Entre-deux, Epoque victorienne, Etats-Unis, Science Fiction

New Victoria – Lia Habel

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L’amour est immortel. L’amour ignore les frontières, dit-on. Et celle entre la vie et la mort ?

Bienvenue à New Victoria, le dernier refuge d’une humanité éreintée par les guerres.
Les jeunes filles de bonne famille y ont un destin tout tracé: épouser un membre de la haute société et collectionner les robes de bal.

Nora n’a jamais aimé se plier aux règles, surtout depuis la mort de son père, l’éminent docteur Dearly. Mais rien, dans sa délicate éducation victorienne, ne l’a préparée à un violent kidnapping, ni à survivre dans le camp d’une faction rebelle. Avec l’aide d’un séduisant soldat, elle devra pourtant surmonter ses craintes et ses préjugés pour comprendre la nature du véritable danger qui menace les vivants… comme les morts !

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Ce livre, à la base, en lisant a quatrième de couverture, franchement, il ne me disait rien. Une histoire d’amour entre une ado et un zombie, super, youhou. En allant à la médiathèque, une amie m’a dit qu’il s’y trouvait, et, bon, ça ne mange pas de pain, et au pire, ça me fera une entrée de plus dans ma catégorie des trucs nuls. Je m’attendais à un roman young-adult Twilight like. Et Twilight, franchement, si on est sensible à la représentation de la femme dans la littérature ou ailleurs, ça nous fend le cœur. (Honnêtement, si quelqu’un entre par effraction dans votre chambre la nuit pour vous regarder dormir et démonte le moteur de votre voiture pour que vous n’alliez pas voir un de vos amis, n’attendez pas qu’il vous abandonne dans la forêt pour vous y laisser mourir, allez voir la police et PORTEZ PLAINTE ! Non, ce n’est pas mignon, oui, c’est flippant ! Mortecouille ! (rien, j’avais juste envie de caser ce mot))

Donc, New Victoria, c’est un pays, dans lequel les survivants d’une apocalypse ont décidé de fuir le futurisme des autres cultures et de replonger dans l’age d’or que représente l’ère victorienne pour eux. Nous avons donc des fiacres, des femmes en robes a tournures, des hommes en redingotes, qui pianotent sur des tablettes numériques nacrées avec des stylets-plume. Et des bougies électroniques pour éclairer leurs maisons. Oui, comme à Noël. Ca se passe a Noël, en plus, ça tombe bien.

L’héroïne, Nora, est orpheline depuis un an, et vit sous la tutelle de sa tante, qui fait un peu office de vile marâtre. Si sa tante n’a pas une grande importance et n’apparaît qu’au début du livre, elle semble pourtant réunir toutes les caractéristiques de la « wicked Stepmother » si chère aux contes de fées. La mère de Nora est décédée lorsqu’elle avait neuf ans (Nora avait neuf ans, pas la mère), d’une maladie foudroyante, et son père l’a éduqué tant bien que mal, en lui léguant sa fascination pour l’histoire de la guerre. Guerre entre les néo-victoriens et les forces armées punks (j’ai cru à une blague quand j’ai lu ça, et ça a bien valu au livre d’être abandonné… Des forces armées punks… Et des centrales nucléaires écologiques aussi, tant qu’on y est ? Encore heureux que ça a été explicité après.). La jeune fille est élève dans une école privée réservée à l’aristocratie, grâce à son père, médecin et héros national, tout comme sa meilleure amie, qui fréquente cette école uniquement grâce à des bourses, n’étant que fille de boulanger, mal vue par ses camarades, et pourtant destinée, de part son éducation, a faire un beau mariage avec quelqu’un de la haute. On assiste donc aux humiliations de Pamela (la meilleure amie en question), et la question du classisme est posée. Quelqu’un né dans un milieu populaire vaut-il moins que quelqu’un né avec une cuillère en argent dans la bouche ? De plus, la place de la femme, en tant que chose fragile qui n’arrive à rien par elle même, qui n’est rien sauf femme/fille de, est remise en question. Une jeune fille de bonne famille n’a-telle pas le devoir de se défendre, même face à un zombie qui tente de la mordre ? Ou devrait-elle tenter de s’enfuir et attendre que quelqu’un d’autre ne lui vienne en aide ? Un homme de préférence, parce que, hein, faut pas déconner ? Eh bien, si personne ne bouge, quelqu’un doit bien prendre les choses en main, et les héroïnes de New Victoria n’hésitent pas, même si pour ça, elles doivent porter des pantalons.

Ce livre a évité bien des écueils dans le traitement de ses deux héroïnes, mais malheureusement, pour sauter avec élan dans d’autres clichés, qui se retrouvent dans énormément de mauvais films d’espionnage.  L’écriture est fluide, et la narration par POV est parfois déroutante et rend le déroulement de l’action un peu lente. L’histoire d’amour est, à mon sens, un peu inutile, et surtout, glauque. Comme les histoires d’amour humain/vampire. Ca reste un cadavre qui marche. Et, euh, juste, beurk ? Le pourquoi du comment de l’invasion de morts-vivants m’est passé complètement au dessus de la tête, mais là, j’ignore si j’ai été déconcentrée dans ma lecture à ce moment, ou si c’était confus, ou si ça m’a semblé totalement crétin, mais si ça ne m’a pas marqué, ce que l’intérêt devait me sembler limité. Il s’agit visiblement d’une trilogie, et même si ce livre n’était pas la daube à laquelle je m’attendais (j’en serais presque déçue, vous savez…), je ne lirais pas la suite, peut-être tout simplement parce que je ne suis pas la cible de ce genre de livres. Mais, si je devais le conseiller à un/e ado en quête d’un livre steampunk, je lui en parlerais (sauf que je n’ai pas d’ado dans mon entourage, et que le seul autre livre steampunk que j’ai lu, ben, j’ai pas eu le courage de le terminer (pour le moment), au contraire de celui-ci.)

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En bref, un bon livre pour les amateur de ce genre là, mais pour les allergiques aux histoires d’amour, passez votre chemin.

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Bilans

Lectures non chroniquées #1 et Bilan 2012

J’avais un objectif en 2012 (parmi d’autres, hein, ma vie ne se résume pas à lire), et celui ci doit être le seul que j’ai raté, je voulais lire plus de livres qu’en 2011. En 2011, 50 livres ont été lus, pour 17576 pages (j’aurais dû faire un bilan aussi, d’ailleurs.) En 2012,  il y en a eu 47, pour 14148 pages. Certains ont été mentionnés ici, d’autres non, et pourtant, certains en valent le coup.

Les zombies qui ont mangé le monde : BD franco-belge, une catastrophe chimique empêche les morts de rester morts, les vivants doivent donc cohabiter avec eux. Les zombies ne sont pas vraiment dangeureux, ils sont juste un peu…euh… à l’ouest. Les gens peuvent donc garder leurs défunts avec eux. Une BD décalée et drôle, j’ai passé un bon moment, loin des clichés du zombie classique.
 

 

Le roi des Ronces : manga post-apocalyptique, les derniers survivants du monde sont atteint d’une maladie et n’ont que quelques jours à vivre, qu’ils vont utiliser pour sortir du lieu infesté de ronces où ils sont prisonniers  Je ne me souviens plus trop des tenants et aboutissants de l’histoire, l’ayant lu en janvier, mais j’ai lu tous les tomes, sans trop de déplaisir, même si ce n’était pas la lecture du siècle.
 

 

Vampires, Carnets de l’étrange, Fabrice Colin et Jérôme Noirez : guide sur le vampirisme, remplis d’informations sur les origines du mythe et de faits réels qui l’ont inspirés. Rien de bien nouveau sur on s’est déjà intérréssé de plus prêt au vampirisme, mais une mise en page soignée, et assez agréable à lire.
 

 

Mort, Terry Pratchett : l’apprenti de la Mort fricotte avec sa fille. Du Pratchett, fidèle à lui même. Je vous ai dit que le personnage de la Mort devait être l’un de mes préférés ?
 

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Kill the Granny : comic italien, sur un chat qui traverse les 7 enfers pour enfin retrouver sa virilité sacrifiée par un vétérinaire. Après avoir tué sa propriétaire, une charmante grand mère, il devra traverser des épreuves, accompagné d’un diablotin boulet, afin de retrouver ses roubignolles. C’est vulgaire, c’est complètement crétin,mais c’est marrant.
 

 

Tu mourras moins bête, Marion Montaigne : BD de vulgarisation scientifique. Si vous connaissez le blog, vous devez connaitre cette BD.
 

 
Je m’habillerai de  nuit, Terry Pratchett : roman du Disque Monde, chez les sorcières cette fois ci. Une sorciére adolescente, des ch’tis hommmes (assez dur à déchiffrer, ceux là), une lièvre, et des vieilles sorcières. (Je préfère le titre anglais, parce que j’adore la sonorité du mot « shall »… Ben quoi ?)
 

 

 

 

L’Elue, Kushiel, Tome 2, Jacqueline Carey : je vous ai parlé du tome 1, et donc, comme je l’ai dit à la fin, j’ai lu la suite, et dans ce tome là, une lassitude s’est un peu installée. Phèdre m’énervait, vers le milieu du livre, j’avais l’impression de lire les histoires d’une Mary-Sue qui sait tout faire, qui endure tout sans geindre (bon, ça, c’est normal, c’est son « pouvoir »), sauf après Melisande. Mais vers la fin, cette impression était repartie, et j’ai apprécié ma lecture.

Mais j’ai attendu un peu avant de m’enfiler le troisième tome, qui lui, était moins laborieux.

« Pourquoi fallait-il toujours que ce fussent les déesses qui pleurent ? »

 

 

La première loi, Joe Abercrombie : j’ai eu un peu de mal à entrer dedans, mais finalement, une bonne surprise. Des personnages intéressants, une histoire complexe, un style plaisant. (Le dernier tome m’attend.)

« La triste réalité, c’est que la douleur n’engendre qu’un attendrissement sur soi-même »

 

 

Solaris, Stanilas Lem : c’est le doodle de Google qui m’a donné envie de le lire à l’époque, il m’attendait, je l’ai lu cet été, et, euh, je crois qu’en fait, j’ai pas compris. Des clones d’êtres aimés qui se régénèrent et qui poursuivent des scientifiques sur une base spatiale, sur une planète étrange. Non, vraiment, j’ai pas compris.
 

 

Lovecraft, Hans Rodionoff : BD sur H.P. Lovecraft, qui focalise sur ses délires. Des graphismes soignés, et un scénario assez effrayant. Pourtant, ça m’a laissé perplexe.
 

 

Notes, tome 7, Formica Punk, Boulet : comme pour Tu mourras moins bête, tiré d’un blog BD, des anecdotes de la vie courante, des souvenirs, du lol. (remarques valables pour le tome 2 et le 5, seuls en ma possession.)

 

 

He’s just not that into you, Greg Behrendt, Liz Tucillo : c’est Reika qui me l’a preté (elle parle d’histoires de coeur et de féminisme bien mieux que moi, c’est pourquoi je ne le fait pas ou peu), et même si on est en couple, c’est une lecture édifiante, qui permet de se rendre compte de tous ses signes qui ne trompent pas et qu’on aurait du voir avant. Un livre qui ouvre les yeux. (Si vous avez regardé le série Sex and the city, vous devez en avoir entendu parler.) La véracité du contenu a été validé pendant ma lecture par un homme, d’ailleurs.
 

 

American Gods, Neil Gaiman : qu’advient-il des croyances anciennes des peuples immigrés aux Etats-Unis ? Que deviennent ces dieux ? Un peu comme dans Les petits Dieux, de Terry Pratchett, leur pouvoir est proportionnel au nombre de personnes leurs vouant un culte. Mais que ce passe-t-il quand ces anciens dieux se font remplacer par des dieux modernes ? Eh bien, ils ne se laissent pas faire.
 

 
Veronika décide de mourir, Paulo Coelho : une jeune femme tente de se suicider, se rate, pour apprendre qu’elle n’a plus que quelques jours à vivre. Une ode à la vie.

 

 

Burton on Burton, Foreword by Johnny Depp : un entretien de Tim Burton, de ses débuts à Corpse Bride, truffé de dessins et esquisses inédites.

« Insanity is in some  scary way the most freedom you can have, because you’re not bound by the laws of society »

(phrase qui résume bien aussi le roman Mort d’un Clone.)
 

 
The Princess Bride,  S. Morgenstern’s Classic Tale of True Love and High Adventure, William Goldman : haaaa, The Princess Bride ! il m’a couté, celui là. Je l’avais commencé en 2011, puis la date ou il fallait le rendre à la médiathèque est venue, je ne l’avais pas terminé, et je me suis dit « tant pis », j’avais trouvé le peu que j’en avais lu pénible, les digressions et interventions du narrateur dérangeantes, elles cassaient le rythme de lecture, les personnages énervants et niais, vraiment, ça ne m’avais pas emballé. Puis, un soir de désoeuvrement, je l’ai recommencé, en anglais cette fois ci. Sans doute poussée par les nombreux memes représentants Inigo Montoya.

Et cette fois-ci, je me suis laissée prendre au jeu, j’ai tout lu, les diggressions, les notes de bas de page, tout, et cette fois ci, j’ai aimé. Un livre qui mérite qu’on lui donne sa chance.
 

 

Les femmes de Stepford, Ira Levin : ce livre s’ouvre sur une citation de Simone de Beauvoir, son personnage principal et son mari sont féministes, je n’ai pu que plébisciter ce livre. Même si la fin n’est pas claire et un peu frustrante.

 

 

Game of Thrones and philosophy : une analyse philosophique du Trone de Fer, et une analyse psychologique des personnages. A ne pas lire si vous n’avez vu que la série, sous risque de vous spoiler !

 

 

Anansi Boys, Neil Gaiman : Suite de American Gods, assez semblable à Neverwhere (peut être parce que ça se passe également à Londres, et que le héros semble tout aussi paumé). Un bon moment. (Couverture allemande, parce que, ben, je l’ai lu en allemand…,)

Vous pourrez noter que j’ai commencé à prendre des notes en cours de route, c’est pourquoi certains livres ont des citations et d’autres non.

Contemporain, Entre-deux, Europe, France

Mort d’un clone – Pierre Bordage

(Désolée aux abonné(e)s qui auraient eu une notification étrange par mail, je teste actuellement une application de bureau pour la rédaction d’articles, et c’était un bug de démarrage.)

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D’habitude, je vous fait un petit laïus sur le pourquoi du comment que j’ai eu envie de lire ce livre (oui, c’est français, ma phrase, rho), mais cette fois-ci, ben, euh, je peux pas, parce qu’on me l’a offert spontanément, sans que je me demande rien (et sans occasion particulière non plus, d’ailleurs). Donc voilà, on me l’a offert, parce qu’il s’agit d’un auteur reconnu de SF, et que j’aime bien l’imaginaire. Alors avec une intro pareille, vous allez croire que j’ai pas aimé. Ben, en fait, si, mais c’est bien plus compliqué que ça (même le temps de lecture fût très court, une journée… Bon, une journée passée dans le train à traverser le pays dans le sens de la largeur, mais quand même, c’est pas très long, si on compare mon rythme de lecture de ces derniers temps qui est assez… lent, on va dire).

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Un portrait cinglant de nos aliénations ordinaires, par un écrivain qui s’amuse hors des sentiers battus.

Petit employé du siècle dernier, la quarantaine aigrie, mal assorti à une femme épaisse et acariâtre et père lointain d’une progéniture maussade, Martial Bonneteau est un médiocre qui enfouit entre routine et mépris de soi les frustrations d’une vie de clone parmi les clones. Mais un matin, pour un retard au bureau, le chemin tracé de sa vie va diverger et son univers normé se lézarder… Hystérie familiale  adultères ubuesques, coaching psychologique de groupe, les péripéties se succèdent bientôt sur un rythme de vaudeville, pour tourner à la franche farce.

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Alors, comme dit plus haut, je l’ai lu en une journée, dans les transports, et ce il y a un peu plus d’un mois maintenant (qui dit transport dit cahotement, donc pour prendre des notes, on a vu mieux comme conditions (depuis que je prend des notes, j’ai l’impression de lire de manière moins passive et de comprendre et d’assimiler mieux les informations o_O prendre les cours en notes n’avait jamais cet effet, étrangement…), et qui dit il y a un mois dit mémoire qui flanche un peu), mais je voulais vous en parler quand même, parce que c’est vachement intéressant.

Je n’ai jamais lu de livre de Pierre Bordage avant, donc, ce qui m’a frappé, c’est le style, du récit entrecoupé de définitions d’objets. Je ne sais pas si c’est typique de son style ou propre à cet ouvrage-ci.

Le réveil : monstrueuse anomalie plastifiée vampirisant sans vergogne le faux stuc de la très navrante table de chevet.

Cette définition très personnelle (mais qui aime entendre son réveil le matin, hein ?) pose le décor, nous somme dans un intérieur sans doute moche, et le propriétaire du réveil, ben, ça le fait profondément braire de l’entendre sonner. Nous faisons ainsi connaissance de Martial Bonneteau, 48 ans, employé, impuissant, marié depuis la moitié de sa vie avec une fille qui a eu le malheur de toucher puis d’épouser, pour l’honneur, voyez ? La fille en question, devenue femme, refuse qu’il la touche depuis. D’après la description qui en est faite, il faut en avoir envie aussi. Mais un jour, Martial en a marre, de sa femme, de son boulot, de ses voisins à la con, de ses fils (qui apparaissent brièvement le temps du petit-déjeuner), et change de vie, son entourage, sauf sa fille, pense qu’il sombre dans la folie. Sa fille, qui, d’ailleurs, souffre de la même folie que lui, c’est à dire qu’elle n’a pas envie de se soumettre aux diktats de la société.

Ce livre, critique sociale, hymne à la connaissance de soi, par des voies parfois mystificatrices (méditer à poil en pleine forêt devant une cabane délabrée ?  ),

de la non-normalisation, dresse un portrait au vitriol de notre société et fait réfléchir. Est-ce folie de vouloir se connaitre soi-même et de vouloir vivre en accord avec soi-même, plutôt que de se soumettre sans réfléchir aux normes imposées (même si c’est sans doute plus simple) ?

Bon, j’espère ne pas vous avoir fait peur avec cet article, lisez-le quand même, c’est bien !

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Moutons et corbeaux, parce que c’est drôle, mais pas que.

 

Grande-Bretagne, Historique, Youpi Tralala

Les Piliers de la Terre – Ken Follett

The Pillars of the Earth
The Pillars of the Earth – Ken Follett

Quatrième de couverture :

Dans l’Angleterre du XIIe siècle ravagée par la guerre et la famine, des êtres luttent chacun à leur manière pour s’assurer le pouvoir, la gloire, la sainteté, l’amour, ou simplement de quoi survivre. Les batailles sont féroces, les hasards prodigieux, la nature cruelle. Les fresques se peignent à coups d’épée, les destins se taillent à coups de hache et les cathédrales se bâtissent à coups de miracles… et de saintes ruses. La haine règne, mais l’amour aussi, malmené constamment, blessé parfois, mais vainqueur enfin quand un Dieu, à la vérité souvent trop distrait, consent à se laisser toucher par la foi des hommes.

Ce livre était dans ma pile à lire depuis presque deux ans, son épaisseur me faisait un peu peur. En août, j’ai pris mon courage à deux mains et l’ai emporté pour passer une semaine dans la campagne bourguignonne profonde. Finalement, la bibliothèque là bas était bien fournie et je ne l’ai commencé que deux jours avant le retour. Et je l’ai terminé hier matin, en novembre donc. Faut dire que la bête fait plus de 1050 pages. Que je l’ai lu en anglais. Et que la violence de certaines scènes me faisait un peu délaisser ce livre pour des lectures très différentes. Mais même si certaines scènes et personnages m’ont fait fulminer, je n’ai pas pas pu l’abandonner.

Ce livre parle de la construction d’une cathédrale, et suit la vie des gens impliqués, de près ou de loin. Si certains sont odieux et détestables, d’autres, malgré leurs failles, sont terriblement attachants. Et c’est bien ce qui fait la force de ce livre. Les personnages bafoués, torturés, malheureux, qui, pourtant, parviennent à se relever, et à réaliser leurs rêves, qu’il s’agisse de la construction d’une cathédrale, ou bien que la justice soit faite malgré tout. Si j’avais envie d’en parler, c’est à cause des personnages féminins, loin de l’image de femme soumise à son mari à laquelle on peut s’attendre au vu de l’époque ou se déroule le récit.

Mais comme il n’y a pas que des femmes dans cette histoire, et que certains personnages me laissent sceptiques, je vais en parler aussi. Je vais même commencer par eux, eh ouais, j’ai peur de rien.

Les personnages masculins sont très présents, forcément, ils bâtissent des cathédrales, sont à la tête du clergé, et règnent sur leurs terres. Si certains ont un caractère admirable, sans être totalement purs et innocents, il s’agit de personnages fouillés et complexes. D’autres par contre… Si on voit qu’ils sont en proie à un dilemme intérieur, on sait pourtant bien à l’avance comment ils vont réagir. William Hamleigh, une brute éconduite par une charmante noble, assoiffé de vengeance, ne trouve de satisfaction que dans la violence (et là, je pense à TOUT les aspects de la vie d’un homme), il est pas content parce qu’un du patelin voisin à fait quelque chose ? Ben, on crame le village. Il veut punir un serf qui n’aurait pas payé une taxe quelconque ? Ben, on viole sa femme ou sa fille devant ses yeux ! Et on fait passer toute la garnison dessus dans la foulée, pour prouver à tout le monde qu’on a quelque chose dans le slip. Mais bon, comme il a peur de bruler en enfer, il va se confesser après, alors ça va, hein, c’est pas grave…

William believed that a man was helpless until people were afraid of him

Alfred, fils de maçon, brute et bête, aime aussi taper dans le tas, surtout quand le tas est plus jeune et plus intelligent. Bon, lui, il ne brûle pas de village, il n’a pas ce pouvoir, mais il ne vaut guère mieux.

Après, d’autres personnages trouvent une rédemption et regrettent leurs actes, liés, bien souvent, aux actions des deux bonhommes précédemment cités.

Il y a aussi des gens bien, hein, attention, Tom, très amoureux de sa femme, pieux à sa façon, adorant ses enfants plus que tout, cherche à atteindre l’immortalité en construisant une cathédrale. Il est prêt à tout pour cela, quitte a forcer sa famille à voyager en plein hiver, avec rien d’autre que des navets. Phillip, moine ambitieux, mais conscient de ses faiblesses et de ses erreurs, est empreint d’une grande bonté envers les siens, même si ses manières d’obtenir ce qu’il veut sont parfois non orthodoxes.

Jack, qui a grandi seul avec sa mère (je vais en venir à elle) en pleine forêt, est doté d’une grande intelligence, et d’un don pour le métier de son père d’adoption (oui, je périphrase, je veux pas vous spoiler non plus). Son éducation fait de lui quelqu’un d’inadapté à la vie en société aux premiers abords.

Enfin, je vous parlait de femmes, j’y viens ! Les femmes importantes sont aux nombre de trois, Ellen, mère de Jack, Aliena, celle qui a éconduit William, et Regan, la mère de ce dernier.

Ellen, qui apparait dès le premier chapitre en maudissant le public d’une pendaison. Celle de son mari, condamné à tord d’avoir volé un calice dans une église. Suite à la malédiction qu’elle a jeté sur les personnes impliquées dans le meurtre de son mari, elle s’installe en forêt, dans une grotte, seule. elle vit seule, accouche seule (oui, elle était enceinte lors de la pendaison), et élève son fils seule. Elle lui apprend à lire, à compter, elle lui raconte des histoires, elle lui apprend à se repérer dans les bois, et à survivre. Mais vivant seule et évitant la compagnie des moines vivant à proximité (forcément, le prieur du monastère était impliqué dans le procès de Jack père), il y a une chose qu’elle a bien du mal à lui apprendre, et c’est la vie en société. C’est pourquoi elle décide de suivre Tom et sa famille.

Aliena, elle, est une jeune noble en age de se marier. Elle est promise à William, dont j’ai fait l’éloge plus haut, mais refuse, son père lui ayant promis de ne pas la marier contre son gré à quelqu’un qu’elle ne pourrait pas aimer. Seulement, les choses ne sont jamais simples, et elle finit pas devoir subvenir à ses besoins elle même, sans son père pour la protéger, et de plus, elle doit s’occuper de son frère, plus jeune et incapable de se débrouiller seul. Elle continue de refuser tous ses prétendants, et est un modèle, tout comme Ellen, de femme autonome et indépendante dans un univers médiéval hostile et dangeureux.

Aliena felt an affinity for Ellen : they were both oddities, women who did not fit into the mould.

Regan, quand à elle, forcément, avec un rejeton pareil, ses desseins ne peuvent être que néfastes, mais pour atteindre son but, elle est prête à tout, et elle régente la vie de son époux ainsi que celle de son fils. Le vrai chef de famille ici, c’est elle. Chose étonnante vu l’époque.

En bref, des personnages fascinants, hommes et femmes, un fond historique de trahisons, de guerres civiles, et de croisades, et en trame de fond, la construction de ce que les personnages espèrent la plus belle cathédrale d’Angleterre.

(Et si vous avez pas envie de lire le pavé, il y a une série aussi, mais c’est bien connu, les séries, c’est pas pareil. Je ne saurais la juger, je n’ai vu que les deux premiers épisodes pour le moment.)

Essais, France, Youpi Tralala

King Kong Théorie – Virginie Despentes

King Kong Théorie - Virginie Despentes

Quatrième de couverture :

J’ecris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, toutes les exclues du marché de la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n’ont pas envie d’être protecteurs, ceux qui voudraient l’être mais ne savent pas s’y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés. Parce que l’idéal de la femme blanche séduisante qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu’il n’existe pas.

J’ai beaucoup entendu parler de ce livre avant, il aurait changé la façon de voir les choses de bien des gens. Sceptique, je me suis mise en tête de le lire, pour voir si je partagerai leur avis. Ben, euh, en fait, oui.

Je n’avais jamais rien lu de Virginie Despentes, mais son image sulfureuse et sa réputation trash ne m’était pas inconnue. Ce livre, cet essai autobiographique nous raconte comment, de l’adolescente punkette, elle est devenue cette personnalité sujette à polémique.

Ce livre est divisé en plusieurs chapitres, séparés par des citations d’oeuvres féministes plus ou moins connues, Simone de Beauvoir et Virginia Woolf pour les plus connues (même si on ne s’est jamais penché sur le sujet).

Le style de Virginie Despentes est incisif, tiens-dans-ta-gueule, et touche là ou ça fait mal. Elle se penche sur les mécanismes culturels qui placent les femmes dans un carcan de soumission, et réduisant par la même occasion les hommes à des créatures aux pulsions violentes et brutales.

La politique actuelle (ce livre a été publié en 2006) est remise en question, ainsi que la société consumériste, soupçonnées de nous infantiliser :

Un bon consommateur est un consommateur insécure

Un Etat qui se projette en mère toute-puissante est un Etat fascinant.

Elle parle du viol, de sa manière de gérer cette expérience, et de s’en relever, et de sa signification sociologique, de la culpabilisation des victimes et de leur incapacité à se défendre, peut être dûe à l’influence de la morale judéo-chrétienne.Le fantasme du viol, lui, est un dispositif culturel, visant à placer la femme en position de soumission et d’impuissance afin de les écarter du pouvoir.

Elle parle aussi de son expérience de prostituée, bien loin des reportages racoleurs dont nous abreuve la télévision et de ses conséquences sur les gens. Le porno est également évoqué, condamnant les actrices à des voies de garage, cette activité étant visiblement incompatible avec l’intelligence.

King Kong Théorie est un livre court, qui se lit d’une traite, et qui ne laisse pas ses lecteurs indemnes qu’ils se sentent concernés de prime abord ou non.

(Cinq bestioles, c’est qu’il est bien. Non, mais, je précise, je teste encore mon système de notation)

Caca Bouquin, Fantastique, France, Historique

La Joconde sanglante – Ariane Mickael-Mitchell

La Joconde Sanglante
Ouais, avec une couverture pareille, j’aurais dû me méfier…

Heum… Alors… Euh… Ben… J’ignore ce qui m’a poussé à choisir ce livre à la bibliothèque… Je crois que j’aurais dû le laisser la où il était… Euhm. Il faut dire que, si la lecture a été rapide, elle a été bruyante. (Oui, je ne peux pas m’empêcher de commenter à voix haute quand je suis affligée… Ne regardez jamais de nanar avec moi si ça vous dérange.)

Donc, ce livre est basé sur une histoire réelle et a pour ambition de faire connaitre la comtesse Bathory. Bon, quand on dit basé sur une histoire réelle, il faut aussi ajouter que l’histoire à été fortement romancée, et sert d’alibi a une histoire de quête d’identité. En effet, l’histoire ne se passe pas en Hongrie au XVIème siècle, mais elle débute à Paris, en 2006. Elisabeth, une jeune greffière née sous X échappe de peu à la mort. Au même moment, sa mère biologique hongroise met fin à ses jours pour échapper à une sombre malédiction. A ce moment là, vous vous douterez qu’il y a un lien entre Elisabeth et Erszebeth (ou Elisabeth) Bathory, le nom m’a pas été choisi au hasard. Quelques semaines plus tard, Elisabeth (la greffière, pas la comtesse), reçoit un courrier d’un notaire, elle hérite d’une ruine et d’un orphelin. Le problème, c’est que notre chère Elisabeth, ben, depuis que ses parents adoptifs hyper croyants l’ont surprise à jouer a touche-pipi avec le voisin quand elle avait 12 ans, elle est bloquée sur les préadolescents.

Pedobear

Sans jamais passer à l’acte, elle est bien placée de part son métier de savoir que c’est mal. Donc voilà, nous avons une héroïne aux préférences sexuelles glauques, au caractère froid et relativement détestable. Et, forcément, sinon, il n’y aurait pas de rapport, elle est une descendante de la comtesse sanglante. Qui, tout comme ses nombreuses victimes, hante le château reçu en héritage, car, si elle n’a pas obtenu la jeunesse éternelle, elle veut devenir connue ! La plus grande serial killeuse de tous les temps ! 600 victimes ! C’est énorme ! Surtout pour une femme ! Car, tout du long, on enfoncera le clou de la femme douce et aimante, incapable de faire du mal à une mouche, et pourtant, ce monstre sanguinaire fût doté d’un double chromosome X. (J’ai voulu compter le nombre de fois ou le mot « féminité » était mentionné, j’en ai eu marre au bout d’un chapitre.)

Bon, donc, Elisabeth va en Hongrie, s’installe au château, rencontre un voisin de son age, en tombe amoureuse, après s’etre rendue compte que l’orphelin pré-adolescent de lui faisait pas frétiller les ovaires. Forcément, il s’agit en fait de son frère biologique. (Désolée pour le spoiler, mais vous ne comptiez pas le lire quand même ?) Son frère, qui d’ailleurs, fait semblant d’être muet, et qui possède le pouvoir de voir ce qui se passe au loin et d’en faire du dessin automatique. (Les notes de bas de pages, bien renseignées pour la majorité, indiquent ici que l’écriture automatique est en fait un moyen de communication avec les esprits…) En plus de ca, Elisabeth, notre chère héroïne, ignore que Dracula est un personnage littérature, certes inspiré d’un fait réel, mais somme toutes, un vampire de littérature, mais elle ignorait également tout de la comtesse, qui a fait l’objet de bien des livres et de films. Le livre ici, nous donne l’impression qu’il s’agit d’un obscur personnage sans importance, et pourtant, je crois que chaque personne s’étant intéressée au vampirisme connait les tenants et aboutissants de cette histoire.

Sinon, si on tente de ne pas tenir compte de l’histoire un peu bateau du personnage principal, le style est assez maladroit, certaines phrases sont bancales, il y a énormément de répétitions (« féminité » pour n’en citer qu’un), MAIS ! Car, finalement, tout n’est pas à jeter, les annexes sont très bien documentées. Sur la comtesse Bathory, sur l’histoire du pays, sur l’histoire de sa lignée dégénérée, sur ses complices. (Et sur un visiteur surnommé Cadavrius Lecorpus, qui m’a donné envie d’écrire un récit grivois dont le personnage principale porterai le nom charmant de Phallus Erectus), ainsi que les moyens utilisés pour supplicier ses victimes.

Si on exclut donc cette dernière partie fort bien documentée (mais vous trouverez ces infos ailleurs aussi), on a ici un nanar livresque, mais involontaire, c’est un peu dommage. Sinon, regardez le film de Julie Delpy sur le sujet, La Comtesse, que ca s’appelle (même si je suis sortie de la salle de cinéma avec la même impression que lorsque j’ai fermé ce livre, c’est à dire un sentiment étrange entre le LOL et le WTF, sentiment partagé par l’amie qui m’a accompagnée au cinéma, d’ailleurs. Sentiment baptisé le « What the fucking LOL? ».)

BD - Roman graphique, France, Youpi Tralala

41 €, pour une poignée de psychotropes – Davy Mourier

41 €, pour une poignée de psychotropes
Et je vous ai épargné la photo de l’auteur à poil, pudiquement couvert par sa BD

D’habitude, je ne suis pas très BD. Il faut que le sujet me touche, ou qu’il soit complètement loufoque pour que je m’y intéresse. Là, je « connaissais » son auteur à travers la télé, et à travers son blog, sur lequel il publie ses strips.

La suite est déjà sortie, mais ici, je vais m’intéresser à la première. 41 € pour une poignée de psychotropes, ou comment on en vient à faire une thérapie. Il s’agit d’une BD autobiographique, qui vous offre, en prime, comme écrit sur la première page, une vraie dépression ! (Bon, en vrai, il exagère, ça allait relativement bien quand je l’avais finie.)

La BD s’ouvre sur l’enfance de Davy, une enfance visiblement heureuse, soulignée par la phrase :

Le degré de bonheur de l’enfance détermine le degré d’acharnement de fuite de l’âge adulte.

Enfance néanmoins bouleversée par le décès de sa maîtresse d’école, qui marquera le début de son refus de grandir, de son désir d’aller contre l’ordre des choses, et de refuser ainsi le principe de la mort. Au fur et à mesure de l’avancement du livre, on découvre d’autres évènements marquants, dans lequel nous pouvons tous nous reconnaitre, et qui marquent une vie, jusqu’à ce qu’on décide de chercher de l’aide, et de suivre une psychanalyse.

La suite est constituée de strips de trois cases chacune, toutes résumant une séance chez son psy, toutes basées sur le même principe. Pas de mouvement, le héros (ou l’anti-héros ?) au premier plan, tournant le dos à son thérapeute, assis à son bureau et l’écoutant. Seules les mimiques changent, et suffisent à charger l’histoire d’émotions.

Bien sûr, il s’agit d’une bande déssinée, le tout est traité efficacement avec humour, mais on se rend compte des fragilités de l’auteur.
Mais TOUT n’est pas dessiné, ce n’est pas un album d’Astérix, on y trouve également des collages, des photos, pleins d’éléments qui permettent de voir que ce qui est raconté est vrai, que peut être, l’écrire exorcise. On se sent parfois un peu voyeuriste, mais il s’agit ici d’un album de qualité, touchant et drôle. La présentation, sous forme de carnet à spirale, à couverture inspirée d’une certaine marque de cahiers, est soignée, le contenu est original.

Au fond… Ma vie est belle… Elle est pleine de douleurs qui ne font pas mal !

Morceaux choisis (avec liens vers le blog de l’auteur) :

Obélix ?

Critiques.

Dépression.

Amérique(s), Etats-Unis, Science Fiction, Youpi Tralala

Imprésario du troisième type – John Scalzi

Bon, la couverture ressemble un peu à un Chair de Poule..
Bon, la couverture ressemble un peu à un Chair de Poule..

Vous vous êtes déjà demandé comment vous réagiriez si vous croisiez un extraterrestre ? Partiriez-vous en courant ? Même si l’extraterrestre en question est pacifique ? Comment preparer l’humanité à une rencontre du troisième type sans semer la panique ? Avec un imprésario !

La télévision humaine est diffusée dans l’espace, avec du décalage, certes, mais les extraterrestres suivent avidement les aventures de, euh, je sais pas trop, en fait, les séries ne sont pas nommées, et je n’y connais rien en séries des années 50, mais vous voyez le concept. (Sinon, c’est un peu comme dans Futurama, quand Lrrr est fan de la série « Avocate et célibataire »)

Comment ça ! Happy Days est déprogrammé ?!
Comment ça ! Happy Days est déprogrammé ?! Ma sorcière bien-aimée aussi ?!

Du coup, les Yherajks décident de faire ami-ami avec ces êtres merveilleux que sont les terriens. Garer la soucoupe devant la Maison Blanche n’est pas une option, il faut opter pour la solution du Cheval de Troie. (Se garer sur la pelouse de la Maison Blanche, en plus, ça doit donner de grosses contraventions. Et les Troyens, ils étaient pas contents du cheval, je crois).

Seulement voilà, les Yherajks sont des blobs. Des blobs puants en plus. Qui peuvent entrer dans une bonbonne à eau…

Comme ça :

En fait, ce livre, c’est Futurama avant l’heure

Leur agent, Tom, est déjà l’agent d’une starlette bimbo, mais neuneu. Qui veut absolument avoir un rôle dans un film d’auteur, dont son intellect ne saisit pas l’envergure. Tom est également le maître du chien vieillissant de ses voisins qui préfère sa compagnie à celle de ses propriétaires légitimes. Quand à sa grand mère, rescapée des camps nazi, elle ne parle plus depuis un AVC. Et là, vous me demanderez, mais quel est le rapport avec les blobs ? Et je vous dirais que TOUT est en rapport ! On se demande au début ou il veut en venir, avec ses personnages étranges, pourquoi on ne voit pas d’autres extraterrestres que Joshua (oui, le blob principal s’appelle Joshua, est claustrophobe, aime les pizzas, téléphoner, la série C.H.I.P.S, et, heureusement, ne ressemble pas à un insecte.) et pourquoi nous assistons aux castings de Michelle Beck, l’actrice gentille, mais naïve. Pourquoi ce journaliste d’un tabloïd miteux est si présent ? Pourquoi tant de pièces sont disséminées ici et là ? Vont-elles s’assembler de manière cohérente ? Eh bien oui.

Malgré sa couverture qui ne paie pas de mine (je prefère les illustrations de Kidby dans son style Pratchettien), son titre qui fleure bon le nanar livresque, on passe un bon moment, on rit parfois, on sourit souvent, et parfois, aussi, on a les larmes aux yeux. Parce que, bon, toutes les ficelles du nanar filmique sont là (je parle de nanar type L’attaque de la moussaka géante, hein, pas de film nul qui se prend au sérieux), et en livre, ça prend bien. L’auteur raconte, à la fin, l’histoire de son manuscrit, écrit dans les années 90, et légèrement remanié lors de sa publication, et j’aurais presque pensé qu’il a été écrit l’an dernier.

Si vous aimez les nanars, la SF, les blobs, et les livres décallés, allez y sans hésiter !

Amérique(s), BD - Roman graphique, Essais, Etats-Unis, Historique, Youpi Tralala

Maus – Art Spiegelman

Maus, l’intégrale – Art Spiegelman

J’avais déjà entendu parler de Maus, mais j’ai décidé de lire après avoir visité un fort de la Ligne Maginot situé à deux km du village de mes parents, il y a deux mois. (Oui, des trucs sont à deux kms de moi toute ma vie, et j’y vais seulement pour faire visiter la région à quelqu’un. Pourquoi on ne va que rarement visiter ce qui est à deux pas, hein ? o_O) Enfin, la problèmatique de l’holocauste ne n’avais pas préoccupée depuis mes révisions pour le bac d’histoire il y a longtemps. J’avais envie de lire sur le sujet, sans pour autant avoir la sensation d’opression qui peut être présente dans un roman ou un documentaire. Un BD, pour m’approcher du sujet, ça me convenait bien. En plus, celle ci a reçu le prix Pulitzer. Du coup, lors de mon passage à la médiathèque hier, je l’ai emporté.

Maus relate l’histoire de Vladek, depuis le début de la guerre, à la toute fin, quand il réchappe du camp d’Auschwitz, histoire elle même entrecoupé de scènes entre Art Spiegelman et Vladek, son père, qui lui raconte cette histoire. On y découvre la relation conflictuelle entre le père et le fils, le manque d’Anja, la mère d’Art qui s’est suicidée alors qu’il avait 20 ans, et l’amour indéfectible qui la liait a Vladek, et qui a du être être un moteur leur ayant permis à tout deux de survivre aux camps de la mort. On y découvre, par les yeux de son fils, un homme brisé par les camps, par le suicide de son épouse bien aimée, et malheureux dans son remariage, et sans doute rongé par la culpabilité d’avoir survécu.

Le dessin est en noir et blanc, le trait épais, les personnages représentés sous les traits d’animaux. C’est parfois difficile à déchiffrer, mais rien n’est épargné. Quelques rares photos des protagonistes rendent le tout plus réels et encore plus touchant. Quand au langage, on retrouve la syntaxe polonaise dans les constructions des phrases du père.

Il s’agit là d’une lecturefascinante, qui prend au tripes, qu’il m’a été impossible de reposer. Je ne pourrais pas, au vu du sujet, parler de lecture plaisante, mais d’une  grande oeuvre sur le travail de mémoire sur l’une des pages les plus sombres de notre histoire.

Amérique(s), Entre-deux, Etats-Unis, Fantasy

Kushiel, tome 1 : La Marque – Jacqueline Carey

Bon, hein, faut pas se leurrer, la couverture fait un peu Harlequin bas de gamme
Bon, hein, faut pas se leurrer, la couverture fait un peu Harlequin bas de gamme

Faut dire que la couverture, comme ça, sans en avoir entendu avant, elle me parlait pas. Mais comme j’ai entendu beaucoup de bien de la série, j’me suis dit que j’allais tenter, au pire, si c’est mauvais ou ne me plait pas, ça me fera un article marrant. Bon, pour l’article marrant, ça le sera pas, parce que le livre est bien. Malgré la couverture avec une femme à poil (ça marche bien, ce genre de couverture, je crois), les rumeurs décrivant le truc comme érotique (ouais, c’est marrant à lire ses trucs là, mais ça me fait autant d’effet que Bob l’eponge. (Non, je ne suis pas épongeophile)) et mes a prioris découlant des premières impressions que j’ai pu avoir, j’ai dégotté le livre, l’ai placé sur ma liseuse (sinon, je vous aurait mis une photo avec Mr Mouton, mascotte officielle de mes lectures, qui a pris goût a poser, coincé dans mes livres), et je l’ai commencé, m’attendant à une lecture légère et facile, pour me remettre de mes émotions qui m’ont fait arreter la lecture des Frères Grossbart. Mais non, visiblement, la série Kushiel n’est pas une lecture facile, les tomes sont épais (il me semble, hein, ma liseuse disait qu’il faisait 1323 pages, Anobii, me dit qu’il en fait 700 et des poussières, bref, c’est pas un Nothomb qui se lit en une heure (d’ailleurs, il m’a fallu 17 heures pour le lire (oui, j’ai chronometré (non, en fait, le Kobo indique le temps de lecture de chaque livre))). L’épaisseur n’est d’ailleurs pas la seule chose qui me fait dire ça, vu que finalement, il s’agit d’intrigues de cour compliquées. (Par moment, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Angélique,  Marquise des Anges… Les livres, hein, pas les films… Comment ça, ma référence est nulle ? ><)

Bref, de quoi ça parle ? Terre D’Ange, un pays semblable à nos pays latins voue un culte à Elua et ses Compagnons, qui, eux, ont accompagné Yeshua jusqu’a sa crucifixion. Naamah et Kushiel sont deux de ses compagnons, Naamah a donné son corps pour Elua, et Kushiel punit au fouet.

Phèdre, l’héroïne, est la fille d’une servante de Naamah (vous vous doutez bien de son service, hein) et est marquée par Kushiel. Son oeil est orné d’une marque rouge sang, qui la désigne comme étant une anguissette, l’élue de Kushiel, condamnée à trouver son plaisir dans la souffrance. Elle est vendue par ses parents à une maison de la Cour de Nuit, le quartier des plaisirs charnels. A dix ans, elle est rachetée par son mentor, Anafiel Delaunay; qui lui enseigne l’espionnage, et compte bien se servir d’elle pour parvenir a remplir ses obscurs desseins.

Phèdre, en tant que première anguissette née depuis trois générations, à nombre de clients qui se satisfont de la souffrance qu’ils infligent. Donc oui, ce livre parle de sexe, mais jamais de manière crue ou vulgaire. Les descriptions des supplices infligés peuvent parfois aller à l’encontre des limites des personnes sensibles, mais ces passages restent rares, et souvent, sont eludés par la narration à la première personne (oui, parce que bon, quand on est inconscient, c’est rare qu’on puisse raconter ce qui se passe). Certains clients sont au centre d’une conspiration pour accèder au trône, et Phèdre devra utiliser ses talents pour déjouer le complot et s’assurer que l’héritier légitime puisse y accéder, tout en maudissant ses préférences et ses faiblesses liées à la marque de Kushiel présente dans son oeil.

Si l’histoire en elle même est fascinante, j’ai relevé un point qui m’a perturbé et qui est présent tout au long du livre. Terre D’Ange n’existe pas, et même s’il s’agit de « fantasy historique », j’ai regretté l’absence de culture originale et créee de toutes pièces. Car si les Skaldiques habitent à l’Est, tout en eux respire le Viking. Depuis le nom de leur peuple, skald signifiant poête ou héros de saga scandinave, leur alphabet, appelé Futhark, composé de runes, tout comme l’alphabet des anciens germaniques, dont chaque rune n’est pas seulement une lettre, mais également un symbole, jusqu’au nom des dieux, dont le dieu « en chef » est appelé Odhinn, selon l’orthographe en norrois, qui reprend les mêmes caractéristiques physiques (l’oeil en moins, les corbeaux, les loups). (Oui, la mythologie scandinave, c’est mon dada).

Futhark
Alphabet runique Futhark

Odhinn

Les autres peuples, Pictii et Cruithnes sont certainement fortement inspirés des Celtes ou d’autres peuples, mais soit leurs descriptions n’était pas assez précises, soit mes connaissances en la matière ne sont pas suffisantes pour relever les points communs. Mais je crois que j’aurait préféré que les choses soient claires et se passent dans un monde qui a existé, plutôt que de prendre des élèments historiques, changer les noms et les transvaser dans un monde imaginaire. Même la cartographie est calquée sur l’Europe.

Terre D'Ange - Cartographie
Terre D'Ange - Cartographie

Mais mon plaisir de lecture n’en a pas été réduit, ça m’a amusé de relever les éléments inspirés de choses réeles et de voir à quoi elles correspondaient.

Bref, ne vous fiez pas à la couverture et aux à priori sur l’histoire d’une prostituée, et lisez le si vous en avez l’occasion et le temps. Moi, en tout cas, je me suis fournie la suite.