Contemporain, Entre-deux, Ukraine

Le pingouin – Andreï Kourkov

Смерть постороннего

Editions : Points

ISBN : 978-2020477819

Traduit par : Nathalie Amargier

274 pages

À Kiev, Victor Zolotarev et le pingouin Micha tentent péniblement de survivre. Victor, journaliste, est sans emploi et Micha, rescapé du zoo, traîne sa dépression entre la baignoire et le frigidaire de l’appartement. Lorsque le patron d’un grand quotidien offre à Victor d’écrire les nécrologies de personnalités pourtant bien en vie, Victor saute sur l’occasion. Un travail tranquille et lucratif.

Mais un beau jour, les « petites croix » se mettent à mourir, de plus en plus nombreuses et à une vitesse alarmante, plongeant Victor et son pingouin neurasthénique dans la tourmente de ce monde impitoyable et sans règles qu’est devenue l’ex-Union soviétique.

 

Ce livre est un fail de tentative de réduction de ma PAL. J’allais tranquillement déposer des livres dans la boîte à livres de ma ville. 5 ou 6, je ne sais plus. Deux coffrets de 3 plus quelques one shots. Trois semaines avant le début du confinement. Je dépose donc mes livres. Et je jette un coup d’œil quand même à ce qui traîne, on ne sait jamais. Bon, les traditionnels fascicules de feuilletons en allemand sur des romances de médecin de campagne. Des livres d’auteurs tombés dans l’oubli. Et celui là. Dont je n’avais jamais entendu parler. Mais ça avait l’air drôle, et il se peut que l’enfant m’aie contaminé avec sa phase pingouin. Et je venais de lire Le chat qui mangeait de la laine, je m’attendais à quelque chose du même type en lisant la quatrième de couverture. Alors ouiiiii, et non.
 
Victor vit avec Micha, le pingouin rescapé du zoo, dans un petit deux pièces à Kiev. Sa présence le réconforte et ils se soutiennent mutuellement dans leur solitude. La ressemblance s’arrête ici. Victor accepte une mission pour un journal et se retrouve entrainer dans une affaire politique qui le dépasse.
 
Pourtant, les enjeux politiques ne sont pas le cœur du récit, Victor ne comprenant pas trop ce qui se passe, ni pourquoi. Il a bien des idées à ce sujet, mais il est plus absorbé par sa solitude et son désespoir pour réellement chercher à comprendre.
Le dénouement de l’intrigue lui est révélé, comme au lecteur, lorsqu’il tente de sauver son pingouin. Cette partie là m’a rappelé un livre que j’ai lu l’année dernière, dans lequel un homme se fait régulièrement interpeller par des gens qui savent qui il est, sans que ce soit réciproque : Figurec de FabCaro.
Ici, c’est un peu pareil et il m’a également évoqué d’autres auteurs des pays de l’Est, qui, dans leurs romans, subliment le désespoir avec de l’incongru : Arto Paasilinna (pas vraiment de l’Est, mais j’y viens*) et Andrus Kivirähk, ou même Boulgakov (dont je ne vous ai jamais parlé). Comme si le spectre de l’URSS planait encore sur leur tête et avait teinté leur écriture d’un grain de folie pour supporter une vie au mieux banale, au pire déprimante et accablante (*La Finlande, bien qu’indépendante, devait encore des comptes à l’URSS pendant la guerre froide).
 
J’ai pas de chance avec les femmes. Je tombe que sur des extra-terrestres: calmes, discrètes, elles restent un temps avec moi, puis elles disparaissent… J’en ai eu marre, j’ai pris un pingouin, et je me suis tout de suite senti mieux.
 
Car du désespoir, parlons-en. Victor a peu d’amis. Et il connait à peine ceux qu’il a. Au début, je pensais que c’était par manque de développement des personnages secondaires, d’où les ex-compagnes calmes et discrètes. Mais non, Victor le sait et le dit. Les personnages secondaires, s’ils ont quelques caractéristiques et qu’on connait vaguement quelques éléments de leur vie, restent des silhouettes sans substance, par manque d’intérêt de Victor pour leur vie, parce qu’il ne veut pas rester seul, et qu’au final, eux non plus. Il trouve une petite amie, un peu parce qu’elle était là, parce qu’il était là, sans vraiment d’affection ni d’amour, et se crée alors un simulacre de famille, juste pour ne pas rester seuls dans un pays qui vit encore avec le spectre du communisme. Au final, c’est le pingouin avec qui Victor a le plus d’affinités, ce colocataire silencieux et peu démonstratif qui va lui faire rencontrer d’autres personnages isolés plutôt que solitaires, et avec qui vont se lier d’autres relations, superficielles mais salutaires.
 
Je m’attendais à un polar avec pingouin, léger et drôle. Je me retrouve avec une histoire assez triste enrobée d’absurde. Un récit d’isolation teinté de poésie étrange et de satire (d’un pays dont j’ignore presque tout), comme je l’ai souvent retrouvée chez les auteurs sus-mentionnés déjà, entre la lecture légère et le cafard interdimensionnel. L’histoire d’un mec qui vit sa vie comme une marionnette pendant que des gens mentionnés en passant tirent les fils. L’histoire d’un mec déprimé qui vit dans un pays post-URSS où, pour obtenir des soins ou une protection, il faut graisser la patte de la bonne personne et où les gens vont faire une cure de rayons à Tchernobyl quand ce n’est pas la saison pour partir en vacances en Crimée.
 
 

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Au final, peu d’action pour beaucoup d’introspection. Pas un coup de cœur, mais une lecture intéressante que j’ai apprécié, lu en deux jours, c’est que j’ai bien eu du mal à le poser. La fin est ouverte, j’ai lu la dernière phrase avec stupeur et frustration. Il semblerait qu’il y ait une suite, que je vais chercher, parce que Micha le pingouin, le personnage le plus étoffé du livre, me manque déjà.

L’amitié ? En fait, il ne l’avais jamais vraiment connue, pas plus que les costumes 3-pièces ni la passion véritable. Sa vie était terne et douloureuse, elle ne lui apportant pas joie. Même Micha était triste, comme si lui aussi n’avait connu que la fadeur d’une existence dénuée de couleurs et d’émotions, d’élans joyeux, d’enthousiasme.

Chaque siècle offre environ cinq ans de faste, puis tout s’écroule.

 

Entre-deux, Etats-Unis, Science Fiction

L’Agonie de la Lumière – George RR. Martin

L'Agonie de la lumière

Dying of the light

Editions : J’ai lu

ISBN : 978-2290075722

442 pages

Lorsque, un jour, Dirk t’Larien reçoit sur la planète Braque le joyau que jadis il a offert à son amour perdu, des souvenirs douloureux reviennent à la surface, d’anciennes cicatrices se réveillent : pourquoi Gwen ferait-elle appel à lui après tout ce temps ? À l’idée qu’il existe une possibilité de repartir de zéro avec celle qu’il a tant aimée, t’Larien embarque néanmoins sans hésiter dans le premier vaisseau interstellaire en partance pour Worlorn – le monde-festival désormais à l’abandon, un cadre baroque et décadent condamné à l’extinction. Sur cette planète mourante, pour tenter de raviver les sentiments qui l’unissaient à la jeune femme, il lui faudra commencer par l’arracher aux griffes des Kavalars, un peuple violent régi par un code d’honneur d’un autre âge… un code mortel.

 

Oooh, un George RR Martin, alooors, Le Trône de Fer ?! Eh bah nan ! Découvrez avec moi le premier roman de M. Martin, aux antipodes de Westeros, à l’autre bout de la Galaxie.
 
Ici, point de fantasy médiévale avec dragons, géants, loups géants, mais de la science-fiction pure et dure, avec extra-terrestres et saucisses de cuir volantes.
 
Sur une trame d’un amour perdu et peut-être renaissant, nous nous dirigeons vers la planète Worlorn, ou se déroula, il y a fort longtemps, une exposition universelle, qui méritait largement son titre d’universelle : chaque planète, chaque peuple, construisit sa ville avec ses technologies, pour célébrer un festival qui durerait des années. Puis les soleils de Worlorn commencèrent à s’éloigner, l’hiver vient (ahem), et les moeurs se durcissent (ahem).
 
J’avoue, de base, la SF, l’espace, l’anticipation, tout ça tout ça, c’est pas trop mon truc. Trop anxiogène, et la réalité finit toujours par rattraper la fiction, malheureusement. Mais je voulais lire autre chose de Martin, qui souffre, à mon humble avis, de tics de langages qui changent d’un livre à un autre (useless as nipples on a breastplates, hein, quoi ? J’aurais dû compter les occurrences) et qui parasitent un peu la lecture. Ce qui ne remet pas en cause son talent de tisseur d’histoires, attention.
 
Suivons donc Dirk T’Larien à la découverte de Worlorn et à la poursuite de Gwen, son amour perdu qu’il retrouvé mariée à un Kavalar, un peuple barbare en voie de disparition, assujetti à un code d’honneur et des rites et traditions désuets, comme celui d’avoir des frères d’armes avec qui ont partage son épouse (ahem). Mais est-ce c’est bien Gwen qui lui a demandé de venir la rejoindre  sur ce caillou dans le ciel ? Hahaaaa !
 
Je ne vais pas vous raconter toute l’histoire, le but étant de vous donner envie (ou pas) de le lire, mais vous souhaitez lire un récit épique, avec de grandes batailles ainsi que des complots politiques de grande ampleur, passez-votre chemin. Ici, vous trouverez des duels, des complots pour l’amour (the things I do for love ?), une course poursuite angoissante, sur une planète mourante.
 
Les personnages ont une planète entière a explorer, et l’on passe toute la première partie du livre à l’explorer avec eux, et pourtant, le récit m’a fait l’effet d’un huis-clos claustrophobe, le nombre restreint de personnages et les descriptions de villes entières désertées n’y sont pas innocentes. Ici, vous ne trouverez pas non plus de listes de personnages à rallonge, vous vous en sortirez avec vos deux mains et pourrez garder vos chaussettes.
 
Par contre, vous y découvrirez des peuples absents, mais aux constructions fascinantes (une ville qui fait de la musique grâce au vent soufflant dans ses tours ! ), des antagonistes dignes d’un électorat de Trump, se vautrant dans un racisme primaire pour rendre sa gloire à leur peuple (en 1977, les gars), un benêt romantique qui pense pouvoir reconquérir son amour perdu en lui expliquant à quel point elle est bête d’avoir épousé ce Kavalar avec son peuple à la con et ses traditions d’un autre âge (toujours une bonne idée, ça) (spoiler : non), ainsi que des personnages complexes, fouillés et représentatifs de la nature humaine, qui arrivent à s’embrouiller dans la deuxième partie de manière tellement rapide que j’ai eu du mal à suivre, après une première partie plutôt passive.
 
Vous trouverez aussi dans ce one-shot relativement court les prémisses de ce qu’allait devenir Westeros : des saisons durant plusieurs années, la déraison des gens à l’approche de la fin (#pénuriedePQ), un peuple partageant beaucoup de traits avec des Dothrakis, les chevaux en moins, une question d’amour mal placé qui débute les hostilités et un personnage féminin (un seul, oui, mais il doit y avoir trois pelés deux tondus sur cette planète) fort, avec une mise en perspective de sa place et de sa condition selon le peuple qui l’observe.
 

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Malgré quelques maladresses stylistiques -je n’oserais pas accuser la traduction parce que nipples on a breastplate à chaque chapitre-, une saucisse de cuir, vraiment ?, L’Agonie de la Lumière, premier roman de GRRM, publié en 1977 pose les bases de sa prose, et nous fait démonstration des talents de conteur que l’auteur possède visiblement depuis ses débuts. Certains romans de SF datant de cette époque là, voire avant semblent désormais datés, vieillots, ici, ce n’est pas (encore) le cas.

Toute l’essence et les thématiques de l’œuvre la plus marquante de GRRM se trouvent déjà ici, ce qui peut éventuellement donner lieu à des comparaisons entre les deux univers, celui de la fameuse saga au mur étant bien plus complet et abouti, expérience et longueur obligent. J’ai essayé de ne pas penser à ses romans phares, mais je dois bien avouer que c’était compliqué.

Néanmoins, si la longueur du Trône de Fer ou la fantasy vous rebutent, mais que la SF vous parle, donnez une chance à L’Agonie de la Lumière, vous découvrirez un univers complexe et fouillé, très abouti pour un premier roman -il  a même un glossaire à la fin-, certes au rythme inégal, tout s’enchaîne très vite à la fin, mais pas déplaisant.

Sur ce, je vais voir si je peux trouver d’autres one-shots en ces temps de confinement.

Contemporain, Fantastique, Féminisme, Grande-Bretagne, Youpi Tralala

Les oiseaux et autres nouvelles – Daphné du Maurier

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The Birds and Other Stories

Editions : Livre de poche

ISBN : 978-2253099963

445 pages

Recueil de nouvelles, Les Oiseaux  met en scène différents milieux sociaux à la croisée des genres fantastique, policier, surnaturel… mais toujours pour mieux surprendre le lecteur en le terrifiant par une étrangeté issue du quotidien. Pour Henry James, et c’est aussi le cas dans ce recueil de la romancière, « les mystères les plus mystérieux [qui] sont à notre porte ». Chaque nouvelle s’ouvre sur un quotidien banal, minutieusement décrit pour s’enrayer aussitôt : dans « Mobile inconnu », Mary Farren se donne subitement la mort. Quel mobile est à l’origine de ce geste de cette femme à qui tout souriait ? Elle a fait un mariage au-dessus de sa condition, elle attend un enfant… Son mari engage un privé pour enquêter sur le passé de sa femme. La construction diabolique de cette nouvelle est digne des romans policiers victoriens !

 

Je n’avais jamais rien lu de Daphné du Maurier, tout en ignorant pas qu’elle a marqué son époque ainsi que la littérature au sens global. Rebecca est certes sur ma liste à lire, mais la seule chose que je connaissais d’elle, au sens large, était l’adaptation des Oiseaux par Hitchcock, film qui m’a profondément marqué lorsque j’étais jeune. C’est pourquoi je voulais lire la nouvelle qui l’avait inspiré, et j’ai lu les autres dans la foulée. A noter d’ailleurs que le titre d’origine mettait en lumière une autre nouvelle : la première du recueil, intitulée Le Pommier, et que la réédition a changé de nom, pour surfer sur la vague hitchcockienne. Et je dois dire que les Oiseaux est peut-être celle qui m’a laissé le plus indifférente.
 
Deux grandes thématiques se démarquent de ces nouvelles : le traumatisme des anglais par les attaques aériennes de la Seconde Guerre Mondiale, illustré par Les Oiseaux et Encore un baiser. Il est par ailleurs notable et dommage que le film aie perdu une part de son impact et la totalité de la symbolique en déplaçant l’action des Cornouailles vers la Californie.
 
Les autres nous parlent de la place des femmes en ce début de XXème siècle, entre charge mentale et indifférence conjugale dans Le Pommier, Une Seconde d’éternité, peut-être un peu prévisible (est-ce parce que d’autres s’en sont inspirés par la suite ? Parce que le ressort de l’intrigue est désormais éculé ?), où la narratrice place tous ses espoirs dans sa parfaite (?) fille de 7 ans, et Mobile inconnu, Intrigue policière sur le suicide d’une jeune femme, fraîchement mariée et enceinte de son époux dont elle est amoureuse (et réciproquement), écrasée par un secret qu’elle avait enfoui et le poids du qu’en dira-t’on ? et nous laisse imaginer la problématique du consentement dans les années 50 ainsi que l’hypocrisie de la religion par rapport aux femmes.
Elle nous a raconté que son père lui avait dit que c’était la plus grande disgrâce qui pouvait arriver à une fille, et elle n’y comprenait rien, disait-elle, parce que son père était pasteur et qu’il faisait toujours des sermons comme quoi ce qui était arrivé à la Vierge Marie était la plus belle chose du monde.
Le Petit Photographe, lui, nous dépeint une femme d’une autre trempe, contrairement aux autres, auxquelles on peut s’identifier, même si, comme les autres héroïnes, elle est victime de son époque et de son milieu. Une marquise magnifique, oisive et narcissique s’ennuie en vacances et décide d’avoir une aventure avec un petit photographe local qui s’avère encombrant. Pour s’en débarrasser, elle use de stratagèmes vicieux, tel le plus beau des pervers narcissiques. Difficile ici de lui trouver des excuses, elle semble avoir choisi elle-même son enfer personnel, contrairement aux autres. Mais heureusement qu’elle est belle, pense-t’elle.
Ces nouvelles nous dépeignent également plusieurs variantes de troubles mentaux, du stress post-traumatique, à la paranoïa en passant par les troubles obsessionnels compulsifs et l’histrionisme.
Le Vieux, lui, nous témoigne d’une famille étrange qui vit de l’autre côté du lac. Les parents s’aiment, et aimeraient bien revenir à leur vie sans enfants. Les placer ailleurs, en ville, semble une bonne solution. Il s’agit là d’une nouvelle à chute très efficace, j’en ai encore mal au coccyx d’ailleurs.

Les Oiseaux et autres nouvelles explorent la diversité des sentiments humains en 7 nouvelles efficaces, tous les personnages ne sont pas aimables, et même les personnages détestables (Madame la Marquise, c’est vous que je regarde !) ne le sont pas complètement, ils sont humains, mus par le désespoir et une plume résolument moderne. Les thématiques sont toujours d’actualité, d’ailleurs maintenant que la charge mentale fait partie des combats féministes, il est fascinant de voir que le sujet avait déjà été abordé (et complètement ignoré, la faute à la subtilité du propos ? Au narrateur masculin ?) au début des années 50, au moment ou la ménagère était mise en avant dans toutes les publicités, gardienne du Saint Foyer. Le suspens est parfaitement maitrisé (sauf peut-être pour la Seconde d’éternité, mais cette nouvelle a dû avoir énormément d’impact lors de sa parution, alors que maintenant, la conclusion fait un peu pétard mouillé), qu’il s’agisse du registre fantastique ou non.

Bibliothèque, Etats-Unis, France, Jeunesse, Youpi Tralala

Pour changer de T’choupi et Trotro

Parents ! Oncles, tantes, grands-parents ! Vous n’en pouvez plus de Trotro, T’Choupi et autres animaux ? La bibliothèque de votre enfant ressemble à l’inventaire d’un zoo qui aurait fait les soldes chez Kiabi ? Laissez-moi vous présenter deux livres qui vont changer votre vie ! Plébiscités par Le petit humain qui vit avec nous depuis presque deux ans maintenant : Mon premier livre d’art : Le Sommeil et Le Voyage de l’Ours Pompon.

IMG_20200330_182522.jpgMon premier livre d’art : Le Sommeil, paru aux éditions Phaidon compile des œuvres d’art, peintures, sculptures et même installations modernes (toutes à partir du XIX ème), sur le thème du sommeil mais pas que. On y découvre des œuvres représentant des enfants qui jouent, des personnes de Keith Harring qui dansent, ou le Cri de Munch comme des conséquences du sommeil ou manque de celui-ci. Une phrase accompagne chaque photographie, à raison d’une œuvre par page, regroupées par thématiques. Malgré tout, le tout forme un ensemble cohérent et plaisant, avec des pages cartonnées épaisses et solides. La fin récapitule toutes les œuvres, avec dates et lieux d’exposition.

IMG_20200330_182620.jpgLe Voyage de l’Ours Pompon, publié chez L’élan vert, nous fait accompagner la sculpture de l’Ours polaire, de François Pompon, visible au musée d’Orsay ainsi qu’au parc Darcy à Dijon (et ailleurs, la liste est disponible sur la page Wikipédia dédiée à l’ours), dans un incroyable voyage, en compagnie de la lune, à la rencontre d’autres animaux immortalisé par François Pompon. Les dessins, uniquement en noir, blanc et bleu foncé, avec parfois une couleur supplémentaire sur chaque page (jaune pour quelques fenêtres éclairées, vert sombre pour des feuilles dans la forêt, etc), sont sobres, épurées et beaux, et le texte nous emporte dans un voyage poétique, dont la musicalité emporte même les plus petits. A noter que la fin du livre raconte l’histoire de la statue et de son créateur. Il existe d’autres histoires de l’Ours Pompon, qui seront moins adaptées à un aussi jeune public que des moins de deux ans, mais celui-ci est l’un de ses favoris.

Féminisme, France, Grande-Bretagne, Historique, La Femme Sauvage, Youpi Tralala

Un bûcher sous la neige – Susan Fletcher

Un bûcher sous la neige

Corrag

Editions : J’ai lu

Traductrice : Suzanne V. Mayoux

ISBN : 978-2290025253

475 pages

Au coeur de l’Ecosse du XVe siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, attend le bûcher. Dans le clair-obscur d’une prison putride, le révérend Charles Leslie, venu d’Irlande, l’interroge sur les massacres dont elle a été témoin. Mais, depuis sa geôle, la voix de Corrag s’élève au-dessus des légendes de sorcières et raconte les Highlands enneigés, les cascades où elle lave sa peau poussiéreuse. Jour après jour, la créature maudite s’efface. Et du coin de sa cellule émane une lumière, une grâce, qui vient semer le trouble dans l’esprit de Charles.

 

Est-ce que j’aurais seulement entendu parler (lu écrit ?) de ce livre sans Instagram ? C’est là que je l’ai vu, sur le fil de plusieurs personnes que je suis, chacune ne s’étant pas tarie d’éloges sur ce roman. Et comme je suis terriblement influençable, j’ai couru à la librairie me l’acheter.

J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, mais les circonstances de lecture n’étaient pas en ma faveur : plus de transport en commun pour aller travailler, ou alors un trajet de moins de 10 minutes, s’occuper d’un enfant en bas âge qui préfère qu’on lui lise les aventures du loup ou un imagier, pour tomber de sommeil au bout de deux pages le soir. Ce confinement dû au Covid-19 m’aura au moins permis de m’y plonger autant qu’il le mérite.

Le récit s’articule autour de deux monologues, celui de Corrag, prisonnière d’un cachot humide, attendant le bûcher, accusée de sorcellerie, qui témoigne de sa vie et des massacres dont elle a été témoin, à un pasteur, qui relate les dire de Corrag et son ressenti par voie épistolaire à son épouse, qui lui répond, mais dont on ne connaitra jamais la teneur des propos.

Corrag débute son histoire par sa naissance en Angleterre, et par expliquer comment le qualificatif de sorcière l’a toujours poursuivi, ce dès le berceau, pour finalement la mener dans une geôle au fin fond des Highlands. Le pasteur qui recueille son témoignage, aveuglé par sa foi et son avis plus que négatif au sujet des femmes indépendantes, revoit peu à peu son jugement, attendri par cette frêle jeune fille et raisonné par les propos de son épouse, qui semble voir au delà du sobriquet malheureux, et ce malgré son éloignement et le prisme déformant et déformé de son mari.

Ces plantes, Jane, comment dois-je les considérer ? J’ai toujours jugé qu’en user comme remèdes relevait de la sorcellerie. Néanmoins, elle a dit que si Dieu a créer les plantes, leurs vertus sont un présent de Dieu et n’ont donc rien de diabolique.

Un bûcher sous la neige est un roman historique, qui parle d’un sujet à la mode en ce moment, celui des sorcières, et le reprend également sous la même forme, c’est un roman écrit par une femme, qui parle d’une femme libre persécutée par la société, au ton résolument féministe, mais tout en subtilité, avec une grande finesse, qu’il s’agisse des idées sous-jacentes qu’au niveau des émotions transmises par les protagonistes. Pas de grands discours politiques qui ne seraient pas adaptés au contexte, mais un plaidoyer pour la liberté des individus, hommes et femmes, peu importe de la manière dont ils vivent et dont ils aiment.

Au sujet du mot « putain » : « C’est un mot qui sort de la crainte, toujours. Car seules les femmes à forte tête, au cœur sagace osent défier ces lois-là, je pense. Et tous les habitants de Thorneyburnbank craignaient Cora, car ils savaient qu’elle se connaissait et menait la vie qu’ils n’osaient pas mener, et les autres se demandaient peut-être tout au fond, avec le loup qui hurlait en eux, comment se serait de passer une nuit de pleine lune sur la lande, car leur loup à eux, ils le tenaient en cage à moitié mort. Alors Cora était la putain.

Comme mentionné plus haut, j’ai eu du mal à entrer dans le récit, mais une fois à l’intérieur, il m’a prise aux tripes, l’écriture est touchante et vivante, sa traduction l’est tout autant, on sent les toiles d’araignées de Corrag dans ses propres cheveux, on ressent sa liberté dans les highlands et on s’évade avec elle – car jamais ne sont décrit les lieux où elle se trouve lorsqu’elle parle au pasteur, sauf par le pasteur lui-même, dont les lettres sont bien moins évocatrices que le récit de la prisonnière – et on pleure, mon dieu que j’ai pleuré. Plusieurs fois. Comme une loque. Comme ça ne m’était arrivé qu’une seule et unique fois auparavant, en lisant un tome de l’Assassin Royal de Robin Hobb (TMTC). Le personnage de Corrag et sa philosophie de vie a tellement résonné en moi que je suis très heureuse de l’avoir lu, maintenant, et pas au moment où je l’ai acheté, moment où je serais passée peut-être à côté.

Je crois aux serments du cœur. C’est eux qui doivent guider notre vie, car avec un cœur muselé, quelle vie vaut la peine d’être vécue ? Aucune, à mon idée.

Ce n’a pas été une lecture facile, il a touché bien trop profondément certains points sensibles chez moi, mais le récit viscéral et à fleur de peau m’a fait partir loin en ces temps de confinement. Et je ne vous parlerai pas de la fin, sauf pour vous dire qu’elle est magnifique dans sa simplicité.

Et en plus, il semblerait ce que soit tiré d’une histoire vraie.

 

 

L’année et la décennie viennent de commencer, mais je tiens déjà l’un de mes livres favoris, dont la lecture aura été, je pense, aussi marquante que celle de Femmes qui courent avec les loups en son temps. D’ailleurs, la thématique profonde est similaire.

D’ailleurs, rien que d’écrire sur ce livre et d’y repenser, les larmes remontent, et pourtant, j’ai un cœur de pierre.

Les gens disaient  brigand, démon. Personne ne se souviendrait de lui comme d’un être humain faisait partie du monde, avec un cœurq qui battait. Un ami.

Et sinon, ça m’a donné envie de reprendre Outlander (la série), et bien, c’est moins bien quand même.

Bibliothèque, Entre-deux, Essais, Etats-Unis, France, Polar

Chroniques express #4

Le rasoir d’Ockham – Henri Loevenruck

Ce livre a trouvé le chemin de ma PàL en ayant été laissé à qui voudra dans la boîte à livre de ma ville. J’ai lu le premier tome de Gallica du même auteur, et je me suis dit que j’allais tenter celui-là, en plus d’avoir ajouté un autre de ses romans sur ma liste de livres à lire. Il s’agit là d’un thriller ésotérique à la Da Vinci Code, des meurtres en lien avec une organisation secrète ayant lieu au quatre coins de la France. Si l’intrigue en elle-même n’était pas trop mal ficelée, quelque chose m’a profondément gênée. La mention de Gallica plus haut n’est en effet pas anodine, Gallica mentionnant et faisant la part belle à l’organisation des Compagnons du Devoir, ici, ils se trouvent également au centre de l’action. De plus, rien à voir avec ce titre, mais plusieurs de ses personnages principaux portent le même nom, un peu comme si les thématiques et prénoms sortaient d’une base de données limitées et étaient choisies de manière aléatoire. Et à plusieurs reprises, je n’ai pu m’empêcher de plus me soucier du destin du chat d’Ari, laissé tout seul dans un appartement sous scellé que d’Ari ou de sa dulcinée. Bref, de la boîte à livre tu viendras, à la boîte à livre tu retourneras.

Just Kids – Patti Smith

Je ne connais que peu l’oeuvre de Patti Smith, et la scène artistique New Yorkaise des années 60/70 m’indiffère complètement. Rien ne me destinait à lire ce livre, si ce n’est qu’il était dans la bibliothèque de la maison. Un jour d’ennui, je l’ai pris, décidant d’agrandir ma culture rock. Je l’ai lu, je n’ai toujours pas écouté Patti Smith, et je continue a me contrebalancer allégrement de la Factory, de ses émules, égéries et de son maître à penser. Mais j’ai eu l’impression que Patti Smith aussi s’en contrebalançait et n’a fait qu’observer l’environnement qu’affectionnait son amour de l’époque, pour ensuite prendre son envol et se faire son propre nom. Sa vision romancée d’un Paris plutôt pouilleux ( à tous les sens du terme) m’a un peu agacée, tout autant que son adoration de Rimbaud. Mais Paris provoque des crises d’angoisse chez moi à grand renforts de puanteur et de population trop dense et la poésie m’a toujours laissé de marbre. Malgré ce postulat de base, je ne peux pas dire que je n’ai pas aimé, c’était une lecture intéressante d’un chapitre de la vie de la Godmother of punk, bien plus nuancé, subtil et émouvant que je ne l’aurais imaginé, bien loin des clichés du punk que j’avais en tête, et bien loin aussi du sex, drugs, and rock n’ roll auquel je m’attendais.

 

BD - Roman graphique, Entre-deux, Féminisme, France

Tant pis pour l’amour – Sophie Lambda

Tant pis pour l’amour

Editions : Delcourt

ISBN : 978-2-413-01986-2

248 pages

Tant pis pour l’amour nous plonge dans la véritable histoire d’amour de l’autrice. Avec humour, elle nous entraîne dans la spirale infernale d’une relation toxique avec un pervers narcissique et en propose les décryptages.

Quand Sophie rencontre Marcus, elle tombe amoureuse en 48h. Elle qui était si cynique en amour, cette fois, elle y croit. Sauf qu’il se révèle vite étrange. Sophie a alors besoin de comprendre ce qui ne va pas. Confronté à ses mensonges et ses incohérences, il a des réactions violentes, des excuses pour tout et arrive à se sortir de chaque impasse. Mais jusqu’à quand ? Sophie aime un manipulateur narcissique.

 

Le sujet du manipulateur semble à la mode, entre les articles sur la perversion narcissique, et les BDs sur le sujet, entre Fanny Vella (que je n’ai pas lu), et Sophie Lambda, et sans doute d’autres que j’ignore. Le terme pervers narcissique utilisé dans le texte de l’éditeur me semble d’ailleurs un peu mal venu et « putaclic », Sophie Lambda ne qualifie jamais son compagnon par ce mot, et elle explique pourquoi.

J’ai hésité à lire cette BD au début, de peur qu’elle ne réveille certains souvenirs douloureux. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai préféré l’emprunter à la médiathèque plutôt que l’acheter une fois la décision prise. Je ne suis pas persuadée que posséder un livre pareil dans ma bibliothèque de façon permanente soit la plus riche des idées.

Finalement, je l’ai lue, et j’ai bien aimé. Je me suis reconnue parfois, il faut dire que le manipulateur, peut importe son diagnostic précis, fonctionne toujours de la même manière, cette bête là n’étant pas très originale, mais pas tant que ça non plus, mon histoire à moi date, et les cicatrices ne démangent plus autant qu’auparavant.

Tant pis pour l’amour est l’histoire de l’auteur, qui a rencontré un manipulateur, terme générique qu’elle utilise car il englobe beaucoup de pathologies, et ne nécessite pas de diagnostic psy, contrairement au terme de pervers narcissique, de socio- ou psychopathe. Ce choix est d’ailleurs louable, le terme restant universel. Elle raconte sa descente aux enfers, de la rencontre idyllique au retournement de cerveau qui la fait douter de son propre équilibre mental, tout en semant les indices qu’elle a choisi d’ignorer (comme toutes les victimes, au final), pour terminer par son combat pour se reconstruire, en étant entourée, et elle montre aussi un bel exemple de sororité avec une autre victime de son amoureux.

Le récit est ponctué d’intervention de son ours en peluche, sorte de conscience lucide et de ressort humoristique et se clos par des conseils, profil de cibles du manipulateur afin de se déculpabiliser d’être tombée dans le panneau, adresses et associations, dans le but de venir en aide à d’autre victimes.

Le style du dessin est typique du style « blog BD girly », au trait arrondi et marqué, on aime ou on aime pas, je ne suis pas sûre que ce soit mon trait préféré, mais bon. De plus, j’ai un peu regretté le manque de subtilité des indices qui devraient faire tilt, avec parfois l’ajout de cases qui expliquent que « là, y’avait un truc qu’elle n’a pas compris mais aurait dû » que j’ai trouvée redondantes et inutiles. Mais elles peuvent sans doute avoir leur utilité pour expliquer à ceux qui ignorent le fonctionnement des personnalités toxiques le mécanisme interne à ceux « qui se font avoir ».

 

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J’appréhendais de lire Tant pis pour l’amour, à cause mon histoire personnelle, mais finalement, la lecture est plutôt bien passée. Sophie Lambda a eu le courage de raconter son histoire, et d’expliquer tous les mécanismes de prise au piège qui se mettent en place, pourquoi on « tombe dans le panneau », comment s’en sortir, et comment aider dans le cas d’un proche victime. Plus qu’une BD divertissante, je l’ai vue comme une BD didactique, au sujet important, parce que les violences conjugales ne sont pas toujours physiques, et pourquoi « elle ne l’a pas quitté ? ».

Entre-deux, Etats-Unis, Polar

Le chat qui mangeait de la laine – Lilian Jackson Braun

The Cat who ate Danish modern

Editions : 10/18

ISBN : 978 2 264 07394 5

542 pages

Ce livre rassemble : Le chat qui lisait à l’envers – Le chat qui mangeait de la laine – Le chat qui aimait la brocante

En entrant au Daily Fluxion, Jim Qwilleran n’imaginait pas que sa vie de journaliste serait aussi mouvementée. Ni qu’il faudrait endosser mille casquettes – tour à tour chasseur d’artistes, reporter culinaire, responsable décoration… Mais quelle que soit la rubrique, cet ancien chroniqueur de crimes  surtout le chic pour attirer les ennuis. Qu’il suive un critique d’art féroce, rencontre un collectionneur de jades malchanceux ou s’immerge dans le milieu interlope des brocanteurs, chacun de ses reportages apporte son lot de disparitions et morts subites. Heureusement, le journaliste à la moustache foisonnante peut compter sur le flair de Koko et Yom Yom, ses deux astucieux chats siamois, pour démêler ces drôles d’affaires, d’un coup de patte de velours…

 

J’ai pris ce livre parce que j’étais prise d’une envie irrépressible d’acheter un livre à la librairie de ma  petite ville. Comme une compulsion. Il me faut un livre, là, maintenant, tout de suite ! J’ai fureté parmi ses rayons et j’ai bloqué sur la couverture et le titre. La quatrième de couverture me semblait prometteuse, alors même que j’avais occulté qu’il s’agisse là d’un recueil de trois courts romans.

Quand je l’ai sorti de la bibliothèque, assez rapidement selon mes critères je dois dire – il n’aura attendu que 6 mois pour être plus, pour parfois plusieurs années pour les autres ! – j’ai découvert qu’il s’agissait d’un série,  qui comptabilise 28 (!!!) tomes, et que les romans de ce livre, premiers de la série, datent des années 60.

J’ai rapidement accroché au style, léger, sans prise de tête, qui m’a permis de passer outre certains aspects un peu datés de l’univers : la moustache touffue, les personnages somme toute assez cliché, des femmes aux journalistes aux artistes. Néanmoins, je me suis attachée à Jim Qwilleran, flic un peu paumé qui se retrouve maître de deux chats un peu par hasard, balourdé d’un service à l’autre au gré ses humeurs du chef, qui s’enorgueillit d’une moustache bien touffue et sexy (selon les critères de sexytude des années 60, notons-bien), tel un hipster des années 60. Et ses chats sont bien des chats avec un comportement félin, pas de chats humanisés qui parleraient ou mèneraient l’enquête eux même, tels des moutons à la recherche de l’assassin de leur berger. Les trois romans suivent la même trame, comme beaucoup de séries policières, les rebondissements sont ainsi assez prévisibles ce qui est un peu regrettable. Mais la lecture de ces trois courts romans, même à la suite, s’est avérée rapide et agréable, peut-être pas inoubliable ni la lecture de l’année, mais je ne regrette pas mon achat compulsif et je pense lire les autres à l’occasion.

A noter également que cette couverture moderne et stylisée est bien plus à mon goût que les couvertures des romans individuels avec un chat anthropomorphe un peu flippant (et qui n’est pas siamois en plus de ça !).

 

corbeaucorbeaucorbeaucorbeau

Il s’agit là d’une lecture agréable et facile, à lire entre deux livres plus exigeants pour décompresser. Les amoureux des chats y trouveront leur compte, les amateurs de séries policières décalées également. Ceux qui cherchent à lire un thriller haletant, oppressant, à la scandinave devraient passer leur chemin.

Contemporain, Etats-Unis, Youpi Tralala

Amour monstre – Katherine Dunn

Geek love

Editions : Gallmeister

ISBN : 9782351786383

494 pages

La joyeuse famille Binewski est tout sauf banale. Ivres d’amour et nourrissant de grands projets pour leur spectacle itinérant, Al et Lil décident d’engendrer à coup d’amphétamines et de radiations la plus belle brochette de phénomènes de foire au monde. Et les résultats sont impressionnants ! Pour autant, cette famille d’enfants montres est habitée de passions bien humaines… Un roman culte finaliste du National Book Award et best-seller aux Etats-Unis depuis vingt-cinq ans.

Voici un livre dont j’ignorais l’existence jusqu’à ce que je passe devant lui à la médiathèque, il était mis en avant, et je me disais que 3 livres d’une moyenne de 350 pages en un mois, c’était juste et que je risquais de m’ennuyer ferme (… bien évidemment, j’ai dû prolonger mes emprunts…)

Amour monstre est un livre atypique, non par sa forme, mais par le traitement de son sujet. Sa forme est assez classique, sa narration se situe à deux époques différentes, à travers les yeux du même narrateur : Olympia, naine bossue, chauve et albinos, oui, rien que ça. Ses souvenirs d’enfance au sein de la foire ambulante de ses parents, et son présent, ou l’enfant moyen, sans rien d’extraordinaire, devenu adulte prend soin des membres de sa famille tout en restant dans l’ombre.

Étrange et fascinant seront les mots les plus adaptés à ce livre. Étrange, de part son univers : une foire ambulante de monstres, qui sillonne les États-Unis et fonctionne en vase clos, avec des relations étroites et malsaines, et fascinant, car les personnages, loin de la représentation habituelle des freaks, victimaire et torturée (Joseph Merrick en étant l’exemple le plus connu), sont des marginaux assumés, qui transforment leurs malformations en outil de fascination des masses, fascination qui n’est pas celle à laquelle on pourrait s’attendre : morbide et malsaine. Elle est de celles qui portent aux nues, qui renvoient au divin. Pour le meilleur et pour le pire.

They thought to use and shame me but I win out by nature, because a true freak cannot be made. A true freak must be born.

Amour monstre remet également en perspective la norme : n’est-elle pas, au fond, un reflet de nous même et de nos attentes ? Au fil du récit, notre norme est remise en question.

Entre la famille Adams et Freaks, Amour monstre mérite amplement son statut de roman culte à mes yeux.

Etats-Unis, Fantastique, Fantasy, La Femme Sauvage, Youpi Tralala

L’épouse de bois – Terri Windling

Editions : Les Moutons électriques

ISBN : 9782915793789

320 pages

Traducteur : Stéphan Lambadaris

Maggie Black est écrivain, auteur d’études sur des poètes. Elle apprend qu’un de ses plus anciens correspondants, David Cooper, vient de mourir en lui laissant tous ses biens en héritage. Maggie décide d’aller s’installer dans l’ancienne maison de Cooper, pour enfin s’atteler à la rédaction d’une biographie du grand écrivain. Mais elle n’avait pas prévu que Cooper habitait en plein désert, dans les montagnes de l’Arizona (près de Tucson). Là, la vie n’a pas le même rythme qu’ailleurs. Les choses sont plus pures, les formes plus essentielles, les mystères plus profonds…

Pourquoi Cooper est-il mort noyé dans un lit de rivière asséché ? Pourquoi des coyotes rôdent-ils autour de sa maison ? Qui est l’étrange fille-lapin qui s’abrite sous les grands cactus ? La magie de ces collines désertiques est puissante, Maggie Black devra prendre garde à ne pas y perdre la raison — ou la vie.

Si j’ai emprunté ce livre, c’est à cause de sa couverture qui m’a immédiatement séduite quand je l’ai vue sur je ne sais plus quel site. Il était disponible en médiathèque, j’y suis allée le jour même, sans trop savoir de quoi il retournait. Comme quoi, il est important d’avoir de jolies couvertures (hint hint aux éditeurs français).

Mais est-ce que le contenu est à la hauteur de cette couverture ?

Il me faut avouer que j’ai été conquise, même si le livre ne nous emmène pas dans un paysage feuillu, mais dans un désert aride, près de la frontière mexicaine. Ce roman e été écrit dans les années 90, et sème quelques indices, comme un groupe de musique évoqué particulièrement souvent et qui existe bel et bien (même si le membre omniprésent n’existe pas), les ateliers d’artistes dans des entrepôts avant que ne survienne la mode des lofts industriels, mais en même temps, semble intemporel, tant l’intrigue principale se situe loin de tout géographiquement mais aussi au niveau de son originalité et de sa bizarrerie.

La magie de ce livre se situe non seulement dans son intrigue : le désert est peuplé de créatures étranges et d’animaux qui ne sont pas uniquement ce que l’on peut voir, mais aussi dans la poésie de son écriture et, ici, de sa traduction. Un roman dont les protagonistes sont des poètes serait baclé si son écriture était trop commune, ici, ce n’est pas le cas. On se retrouve plongé dans ce désert, on entend les cris des coyotes et on ressent la folie qui menace les personnages grâce à la puissance d’évocation des mots choisis.

Entre fantastique et fantasy urbaine (ou plutôt désertique ?), L’épouse de bois est un livre qui ne se décrit que difficilement, son auteur est peu prolifique, mais il s’agit là véritablement d’un livre que je ne saurais que trop vous conseiller. C’est une lecture qui continue de me suivre encore quelques semaines après avoir refermé le livre.