Contemporain, Entre-deux, Suisse

La Vérité sur l’affaire Harry Quebert – Joël Dicker

La Vérité sur l'affaire Harry Quebert

Editions : Editions de Fallois

ISBN : 978-2877068635
700 pages

Ce best seller enfin en poche !

À New York, au printemps 2008, alors que l Amérique bruisse des prémices de l élection présidentielle, Marcus Goldman, jeune écrivain à succès, est dans la tourmente : il est incapable d écrire le nouveau roman qu il doit remettre à son éditeur d ici quelques mois. Le délai est près d expirer quand soudain tout bascule pour lui : son ami et ancien professeur d université, Harry Quebert, l un des écrivains les plus respectés du pays, est rattrapé par son passé et se retrouve accusé d avoir assassiné, en 1975, Nola Kellergan, une jeune fille de 15 ans, avec qui il aurait eu une liaison. Convaincu de l innocence de Harry, Marcus abandonne tout pour se rendre dans le New Hampshire et mener son enquête. Il est rapidement dépassé par les événements : l enquête s enfonce et il fait l objet de menaces. Pour innocenter Harry et sauver sa carrière d écrivain, il doit absolument répondre à trois questions : Qui a tué Nola Kellergan ? Que s est-il passé dans le New Hampshire à l été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ? Sous ses airs de thriller à l américaine, La Vérité sur l Affaire Harry Quebert est une réflexion sur l Amérique, sur les travers de la société moderne, sur la littérature, sur la justice et sur les médias.

J’étais plutôt réticente à lire ce livre, la faute à toutes ces critiques dithyrambiques et a mon côté élitiste sans doute. Puis mon congé maternité a commencé, il fallait bien que je m’occupe, et je me suis dit que cette fois-ci, ce serait quelqu’un d’autre qui piocherait dans la PàL pour moi. Et donc, on m’a sorti ce livre là en me donnant quelques arguments qui me donneraient envie (et ça a marché).

D’après ce que j’ai pu voir, ce livre a reporté des prix, et a essuyé pas mal de critiques également. Ce qui a contribué a me refroidir de prime abord.

Vous savez ce qu’est un éditeur ? C’est un écrivain raté dont le papa avait suffisamment de fric pour qu’il puisse s’approprier le talent des autres.

Il s’agit du premier effort de l’auteur, et il s’attaque déjà au mythe de l’auteur qui souffre de la page blanche et égrène des leçons sur l’écriture au fil des chapitres. Leçons qui sont d’ailleurs mises en œuvre au pied de la lettre dans le chapitre qui suit. Je ne sais qu’en penser, est-ce de la suffisance ? De la confiance en soi ? A-t’il suivi des cours d’écriture créative et nous récite-t’il ses notes ?

L’auteur face à la page blanche, la situation géographique et l’affaire de meurtre évoquent Stephen King (l’argument qui m’a fait lire ce livre), mais côté géographie, pour un auteur européen francophone, il aurait aussi bien pu situer l’action dans la Creuse ou dans les Alpes, ça aurait peut être sonné plus authentique. Ici, parfois, ça sonne un peu carton-pâte.

La relation de Harry et Nola peut évoquer Lolita de Nabokov (on notera, ou bien je me fait des films, les similitudes de sonorités entre Quebert et Humbert, Nola et Lolita…), avec un soupçon de Psychose de Hitchcock en ce qui concerne l’adolescente.

Elle est fertile, docile, elle te fera un enfant tous les neuf mois ! Je lui apprendrais comment élever les enfants, et comme ça, ils seront tout comme je veux ! N’est-ce pas merveilleux ?

Les figures maternelles sont problèmatiques : envahissantes, hystériques et castratrices, il y a très peu de femmes « saines » dans ce roman, ce qui m’a un peu chiffonné. toutes les femmes sont insupportables dans ce livre, c’est incroyable. Le narrateur aussi d’ailleurs, suffisant, menteur, arrogant, c’est un antihéros que rien ne rend attachant. La narration est truffée de fausses pistes, la suspicion du coupable glisse sans arrêt d’un personnage à l’autre, et pourtant, la fin n’est pas une réelle surprise.

Est-ce vraiment une enquête sur un meurtre d’ailleurs ? Ou est-ce le récit d’un imposteur au sujet d’une imposture ?

Vous voyez, je ne sais toujours pas trop quoi en penser, deux mois plus tard. Je l’ai lu très rapidement, ce qui est plutôt bon signe. C’est prenant, ça se lit bien et facilement. Est-ce que j’ai trouvé ça bon ? Divertissant serait plus juste.

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En conclusion ? Un roman divertissant sans plus. Ca se lit, j’ai passé un bon moment, mais est-ce que c’était ma lecture de l’année ? Clairement, non.

Mais au fond, est-ce qu’on devrait en espérer plus d’un roman ? Qu’il nous divertisse ? S’il nous fait réfléchir, c’est un plus, mais si on passe un bon moment, même en ayant posé son cerveau dans un bocal, c’est déjà très bien !

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Entre-deux, France, Science Fiction

Suréquipée – Grégoire Courtois

Editions : Folio SF

ISBN : 9782072711206
176 pages

Lorsque la BlackJag a été mise en vente, il était évident qu’elle allait révolutionner le marché de l’automobile. Constitué uniquement de matériaux organiques, qui en font pour ainsi dire une voiture vivante, ce nouveau modèle a tout pour plaire. Le prototype qui a servi aux séances de démonstration devant la presse est aujourd’hui revenu en atelier : son propriétaire a disparu ; peut-être la BlackJag a-t-elle gardé en mémoire des éléments qui permettront de le retrouver. Écoutons-la nous raconter son histoire.

Avec Suréquipée, son premier roman de science-fiction, Grégoire Courtois, à la suite de J. G. Ballard ou de Stephen King, s’empare avec brio du mythe moderne par excellence : la relation de l’homme à sa voiture.

En voilà un livre qu’il est chelou. Le rapport du conducteur à sa voiture a déjà été exploité dans la littérature, Christine de Stephen King étant très certainement l’œuvre la plus connue sur ce thème.

Alors, est-ce qu’on peut encore y apporter quelque chose de neuf ?

Suréquipée, loin de King, se passe au XXIème siècle, l’industrie automobile vient de se lancer dans la voiture organique. Réactive, dotée de caractéristiques animales et d’une certaine forme de conscience primitive, bien loin de la voiture hantée et maléfique et Stephen King.

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Ici, l’auteur se concentre bien plus sur le lien du conducteur à sa voiture plutôt que sur le fantasme d’une technologie qui prendrait le dessus sur l’humain. Ce lien ici, est exacerbé jusqu’au plus glauque par ailleurs.

Le livre est assez court, et se présente sous forme d’enregistrements de la mémoire de la voiture, sur plusieurs années, entre sa conception et la disparation de son propriétaire, afin de découvrir toutes les caractéristiques organiques et animales dont l’a doté son créateur ainsi que les liens unissant le disparu à sa famille et à son véhicule. Il s’agit d’une lecture assez rapide et agréable, je n’aurais qu’à soulever un souci de clarté sur la fin, sans doute causé, en partie,  par cette forme d’enregistrements internes à la Blackjag, sans jamais avoir un point de vue externe.

 

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En soi, Suréquipée est une lecture agréable, même si la conclusion m’a fortement perturbée, je suis une chochotte. Et si quelqu’un passant par là peut m’expliquer la fin du dernier enregistrement, ça sera bien gentil.

Et, en cette période de bac, je vous offre une réminiscence de vos cours de philo : Science sans conscience n’est que ruine de l’âme.

 

Bibliothèque, France, Historique

Marquise des Anges

Une de mes premières héroînes littéraires, c’était Angélique, marquise des Anges, ne pouffez pas. Oubliez ces téléfilms éroto-kitschs qui n’ont fait que la desservir, la Marquise est bien plus qu’une courtisane échevelée.

C’était l’été 94 ou 95, je ne sais plus trop. Je passais quelques jours chez ma grand-mère, qui avait descendu du grenier de vieux livres qui avaient appartenus à ma mère et à ma tante pour combler mon ennui les jours de pluie. Entre quelques récits sur la vie des Saints, qui m’ont marquées d’une autre manière et Jane Eyre, dont les qualités n’ont pas besoin d’être défendues, il y avait ces vieux J’ai Lu, datant d’avant les ISBN, une peinture ornant la couverture, et une photo du couple ayant écrit cette saga qui ornait l’arrière. J’étais très certainement trop jeune pour lire ça, mais qu’importe ! C’est ainsi qu’a commencé une obsession qui a duré quelques années et m’a accompagné durant tout le collège : patiemment, j’ai fouillé les vides greniers et autres Emmaüs pour completer cette collection, c’est que les auteurs étaient profiliques et les aventures nombreuses. Finalement, ma passion fulgurante s’est étiolée pour ne devenir plus qu’une flammèche qui subsiste dans le fonds de mes amours littéraires une fois l’Atlantique traversé par mon héroïne.

Ceux qui ne la connaissent que par le biais de ces films ou elle apparraissait souvent dénudée et terriblement niaise ont une image bien ternie et faussée de cette icône féministe ignorée.

Si les films ont fait d’Angélique une femme certes libre sexuellement, moeurs des années 60 oblige, la censure de l’époque n’a permis que cette émancipation là, qu’il s’agisse des films ou des livres.

Il s’agit d’un personnage complexe, rebelle, loyal, qui est animé par bien plus de choses que simplement l’amour ou le sexe. Son amour pour les hommes ne fait pas d’elle une victime, elle n’a pas besoin d’eux pour vivre ni pour survivre.

Si cette série brille pour moi à cause de son personnage principal fort, elle est aussi admirable de part la justesse de son contexte historique, recherché par Serge Golon, tandis qu’Anne, son épouse, rédigeait l’intrigue. On est bien loin d’une bluette divertissante remplie d’inexactitudes destinée à ce public sous-estimé et stéréotypé qu’est « la ménagère de moins de 50 ans ». Malgré tout, la version originale souffre de la censure de l’époque : j’ai grandi en lisant cette même version originale, et j’ai eu l’occasion de lire un tome réécrit en 2009 par Anne Golon, selon ses souhaits originaux, l’an dernier : des épisodes dramatiques éludés dans la version originale (l’épidémie qui emporte sa petite soeur par exemple) sont désormais décrits dans toute leur horreur et leur violence, pour apporter encore plus de profondeur à ce personnage sous-estimé a mes yeux.

Au final, on retrouve un peu d’Angélique, Marquise des Anges dans la série Kushiel, de Jacqueline Carey : un personnage féminin fort, intelligent, sensible, et la réduire à sa « sensualité » serait une grave erreur.

Réduire Angélique aux téléfilms, c’est réduire Elisabeth d’Autriche à la Sissi de Romy Schneider.

Liens :

https://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20170717.OBS2175/anne-golon-a-jamais-angelique-j-ai-ete-spoliee-terriblement-spoliee.html

http://next.liberation.fr/culture/2017/07/16/anne-golon-femme-de-combat-comme-son-heroine-angelique_1584127

https://annegolon.wordpress.com/

Bibliothèque, Contemporain, Grande-Bretagne, Youpi Tralala

The Good the Bad the Furry – Tom Cox

Life with the World’s Most Melancholy Cat and Other Whiskery Friends

Editions : Sphere
ISBN : 9780751552393
272 pages

Le bon, la brute et le toudou (o_O)

Meet THE BEAR – a cat who carries the weight of the world on his furry shoulders, and whose wise, owl-like eyes seem to ask, Can you tell me why I am a cat, please?

Like many intellectuals, The Bear would prefer a life of quiet solitude with plenty of time to gaze forlornly into space and contemplate society’s ills. Unfortunately he is destined to spend his days surrounded by felines of a significantly lower IQ…

RALPH: handsome, self-satisfied tabby, terrified of the clothes horse.

SHIPLEY: mouthy hooligan and champion mouser, rendered insensible by being turned upside-down.

ROSCOE: fiercely independent kitten, tormented by her doppelganger in the mirror.

And then there’s Tom, writing with his usual wit and charm about the unexpected adventures that go hand in hand with a life at the beck and call of four cats … or three cats and a sensitive poet who just happens to be a foot high and covered in fur.

Internet, c’est pour les chats, c’est bien connu. Les réseaux sociaux en sont plein. C’est en tombant sur le profil des chats The Bear, Shipley et Ralph sur Twitter que j’ai découvert Tom Cox, un journaliste/écrivain qui parle de musique et de chats. Suivre leurs profils puis le blog de Tom Cox m’a donné envie de découvrir ses romans. C’est donc avec grand bonheur que j’ai trouvé The Good, the Bad The Furry sous le sapin. Je l’ai lu en deux jours et ça, ça ne m’était plus arrivé depuis un an et demi au moins, et ça n’est plus arrivé depuis alors que nous sommes en mars.

Alors pourquoi ce livre ? Ovni littéraire, ce n’est ni un roman, ni vraiment une autobiographie, ni un essai. Je ne saurais trop le qualifier. A première vue, ce livre parle de chats (sans déconner ?), mais il est bien plus profond que ca, il parle de la difficulté à se retrouver seul, fraîchement divorcé, travaillant dans un corps de métier sur le déclin, en pleine campagne anglaise humide dans une maison qui fuit, avec un père qui parle comme la Mort de Pratchett (COMME CA). L’auteur nous parle de son ressenti de campagnard qui retourne à la terre après des errances à la ville, de classic rock (il anime d’ailleurs une émission de radio sur le sujet) et de vinyles.

De base, je n’aime pas les livres sur les animaux : L’incroyable Voyage est un traumatisme, et mon envie de lire Watership Down oscille entre « jamais, ca va me donner envie de me pendre » et « Il parait que c’est trop bien et puis les lapins, c’est mignon » (et il vient d’être réédité, ne me tentez pas !). Mais voilà, souvent, quand ça parle d’animaux, c’est triste. Mais ici, malgré la tristesse inhérente à la longévité de nos animaux, on rit, notamment grâce aux parents de Tom Cox, bien malgré eux.
De plus, l’auteur partage, son plus de son amour pour les chats, son amour pour le classic rock (il anime d’ailleurs une émission de radio à ce sujet) et les vinyles.
Au fond, The Good the Bad The Furry reflète bien ce que c’est que de vivre dans la cambrousse, avec des animaux (domestiques ou non) : c’est souvent drôle, c’est parfois triste, mais au final, même si on sait toujours comment finira notre histoire avec notre animal, on sait qu’on ne la regrettera jamais.

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Amateurs de chats et de musique des années 70, vous y trouverez votre compte.
Il parait aussi que ce livre a été traduit. Le titre est douteux, mais si vous ne lisez pas l’anglais couramment, le problème de la langue ne se pose plus.

 

Bibliothèque, Contemporain, Estonie, Fantastique, Historique, Youpi Tralala

Les Groseilles de Novembre – Andrus Kivirähk

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Chronique de quelques dérèglements dans la contrée des kratts

Editions : Le Tripode
ISBN : 9782370550316
266 pages

Traducteur : Antoine Chalvin

Le destin d’un homme n’est pas facile. On vit, on meurt, puis on se change en démon.

Lire Andrus Kivirähk, c’est à chaque fois se donner la certitude que l’on va entrer de la façon la plus naturelle dans un monde proprement extraordinaire. L’Homme qui savait la langue des serpents (Le Tripode, 2013 – Grand Prix de l’Imaginaire 2014) nous avait habitués à l’idée d’une époque où il était encore possible d’épouser des ours, d’avoir pour meilleur ami une vipère royale ou encore de voler dans les airs à l’aide d’ossements humains. Les Groseilles de novembre démontre un peu plus les talents de conteur de l’écrivain. Nous voici cette fois-ci immergés dans la vie quotidienne d’un village où tout pourrait sembler normal et où, très vite, plus rien ne l’est. Les seigneurs sont dupés par leurs serfs, des démons maraudent, des vaches magiques paissent sur les rivages, les morts reviennent, le diable tient ses comptes, une sorcière prépare ses filtres dans la forêt et, quotidiennement, les jeux de l’amour et du désir tirent les ficelles. A la fois drôle et cruel, le texte relève autant de la farce que de la chronique fantastique. Les Groseilles de novembre est considéré en Estonie comme le meilleur roman d’Andrus Kivirähk.

Ce livre m’a tapé dans l’oeil en premier lieu à cause de sa couverture. Mis en avant au rayon SFFF d’une librairie, elle détonait parmis les couvertures arborants des héros musclés, des paysages sombres, des loup-garous poilus ou des femmes armées jusqu’aux dents. En effet, c’est quoi ce machin avec des bras en balai et cet air bête ? Et cette couverture, façon torchis ? Le libraire s’est trompé de rayon ? Oui et non. Les Groseilles de Novembre entrent bien dans la catégorie fantastique, on y trouve des créatures étranges dans les bois, des démons qui déambulent plus ou moins librement dans les fermes, de la magie, etc. Mais par contre, point de quête, point de héros, ici, tous les personnages sont des têtes à kratt (claques/kratt, krkrkr, pardon).

Ce roman, présenté comme la chronique d’un village estonien au mois de juillet novembre comme l’indique le titre – chaque chapitre est dédié à un jour -, nous fait faire la connaissance d’estoniens superstitieux (quoique), avares, voleurs, stupides pour la plupart et malhonnêtes.

Superstition : Forme élémentaire et particulière des sentiments religieux consistant dans la croyance à des présages tirés d’événements matériels fortuits (salière renversée, nombre treize, etc.).
http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/superstition/75497#jYDoYXvjdHhqhBy3.99

Mais il parle aussi d’amour courtois, de pactes avec le Diable (rien à voir avec Faust), de vaches marines, d’épidémies courantes en ces temps là et nous fait découvrir le passé de ce pays méconnu, sous un angle mordant et critique.

Dans Les Groseilles de Novembre, les jours (et les chapitres) se suivent, mais en se ressemblent pas. On a l’impression de voir de saynètes burlesques se succéder, sans pour autant que l’ensemble ne paraisse incohérent. Après tout, c’est tout un village que l’on suit au jour le jour. Le seul fil conducteur du roman, c’est le comportement exécrable des habitants et leur volonté de flouer le diable afin de s’enrichir. Ainsi que la météo, c’est pas comme ça que les touristes auront envie de venir à cette période de l’année. Malgré tout, le roman et l’univers loufoque de ces Groseilles est fort plaisant.

On retrouve chez Kivirähk des similitudes avec son voisin Paasilinna, au niveau du ton employé, mais j’y ai aussi vu des similitudes avec un livre que, contrairement à ces Groseilles, je n’ai pas pu terminer : La Triste Histoire des Frères Grossbart, à cause du caractère des personnages, des scènes parfois cruelles et crues. Le contexte historique ne doit pas y être étranger non plus.

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En bref, une petite perle d’humour noir et de cynisme.

C’est le premier livre de Kivirähk que j’ai l’occasion de lire, mais ce ne sera certainement pas le dernier. Prochaine étape : L’homme qui savait la langue des serpents.

Entre-deux, Fantastique, Fantasy, Grande-Bretagne

Dragons at Crumbling castle – (The fantastically funny) Terry Prachett

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(The fantastically funny) Terry Pratchett
Editions : Doubleday
ISBN : 9780857534378
338 pages

Illustrations : Mark Beech

Dragons have invaded Crumbling Castle, and all of King Arthur’s knights are either on holiday or visiting their grannies.

It’s a disaster!

Luckily, there’s a spare suit of armour and a very small boy called Ralph who’s willing to fill it. Together with Fortnight the Friday knight and Fossfiddle the wizard, Ralph sets out to defeat the fearsome fire-breathers.

But there’s a teeny weeny surprise in store . . .

Fourteen fantastically funny stories from master storyteller Sir Terry Pratchett, full of time travel and tortoises, monsters and mayhem!

‘So funny I dropped my spoon laughing!’ – King Arthur

Bon, cette fois, je vous évite mon laïus habituel concernant Terry Pratchett, vous allez croire que je radote. Du coup, on va entrer dans le vif du sujet tout de suite.

Terry Pratchett a toujours assumé avoir du mal à écrire des nouvelles. Vous me direz donc, si lui même disais qu’il n’y arrivait que très difficilement, est-ce que Dragons at Crumbling Castle est réservé aux complétistes et collectionneurs ? J’ai le malheur ahem de faire partie de ces deux catégories , et en plus, je suis de mauvaise foi, je dirais que non.

Mais objectivement et réellement, non, cette anthologie est à réserver aux fans inconditionnels, qui veulent découvrir les premiers écrits de l’auteur et les prémices du Disque-Monde ainsi que la version originale du Peuple du Tapis. On y retrouve également l’influence des Monthy Pythons, et le talent de Pratchett pour manipuler la langue est déjà bien présent, néanmoins certaines nouvelles trouvent le moyen de trainer en longueur et manquent de rythme.

Alors si vous souhaitez découvrir le Pratchett originel, foncez, sinon, lisez plutôt ses romans.

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Sinon, il parait que A Blink of the Screen est sorti en français. Va falloir que je complète. On se revoit dans 15 ans, quand ma collection sera terminée.

Animalité, Bibliothèque, Entre-deux, Fantastique, Grande-Bretagne, Science Fiction

Chroniques express – book edition #3

Pour cette troisième édition des chroniques express, nous exploiterons la thématique du malaise. Des lectures qui, sans avoir été mauvaises, m’ont laissé un gout de poussière ou de sang dans la bouche.

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William Kotzwinkle
Editions : Cambourakis
ISBN : 9782366241815
282 pages

Dr Rat, rongeur mentalement déséquilibré et mégalomane, a fait alliance avec la cause des hommes : dans le laboratoire où il est enfermé avec des dizaines d’autres animaux, il prêche la soumission à une science qui leur réserve pourtant un sort peu enviable. Mais le délire masochiste du Dr Rat ne pourra empêcher la révolte de gronder parmi ses congénères : le laboratoire se transforme en champ de bataille révolutionnaire. Paru vingt ans avant L’ours est un écrivain comme les autres, cette comédie animalière de William Kotzwinkle est une fable grinçante et sarcastique qui dénonce vivement la cruauté des hommes envers le règne animal.

Un livre que j’avais repéré en librairie pour le retrouver à la médiathèque. J’avais déjà lu L’Ours est un écrivain comme les autres (surtout à cause de la citation de Terry Pratchett au dos, on ne se refait pas) qui était sympa sans plus (la citation m’a semblé un peu exagérée en fin de compte. Quelle trahison.), on redécouvre ici un point de point de vue animal. Un rat de laboratoire taré observe avec désarroi une révolte animale qui commence avec les chiens de laboratoire, qui continue dans les abattoirs pour se poursuivre dans la savane. Tous les animaux convergent vers un seul point, seul l’Homme ignore cet appel viscéral qui traverse toutes les créatures vivantes.

Ici, à chaque pause de lecture, même avant de découvrir la fin, c’est un gout de sang persistant dans la bouche qui me suivait. C’est le regard torve que je mangeait mon steak haché, c’est la conscience torturée que j’ai acheté du jambon.
Si la fin est prévisible, l’Homme est un loup pour l’Homme est surtout pour les animaux après tout, elle m’a prise aux tripes et m’a donné les larmes aux yeux.
Ce livre date de 1976… 40 ans et il n’a pas pris une seule ride. Malheureusement.
Sur ce, je vais manger du tofu.

 

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Edward Carey
Editions : Grasset
ISBN : 9782246811855
464 pages

Au milieu d’un océan de détritus composé de tous les rebuts de Londres se dresse la demeure des Ferrayor. Le Château, assemblage hétéroclite d’objets trouvés et de bouts d’immeubles prélevés à la capitale, abrite cette étrange famille depuis des générations. Selon la tradition, chacun de ses membres, à la naissance, se voit attribuer un objet particulier, dont il devra prendre soin toute sa vie. Clod, notre jeune héros, a ainsi reçu une bonde universelle – et, pour son malheur, un don singulier : il est capable d’entendre parler les objets, qui ne cessent de répéter des noms mystérieux…
Tout commence le jour où la poignée de porte appartenant à Tante Rosamud disparaît ; les murmures des objets se font de plus en plus insistants ; dehors, une terrible tempête menace ; et voici qu’une jeune orpheline se présente à la porte du Château…
Premier tome d’une trilogie superbement illustrée par l’auteur, Le Château nous plonge dans un univers pareil à nul autre, fantasmagorique et inquiétant, gothique et enchanteur. Edward Carey y révèle des talents de conteur, de dessinateur et de magicien qui font de lui le fils spirituel de Tim Burton et de Charles Dickens.

1 euros sur un vide-grenier, pratiquement neuf, il n’en fallait pas plus pour que ce livre rentre avec moi. Il a fallu ensuite 6 mois pour que je le sorte de ma PàL. Illustré par l’auteur dans un style très sombre, ce livre pour adolescents (je suppose) nous plonge dans un univers aussi noir que ses illustrations, ou la saleté est reine. On a du mal à en sortir, pas vraiment parce que l’histoire est fascinante, mais plutôt parce qu’on a l’impression de sortir du livre recouvert d’une couche de crasse bien épaisse (ou c’est moi qui fait un léger blocage hygiéniste concernant les livres d’occasion…) avec une odeur de décharge dans le nez.

En bref, pas une lecture qui m’a passionnée, l’enchantement promis par la quatrième de couverture n’était pas au rendez-vous, je ne pense pas lire la suite, mais l’atmosphère sombre est parfaitement réussie et oppressante.

 

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Entre-deux, Etats-Unis, Fantasy, Grande-Bretagne, Réécritures

The Sleeper and the Spindle – Neil Gaiman

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Neil Gaiman
Editions : Bloomsbury
ISBN : 978-1-4088-5964-3
69 pages

Illustrateur : Chris Ridell

La Belle et le Fuseau

She was one of those forest witches, driven to the margins a thousand years ago, and a bad lot.
She cursed the babe at birth, such that when the girl was eighteen she would prick her finger and sleep forever.

La Belle et le Fuseau : ce titre français va évidemment vous évoquer un conte bien connu, qu’il s’agisse de la version de Grimm ou de celle de Perrault. Les contes m’ont toujours fascinée, et j’ai ingurgité un nombre incalculable de séries et de films qui les réécrivaient pendant mon adolescence et mes premières années de fac. Mon intérêt a faibli peu avant le début de Once Upon a Time, c’est bien ballot. Mais vous vous souvenez de cette version horrifique de Blanche-Neige, avec Sigourney Weaver ? Ou avez-vous lu les mangas Ludwig Révolution ? Bon, ça, c’était avant que je ne décroche. Puis est venu Neil Gaiman.

The Sleeper and the Spindle nous propose donc une relecture du conte de la Belle au Bois Dormant. Sauf qu’ici, point de prince charmant. Non, ici,  c’est une Reine qui décide, accompagnée de sept nains (ahem), de libérer cette beauté endormie avant de se marier.
Le récit est ponctué de dessins de Chris Riddell, dont le style se rapproche des gravures de Doré (#petitstraits, cf. Boulet et Walter Moers). Le tout forme un objet livre très beau – je ne vous ai pas parlé de sa couverture ! – avec une couverture papier calque couverte de dessins de ronces, qui laisse apparaître par transparence la belle endormie.
La Reine est une reine guerrière, la belle et la sorcière ne sont pas ce que l’on croit de prime abord.
The Sleeper and the Spindle est une réécriture sombre, intelligente et dans l’air du temps.

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Une lecture courte et un bel objet, loin des contes pour enfants, à lire pour tout amateur de contes et de Neil Gaiman.

 

Entre-deux, Fantastique, Grande-Bretagne

The Miniaturist – Jessie Burton

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Jessie Burton
Editions : Picador
ISBN : 9781447250937
424 pages

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On an autumn day in 1686, eighteen-year-old Nella Oortman arrives at a grand house in Amsterdam to begin her new life as the wife of wealthy merchant Johannes Brandt. Though curiously distant, he presents her with an extraordinary wedding gift; a cabinet-sized replica of their home. It is to be furnished by an elusive miniaturist, whose tiny creations ring eerily true.
As Nella uncovers the secrets of her new household, she realises the escalating dangers they face. The miniaturist seems to hold their fate in her hands – but does she plan to save or destroy them?

J’avais repéré ce livre lors d’une de mes pérégrinations en librairie. Comme d’habitude, j’ai noté la référence pour la laisser décanter. Afin de ne pas acheter trop de livres sur un coup de tête, je note ceux qui m’intéressent, je les oublie pendant quelques mois, puis, je retourne voir si leur quatrième de couverture me fait toujours autant envie. Quitte a les commander à ma librairie habituelle où à les réserver à la bibliothèque.

Celui là, je n’y pensait plus trop d’ailleurs, jusqu’à ce que je retombe dessus à la médiathèque. Ni une ni deux, je l’ai emprunté.

The Miniaturist nous emmène vers une époque et un pays peu exploité par la littérature « populaire », c’est à dire, celle qui parvient jusqu’à nous : les Pays-Bas du XVIIème siècle. Nul doute que la littérature battave possède des rayons entiers dédiés à cette époque, mais elle fait rarement des émules chez nous.

Le livre comporte un lexique à la fin qui nous explique les termes et spécificités de l’époque, lexique très appréciable si, comme moi, on y connait strictement rien au commerce et aux colonies des Pays-Bas à cette époque.

Toute l’intrigue semble partir de ce meuble un peu particulier qui hante Pinterest autre autres pages wikipédia :
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Petronella, jeune épouse d’une riche marchand amstellodamois, reçoit cette maison de poupée en cadeau de mariage. A l’époque, ce type de maisons miniatures coutait bien plus cher qu’une vraie habitation. Elle décide de la meubler et contacte un mystérieux miniaturiste qui lui fait parvenir de magnifiques objets qui semblent avoir une signification cachée.
Cette maison et ces objets semblent être le prétexte pour dénouer les problèmes sous-jacents de la nouvelle famille de Petronella : un stock de sucre qui ne se vends pas, une belle-soeur écrasante par son autorité, un mari froid et distant, deux domestiques dont la place est ambigüe.

Si les personnages sont en avance sur leur temps – Petronella et Marin sa belle-soeur sont clairement des personnages aux convictions féministes tandis que Johannes et Otto auraient étés plus acceptés aux Pays-Bas au XXIème siècle (mais pas pour les mêmes raisons) -, au fond, leurs désirs et motivations restent obscures et peu explicités et la conclusion m’a laissé sur ma faim. De plus, Petronella, de part son assurance et sa maturité, m’a parue bien plus âgée que les 18 ans qu’elle est censée avoir. Inconsciemment, je suis partie du principe qu’elle avait la trentaine, pour violemment retomber dans la réalité à chaque mention de son jeune âge.

De plus, dans la dernière partie du roman, certains détails anodins à première vue sont remémorés par Nella avec le recul, afin de les expliciter et de les rendre évidents. L’intention est louable, certes, mais est-ce que le lecteur a un tel besoin d’être pris par la main ? Est-ce que le lecteur est un tel assisté qu’il est incapable d’additionner 1 + 1 ?

Captain_obvious

corbeaucorbeaucorbeaucorbeau

Malgré ces défauts, The Miniaturist est un roman prenant, avec des défauts pardonnables pour un premier roman. Et dans le pire des cas, on sort de cette lecture en ayant la sensation d’avoir appris des choses, et ça, c’est pas donné à tous les livres. Jusqu’au milieu du roman, je croyait au coup de coeur, pour être mitigée sur la fin.

BD - Roman graphique, Entre-deux, France

Emilie voit quelqu’un – Anne Rouquette, Théa Rojzman

Emilie voit quelqu'un

Anne Rouquette, Théa Rojzman
Editions : Fluide Glacial
ISBN : 978-2352075554
104 pages

 

Une BD d’humour sur la psychanalyse !
Émilie a 30 ans – le meilleur âge – mais aussi un copain accro à la télé, des parents gentils (synonyme d’intrusifs) et une soeur parfaite (synonyme d’insupportable). Bref, le quotidien est un peu pesant pour cette instit au look de Mary Poppins ! Décidée à se prendre en main, elle commence une thérapie plutôt déroutante avec une psy aussi aimable qu’un caillou et aux méthodes étonnantes pour cette novice en dogmes freudiens. Et pourtant, avec délicatesse et humour, de lapsus en actes manqués, Emilie retrouve le sourire. Attachante héroïne du quotidien servie par le trait délicat d’Anne Rouquette et la plume subtile de Théa Rojzman, Émilie rend drôle le sérieux sujet de la psychanalyse. Fille de l’écrivain et psychosociologue Charles Rojzman, titulaire d’une maîtrise de philosophie, Théa nous offre une intelligente « Psychanalyse pour les Nul(le)s » !

C’est par hasard que je suis tombée sur cette BD, au en furetant au rayon BD de la Fn*c. Je l’ai feuilleté, et j’aurais bien été partie pour le lire en entier, là, au milieu de l’allée, si l’annonce que le magasin allait fermer n’avait pas retenti.
Du coup, j’ai noté la référence pour plus tard.
C’est finalement sous le sapin que je l’ai retrouvée et que j’ai pu continuer ma lecture.

Emilie, trente ans, vit depuis deux ans avec un mollusque/gameur/geek. Son collègue est hypocondriaque et doit être un habitué des forums doctissimo. Ses parents sont hyper-présents et maladroits, sa sœur parfaite et ses amies sont soit gotho-artistico-dépressives, soit greluches, et Emilie, au milieu de tout ça, tente de trouver ses repères dans un monde d’adultes. Pour tenter de démêler ses problèmes et névroses, elle va voir une psy.
Son collègue décrit les mécanismes et le vocabulaire de la psychothérapie a l’aide de schémas et des grandes explications de vulgarisation, ce qui permet de mieux appréhender les mots qui font peur, comme la dépression entre autres.
Les éditions Fluide Glacial ne sont, pour ce que j’en sais, pas réputées pour leur délicatesse. Je ne m’attendais pas à retrouver le récit de la psychothérapie d’une trentenaire habillée en Mary Poppins chez eux. Et pourtant, cette BD est assez fine et assez représentative de la génération de (presque) trentenaires dont je fais partie (à moins que ce ne soit uniquement mon entourage ? o_O)/

corbeaucorbeaucorbeaucorbeau

En bref, un moment sympathique de lecture, peut-être pas la BD du siècle – n’est pas Maus qui veut (et ce n’est surement pas l’ambition des auteurs) – mais une lecture fort agréable et en plus, on sort de cette lecture en ayant l’impression d’avoir appris des choses (si on a pas fait d’études de psycho et qu’on a vu un psy la dernière fois il y a plus de 15 ans).

Le « à suivre » dans la dernière vignette m’intrigue, je n’ai vu aucune annonce pour une suite pour le moment, mais je suis bien curieuse de connaitre le fin mot de cette thérapie.