Epoque victorienne, Séries

Penny Dreadful – Saison 1

Penny Dreadful Affiche Sembene
Eva Green ? Pft, les autres personnages aussi ont le droit de cité

Dans le Londres de l’époque Victorienne, Vanessa Ives, une jeune femme puissante aux pouvoirs hypnotiques, allie ses forces à celles d’Ethan, un garçon rebelle et violent aux allures de cowboy, et de Sir Malcolm, un vieil homme riche aux ressources inépuisables. Ensemble, ils combattent un ennemi inconnu, presque invisible, qui ne semble pas humain et qui massacre la population…

featherLes Penny Dreadful, au 19ème siècle, étaient des fascicules reproduisant des feuilletons macabres sur plusieurs semaines, imprimé sur un papier de mauvaise qualité, destinés à un public masculin jeune issu d’un milieu populaire, ce qui en fait l’ancêtre des pulps qui ont contribués à rendre des auteurs désormais cultes célèbres. Des Penny Dreaful, aucun auteur n’a réussi à faire retenir son nom jusqu’a notre époque. Mais certains personnages sont entrés dans l’imaginaire collectif, comme Sweeney Todd.

La série de Showtime, elle, ne se base pas vraiment sur ces récits populaires, mais plutôt sur les classiques de la littérature gothique et fantastique de l’époque. On peut y retrouver le mythe du loup-garou et du vampire, et on y rencontre même de manière récurrente des personnages de cette littérature. Frankenstein et sa créature, Dorian Gray, Mina Harker, le professeur Van Helsing… Vu comme ça, on pourrait penser soit à une fan-fiction à gros budget, soit à une nouvelle version de la Ligue des Gentleman Extraordinaires. Pour ce dernier élément, je ne me prononcerai pas, je me suis endormie devant ce film. Pour l’hypothèse de la fan-fiction, le Dorian Gray séducteur et chaud-lapin affublé d’une coiffure de playmobil me laisse perplexe.

Mais revenons à ces personnages, Vanessa Ives (Eva Green) est une création originale pour la série, et les liens qu’elle a tissés dans son enfance avec Mina Harker (encore Murray à l’époque) sont donc une nouveauté, tout comme le passé de Mina, fiancée, puis doublement trompée, fille d’un explorateur colonialiste, interprété par Timothy Dalton. Son père, Malcolm Murray, cherche à tout prix à la délivrer de l’emprise sous laquelle elle se trouve, avec l’aide de Vanessa, d’Ethan Chandler, Yankee de son état, poursuivi par son passé outre-Atlantique, Victor Frankenstein, médecin légiste aux expériences douteuses qui ne cesse de citer Mary Shelley (admirez la mise en abyme !), et Sembene, majordome du Sieur Murray, au passé soi-disant inexistant, ramené d’une expédition en Afrique.

Vanessa Yves, autour de qui tournent beaucoup, si ce n’est la majorité des épisodes, est une jeune femme dotée d’un étrange pouvoir, qui est montré à la fois comme un don divin et une punition à laquelle elle ne peut échapper. Ce personnage ayant grandi avec une éducation catholique assez stricte, on pourra dire que cela va de soi, la souffrance terrestre représentant une vertu qui pourrait la placer au rang de martyre. Elle est pourtant, avec l’autre personnage féminin de la série, interprété par Billie Piper, bien différente de la femme soumise de l’époque.

Malcolm Murray, lui, représente le colonialisme impérialiste de l’époque, avec tout ce qui en découle, racisme, violence, mort, etc, ce qui lui a demandé des sacrifices qu’il ne s’avoue pas regretter.

D’autres personnages, qu’il s’agisse de créations originales ou de monuments de la littérature, ont une ampleur moindre – pour le moment – mais leur psychologie n’en est pas moins développée. On notera la complexité de Caliban, qui fait une entrée en scène plus que fracassante, et qui peut inspirer autant la haine et le dégout que la pitié voire un semblant d’affection.

L’image est, quand à elle, soignée, elle retranscrit parfaitement l’image qu’on pouvait se faire d’un Londres victorien sale et violent, mais aussi des loisirs des plus riches, à base de séances de spiritisme, très prisées à l’époque, d’orientalisme colonialiste et de bars à absinthe enfumés. L’atmosphère est souvent lourde, pesante et glauque, les scènes récurrentes de possession assez impressionnantes, l’alchimie entre les personnages suinte de l’écran.

Je regretterai simplement que la saison 1 n’aie comporté que 8 épisodes, que le destin de certains personnages était prévisible depuis le début, et que le dénouement final m’a semblé expéditif. Le cliffhanger de la fin est également un peu facile et réchauffé.

J’espère que la saison 2 laissera un peu plus de place pour la surprise, que les personnages laissés un peu en plan aient enfin l’occasion d’être mis en avant, et que l’intrigue qui sera au centre de la saison sera close de manière moins rapide.

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Pour conclure, une série prometteuse, malgré une fin un peu vite expédiée.

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Entre-deux, France, Terreur

Chair et Tendre – Amelith Deslandes

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Amelith Deslandes Editions : La Madolière ISBN : 978-2-917454-04-6 Pour le nombre de pages, je l’ai en ebook, et Google refuse de me cracher la réponse pour le papier.

Amelith Deslandes est un artiste de l’ambiance, il sait comme nul autre engluer son lecteur dans l’univers glauque et déroutant de ses nouvelles fantastiques. D’Anvers à Venise en passant par la Venelle fantôme, découvrez le brûlant de la Maison-Tranchoir ou les labyrinthes qui se cachent dans l’âme humaine.

Lorsqu’on m’a fait parvenir ce livre, on m’avait prévenu. Ce serai une lecture dérangeante (comme toutes celles qu’on m’a envoyées en même temps, et que je n’ai pas encore eu les tripes de lire et de chroniquer… heureusement, Halloween approche). Un peu comme ces avertissements que j’aime à ignorer pour m’en mordre les doigts plus tard.

Parce que comme je l’ai déjà mentionné – ou radoté -, ce qui ne m’aurait pas fait sourciller il y a encore 5 ans peut maintenant me donner des cauchemars. Faut pas vieillir, j’vous le dit.

Enfin, donner des cauchemars, j’exagère. Ça ne m’est arrivé qu’une seule fois, il y a deux ans et demi, et je n’ai pas touché à cet ebook depuis. Il stagne à 15 % depuis. Alors que j’ai tenté de lui redonner une chance. Pour m’arrêter à ce chapitre anxiogène, me souvenant pourquoi j’avais lâchement abandonné.

Ici, j’ai persévéré (bien que le sujet de la première nouvelle aie bien failli avoir raison de moi). En me demandant parfois quel était le fuck de ce truc. J’avoue même ne pas avoir totalement saisi s’il s’agissait de nouvelles ou d’un seul et même roman à la forme décousue.

En effet, au début, le tout apparaît comme des nouvelles, n’ayant pas grand rapport les unes avec les autres, jusqu’à ce que différents éléments ou personnages commencent à les relier entre elles, pour former une mosaïque glauque à base de morceaux de chair en décomposition.

En ce qui concerne les nouvelles prises à part, certaines m’ont un peu prises au dépourvu, étant donné le langage utilisé, parfois assez châtié voire pédant (oui, bon, hein, selon mes critères de poissonnière), pour des décrire des horreurs sans nom. Sauf que. Utiliser un langage du même niveau que ce qui était décrit aurait en fait été le comble du vulgaire, du glauque, et aurait approché le tout d’un slasher avec hillbillys consanguins qui trucident des ados bourrés, alors qu’en fait, cette maitrise de la langue rend le tout plus fascinant, à la manière du Silence des Agneaux. C’est en fait un procédé ingénieux qui magnifie l’indicible.

Les sujets sont variés, allant de l’obsession du paraître à la fatalité génétique. Les influences que j’ai pu ou cru déceler, elles, vont de L’île du docteur Moreau à Hellraiser pour la Maison-tranchoîr.

Au fond, peu importe qu’il s’agisse de nouvelles ayant un rapport lointain entre elles, ou un roman à la forme étrange, l’ensemble forme malgré tout un ensemble assez homogène, de qualité, mais dérangeant. Il m’a bien fallu trois mois pour pondre cet article. Et deux lectures. Et je ne suis toujours pas sûre de l’avoir complètement digéré…

Mentions spéciales aux nouvelles Bonne Nuit Les Nuits Captives, Mutilations mondaines et surtout La Maison-Tranchoir, qui continue de m’obséder.

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Pour les curieux, les éditions La Madolière proposent des extraits à la lecture, que vous pourrez trouver sur le blog du recueil.