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The Good the Bad the Furry – Tom Cox

Life with the World’s Most Melancholy Cat and Other Whiskery Friends

Editions : Sphere
ISBN : 9780751552393
272 pages

Le bon, la brute et le toudou (o_O)

Meet THE BEAR – a cat who carries the weight of the world on his furry shoulders, and whose wise, owl-like eyes seem to ask, Can you tell me why I am a cat, please?

Like many intellectuals, The Bear would prefer a life of quiet solitude with plenty of time to gaze forlornly into space and contemplate society’s ills. Unfortunately he is destined to spend his days surrounded by felines of a significantly lower IQ . . .

RALPH: handsome, self-satisfied tabby, terrified of the clothes horse.

SHIPLEY: mouthy hooligan and champion mouser, rendered insensible by being turned upside-down.

ROSCOE: fiercely independent kitten, tormented by her doppelganger in the mirror.

And then there’s Tom, writing with his usual wit and charm about the unexpected adventures that go hand in hand with a life at the beck and call of four cats . . . or three cats and a sensitive poet who just happens to be a foot high and covered in fur.

Internet, c’est pour les chats, c’est bien connu. Les réseaux sociaux en sont plein. C’est en tombant sur le profil des chats The Bear, Shipley et Ralph sur Twitter que j’ai découvert Tom Cox, un journaliste/écrivain qui parle de musique et de chats. Suivre leurs profils puis le blog de Tom Cox m’a donné envie de découvrir ses romans. C’est donc avec grand bonheur que j’ai trouvé The Good, the Bad The Furry sous le sapin. Je l’ai lu en deux jours et ça, ça ne m’était plus arrivé depuis un an et demi au moins, et ça n’est plus arrivé depuis alors que nous sommes en mars.

Alors pourquoi ce livre ? Ovni littéraire, ce n’est ni un roman, ni vraiment une autobiographie, ni un essai. Je ne saurais trop le qualifier. A première vue, ce livre parle de chats (sans déconner ?), mais il est bien plus profond que ca, il parle de la difficulté à se retrouver seul, fraîchement divorcé, travaillant dans un corps de métier sur le déclin, en pleine campagne anglaise humide dans une maison qui fuit, avec un père qui parle comme la Mort de Pratchett (COMME CA). L’auteur nous parle de son ressenti de campagnard qui retourne à la terre après des errances à la ville, de classic rock (il anime d’ailleurs une émission de radio sur le sujet) et de vinyles.

De base, je n’aime pas les livres sur les animaux : L’incroyable Voyage est un traumatisme, et mon envie de lire Watership Down oscille entre « jamais, ca va me donner envie de me pendre » et « Il parait que c’est trop bien et puis les lapins, c’est mignon » (et il vient d’être réédité, ne me tentez pas !). Mais voilà, souvent, quand ça parle d’animaux, c’est triste. Mais ici, malgré la tristesse inhérente à la longévité de nos animaux, on rit, notamment grâce aux parents de Tom Cox, bien malgré eux.
De plus, l’auteur partage, son plus de son amour pour les chats, son amour pour le classic rock (il anime d’ailleurs une émission de radio à ce sujet) et les vinyles.
Au fond, The Good the Bad The Furry reflète bien ce que c’est que de vivre dans la cambrousse, avec des animaux (domestiques ou non) : c’est souvent drôle, c’est parfois triste, mais au final, même si on sait toujours comment finira notre histoire avec notre animal, on sait qu’on ne la regrettera jamais.

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Amateurs de chats et de musique des années 70, vous y trouverez votre compte.
Il parait aussi que ce livre a été traduit. Le titre est douteux, mais si vous ne lisez pas l’anglais couramment, le problème de la langue ne se pose plus.
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Les Groseilles de Novembre – Andrus Kivirähk

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Chronique de quelques dérèglements dans la contrée des kratts

Editions : Le Tripode
ISBN : 9782370550316
266 pages

Traducteur : Antoine Chalvin

Le destin d’un homme n’est pas facile. On vit, on meurt, puis on se change en démon.

Lire Andrus Kivirähk, c’est à chaque fois se donner la certitude que l’on va entrer de la façon la plus naturelle dans un monde proprement extraordinaire. L’Homme qui savait la langue des serpents (Le Tripode, 2013 – Grand Prix de l’Imaginaire 2014) nous avait habitués à l’idée d’une époque où il était encore possible d’épouser des ours, d’avoir pour meilleur ami une vipère royale ou encore de voler dans les airs à l’aide d’ossements humains. Les Groseilles de novembre démontre un peu plus les talents de conteur de l’écrivain. Nous voici cette fois-ci immergés dans la vie quotidienne d’un village où tout pourrait sembler normal et où, très vite, plus rien ne l’est. Les seigneurs sont dupés par leurs serfs, des démons maraudent, des vaches magiques paissent sur les rivages, les morts reviennent, le diable tient ses comptes, une sorcière prépare ses filtres dans la forêt et, quotidiennement, les jeux de l’amour et du désir tirent les ficelles. A la fois drôle et cruel, le texte relève autant de la farce que de la chronique fantastique. Les Groseilles de novembre est considéré en Estonie comme le meilleur roman d’Andrus Kivirähk.

Ce livre m’a tapé dans l’oeil en premier lieu à cause de sa couverture. Mis en avant au rayon SFFF d’une librairie, elle détonait parmis les couvertures arborants des héros musclés, des paysages sombres, des loup-garous poilus ou des femmes armées jusqu’aux dents. En effet, c’est quoi ce machin avec des bras en balai et cet air bête ? Et cette couverture, façon torchis ? Le libraire s’est trompé de rayon ? Oui et non. Les Groseilles de Novembre entrent bien dans la catégorie fantastique, on y trouve des créatures étranges dans les bois, des démons qui déambulent plus ou moins librement dans les fermes, de la magie, etc. Mais par contre, point de quête, point de héros, ici, tous les personnages sont des têtes à kratt (claques/kratt, krkrkr, pardon).

Ce roman, présenté comme la chronique d’un village estonien au mois de juillet novembre comme l’indique le titre – chaque chapitre est dédié à un jour -, nous fait faire la connaissance d’estoniens superstitieux (quoique), avares, voleurs, stupides pour la plupart et malhonnêtes.

Superstition : Forme élémentaire et particulière des sentiments religieux consistant dans la croyance à des présages tirés d’événements matériels fortuits (salière renversée, nombre treize, etc.).
http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/superstition/75497#jYDoYXvjdHhqhBy3.99

Mais il parle aussi d’amour courtois, de pactes avec le Diable (rien à voir avec Faust), de vaches marines, d’épidémies courantes en ces temps là et nous fait découvrir le passé de ce pays méconnu, sous un angle mordant et critique.

Dans Les Groseilles de Novembre, les jours (et les chapitres) se suivent, mais en se ressemblent pas. On a l’impression de voir de saynètes burlesques se succéder, sans pour autant que l’ensemble ne paraisse incohérent. Après tout, c’est tout un village que l’on suit au jour le jour. Le seul fil conducteur du roman, c’est le comportement exécrable des habitants et leur volonté de flouer le diable afin de s’enrichir. Ainsi que la météo, c’est pas comme ça que les touristes auront envie de venir à cette période de l’année. Malgré tout, le roman et l’univers loufoque de ces Groseilles est fort plaisant.

On retrouve chez Kivirähk des similitudes avec son voisin Paasilinna, au niveau du ton employé, mais j’y ai aussi vu des similitudes avec un livre que, contrairement à ces Groseilles, je n’ai pas pu terminer : La Triste Histoire des Frères Grossbart, à cause du caractère des personnages, des scènes parfois cruelles et crues. Le contexte historique ne doit pas y être étranger non plus.

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En bref, une petite perle d’humour noir et de cynisme.

C’est le premier livre de Kivirähk que j’ai l’occasion de lire, mais ce ne sera certainement pas le dernier. Prochaine étape : L’homme qui savait la langue des serpents.

Stand-up ! – Anthony McCarten

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Anthony McCarten
Editions : Piranha
ISBN : 9782371190276
249 pages

Traducteur : David Tuaillon

Stand-up!

Azime, jeune femme timide d’origine kurde, a grandi dans une banlieue de Londres, déchirée entre l’Orient et l’Occident, l’islam et la laïcité, le foulard et les petits hauts sexy. Et maintenant que des bombes explosent dans les rues et le métro, être Azime devient plus compliqué encore. Comment vivre dans deux mondes si différents, qui tous deux dictent qui on doit être et ce qu’on doit faire ?
Lorsqu’une de ses camarades kurdes est retrouvée morte à cause d’un choix amoureux que réprouve sa famille, Azime décide de réagir : la meilleure façon d’échapper à un destin aussi tragique ne serait-elle pas d’en rire ? Elle se lance un défi qui paraît impossible : mettre un niqab, monter sur scène et devenir la première humoriste de stand-up musulmane du monde !

Incroyable, encore un livre de la rentrée littéraire de 2015 ! Un jour, je finirai par parler du Goncourt. Voici bien une lecture dans l’air du temps, quand Elisabeth Badinter appelle à boycotter les marques proposant de la mode « modeste », les marques qui décident que les femmes musulmanes sont des consommatrices et cibles marketing au même titre que les femmes non voilées, ce livre donne la parole à Azime, jeune kurde, qui décide de porter le niqab sur scène.

Azime vit avec ses parents, son frère et sa soeur dans une petite maison au nord de Londres, dans un quartier uniquement peuplé de kurdes, et que les médias appelleraient en ce moment une « zone de non droit ». Deux policiers pour une centaine de petites frappes en moyenne, un crime d’honneur dont la police se moque, des amies mariées à des hommes violents à peine arrivées à la majorité, et une mère qui court les agences matrimoniales pour caser sa fille qui a le malheur de trop penser par elle-même sont le quotidien de cette jeune femme qui a refusé de porter le voile et qui travaille bénévolement dans le magasin de meubles de son père. Elle cherche le réconfort auprès d’un ami kurde également, esprit libre à la syntaxe tout aussi libérée des conventions que lui-même, qui va lui permettre de commencer le stand-up.

On pourra d’ailleurs noter que le titre présente non seulement l’activité d’Azime,  mais aussi sa conviction profonde de se lever pour faire entendre ce qu’elle à dire. Ce qui semble très mal vu au sein de sa communauté et de sa famille.

Si les coutumes kurdes me sont totalement étrangères et que je ne saurait dire si celles-ci sont représentées de manière correcte (n’oublions pas que l’auteur est un homme blanc a priori étranger à ces questions de niqab ou de jupe trop courte/trop longue), les problématiques féministes sonnent juste : entre Dondu, féministe en herbe qui se plie aux traditions pour ne pas déplaire à sa famille (combien d’entre nous s’épilent alors que ça nous gonfle, juste pour ne pas être regardées de travers en été ?), Azime qui tente d’échapper au mariage, supposé être la seule voie possible pour une femme (avec la maternité, bien évidemment, un enfant hors mariage ? Putain de Babylone !), et le problème rencontré par les femmes qui osent dire ce qu’elles pensent et ce peut importe leur religion ou leur couleur de peau.

Si Azime est l’humoriste dont le monde a besoin au moment où il en a besoin, Stand-up ! est le livre dont on a besoin en ces temps perturbés.

 

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 Si seulement sa fille pouvait apprendre à fermer sa bouche, à écouter plus, à se comporter avec plus de modestie et d’humilité, à être loyalement au service des autres, libérée de cette ravageuse pression occidentale qui pousse à avoir une vie plus grande que son destin.

Alors ces longs siècles, avec tout ce qu’il avaient apportés, n’avaient vraiment pas servis à grand chose, si ne pas plier aux croyances de quelqu’un d’autre valait toujours la même peine capitale.

Blasmusikpop – Comment un ver solitaire changea le monde – Vea Kaiser

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Vea Kaiser
Editions : Presses de la Cité
ISBN : 978-2-258-11337-4
519 pages

Traducteur : Corinna Gepner

Blasmusikpop oder Wie die Wissenschaft in die Berge kam

Johannes se destinait à autre chose qu’à cette vie fruste dans le village de ses ancêtres. Son grand-père, Johannes premier du nom, avait lui-même quitté Saint-Peter-sur-Anger pour aller étudier en ville – et observer le développement des vers solitaires ! –, avant de revenir et de s’établir comme médecin. C’est ce dernier qui a communiqué à son petit-fils son goût du savoir et sa passion pour Hérodote, qui font de lui aussi un original dans ce microcosme alpin où se cultiver est considéré comme hautement suspect. Ainsi, lorsque le jeune homme échoue au baccalauréat, quel drame ! Le voici condamné à rester parmi les « barbares ». Et il ne tarde pas à se faire embrigader dans l’un des événements majeurs de la localité : la venue d’un grand club de football hambourgeois…

Des dialogues savoureux, une langue inventive, tantôt désuète, tantôt moderne, des personnages hauts en couleur, un luxe de détails, de l’esprit, beaucoup d’esprit. Avec son premier roman, très remarqué au moment de sa parution, Vea Kaiser s’en est donné à cœur joie.

Mes chers téléspectateurs !

C’est une grande première ! Plusieurs premières mêmes :

  • c’est le dernier livre entré dans ma PaL, il a moins de deux semaines. D’habitude, il faut des mois, voire des années à un livre avant d’être lu (le temps qu’ils mûrissent, tout ça, je voudrais pas lire un livre encore vert…)
  • c’est un livre autrichien, mais lu en français, ce qui arrive, mais pas souvent. D’habitude, j’essaie de lire en V.O. si je la maîtrise. Sauf que là, c’était un cadeau, et que pour trouver des livres en allemand, faut aller à Kehl.
  • ce n’est pas un roman de l’imaginaire. C’est un roman. Mais qui se passe dans la vraie vie, dans le vrai monde (quoique…)
  • et surtout… c’est un livre sorti lors de cette rentrée littéraire 2015. Oui, nous sommes en octobre. Et oui, je l’ai déjà lu.

Il s’agit de Blasmusikpop, roman autrichien qui se présente sous la forme d’une chronique sur une famille et le village dans lequel elle vit depuis des générations. Tout commence dans les années 50, un habitant de St-Peter-sur-Anger, village fictif des Alpes autrichiennes attrape un ver solitaire. Fasciné par ce qui se passe en lui, il décide de devenir médecin. Pour cela, il doit quitter ses montagnes natales. Lorsqu’il revient au bout de 7 ans, rien n’a changé au village à part lui-même.

Nous suivons ensuite la vie de ses descendants, jusqu’en 2010. Son petit-fils a suivi les traces intellectuelles de son grand-père, St-Peter-sur-Anger lui semble trop petit et l’état d’esprit qui y règne bien trop étriqué. Sauf qu’il échoue à obtenir le bac qui lui aurait permis d’aller à la grande ville, de faire des études, et de devenir un grand chercheur. Condamné à rester au moins un été parmi les barbares, comme il appelle ses concitoyens, il décide de les étudier tel Hérodote, son grand héros, mais rien ne se passe comme prévu, les barbares ne sont peut-être pas tous aussi barbares qu’il le pensait, le regard qu’il porte sur eux change, et le regard qu’ils portent sur lui également.

Mais ! Non ! Revenez !

J’ai beaucoup aimé ce livre, qui m’a beaucoup parlé et m’a évoqué par certains aspects mon petit coin de Moselle natal. La campagne profonde, le parler local qui écorche le bon français, les chanteurs allemands de schlager (oui, bon, hein, la frontière est a moins de vingt km, on échappe pas à son voisin), la neige, les bus scolaires qui affrontent des centimètres de neige en hiver, les passe-temps adolescents douteux (qui n’a jamais vu d’attroupement d’ados avec des scooters pétaradants sur la place centrale d’un village perdu pendant les vacances scolaires ?), tout ça m’a rappelé ma propre jeunesse dans une campagne reculée, éloignée de plus d’une demie heure de voiture de toute ville de plus de 10 000 habitants.

Cette réécriture du rat des villes et du rat des champs a ce charme alpin rappelant les refuges perchés dans la montagne qui sentent bon la bière, la charcuterie, la culotte de peau et le bois.

Certaines chroniques que j’ai lues disaient que ce livre n’avait pas été apprécié parce que les vers et le foot ne faisaient pas partie des centres d’intérêt du lecteur. Ils ne font pas partie des miens non plus. D’ailleurs, le ver solitaire n’est qu’un prétexte. En aucun cas vous ne lirez un documentaire sur le ver solitaire (heureusement, d’ailleurs), ni une chronique détaillée du foot, qui ne sert également que de prétexte. Par contre, ce qui peut rebuter, ce sont toutes ces allusions à la culture populaire germanique et à la vie à la campagne la plus reculée : le Musikantenstadl (tant que vous n’avez pas vu le Special Nouvel An, vous n’avez pas souffert des oreilles), les traditions populaires campagnardes – passez en juin devant une auberge de petite ville allemande et admirez l’arbre défraichi orné de rubans qui pendouille horizontalement sur la façade… -, Andy Borg, sorte de Pascal Sevran en culotte de peau… Si vous n’avez pas d’atomes crochus avec nos voisins d’outre-Rhin, là, éventuellement, oui, passez votre chemin. Ce qui peut rebuter également, c’est la chronique ethnologique sur les barbares un chapitre sur deux, qui va des origines de l’humanité à maintenant.

Quand à la traduction, la chose n’a pas dû être aisée : retranscrire un patois autrichien vers un patois français n’est pas facile, donc bravo mais « Heureux comme Dieu en France », c’est une expression idiomatique allemande et ne se traduit pas littéralement, gngngngngngn, faut pas faire comme dans les vieux King

Donnez une chance à Blasmusikpop, ça ne parle pas (trop) de vers solitaires, ni de foot, promis ! Par contre, ça parle beaucoup d’Hérodote, et ça, aucune chronique n’en parle (la mienne non plus, au fond).

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(Il y a trop de parenthèses dans cet article.)

Not that kind of girl – Lena Dunham

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Lena Dunham
Editions : Random House
ISBN : 9780812994995
265 pages

Not That Kind of Girl: Antiguide à l’usage des filles d’aujourd’hui

« There is nothing gutsier to me than a person announcing that their story is one that deserves to be told, » writes Lena Dunham, and it certainly takes guts to share the stories that make up her first book, Not That Kind of Girl. These are stories about getting your butt touched by your boss, about friendship and dieting (kind of) and having two existential crises before the age of 20. Stories about travel, both successful and less so, and about having the kind of sex where you feel like keeping your sneakers on in case you have to run away during the act. Stories about proving yourself to a room of 50-year-old men in Hollywood and showing up to « an outlandishly high-fashion event with the crustiest red nose you ever saw. » Fearless, smart, and as heartbreakingly honest as ever, Not That Kind of Girl establishes Lena Dunham as more than a hugely talented director, actress and producer-it announces her as a fresh and vibrant new literary voice.


Je vous avais déjà parlé de Girls il y a un petit moment déjà. Du coup, quand j’ai vu que Lena Dunham avait publié un livre qui avait l’ambition de raconter au monde ce qu’elle avait appris, que son histoire valait la peine d’être racontée, j’étais curieuse. Ayant le même âge, je n’ai pas l’impression de pouvoir faire la leçon à quiconque, mais en même temps, moi, je n’évolue pas à Hollywood…

Dès le départ, elle annonce la couleur, elle voulait nous raconter ses erreurs, pour empêcher les autres de les faire. Ce qui n’a pas manqué de me faire tiquer. J’ignorais en effet que savoir que les autres font des conneries nous empêchait de faire les mêmes (si c’était le cas, il n’y aurait aucun accident de la route pour cause d’alcoolémie trop élevée parce que personne ne prendrait le volant en étant imbibé, et le voisin de table ne gouterait pas ce plat trop épicé qui nous a fait devenir tout rouge et expulser de la fumée par le nez). Donc, Lena Dunham nous raconte de manière décousue ses jeunes années, sa quête de l’homme qui lui prendrait sa virginité, ses excès alimentaires sous forme de liste, ses soirées alcoolisées, ses soirées où elle prêtait son lit à des hommes pour ne pas coucher avec (pas qu’il faille coucher avec, hein, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas pensé), ses découvertes de capotes dans les plantes vertes et ses séances de psy.

Au niveau du contenu, j’ai eu du mal a y trouver un intérêt quelconque, les anecdotes se suivent sans vraiment démontrer d’un recul qui permettrait de montrer qu’effectivement, elle en ai tiré une leçon (mis à part le fait que manger trop de pâté de foie fasse vomir…). Par contre, ce contenu dévoile l’aspect autobiographique de sa série et l’envers du décor Hollywoodien et des rapports entre de jeunes réalisatrices pleines d’entrain et d’idées et leurs homologues masculins plus âgés.

Au niveau de la forme, les anecdotes sont classées par thématique, mais ne sont pas chonologiques à l’intérieur des thématiques, ce qui donne à l’ensemble un aspect décousu. En effet, dans le premier chapitre, où elle parle de sa frustration à être encore vierge à la fac, elle partage son désespoir avec une amie qu’elle perd de vue une fois l’acte consommé (pas ensemble, hein) – d’ailleurs, la formulation de cette partie laisse à penser que la seule chose qu’elles avaient en commun était d’avoir un hymen intact, ce qui les rendait complices, une fois l’objet de leur désespoir envolé, plus besoin d’une compagne d’infortune -. Trois chapitres plus tard, elle est toujours à la fac, on ne sait pas si elle est encore vierge, mais en tout cas, l’amie est encore là. Encore deux chapitres plus tard, elle a 13 ans et la rencontre pour la première fois.
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Alors, l’histoire de Lena Dunham valait-elle la peine d’être racontée ? Pour son compte en banque, certainement. Pour le lecteur ? C’est discutable. J’aurais appris en tout cas que manger trop de pâté de foie faisait vomir, que mélanger du Xanax, de l’extasy et des alcools forts en l’espace de 3 heures est une très mauvaise idée (merci Lena, je m’en serais pas doutée), et qu’à New York, les gens branchés boivent de l’eau dans des Mason Jars parce qu’ils n’ont plus de verres normaux. Et surtout, que Lena Dunham adore s’écouter parler.

Bon, je vous laisse, je vais prendre un Doliprane 1000 effervescent dans un pot de confiture avant de lire les bouquins de Youtubeuses.

Bon, en vrai, je vous laisse quand même une citation dans laquelle je me suis reconnue jusqu’au bout, parce qu’il y en a eu au moins une :

Is togetherness killing your productivity? When’s the last time you stayed up until 4:00 AM testing the boundaries of your consciousness and googling serial killers ?

Mémoires d’un Maître-Faussaire – William Heaney

Mémoires d'un maitre faussaire - William Heaney

William Heaney
Editions : Bragelonne
ISBN : 978-2-35294-266-5
334 pages

Memoirs of a Master Forger

Traducteur : Mélanie Fazi

William est un faussaire spécialisé dans les livres. Il est doué pour l’écriture mais préfère griffonner incognito des poèmes pour un ami plus séduisant que lui et fabriquer des exemplaires factices de premières éditions de Jane Austen qu’il vend ensuite à des collectionneurs crédules. Il n’est pas si mauvais, au fond : il reverse l’argent à un foyer pour SDF et ses crimes ne font de mal à personne.

Mais si William n’a rien fait d’autre de sa vie, ce n’est pas sans raison. Il a commis quelque chose quand il était étudiant qui lui a fait honte, boit beaucoup trop et ne peut s’engager dans une relation amoureuse. Ah oui, et il voit des démons. Des silhouettes éthérées qui rôdent derrière le dos de ceux qui l’entourent, guettant un instant de faiblesse. A moins que William voie simplement la souffrance du monde ?

C’est alors qu’une femme extraordinaire, peut-être capable de l’en sauver, entre dans sa vie…

Un roman fantastique ?

Ce livre, à la couverture digne des plus belles éditions falsifiées dont William et son acolyte Stinx pourraient être les auteurs, est un roman étrange et complexe. D’un part, il est un guide complet des pubs de Londres, le personnage principal étant un grand buveur, de l’autre, il est une magnifique supercherie : en effet, William Heaney n’existe nulle part ailleurs que dans ce livre, malgré le réalisme de ce perdant, alcoolique, divorcé, philanthrope et névrosé.

Ma lecture remonte à plusieurs mois déjà. Je ne savais pas trop quoi en penser à ce moment là et il m’a fallu murir ma réfléxion, car ce roman a plusieurs niveaux de lectures. Celui du roman fantastique, et aussi celui du roman philosophique. Car William voit des démons. Il les voit partout. Ces démons sont-ils réelement des créatures sorties des enfers ? Ou bien sont-ils une allégorie des souffrances de chacun ? Le doute est permis, le roman faisant la part belle aux ellipses temporelles et retours en arrières, où les rituels sataniques sont légions et semblent bel et bien fonctionner, et les démons étant légion au centre GoPoint, refuge pour les SDF auquel il verse toutes les recettes de ces escroqueries. Le point de vue reste à tout moment celui de William, qui est le seul à voir ces créatures, qui ne semblent jamais vraiment interagir avec leurs victimes et n’avoir aucun pouvoir d’action. De plus, il souffre d’alcoolisme, ce qui peut mettre à mal la véracité de sa perception du monde.

Les mémoires d’un faussaire ?

Mémoires d’un Maitre Faussaire s’articule comme des mémoires traditionnelles, le rythme est lent, très lent. Si l’on s’attend à des rebondissements liés à la falsification de livres, il n’en sera rien, ou pas grand chose, il s’agit là plus d’un prétexte, et d’une mise en abyme du roman même. Comme évoqué plus haut, William Heaney n’existe pas, il est le narrateur et l’auteur annoncé sur le livre (en France, tout du moins, l’édition anglaise est moins trompeuse – ou joueuse ? – et annonce le réel auteur), mais il n’est pas réel, il ne s’agit pas de ses mémoires, mais de la description des erreurs potentielles de toute une vie. Il raconte sous un faux nom de fausses mémoires, et se place ainsi en falsification ultime. Et pour cela, je dois dire que je ne regrette pas une seule seconde d’avoir lu ce roman en français, alors que je suis une grande amatrice de lecture en V.O., la qualité de la traduction étant, en plus de ça, vraiment excellente. Le roman dépeint avec justesse les errances psychologiques des Hommes, et c’est bien de cela dont il s’agit dans ces Mémoires d’un maitre faussaire.

Néanmoins, ce mélange de recel de livres anciens (ou pas, finalement) et de rituels sataniques donne une ambiance particulière au livre, un peu comme si le film La Neuvième Porte avait été un bon film, mais en livre, m’voyez ?

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Il ne s’agit pas d’un livre simple à appréhender, ni d’un livre purement fantastique, donc ne conviendra pas à ceux qui cherchent un roman fantastique facile, mais il vaut la peine d’être découvert.

 Peu importe la quantité qu’on a bue, si on commence à payer pour un peu de réconfort sexuel, on l’invite à prendre dans sa vie une place phénomènale. Faramineuse.

Et puis, c’était quoi, cette histoire de « crise de la cinquantaine » ? De mon point de vue, la crise avait commencé quand on m’avait arroché du sein maternel et la situation restera critique jusqu’à ce que je sois réconforté par le noir tétin de la mort. Rien à voir avec la cinquantaine. La vie elle-même est une crise du berceau à la tombe.

Le Roi Pâle – David Foster Wallace

Le Roi Pâle

Apprenti au centre des impôts de l’Illinois, où les nouveaux arrivants doivent recevoir une formation de survie à l’ennui, David Foster Wallace observe les personnages extraordinaires attirés par cet étrange métier. Protagoniste de son dernier roman, il dessine sur un registre épique une parabole de la culture postindustrielle, examine avec inquiétude l’individu pris dans les mailles du système global et propose une nouvelle idée de l’héroïsme.

featherCet auteur m’était complètement inconnu jusqu’à l’automne dernier, où j’ai collecté un certain nombre de journaux gratuits afin d’emballer ma vaisselle avant de déménager. Quel est le rapport, me direz-vous ? Y’en a pas, sauf qu’un numéro du journal Métro parlait de cet auteur en termes dithyrambiques (bon, bon, Métro, c’est pas non plus Le Magazine Littéraire, mais moi, ça me va). Le livre venait de paraitre, et même si le sujet des impôts n’est pas passionnant du tout, j’étais curieuse. Du coup, à Noël, il était sous le sapin, je l’ai commencé en décembre, et l’ai terminé il y a deux semaines. Plus de 600 pages denses et bourrés d’informations concernant les impôts ont eu raison de moi. Parce qu’on y trouve des chapitres entiers sur… la façon dont sont comptabilisés les impôts aux États-Unis. Sans doute passionnant pour un employé des impôts, un économiste, mais pas vraiment pour quelqu’un qui fait des cauchemars à base de maths. L’intérêt du livre ne se situait vraiment pas là dans ce livre. Il se situe dans la fresque des personnages. On suit différents personnages dans les années 70, enfants, sans rapports les uns avec les autres, pour les retrouver plus tard, derrière un bureau, à remplir des formulaires avec un crayon bien taillé.

En ce qui concerne le style, il est fouillis, labyrinthique est le mot utilisé par les amateurs de l’auteur, et est peut être plus complexe à suivre que ses autres œuvres, du fait qu’il s’agit d’un livre inachevé dont les notes éparses ont été assemblées tel un puzzle. Les phrases sont longues et métaphoriques, les chapitres inégaux, non pas dans leur qualité, mais dans leur style. Un chapitre peut faire plus de 100 pages de récit sur un personnage ou sur l’auteur lui même, puis être suivi d’un chapitre télégraphique de 2 pages sur ce qui se passe dans un service des impôts, suivi d’un autre chapitre recensant les pathologies rencontrées par les employées. L’avant-propos est situé, volontairement au chapitre 9, avant-propos entrecoupé de pages entières de notes de bas de pages, chose que je n’avais plus vue depuis Johnathan Strange et Mr Norell. Certains chapitres autobiographiques montrent l’évolution de la personnalité de l’auteur, de déchet nihiliste à inspecteur des impôts investi (oui, c’est possible), et expliquent cette évolution. D’autres racontent d’une manière froide l’enfance de ses collègues, de la victime d’un beau-père abusif au premier de la classe haï de ses camarades. Certains sont des réflexions sur la société de consommation actuelle.

J’ai mis énormément de temps à terminer ce livre sans doute à cause de son atmosphère oppressante, et du rendu précis et photographique de l’ennui de la vie dans les petites villes des États-Unis. J’aurais pu abandonner ce livre aussi, mais après l’avoir laisser reposer pendant plus d’un mois sans l’ouvrir, son appel a été le plus fort et je l’ai terminé, sans regrets. Car malgré l’ennui décrit dans les pages, il a réussi le coup de maître de rendre l’ennui fascinant. Déprimant, mais étrangement fascinant. Même si j’ai survolé les paragraphes d’explications du système des impôts. Parce que l’intérêt du truc n’est vraiment pas là.

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Par contre, ce livre réclame une lecture à la con qui suit, hein.

Morceaux choisis :

[…] endurer longtemps l’ennui dans un espace confiné, voilà ce qu’est le vrai courage. Cette endurance, que vous le vouliez ou non, constitue le distillat de ce qu’est aujourd’hui, dans ce monde que ni vous ni moi n’avons faits, l’héroïsme.

Messieurs, bienvenue dans la réalité – il n’y a pas de public. Personne pour vous applaudir, pour vous admirer. Personne pour vous voir. Comprenez-vous ? Voici la vérité – dans la réalité, l’héroïsme ne reçoit aucune ovation, ne divertit personne. Personne ne se presse pour y assister. Personne ne s’y intéresse.

Cette campagne massive qui place l’individu sur un piédestal va consolider d’énormes marchés de gens foncièrement convaincus d’êtres solitaires, sortis du lot, et on les brossera dans le sens du poil à chaque coin de rue.

La Coureuse – Maïa Mazaurette

Portrait d’une femme qui doute, qui aime. Chronique d’une sexualité qui se veut sans attache, La Coureuse est le livre de notre époque.

« Copenhague m’attend, et dans le miroir avant de partir, une inconnue plus jolie que moi pose la dernière touche de mensonge sur son visage. Rouge. Sur les lèvres. Les fards absurdes cachent des tatouages de guerre, des agressions publicitaires, des stratégies marketing. Il m’aimera. Je l’aurai.

Cette inconnue a des cheveux blond foncé, nouvelle couleur pour une nouvelle aventure, toute une vie à reconstruire. C’est pourmieux devenir une femme, mon enfant. C’est pour mieux laisser pousser les dents sous la poudre. »

Maïa vit une passion ravageuse avec un jeune et (très) beau Danois. Parce c’est difficile, elle va s’accrocher et aller jusqu’au bout des compromissions possibles. Parce qu’elle se sert de la féminité comme une arme, le couple devient le lieu de toutes les manipulations. Que fait-on quand on a le prince charmant dans son lit ? Que se passe-t-il après le conte de fées ?

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Fidèle lectrice de Sexactu jusqu’à la fusion avec GQ (je peux pas, la mise en page me rebute), j’ai toujours voulu lire un roman de Maïa Mazaurette. Il se trouve que j’ai commencé par celui-ci, alors qu’il n’a rien en commun avec ses romans précédents, tous à placer dans la catégorie SF ou fantasy, ce qui est bien plus mon rayon. La Coureuse est pourtant plus proche thématiquement de son blog, et aussi des livres qu’elle a écrit en collaboration avec Arthur de Pins. En fait, a bien y réfléchir, j’ai commencé a espacer mes visites sur son blog au début de son aventure danoise. Par lassitude peut être. J’y repasse de temps en temps, juste assez pour mettre en relation les évènements relatés dans ce roman et ceux dont elle a parlé sur son espace virtuel. Parce que ce roman est une autofiction.

Autofiction : n.f., Genre littéraire qui combine de façon ouvertement contradictoire deux types de narrations opposés : l’autobiographie et la fiction.

  • L’autofiction est le récit d’événements de la vie de l’auteur sous une forme plus ou moins romancée.

Autofiction dans laquelle nous rejoignons Maîa revenant de Norvège, où elle vient de tromper son petit ami allemand avec un séduisant jeune entrepreneur danois, Morten (à prononcer Moooo-den). Elle a passé deux ans avec son petit ami, elle considère qu’il est temps pour elle de passer à autre chose, d’aller chasser ailleurs, et sa nouvelle cible est Morten, qui semble l’avoir oubliée. Après l’avoir « chassé », elle se retrouve dans une relation abusive avec un pervers narcissique qui n’est jamais satisfait d’elle ni de l’image qu’elle projette aux autres. Trop grosse, trop française, trop transpirante, pas assez parfaite. Elle se plie à toutes ses exigences, dans l’espoir d’être aimée, non pas pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle s’efforce d’être. Ce rapport de force est d’autant plus amplifié que Morten est plein d’ambition, et qu’il réussi ce qu’il entreprend professionnellement. Parce que l’argent change tout, parce qu’il simplifie la vie, mais complique les rapports entre les gens.

Si, très honnêtement, l’histoire entre Maîa et Morten ne m’a pas plus passionnée que ça, elle analyse avec finesse l’influence du patriarcat sur les femmes, les hommes, et le rapport de force dans les relations de séduction hétérosexuelle. Quelle femme hétérosexuelle ne s’est jamais épilée avant un rendez-vous galant pour se retrouver face à un homme pour qui le plus gros effort pour s’apprêter consistait à avoir pris une douche avant de venir ? Combien de femmes ont dû jouer à la femme fragile pour ne pas faire peur ? Combien de femmes sont complexées parce qu’elles ne ressemblent pas aux mannequins sur papier glacé ? Et combien de ces complexées pensent que leurs bourrelets les rendent indignes d’être aimées ? Elle questionne aussi la place donnée aux femmes et les armes qui restent à notre disposition si nous voulons malgré tout avoir des relations sentimentales : être jolie, docile, légère, intelligente mais pas trop, et les femmes s’y plient parce qu’on attire pas les mouches avec du vinaigre. Constat assez pessimiste et discutable, et sans doute influencé par la relation abusive relatée dans ces pages.

On découvre aussi une Maîa fragile et qui a, malgré son militantisme féministe, bien integré les mécanismes du patriarcat. Qui a toujours vécu pour les autres et qui semble, à 32 ans, ne toujours pas se connaitre, ni forcément s’aimer.

On découvre aussi un portait de technophile accro à « la machine à se couper du monde » qu’est le smartphone, hyper-connectée, tout le temps, partout, à faire croire à ses amis sur la toile que sa vie est bien plus formidable qu’elle ne l’est réellement. Parce qu’on ne peut pas mettre sur Facebook, ce qu’on fait sans que les autres ne le sachent, n’existe pas vraiment, n’a jamais vraiment eu lieu. Parce que si les autres ne s’ébahissent pas de notre vie si fantastique, elle ne vaut pas la peine d’être vécue.

Sur la forme du livre, par contre, il s’agit d’une première édition bourrée de coquilles et d’erreurs de ponctuation, qui seront corrigées, je l’espère, dans les éditions suivantes.

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A lire, pour les analyses de société. Pour l’histoire de couple, vous pouvez aussi lire n’importe quel témoignage de victime de pervers narcissique.

Morceaux choisis :

Ils pensent vraiment que les femmes, ça se réveille un matin avec un utérus qui parle ?

Il se trouve que je suis née femme, donc que les hommes ne m’aimeront jamais comme je suis.

Jamais je ne serais parfaite. Jamais je ne ressemblerai à une photo de magazine. Jamais personne ne m’aimera assez pour m’arracher au cycle des deux ans. Parce que je ne le mérite pas.

Il y a des hommes comme ça, qui savent où trouver les derniers espaces de virginité. Ceux qu’on ignore soi-même.

[…]ce qui ne peut pas être posté sur Facebook n’existe pas, et maintenant que je n’ai plus de téléphone, je ne sais plus où déverser mes émotions. Donc j’arrête d’avoir des émotions.

Je m’attache à mon rôle : être jolie et pas dérangeante […] Je reprendrai le pouvoir quand j’aurai donnné assez de gages de docilité.

Ce que j’aimerais : réussir à me penser en dehors de l’oeil masculin. Les hommes ont ce luxe […] C’est possible si je renonce à l’amour : parfaitement impossible, donc.

Ce sont les hommes qui nous font femmes, ce sont eux qui le regretteront. Je suis une femme et vraiment, vous allez me le payer.

Lolita – Vladimir Nabokov

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Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-liii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palis pour taper, à trois, contre les dents. Lo. Lii. Ta.

Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chausette. elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. elle était Dolores sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita.

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Lolita, livre sulfureux, scandaleux. Il failli ne jamais paraitre, et je failli ne pas le lire. Parce qu’il était classé parmi la littérature érotique sur Amazon. Parce qu’il est considéré comme une éloge du pédobearisme (admirez la pirouette pour éviter les requêtes glauques). Parce que la chanson d’Alizée. Mais il était dans la liste longue comme mon bras (ou peut être même les deux), et qu’il a été au programme du CAPES une année ou j’ai eu la lubie de vouloir le passer la rentrée d’après, du coup, je voulais me préparer. (La lubie a duré deux semaines, ensuite, je me suis rendue compte qu’il faudrait, en cas incroyable de réussite, que j’affronte une classe d’adolescents en pleine crise… J’en ai eu assez pendant la mienne, ça ira, merci.) Mais du coup, j’avais ce bouquin sur les bras. Je voulais pas m’en débarrasser avant de l’avoir lu, ben, du coup, je l’ai lu. Logique.

On a donc d’un côté, Humbert Humbert (le pauvre, pas étonnant qu’il soit tordu avec un nom pareil), qui ne s’est jamais remis d’une coucherie manquée à l’adolescence et qui, depuis, fantasme sur les jeunes filles en fleur. Du coup, je sais d’où vient la théorie de l’origine du pédobearisme évoquée également dans ce pilier de la littérature qu’est La Joconde Sanglante.

Chaque nymphette qu’il croise, il la possède, grâce à ses fantasmes, et par son seul désir, sans même les toucher. En soi, c’est inoffensif. Flippant et tordu, mais inoffensif, il ne leur parle pas, et ne les touche pas. Il les regarde juste. Comme un pervers. Certes. Mais pas toutes les jeunes filles sont des nymphettes. Seulement certaines. Avec des attributs totalement aléatoires. Je n’ai toujours pas compris ce qui faisait d’une gamine une nymphette.

Humbert a, en tout cas, une vision étrange de la place de la femme. Son épouse sensée cacher et assouvir ses pulsions secrètes ne devrait pas pouvoir prendre en main son propre destin et disposer de son bien-être. Et, d’un autre coté, lorsqu’il se renseigne au sujet d’une école pour Lolita, il est effaré par l’enseignement qui y est dispensé, qui se rapproche de celui de la ménagére soumise et docile parfaite, ou encore lorsque l’amant de sa femme parle à sa place, comme si elle n’était qu’une pupille passant d’un tuteur à un autre.

Le récit est celui du personnage principal, sorte de confession ultime devant un tribunal, celui de ses amours interdites avec une jeune fille de 12 ans, qui, comme beaucoup d’enfants de son age, jouait à séduire, sans se méfier des conséquences, et se retrouve prises dans un engrenage infernal, dont elle ne sortira qu’en usant de stratagèmes pour enfin s’enfuir.

Comme il s’agit des pensées de l’homme que nous suivons, parfois, on se surprend à le prendre en pitié. Mais très honnêtement, le plus souvent, on a simplement envie de facepalmer. C’est là le souci de ce livre, stylistiquement, il est magnifiquement écrit. Mais le contenu est nauséabond. Je suis perplexe et déchirée entre l’écriture, superbe, et le propos.

Par contre, le classement dans « l’érotique » est plus qu’éronné. Même s’il s’était s’agit ici d’une relation entre adultes consentants, ce livre n’aurait rien eu d’érotique. D’une histoire d’amour à sens unique, peut-être. D’une histoire décrivant la relation entre la victime et son bourreau, sans doute, mais aucunement d’une histoire érotique. Et au vu du sujet, je ne peux que saluer le choix d’avoir omis les scènes charnelles entre les protagonistes, qui n’auraient fait que renforcer mon malaise.

Du coup, je ne sais pas comment considérer ce livre, oui, il m’a mis mal à l’aise parfois. Mais le style est magnifique. Mais… Mais… Arg…

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Barbe Bleue – Amélie Nothomb

ANBB

La colocataire est la femme idéale.

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J’avais dit, dans un des premiers articles ici, qu’Amélie Nothomb et moi, c’était fini. Qu’on ne m’y reprendrais plus. J’ai tenu deux ans et demie. Parce que mon livre en cours est trop gros pour être transporté dans mon sac à main. Et que celui là, comme les autres, je savais qu’il serait vite lu. Si vite que je l’ai commencé lors de mon trajet vers le boulot ce matin, et que je l’ai terminé ce soir, 2 gares avant la mienne (et non, je n’ai pas un trajet quotidien qui dure 4 heures.) Donc voilà, il était sur ma liseuse, il était court, et je voulais finalement voir si elle avait retrouvé le verbe qui m’avait tant plu à ses débuts… La réponse est… Non. Et cette fois, je tire un grand trait sur cette auteure. Ce n’est plus possible. Ma liseuse me disait que llivre faisait 83 pages. Ecrit grand, certes, je n’avais pas mis mes lunettes. Pour avoir l’impression de toujours lire la même chose. Une héroïne avec un nom à la con, du champagne à profusion, des bourgeois oisifs et pédants, comme dans Le fait du Prince, que j’avais conspué de son temps. La seule chose qui change, c’est que l’héroïne mange avec appétit et n’est jamais décrite, contrairement à la maigreur dite séduisante des personnages précédents.

Donc, comme la quatrième de couverture est presque aussi longue que le roman, je vais développer. Saturnine (oui, il y’ a une Proserpine aussi. Et une Albumine. Et Thérébenthine. Sans déconner, je blague pas.), en a marre de squatter le clicclac qui sent la clope de sa copine à Marne-la-Vallée, sa copine qui a un boulot chiant à Euro Disney, la pécore (qui ne fait pas la différence entre des homards et des scorpions, pft). Du coup, elle cherche un appart à Paris. Ca tombe bien, un psychopathe qui a fait disparaitre ses huits colocataires précédentes en cherche une nouvelle. Qu’il les a tué est un secret de polichinelle, et personne ne bouge ses fesses, sauf les dames de la haute société qui veulent le voir, ce fameux grand d’Espagne si mystérieux. Parce que oui, le psychopathe est trop noble pour ce monde, donc il vit en ermite depuis 20 ans dans un palace, et tombe amoureux de ses colocataires, qu’il cherche pour ça, d’ailleurs. Saturnine, elle est pas stupide, du coup, elle se méfie. Elle va jusqu’à se lever en pleine nuit, le menacer avec un couteau de cuisine, sans rien lui faire, puis va se recoucher après avoir bu un grand verre de lait dans on énervement. Oui, parce que le champagne, en pleine nuit, ça doit pas aider à digérer. Le lait non plus, d’ailleurs, mais ça doit faire ça qu’à moi. Donc, Eremilio, riche grand d’Espagne qui explose de noblesse, ben, il cherche une femme, mais, une femme qui n’entrera pas dans sa chambre noire, sinon, il lui en cuira. Bon, hein, forcément, elles entrent, et couic. Sauf Saturnine, forcément. Elle se doute qu’il y cachalot sous gravillon (enfin, le cachalot n’a même pas pris la peine de tenter de se cacher sous un gravillon dans le cas présent), et préfère se livrer à de nombreuses joutes verbales avec son colocataire. Joutes très théatrales qui composent pratiquement tout le livre. Et aussi, joutes très artificielles. En même temps, on ne lit pas Nothomb parce que c’est réaliste, mais dans ce livre ci, même le charme de sa plume semble envolé. Ou bien écrasé sous le cachalot, c’est gros, ces bêtes là.

Et je vous ai parlé de la photo moche en couverture ? Non ? Ben, je ne le ferai pas, on m’a toujours dit que c’était mal de tirer sur une ambulance. (Mais quand même, on dirait le maquillage du Joker, avant qu’il ne pète un cable peut être.)

Bon, je ne vais pas tenter de pondre un article plus long que le livre, mais je vous laisse avec quelques morceaux choisis :

Je ne supporte pas l’idée qu’une tache dégradante soit exercée par une femme. Quand j’étais enfant et que je voyais une fille frotter par terre, j’avais honte. […] J’ai toujours pensé que les hommes étaient destinés aux sales besognes. Si je  me montre si exigeant envers les femmes, c’est parce qu’il y a plus à attendre d’elles.

-Les Espagnols ne capables que d’idéaliser tragiquement les femmes. Je n’échappe pas à la règle.

-Ce n’est jamais un cadeau que de placer quelqu’un sur un piédestal.

-Au contraire. C’est lui offrir une possibilité d’excellence.

-Et à la moindre imperfection, on jette la malheureuse à terre.

L’argent est chose misérable et je ne la respecte pas. L’or est sacré.

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