Contemporain, Entre-deux, Etats-Unis

Le Roi Pâle – David Foster Wallace

Le Roi Pâle

Apprenti au centre des impôts de l’Illinois, où les nouveaux arrivants doivent recevoir une formation de survie à l’ennui, David Foster Wallace observe les personnages extraordinaires attirés par cet étrange métier. Protagoniste de son dernier roman, il dessine sur un registre épique une parabole de la culture postindustrielle, examine avec inquiétude l’individu pris dans les mailles du système global et propose une nouvelle idée de l’héroïsme.

featherCet auteur m’était complètement inconnu jusqu’à l’automne dernier, où j’ai collecté un certain nombre de journaux gratuits afin d’emballer ma vaisselle avant de déménager. Quel est le rapport, me direz-vous ? Y’en a pas, sauf qu’un numéro du journal Métro parlait de cet auteur en termes dithyrambiques (bon, bon, Métro, c’est pas non plus Le Magazine Littéraire, mais moi, ça me va). Le livre venait de paraitre, et même si le sujet des impôts n’est pas passionnant du tout, j’étais curieuse. Du coup, à Noël, il était sous le sapin, je l’ai commencé en décembre, et l’ai terminé il y a deux semaines. Plus de 600 pages denses et bourrés d’informations concernant les impôts ont eu raison de moi. Parce qu’on y trouve des chapitres entiers sur… la façon dont sont comptabilisés les impôts aux États-Unis. Sans doute passionnant pour un employé des impôts, un économiste, mais pas vraiment pour quelqu’un qui fait des cauchemars à base de maths. L’intérêt du livre ne se situait vraiment pas là dans ce livre. Il se situe dans la fresque des personnages. On suit différents personnages dans les années 70, enfants, sans rapports les uns avec les autres, pour les retrouver plus tard, derrière un bureau, à remplir des formulaires avec un crayon bien taillé.

En ce qui concerne le style, il est fouillis, labyrinthique est le mot utilisé par les amateurs de l’auteur, et est peut être plus complexe à suivre que ses autres œuvres, du fait qu’il s’agit d’un livre inachevé dont les notes éparses ont été assemblées tel un puzzle. Les phrases sont longues et métaphoriques, les chapitres inégaux, non pas dans leur qualité, mais dans leur style. Un chapitre peut faire plus de 100 pages de récit sur un personnage ou sur l’auteur lui même, puis être suivi d’un chapitre télégraphique de 2 pages sur ce qui se passe dans un service des impôts, suivi d’un autre chapitre recensant les pathologies rencontrées par les employées. L’avant-propos est situé, volontairement au chapitre 9, avant-propos entrecoupé de pages entières de notes de bas de pages, chose que je n’avais plus vue depuis Johnathan Strange et Mr Norell. Certains chapitres autobiographiques montrent l’évolution de la personnalité de l’auteur, de déchet nihiliste à inspecteur des impôts investi (oui, c’est possible), et expliquent cette évolution. D’autres racontent d’une manière froide l’enfance de ses collègues, de la victime d’un beau-père abusif au premier de la classe haï de ses camarades. Certains sont des réflexions sur la société de consommation actuelle.

J’ai mis énormément de temps à terminer ce livre sans doute à cause de son atmosphère oppressante, et du rendu précis et photographique de l’ennui de la vie dans les petites villes des États-Unis. J’aurais pu abandonner ce livre aussi, mais après l’avoir laisser reposer pendant plus d’un mois sans l’ouvrir, son appel a été le plus fort et je l’ai terminé, sans regrets. Car malgré l’ennui décrit dans les pages, il a réussi le coup de maître de rendre l’ennui fascinant. Déprimant, mais étrangement fascinant. Même si j’ai survolé les paragraphes d’explications du système des impôts. Parce que l’intérêt du truc n’est vraiment pas là.

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Par contre, ce livre réclame une lecture à la con qui suit, hein.

Morceaux choisis :

[…] endurer longtemps l’ennui dans un espace confiné, voilà ce qu’est le vrai courage. Cette endurance, que vous le vouliez ou non, constitue le distillat de ce qu’est aujourd’hui, dans ce monde que ni vous ni moi n’avons faits, l’héroïsme.

Messieurs, bienvenue dans la réalité – il n’y a pas de public. Personne pour vous applaudir, pour vous admirer. Personne pour vous voir. Comprenez-vous ? Voici la vérité – dans la réalité, l’héroïsme ne reçoit aucune ovation, ne divertit personne. Personne ne se presse pour y assister. Personne ne s’y intéresse.

Cette campagne massive qui place l’individu sur un piédestal va consolider d’énormes marchés de gens foncièrement convaincus d’êtres solitaires, sortis du lot, et on les brossera dans le sens du poil à chaque coin de rue.

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Contemporain, Entre-deux, France

La Coureuse – Maïa Mazaurette

Portrait d’une femme qui doute, qui aime. Chronique d’une sexualité qui se veut sans attache, La Coureuse est le livre de notre époque.

« Copenhague m’attend, et dans le miroir avant de partir, une inconnue plus jolie que moi pose la dernière touche de mensonge sur son visage. Rouge. Sur les lèvres. Les fards absurdes cachent des tatouages de guerre, des agressions publicitaires, des stratégies marketing. Il m’aimera. Je l’aurai.

Cette inconnue a des cheveux blond foncé, nouvelle couleur pour une nouvelle aventure, toute une vie à reconstruire. C’est pourmieux devenir une femme, mon enfant. C’est pour mieux laisser pousser les dents sous la poudre. »

Maïa vit une passion ravageuse avec un jeune et (très) beau Danois. Parce c’est difficile, elle va s’accrocher et aller jusqu’au bout des compromissions possibles. Parce qu’elle se sert de la féminité comme une arme, le couple devient le lieu de toutes les manipulations. Que fait-on quand on a le prince charmant dans son lit ? Que se passe-t-il après le conte de fées ?

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Fidèle lectrice de Sexactu jusqu’à la fusion avec GQ (je peux pas, la mise en page me rebute), j’ai toujours voulu lire un roman de Maïa Mazaurette. Il se trouve que j’ai commencé par celui-ci, alors qu’il n’a rien en commun avec ses romans précédents, tous à placer dans la catégorie SF ou fantasy, ce qui est bien plus mon rayon. La Coureuse est pourtant plus proche thématiquement de son blog, et aussi des livres qu’elle a écrit en collaboration avec Arthur de Pins. En fait, a bien y réfléchir, j’ai commencé a espacer mes visites sur son blog au début de son aventure danoise. Par lassitude peut être. J’y repasse de temps en temps, juste assez pour mettre en relation les évènements relatés dans ce roman et ceux dont elle a parlé sur son espace virtuel. Parce que ce roman est une autofiction.

Autofiction : n.f., Genre littéraire qui combine de façon ouvertement contradictoire deux types de narrations opposés : l’autobiographie et la fiction.

  • L’autofiction est le récit d’événements de la vie de l’auteur sous une forme plus ou moins romancée.

Autofiction dans laquelle nous rejoignons Maîa revenant de Norvège, où elle vient de tromper son petit ami allemand avec un séduisant jeune entrepreneur danois, Morten (à prononcer Moooo-den). Elle a passé deux ans avec son petit ami, elle considère qu’il est temps pour elle de passer à autre chose, d’aller chasser ailleurs, et sa nouvelle cible est Morten, qui semble l’avoir oubliée. Après l’avoir « chassé », elle se retrouve dans une relation abusive avec un pervers narcissique qui n’est jamais satisfait d’elle ni de l’image qu’elle projette aux autres. Trop grosse, trop française, trop transpirante, pas assez parfaite. Elle se plie à toutes ses exigences, dans l’espoir d’être aimée, non pas pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle s’efforce d’être. Ce rapport de force est d’autant plus amplifié que Morten est plein d’ambition, et qu’il réussi ce qu’il entreprend professionnellement. Parce que l’argent change tout, parce qu’il simplifie la vie, mais complique les rapports entre les gens.

Si, très honnêtement, l’histoire entre Maîa et Morten ne m’a pas plus passionnée que ça, elle analyse avec finesse l’influence du patriarcat sur les femmes, les hommes, et le rapport de force dans les relations de séduction hétérosexuelle. Quelle femme hétérosexuelle ne s’est jamais épilée avant un rendez-vous galant pour se retrouver face à un homme pour qui le plus gros effort pour s’apprêter consistait à avoir pris une douche avant de venir ? Combien de femmes ont dû jouer à la femme fragile pour ne pas faire peur ? Combien de femmes sont complexées parce qu’elles ne ressemblent pas aux mannequins sur papier glacé ? Et combien de ces complexées pensent que leurs bourrelets les rendent indignes d’être aimées ? Elle questionne aussi la place donnée aux femmes et les armes qui restent à notre disposition si nous voulons malgré tout avoir des relations sentimentales : être jolie, docile, légère, intelligente mais pas trop, et les femmes s’y plient parce qu’on attire pas les mouches avec du vinaigre. Constat assez pessimiste et discutable, et sans doute influencé par la relation abusive relatée dans ces pages.

On découvre aussi une Maîa fragile et qui a, malgré son militantisme féministe, bien integré les mécanismes du patriarcat. Qui a toujours vécu pour les autres et qui semble, à 32 ans, ne toujours pas se connaitre, ni forcément s’aimer.

On découvre aussi un portait de technophile accro à « la machine à se couper du monde » qu’est le smartphone, hyper-connectée, tout le temps, partout, à faire croire à ses amis sur la toile que sa vie est bien plus formidable qu’elle ne l’est réellement. Parce qu’on ne peut pas mettre sur Facebook, ce qu’on fait sans que les autres ne le sachent, n’existe pas vraiment, n’a jamais vraiment eu lieu. Parce que si les autres ne s’ébahissent pas de notre vie si fantastique, elle ne vaut pas la peine d’être vécue.

Sur la forme du livre, par contre, il s’agit d’une première édition bourrée de coquilles et d’erreurs de ponctuation, qui seront corrigées, je l’espère, dans les éditions suivantes.

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A lire, pour les analyses de société. Pour l’histoire de couple, vous pouvez aussi lire n’importe quel témoignage de victime de pervers narcissique.

Morceaux choisis :

Ils pensent vraiment que les femmes, ça se réveille un matin avec un utérus qui parle ?

Il se trouve que je suis née femme, donc que les hommes ne m’aimeront jamais comme je suis.

Jamais je ne serais parfaite. Jamais je ne ressemblerai à une photo de magazine. Jamais personne ne m’aimera assez pour m’arracher au cycle des deux ans. Parce que je ne le mérite pas.

Il y a des hommes comme ça, qui savent où trouver les derniers espaces de virginité. Ceux qu’on ignore soi-même.

[…]ce qui ne peut pas être posté sur Facebook n’existe pas, et maintenant que je n’ai plus de téléphone, je ne sais plus où déverser mes émotions. Donc j’arrête d’avoir des émotions.

Je m’attache à mon rôle : être jolie et pas dérangeante […] Je reprendrai le pouvoir quand j’aurai donnné assez de gages de docilité.

Ce que j’aimerais : réussir à me penser en dehors de l’oeil masculin. Les hommes ont ce luxe […] C’est possible si je renonce à l’amour : parfaitement impossible, donc.

Ce sont les hommes qui nous font femmes, ce sont eux qui le regretteront. Je suis une femme et vraiment, vous allez me le payer.

Contemporain, Entre-deux, Etats-Unis, Russie

Lolita – Vladimir Nabokov

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Lolita, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Lo-liii-ta : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palis pour taper, à trois, contre les dents. Lo. Lii. Ta.

Le matin, elle était Lo, simplement Lo, avec son mètre quarante-six et son unique chausette. elle était Lola en pantalon. Elle était Dolly à l’école. elle était Dolores sur les pointillés. Mais dans mes bras, elle était toujours Lolita.

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Lolita, livre sulfureux, scandaleux. Il failli ne jamais paraitre, et je failli ne pas le lire. Parce qu’il était classé parmi la littérature érotique sur Amazon. Parce qu’il est considéré comme une éloge du pédobearisme (admirez la pirouette pour éviter les requêtes glauques). Parce que la chanson d’Alizée. Mais il était dans la liste longue comme mon bras (ou peut être même les deux), et qu’il a été au programme du CAPES une année ou j’ai eu la lubie de vouloir le passer la rentrée d’après, du coup, je voulais me préparer. (La lubie a duré deux semaines, ensuite, je me suis rendue compte qu’il faudrait, en cas incroyable de réussite, que j’affronte une classe d’adolescents en pleine crise… J’en ai eu assez pendant la mienne, ça ira, merci.) Mais du coup, j’avais ce bouquin sur les bras. Je voulais pas m’en débarrasser avant de l’avoir lu, ben, du coup, je l’ai lu. Logique.

On a donc d’un côté, Humbert Humbert (le pauvre, pas étonnant qu’il soit tordu avec un nom pareil), qui ne s’est jamais remis d’une coucherie manquée à l’adolescence et qui, depuis, fantasme sur les jeunes filles en fleur. Du coup, je sais d’où vient la théorie de l’origine du pédobearisme évoquée également dans ce pilier de la littérature qu’est La Joconde Sanglante.

Chaque nymphette qu’il croise, il la possède, grâce à ses fantasmes, et par son seul désir, sans même les toucher. En soi, c’est inoffensif. Flippant et tordu, mais inoffensif, il ne leur parle pas, et ne les touche pas. Il les regarde juste. Comme un pervers. Certes. Mais pas toutes les jeunes filles sont des nymphettes. Seulement certaines. Avec des attributs totalement aléatoires. Je n’ai toujours pas compris ce qui faisait d’une gamine une nymphette.

Humbert a, en tout cas, une vision étrange de la place de la femme. Son épouse sensée cacher et assouvir ses pulsions secrètes ne devrait pas pouvoir prendre en main son propre destin et disposer de son bien-être. Et, d’un autre coté, lorsqu’il se renseigne au sujet d’une école pour Lolita, il est effaré par l’enseignement qui y est dispensé, qui se rapproche de celui de la ménagére soumise et docile parfaite, ou encore lorsque l’amant de sa femme parle à sa place, comme si elle n’était qu’une pupille passant d’un tuteur à un autre.

Le récit est celui du personnage principal, sorte de confession ultime devant un tribunal, celui de ses amours interdites avec une jeune fille de 12 ans, qui, comme beaucoup d’enfants de son age, jouait à séduire, sans se méfier des conséquences, et se retrouve prises dans un engrenage infernal, dont elle ne sortira qu’en usant de stratagèmes pour enfin s’enfuir.

Comme il s’agit des pensées de l’homme que nous suivons, parfois, on se surprend à le prendre en pitié. Mais très honnêtement, le plus souvent, on a simplement envie de facepalmer. C’est là le souci de ce livre, stylistiquement, il est magnifiquement écrit. Mais le contenu est nauséabond. Je suis perplexe et déchirée entre l’écriture, superbe, et le propos.

Par contre, le classement dans « l’érotique » est plus qu’éronné. Même s’il s’était s’agit ici d’une relation entre adultes consentants, ce livre n’aurait rien eu d’érotique. D’une histoire d’amour à sens unique, peut-être. D’une histoire décrivant la relation entre la victime et son bourreau, sans doute, mais aucunement d’une histoire érotique. Et au vu du sujet, je ne peux que saluer le choix d’avoir omis les scènes charnelles entre les protagonistes, qui n’auraient fait que renforcer mon malaise.

Du coup, je ne sais pas comment considérer ce livre, oui, il m’a mis mal à l’aise parfois. Mais le style est magnifique. Mais… Mais… Arg…

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Belgique, Caca Bouquin, Contemporain

Barbe Bleue – Amélie Nothomb

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La colocataire est la femme idéale.

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J’avais dit, dans un des premiers articles ici, qu’Amélie Nothomb et moi, c’était fini. Qu’on ne m’y reprendrais plus. J’ai tenu deux ans et demie. Parce que mon livre en cours est trop gros pour être transporté dans mon sac à main. Et que celui là, comme les autres, je savais qu’il serait vite lu. Si vite que je l’ai commencé lors de mon trajet vers le boulot ce matin, et que je l’ai terminé ce soir, 2 gares avant la mienne (et non, je n’ai pas un trajet quotidien qui dure 4 heures.) Donc voilà, il était sur ma liseuse, il était court, et je voulais finalement voir si elle avait retrouvé le verbe qui m’avait tant plu à ses débuts… La réponse est… Non. Et cette fois, je tire un grand trait sur cette auteure. Ce n’est plus possible. Ma liseuse me disait que llivre faisait 83 pages. Ecrit grand, certes, je n’avais pas mis mes lunettes. Pour avoir l’impression de toujours lire la même chose. Une héroïne avec un nom à la con, du champagne à profusion, des bourgeois oisifs et pédants, comme dans Le fait du Prince, que j’avais conspué de son temps. La seule chose qui change, c’est que l’héroïne mange avec appétit et n’est jamais décrite, contrairement à la maigreur dite séduisante des personnages précédents.

Donc, comme la quatrième de couverture est presque aussi longue que le roman, je vais développer. Saturnine (oui, il y’ a une Proserpine aussi. Et une Albumine. Et Thérébenthine. Sans déconner, je blague pas.), en a marre de squatter le clicclac qui sent la clope de sa copine à Marne-la-Vallée, sa copine qui a un boulot chiant à Euro Disney, la pécore (qui ne fait pas la différence entre des homards et des scorpions, pft). Du coup, elle cherche un appart à Paris. Ca tombe bien, un psychopathe qui a fait disparaitre ses huits colocataires précédentes en cherche une nouvelle. Qu’il les a tué est un secret de polichinelle, et personne ne bouge ses fesses, sauf les dames de la haute société qui veulent le voir, ce fameux grand d’Espagne si mystérieux. Parce que oui, le psychopathe est trop noble pour ce monde, donc il vit en ermite depuis 20 ans dans un palace, et tombe amoureux de ses colocataires, qu’il cherche pour ça, d’ailleurs. Saturnine, elle est pas stupide, du coup, elle se méfie. Elle va jusqu’à se lever en pleine nuit, le menacer avec un couteau de cuisine, sans rien lui faire, puis va se recoucher après avoir bu un grand verre de lait dans on énervement. Oui, parce que le champagne, en pleine nuit, ça doit pas aider à digérer. Le lait non plus, d’ailleurs, mais ça doit faire ça qu’à moi. Donc, Eremilio, riche grand d’Espagne qui explose de noblesse, ben, il cherche une femme, mais, une femme qui n’entrera pas dans sa chambre noire, sinon, il lui en cuira. Bon, hein, forcément, elles entrent, et couic. Sauf Saturnine, forcément. Elle se doute qu’il y cachalot sous gravillon (enfin, le cachalot n’a même pas pris la peine de tenter de se cacher sous un gravillon dans le cas présent), et préfère se livrer à de nombreuses joutes verbales avec son colocataire. Joutes très théatrales qui composent pratiquement tout le livre. Et aussi, joutes très artificielles. En même temps, on ne lit pas Nothomb parce que c’est réaliste, mais dans ce livre ci, même le charme de sa plume semble envolé. Ou bien écrasé sous le cachalot, c’est gros, ces bêtes là.

Et je vous ai parlé de la photo moche en couverture ? Non ? Ben, je ne le ferai pas, on m’a toujours dit que c’était mal de tirer sur une ambulance. (Mais quand même, on dirait le maquillage du Joker, avant qu’il ne pète un cable peut être.)

Bon, je ne vais pas tenter de pondre un article plus long que le livre, mais je vous laisse avec quelques morceaux choisis :

Je ne supporte pas l’idée qu’une tache dégradante soit exercée par une femme. Quand j’étais enfant et que je voyais une fille frotter par terre, j’avais honte. […] J’ai toujours pensé que les hommes étaient destinés aux sales besognes. Si je  me montre si exigeant envers les femmes, c’est parce qu’il y a plus à attendre d’elles.

-Les Espagnols ne capables que d’idéaliser tragiquement les femmes. Je n’échappe pas à la règle.

-Ce n’est jamais un cadeau que de placer quelqu’un sur un piédestal.

-Au contraire. C’est lui offrir une possibilité d’excellence.

-Et à la moindre imperfection, on jette la malheureuse à terre.

L’argent est chose misérable et je ne la respecte pas. L’or est sacré.

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Contemporain, Entre-deux, Europe, France

Mort d’un clone – Pierre Bordage

(Désolée aux abonné(e)s qui auraient eu une notification étrange par mail, je teste actuellement une application de bureau pour la rédaction d’articles, et c’était un bug de démarrage.)

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D’habitude, je vous fait un petit laïus sur le pourquoi du comment que j’ai eu envie de lire ce livre (oui, c’est français, ma phrase, rho), mais cette fois-ci, ben, euh, je peux pas, parce qu’on me l’a offert spontanément, sans que je me demande rien (et sans occasion particulière non plus, d’ailleurs). Donc voilà, on me l’a offert, parce qu’il s’agit d’un auteur reconnu de SF, et que j’aime bien l’imaginaire. Alors avec une intro pareille, vous allez croire que j’ai pas aimé. Ben, en fait, si, mais c’est bien plus compliqué que ça (même le temps de lecture fût très court, une journée… Bon, une journée passée dans le train à traverser le pays dans le sens de la largeur, mais quand même, c’est pas très long, si on compare mon rythme de lecture de ces derniers temps qui est assez… lent, on va dire).

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Un portrait cinglant de nos aliénations ordinaires, par un écrivain qui s’amuse hors des sentiers battus.

Petit employé du siècle dernier, la quarantaine aigrie, mal assorti à une femme épaisse et acariâtre et père lointain d’une progéniture maussade, Martial Bonneteau est un médiocre qui enfouit entre routine et mépris de soi les frustrations d’une vie de clone parmi les clones. Mais un matin, pour un retard au bureau, le chemin tracé de sa vie va diverger et son univers normé se lézarder… Hystérie familiale  adultères ubuesques, coaching psychologique de groupe, les péripéties se succèdent bientôt sur un rythme de vaudeville, pour tourner à la franche farce.

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Alors, comme dit plus haut, je l’ai lu en une journée, dans les transports, et ce il y a un peu plus d’un mois maintenant (qui dit transport dit cahotement, donc pour prendre des notes, on a vu mieux comme conditions (depuis que je prend des notes, j’ai l’impression de lire de manière moins passive et de comprendre et d’assimiler mieux les informations o_O prendre les cours en notes n’avait jamais cet effet, étrangement…), et qui dit il y a un mois dit mémoire qui flanche un peu), mais je voulais vous en parler quand même, parce que c’est vachement intéressant.

Je n’ai jamais lu de livre de Pierre Bordage avant, donc, ce qui m’a frappé, c’est le style, du récit entrecoupé de définitions d’objets. Je ne sais pas si c’est typique de son style ou propre à cet ouvrage-ci.

Le réveil : monstrueuse anomalie plastifiée vampirisant sans vergogne le faux stuc de la très navrante table de chevet.

Cette définition très personnelle (mais qui aime entendre son réveil le matin, hein ?) pose le décor, nous somme dans un intérieur sans doute moche, et le propriétaire du réveil, ben, ça le fait profondément braire de l’entendre sonner. Nous faisons ainsi connaissance de Martial Bonneteau, 48 ans, employé, impuissant, marié depuis la moitié de sa vie avec une fille qui a eu le malheur de toucher puis d’épouser, pour l’honneur, voyez ? La fille en question, devenue femme, refuse qu’il la touche depuis. D’après la description qui en est faite, il faut en avoir envie aussi. Mais un jour, Martial en a marre, de sa femme, de son boulot, de ses voisins à la con, de ses fils (qui apparaissent brièvement le temps du petit-déjeuner), et change de vie, son entourage, sauf sa fille, pense qu’il sombre dans la folie. Sa fille, qui, d’ailleurs, souffre de la même folie que lui, c’est à dire qu’elle n’a pas envie de se soumettre aux diktats de la société.

Ce livre, critique sociale, hymne à la connaissance de soi, par des voies parfois mystificatrices (méditer à poil en pleine forêt devant une cabane délabrée ?  ),

de la non-normalisation, dresse un portrait au vitriol de notre société et fait réfléchir. Est-ce folie de vouloir se connaitre soi-même et de vouloir vivre en accord avec soi-même, plutôt que de se soumettre sans réfléchir aux normes imposées (même si c’est sans doute plus simple) ?

Bon, j’espère ne pas vous avoir fait peur avec cet article, lisez-le quand même, c’est bien !

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Moutons et corbeaux, parce que c’est drôle, mais pas que.

 

Belgique, Caca Bouquin, Contemporain, Europe

Le fait du prince ou la cosmétique de l’ennui

Le fait du prince
J’ai écrit cet article quand l’idée d’un blog ne faisait que m’effleurer quand je m’ennuyais, où quand quelque chose m’énervait au point de vouloir hurler cette injustice au monde.

C’est très rare que je ressente le besoin de m’indigner autant après la lecture d’un livre, mais ce jour là, je n’ai pas pu m’en empêcher. Jamais auparavant, je n’avais eu une telle sensation d’avoir perdu du temps, temps que j’aurait pu consacrer à d’autres livres bien meilleurs.

Fidèle lectrice d’Amélie Nothomb depuis mes années lycées, c’est par habitude que, peu après la rentrée littéraire, mes pas m’ont portée vers le rayon N de ma bibliothèque habituelle. Ses derniers livres ne m’ayant que peu enchantés, je me suis néanmoins saisie de son livre d’alors, Le fait du prince. Je l’ai emprunté par habitude, par curiosité aussi sans doute, portée par une vague lueur d’espoir que celui-ci soit du même acabit que ses premiers livres ou que ses livres autobiographiques.
Il ne faut pas juger un livre par sa couverture, mais on ne peut s’empêcher de se demander quel pourrait être le rapport entre la première de couverture, une photographie très kitsch de l’auteur de ce méfait, entre le culcul le plus total, et la trop dark attitude (ça peut quand même impressionner les kikoogoths, j’avoue), ET en plus, est un Photoshop disaster complet (la couronne et « l’eau »… Fait d’un graphiste qui découvrait l’outil lasso magnétique, sans doute), et ce fameux roman, qui, selon sa quatrième de couverture, devrait parler de riches bourgeois abusant de champagne. Le fait est que ce premier emprunt date de 2009, je n’avais même pas lu la petite phrase au dos du livre, que déjà trois semaines était écoulées, que l’heure de le rendre approchait, et que, décidément, je n’avais pas envie de le lire. Pourtant, dieu sait que j’en aurais eu le temps, mais non, la petite étincelle ne venait pas, les autres livres qui m’avaient accompagnés chez moi le même jour ont été dévorés, mais celui, non, il me m’inspirait pas plus que ça… Je le retournais donc, avec ses compagnons à feuilles, sans l’avoir ouvert…
Des fois, il ne faut pas s’acharner, et effectivement, je n’aurais pas du… Plus d’un an plus tard, je me suis décidée à le réemprunter, et, cette fois ci, prise par une frénétique envie de lire, encore assommée par la claque du livre que je venais de terminer une heure plus tôt, je l’ai ouvert, et, je l’ai lu… Les ouvrages d’Amélie Nothomb se lisent très vite… Peut être trop… Ou la vitesse à laquelle ils se parcourent est-elle le signe de leur vacuité ? Le fait est que, en une après-midi, il fut terminé, et me laissait une sensation étrange… J’avais l’impression d’avoir perdu mon temps, lire une notice m’aurais procuré plus de satisfaction, en plus d’être plus utile, et surtout, je me suis demandée si les bruits que j’avais entendu disant qu’elle écrivait plusieurs livres par an et choisissait le meilleur pour être publié, et que si c’était réellement celui ci le « meilleur », ne serait-il pas mieux pour elle de prendre sa retraite ? Où bien est-ce moi dont les goûts ont évolués ? Lire des livres fouillés et partant dans tout les sens m’ont-ils blasée de livres linéaires et sans recherche sur les personnages ? M’ont-ils rendue plus sensible au fond qu’à la forme ? Car, oui, la forme est là, ça se lit, c’est fluide, ça coule. Mais les mots sont vides, tout comme les personnages semblent l’être. A-t-elle la flemme de créer une histoire pour ses personnages ? Sont ils des génériques sans passé, sans personnalité ? A part celle d’aimer le champagne et d’avoir été junkie (ce qui ne sera pas exploré plus qu’une simple évocation, ça aurait été trop long sans doute) ? A-t-elle du mal à parler du personnage principal quand il ne s’agit pas d’elle ? Par ailleurs, pourquoi toutes ses héroïnes refusent-elles de manger ? Amélie est-elle pro-ana ? En plus de prôner, dans ce livre, un mode de vie oisif et inutile ? »

En tout cas, je jure qu’on ne m’y reprendra plus. Nouveau livre d’elle ou pas, je passerait mon chemin et lirait des auteurs dont les écrits valent le papier sur lequel ils ont été publiés.