un roman de Maïa Mazaurette. Il se trouve que j’ai commencé par celui-ci, alors qu’il n’a rien en commun avec ses romans précédents, tous à placer dans la catégorie SF ou fantasy, ce qui est bien plus mon rayon. La Coureuse est pourtant plus proche thématiquement de son blog, et aussi des livres qu’elle a écrit en collaboration avec Arthur de Pins. En fait, a bien y réfléchir, j’ai commencé a espacer mes visites sur son blog au début de son aventure danoise. Par lassitude peut être. J’y repasse de temps en temps, juste assez pour mettre en relation les évènements relatés dans ce roman et ceux dont elle a parlé sur son espace virtuel. Parce que ce roman est une autofiction.

Autofiction : n.f., Genre littéraire qui combine de façon ouvertement contradictoire deux types de narrations opposés : l’autobiographie et la fiction.

  • L’autofiction est le récit d’événements de la vie de l’auteur sous une forme plus ou moins romancée.

Autofiction dans laquelle nous rejoignons Maîa revenant de Norvège, où elle vient de tromper son petit ami allemand avec un séduisant jeune entrepreneur danois, Morten (à prononcer Moooo-den). Elle a passé deux ans avec son petit ami, elle considère qu’il est temps pour elle de passer à autre chose, d’aller chasser ailleurs, et sa nouvelle cible est Morten, qui semble l’avoir oubliée. Après l’avoir « chassé », elle se retrouve dans une relation abusive avec un pervers narcissique qui n’est jamais satisfait d’elle ni de l’image qu’elle projette aux autres. Trop grosse, trop française, trop transpirante, pas assez parfaite. Elle se plie à toutes ses exigences, dans l’espoir d’être aimée, non pas pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle s’efforce d’être. Ce rapport de force est d’autant plus amplifié que Morten est plein d’ambition, et qu’il réussi ce qu’il entreprend professionnellement. Parce que l’argent change tout, parce qu’il simplifie la vie, mais complique les rapports entre les gens.

Si, très honnêtement, l’histoire entre Maîa et Morten ne m’a pas plus passionnée que ça, elle analyse avec finesse l’influence du patriarcat sur les femmes, les hommes, et le rapport de force dans les relations de séduction hétérosexuelle. Quelle femme hétérosexuelle ne s’est jamais épilée avant un rendez-vous galant pour se retrouver face à un homme pour qui le plus gros effort pour s’apprêter consistait à avoir pris une douche avant de venir ? Combien de femmes ont dû jouer à la femme fragile pour ne pas faire peur ? Combien de femmes sont complexées parce qu’elles ne ressemblent pas aux mannequins sur papier glacé ? Et combien de ces complexées pensent que leurs bourrelets les rendent indignes d’être aimées ? Elle questionne aussi la place donnée aux femmes et les armes qui restent à notre disposition si nous voulons malgré tout avoir des relations sentimentales : être jolie, docile, légère, intelligente mais pas trop, et les femmes s’y plient parce qu’on attire pas les mouches avec du vinaigre. Constat assez pessimiste et discutable, et sans doute influencé par la relation abusive relatée dans ces pages.

On découvre aussi une Maîa fragile et qui a, malgré son militantisme féministe, bien integré les mécanismes du patriarcat. Qui a toujours vécu pour les autres et qui semble, à 32 ans, ne toujours pas se connaitre, ni forcément s’aimer.

On découvre aussi un portait de technophile accro à « la machine à se couper du monde » qu’est le smartphone, hyper-connectée, tout le temps, partout, à faire croire à ses amis sur la toile que sa vie est bien plus formidable qu’elle ne l’est réellement. Parce qu’on ne peut pas mettre sur Facebook, ce qu’on fait sans que les autres ne le sachent, n’existe pas vraiment, n’a jamais vraiment eu lieu. Parce que si les autres ne s’ébahissent pas de notre vie si fantastique, elle ne vaut pas la peine d’être vécue.

Sur la forme du livre, par contre, il s’agit d’une première édition bourrée de coquilles et d’erreurs de ponctuation, qui seront corrigées, je l’espère, dans les éditions suivantes.

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A lire, pour les analyses de société. Pour l’histoire de couple, vous pouvez aussi lire n’importe quel témoignage de victime de pervers narcissique.

Morceaux choisis :

Ils pensent vraiment que les femmes, ça se réveille un matin avec un utérus qui parle ?

Il se trouve que je suis née femme, donc que les hommes ne m’aimeront jamais comme je suis.

Jamais je ne serais parfaite. Jamais je ne ressemblerai à une photo de magazine. Jamais personne ne m’aimera assez pour m’arracher au cycle des deux ans. Parce que je ne le mérite pas.

Il y a des hommes comme ça, qui savent où trouver les derniers espaces de virginité. Ceux qu’on ignore soi-même.

[…]ce qui ne peut pas être posté sur Facebook n’existe pas, et maintenant que je n’ai plus de téléphone, je ne sais plus où déverser mes émotions. Donc j’arrête d’avoir des émotions.

Je m’attache à mon rôle : être jolie et pas dérangeante […] Je reprendrai le pouvoir quand j’aurai donnné assez de gages de docilité.

Ce que j’aimerais : réussir à me penser en dehors de l’oeil masculin. Les hommes ont ce luxe […] C’est possible si je renonce à l’amour : parfaitement impossible, donc.

Ce sont les hommes qui nous font femmes, ce sont eux qui le regretteront. Je suis une femme et vraiment, vous allez me le payer.

Chien du heaume – Justine Niogret

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Chien du heaume, un surnom gagné au prix du sang et de la sueur par celle qui ne possède plus rien que sa hache, dont elle destine la lame à ceux qui lui ont pris son nom. Mais en attendant de pouvoir leur sortir les viscères, elle loue son bras et sa rage au plus offrant, guerrière parmi les guerriers, tueuse parmi les loups. De bien curieuses rencontres l’attendent au castel de Broe où l’hiver l’a cloitrée : Regehir, le forgeron à la gueule cassée, Iynge à la voix plus douce que les meurs, le chevalier Sanglier et sa cruelle épouse de dix printemps. Au terme de sa quête, Chien trouvera-t’elle la vengeance, la rédemption ou… autre chose ?

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Voici le genre de livre qui, dès le prologue, vous met une claque. Le genre de claque qui vous secoue jusqu’au tripes et vous laisse pantelant, cherchant votre souffle, et vous noie dans son ambiance particulière. (C’est aussi le genre de livre qui ne se laisse pas lire dans un train blindé de scolaires hurlants. Oui, ça sent le vécu.)

Chien du heaume est mercenaire. Son visage est couvert de crasse et couturé de cicatrices. A la recherche de son vrai nom, elle a adopté celui des camarades de bataille d’un jour lui ont donné. Elle évolue dans un monde qui semble peuplé d’enfants cruels, où les paysans maudissent leurs seigneurs qui auraient manqués à leurs devoirs, et où les dames tiennent leurs promesses jusque dans la mort. Sa quête est un récit initiatique, où la recherche du nom est aussi celle de soi-même. Les mythes et légendes évoqués dans ce livre distinguent le roman d’un roman de fantasy « pure », car, à défaut d’être réelles, elles sont populaires dans certaines parties d’Europe, ce qui permet, d’une part de situer le récit dans un monde qui est le notre, mais aussi dans une époque qui fût réelle. Il s’agit là d’un roman historique, médiéval, et non pas d’une saga de fantasy telle que les connaissons.

Chaque chapitre est une petite histoire en soi, ce qui m’a rappelé (attention, la référence de ouf…) Perceval ou le roman du Graal (que j’ai lu il y a 9 ans, mes souvenirs sont peut être un peu embrumés), ou le personnage poursuit sa quête en traversant diverses aventures indépendantes, avant d’arriver à son terme. Le langage « médiévisant » ajoute judicieusement à cette impression.

La narration oscille parfois entre un point de vue interne à Chien, à la 3ème personne, et celui d’un narrateur caché, voyeuriste, qui interpelle le lecteur lorsque le personnage principal est occupé, un peu comme une voix off. Dommage pourtant que ce gimmick n’aie pas été plus exploité, je dois avouer que la petite voix du maître de cérémonie invisible était un parti pris intéressant qui m’a un peu manqué sur la fin.

Je n’ai nulle honte de ce qu’ils appellent les bas instincts. Je mange, je pisse, je dors et je fais al culbute aux femmes, et si un dieu a été assez content de son oeuvre pour l’estimer finie, je ne saurais lui faire l’insulte de haïr mon corps. »

Certaines idées, comme les serpents, aiment à ramper sur le ventre et grouiller dans les coins sombres de la pensée. Il est plus facile de juger comme vous le faites que de combattre ; alors un jour viendra, je le présage, ou une femme ne pourra plus toucher un fer sans passer pour folle, et où elles tireront toute fierté de leur langueur. Il leur faudra un homme pour défendre leur honneur, et la chose sera si bel et bien rivetée à la tête des gens que, comme un clou dans sa planche de bois rincée par les pluies, on ne saura plus l’en faire sortir sans se faire saillir les muscles à en avoir mal.

Un roman médiéval loin des clichés du genre, où les femmes ne sont pas forcément des princesses, où les hommes ne sont pas forcément des brutes, et où un château sombre et froid devient le plus accueillant des refuges. Un premier roman prometteur, le deuxième m’attend déjà.

Et un glossaire final au style complétement différent et décalé, qui, pourtant, clôture bien le livre.

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Mort d’un clone – Pierre Bordage

(Désolée aux abonné(e)s qui auraient eu une notification étrange par mail, je teste actuellement une application de bureau pour la rédaction d’articles, et c’était un bug de démarrage.)

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D’habitude, je vous fait un petit laïus sur le pourquoi du comment que j’ai eu envie de lire ce livre (oui, c’est français, ma phrase, rho), mais cette fois-ci, ben, euh, je peux pas, parce qu’on me l’a offert spontanément, sans que je me demande rien (et sans occasion particulière non plus, d’ailleurs). Donc voilà, on me l’a offert, parce qu’il s’agit d’un auteur reconnu de SF, et que j’aime bien l’imaginaire. Alors avec une intro pareille, vous allez croire que j’ai pas aimé. Ben, en fait, si, mais c’est bien plus compliqué que ça (même le temps de lecture fût très court, une journée… Bon, une journée passée dans le train à traverser le pays dans le sens de la largeur, mais quand même, c’est pas très long, si on compare mon rythme de lecture de ces derniers temps qui est assez… lent, on va dire).

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Un portrait cinglant de nos aliénations ordinaires, par un écrivain qui s’amuse hors des sentiers battus.

Petit employé du siècle dernier, la quarantaine aigrie, mal assorti à une femme épaisse et acariâtre et père lointain d’une progéniture maussade, Martial Bonneteau est un médiocre qui enfouit entre routine et mépris de soi les frustrations d’une vie de clone parmi les clones. Mais un matin, pour un retard au bureau, le chemin tracé de sa vie va diverger et son univers normé se lézarder… Hystérie familiale  adultères ubuesques, coaching psychologique de groupe, les péripéties se succèdent bientôt sur un rythme de vaudeville, pour tourner à la franche farce.

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Alors, comme dit plus haut, je l’ai lu en une journée, dans les transports, et ce il y a un peu plus d’un mois maintenant (qui dit transport dit cahotement, donc pour prendre des notes, on a vu mieux comme conditions (depuis que je prend des notes, j’ai l’impression de lire de manière moins passive et de comprendre et d’assimiler mieux les informations o_O prendre les cours en notes n’avait jamais cet effet, étrangement…), et qui dit il y a un mois dit mémoire qui flanche un peu), mais je voulais vous en parler quand même, parce que c’est vachement intéressant.

Je n’ai jamais lu de livre de Pierre Bordage avant, donc, ce qui m’a frappé, c’est le style, du récit entrecoupé de définitions d’objets. Je ne sais pas si c’est typique de son style ou propre à cet ouvrage-ci.

Le réveil : monstrueuse anomalie plastifiée vampirisant sans vergogne le faux stuc de la très navrante table de chevet.

Cette définition très personnelle (mais qui aime entendre son réveil le matin, hein ?) pose le décor, nous somme dans un intérieur sans doute moche, et le propriétaire du réveil, ben, ça le fait profondément braire de l’entendre sonner. Nous faisons ainsi connaissance de Martial Bonneteau, 48 ans, employé, impuissant, marié depuis la moitié de sa vie avec une fille qui a eu le malheur de toucher puis d’épouser, pour l’honneur, voyez ? La fille en question, devenue femme, refuse qu’il la touche depuis. D’après la description qui en est faite, il faut en avoir envie aussi. Mais un jour, Martial en a marre, de sa femme, de son boulot, de ses voisins à la con, de ses fils (qui apparaissent brièvement le temps du petit-déjeuner), et change de vie, son entourage, sauf sa fille, pense qu’il sombre dans la folie. Sa fille, qui, d’ailleurs, souffre de la même folie que lui, c’est à dire qu’elle n’a pas envie de se soumettre aux diktats de la société.

Ce livre, critique sociale, hymne à la connaissance de soi, par des voies parfois mystificatrices (méditer à poil en pleine forêt devant une cabane délabrée ?  ),

de la non-normalisation, dresse un portrait au vitriol de notre société et fait réfléchir. Est-ce folie de vouloir se connaitre soi-même et de vouloir vivre en accord avec soi-même, plutôt que de se soumettre sans réfléchir aux normes imposées (même si c’est sans doute plus simple) ?

Bon, j’espère ne pas vous avoir fait peur avec cet article, lisez-le quand même, c’est bien !

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Moutons et corbeaux, parce que c’est drôle, mais pas que.

 

King Kong Théorie – Virginie Despentes

King Kong Théorie - Virginie Despentes

Quatrième de couverture :

J’ecris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, toutes les exclues du marché de la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n’ont pas envie d’être protecteurs, ceux qui voudraient l’être mais ne savent pas s’y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés. Parce que l’idéal de la femme blanche séduisante qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu’il n’existe pas.

J’ai beaucoup entendu parler de ce livre avant, il aurait changé la façon de voir les choses de bien des gens. Sceptique, je me suis mise en tête de le lire, pour voir si je partagerai leur avis. Ben, euh, en fait, oui.

Je n’avais jamais rien lu de Virginie Despentes, mais son image sulfureuse et sa réputation trash ne m’était pas inconnue. Ce livre, cet essai autobiographique nous raconte comment, de l’adolescente punkette, elle est devenue cette personnalité sujette à polémique.

Ce livre est divisé en plusieurs chapitres, séparés par des citations d’oeuvres féministes plus ou moins connues, Simone de Beauvoir et Virginia Woolf pour les plus connues (même si on ne s’est jamais penché sur le sujet).

Le style de Virginie Despentes est incisif, tiens-dans-ta-gueule, et touche là ou ça fait mal. Elle se penche sur les mécanismes culturels qui placent les femmes dans un carcan de soumission, et réduisant par la même occasion les hommes à des créatures aux pulsions violentes et brutales.

La politique actuelle (ce livre a été publié en 2006) est remise en question, ainsi que la société consumériste, soupçonnées de nous infantiliser :

Un bon consommateur est un consommateur insécure

Un Etat qui se projette en mère toute-puissante est un Etat fascinant.

Elle parle du viol, de sa manière de gérer cette expérience, et de s’en relever, et de sa signification sociologique, de la culpabilisation des victimes et de leur incapacité à se défendre, peut être dûe à l’influence de la morale judéo-chrétienne.Le fantasme du viol, lui, est un dispositif culturel, visant à placer la femme en position de soumission et d’impuissance afin de les écarter du pouvoir.

Elle parle aussi de son expérience de prostituée, bien loin des reportages racoleurs dont nous abreuve la télévision et de ses conséquences sur les gens. Le porno est également évoqué, condamnant les actrices à des voies de garage, cette activité étant visiblement incompatible avec l’intelligence.

King Kong Théorie est un livre court, qui se lit d’une traite, et qui ne laisse pas ses lecteurs indemnes qu’ils se sentent concernés de prime abord ou non.

(Cinq bestioles, c’est qu’il est bien. Non, mais, je précise, je teste encore mon système de notation)