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Top Ten Tuesday #13

TTT3WLe Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini.
Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français Iani.

Les 10 livres à lire cet automne (Votre PAL pour cet automne)
  • Beauté Fatale, Mona Chollet. C’est seulement la deuxième fois que je le place dans une PaL pour un instant T. Aller, on y croit !
  • Le Prince Bâtard, Robin Hobb.
  • Fool’s Assasin, Robin Hobb.
  • Wilde Reise durch die Nacht, Walter Moers.
  • La Longue Terre. Terry Pratchett, et Stephen Baxter.
  • Servir Froid, Joe Abercrombie.
  • Terminer Anna Karénine (comment ça, ça compte pas ?!)
  • Do Androids Dreams of Electric Sheep?, Philip K. Dick.
  • Et quelques ebooks : Folies, des Artistes Fous, entre autres.
  • Gagner la Guerre, Jean-Philippe Jaworski.

Edit : titres lus en automne sont barrés au fur et à mesure

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Animalité, Belgique, Fantastique, France, Youpi Tralala

Sales Bêtes ! – Collectif Les Artistes fous

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Collectif
Les Éditions des Artistes Fous
ISBN : 978-2-36826-004-3
250 pages

Sales bêtes !
Animaux étranges et délires zoomorphiques

 

Chimères, animaux-totems, transformations bestiales, animal tapi en soi qui se dévoile, conscience émergeant chez la bête, créatures mythologiques, improbables, quotidiennes… Ou tout simplement regards croisés entre l’homme et l’animal, entre lutte, répulsion, respect et fraternisation, proximité dérangeante et fascination.
Dans cette deuxième anthologie, Les Artistes Fous Associés explorent la thématique animale à travers 20 récits tour à tour horrifiques, poétiques, sarcastiques, émouvants, tragiques, gores, sexuels, dans un format allant de la micro-nouvelle à la novella. Venant des quatre coins de la francophonie, leurs auteurs et illustrateurs sauront réveiller la (sale) bête qui sommeille en vous !

Je vous avais déjà parlé des Artistes fous l’an dernier, ainsi que de mon intention de lire l’anthologie suivante. J’ai mis le temps à y venir, comme pour chacun des recueils de nouvelles en ma possession.

Les nouvelles présentes dans Sales Bêtes vont, comme le précise la quatrième de couverture (peut-on parler de quatrième de couverture pour un ebook ?), dans beaucoup de directions différentes, tous les types d’animaux sont abordés, qu’ils soient mythologiques, microscopiques, domestiques, aquatiques, humanoïdes (n’oublions pas que l’humain reste un animal, peut-être le plus monstrueux et cruel d’entre tous), ou extraterrestre.

Les auteurs présentés dans cette anthologie étaient déjà présent dans Fin(s) du monde, c’est donc sans surprise que j’ai replongé dans leurs univers diversifiés, glauques, et torturés. Sans surprises, parce que la qualité d’écriture et d’édition de la première anthologie ne fait pas défaut ici non plus. (Comme pour la première, je ne saurais que vous recommander, soit de feuilleter l’ebook sur un écran couleur, soit de soutenir l’association en achetant un exemplaire papier.)

Et la qualité d’écriture, parlons-en d’ailleurs ! Ici encore, certaines nouvelles m’ont mises mal à l’aise (τρ, Pffugs, peut être à cause de leurs protagonistes, situés tous deux quelque part entre l’homme et l’animal), tandis que d’autres ont su toucher la corde sensible (Les Maîtres ne vinrent plus, Le Deuxième Évènement). Mais entre le tortillement quand on est mal à l’aise, et les hoquets d’émotions, il y a aussi celles qui font réfléchir, à la science (sans conscience ?), au comportement colonialiste des humains (Tous les Singes ne vont pas au Paradis, Cobaye #27, Notre-Dame des Opossums, La parole du rhinocéros), à la folie (Jonas), ainsi qu’à la relation ambivalente entre l’Homme et la Nature (La Mélodie des Bois). La touche absurde n’est pas en reste non plus, grâce à La Dépression du Chat, et à Parasite (que j’ai dû relire à deux fois tellement la fin m’a surprise).

Un recueil qui chamboulera vos repères, vous sortira de votre zone de confort (mais au fond, c’est pas très drôle d’y rester), et qui, malgré le fait que les nouvelles incluses nous malmènent et nous emmènent dans une autre dimension de l’humanité (ou de l’animalité, selon votre point de vue), se lit facilement, c’est avec étonnement que je suis arrivée au sommaire de fin : « Quoi ? Déjà ?! »
Pour vous procurer un exemplaire papier ou ebook (gratuit, légal, sans DRM !), c’est par ici : le site de l’association.

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Morceaux choisis :

Mais après tout, pourquoi gratter la surface des choses si tout va bien ? Pourquoi fouiner pour trouver des explications de ceci ou de cela… Tant que tout allait pour le mieux, l’important était de ne rien bousculer.

Il y a des gens qui appellent au secours l’horreur absolue, qu’elle s’abatte sur eux comme une guillotine.

Il est ainsi des rêves qui méritent d’être nourris, à défaut de s’en nourrir.

France, Science Fiction, Youpi Tralala

Fin(s) du monde – Collectif Les Artistes Fous

Le collectif des Artistes Fous est une association composée d’écrivains, d’artistes visuels et de musiciens un peu siphonnés du bocal (d’où le nom, hein, forcément), qui a publié deux recueils de nouvelles rédigées et illustrées par ses membres, répartis au quatre coins du pays. Le premier recueil, Fin(s) du monde, est disponible gratuitement en ebook sur leur site (garanti sans DRM ! Il y a une nouvelle de plus par rapport au support papier, et le formatage est soigné.)

Les 20 nouvelles sont diversifiées, autant au niveau des thèmes que du style de l’écriture. Bon, thématiquement, vous pourrez me répondre que non, le thème, c’est la fin du monde, et vous auriez raison. Mais la fin du monde est quelque chose de si abstrait qu’au fond, la fin du monde que chacun imagine différente en fait quelque chose d’unique à chaque fois. Du coup, ici, la fin du monde peut concerner la vraie fin du monde, telle qu’elle nous est vendue dans les films catastrophes ou les séries Z, tout comme la fin toute personnelle d’un malade en phase terminale, ou encore celle… d’un jeu vidéo. Les éléments déclencheurs des fins du monde sont éclectiques, entre les extraterrestres, les zombies, les astéroïdes, le changement climatique, un pacte avec le diable, la débâcle écologique, Cthulhu, voire les débordements sectaires. La fin du monde peut être imminente, passée, fantasmée ou à venir dans un futur lointain.

Les styles, eux, sont très différents selon les auteurs, entre le style parlé courant voire vulgaire de Bibliophobia et les rimes plates (du slam ? Je n’y connais rien) de Crises Tentaculaires. Chaque nouvelle est différente des autres (sauf pour le diptyque des très courtes nouvelles Clic et Clic 2, dont le thème et la manière dont il est abordé sont semblables), en ce qui concerne leur façon d’appréhender cette hypothétique fin du monde, certaines ont des personnages travaillés et l’apocalypse n’est qu’une toile de fond (La fin d’un monde, De Terre et de Sang, Émancipation), d’autres se concentrent sur la situation sans espoir (Youpi, on va tous mourir !,  …).

Le risque, avec un recueil de 20 nouvelles d’auteurs différents, c’est d’avoir un résultat inégal, ce qui n’est pas le cas ici : malgré la variété des nouvelles et des styles personnels, l’écriture est maitrisée pour chacune d’entre elles, mais certaines m’ont néanmoins mises mal à l’aise (Le Club de la Fin du Monde, avec son rituel sataniste vu par la personne sacrifiée, et, dans une moindre mesure, Émancipation, avec son personnage agoraphobe et misanthrope ), d’autres m’ont touchées bien plus que je ne l’aurait pensé (De Terre et de Sang ; La Fin d’un Monde ; Souvenirs ; Ma Fin du Monde). Les nouvelles à chute sont particulièrement réussies, aucune ne m’a semblé prévisible, ou alors je suis facilement impressionnée, mais je n’ai jamais rien vu venir (évidemment, je ne vais pas vous dire lesquelles, hein.)

Forcément, si l’association s’appelle les Artistes Fous, ce n’est pas pour donner dans le pathos, mais aussi, entre autres, pour donner un contre-pied à l’ambiance glauque de certaines fantaisies apocalyptiques (Khao-Okh, Noxos), en créant une vision décalée de l’apocalypse (Clic, Clic 2, …, Le Carnaval de Cobalt, Je meurs comme j’ai vécu).

Si le nombre élevé fait que forcément, on accroche moins à certaines nouvelles qu’à d’autres, parce qu’on ne peux jamais contenter tout le monde tout le temps, il est pourtant assez important pour que chacun y trouve son compte. Si je devais en garder trois : La fin d’un monde, Souvenirs, De Terre et de Sang (mais on ne me le demande pas, et c’est tant mieux, parce qu’en fait, il y en a bien plus que trois qui méritent d’être lues. Surtout que l’ebook est disponible gratuitement ET légalement, ce serait dommage de se priver). En tout cas, il s’agit là d’une anthologie qui nous fait découvrir de nouvelles plumes, qui, bien qu’amateurs, n’ont rien à envier aux auteurs médiatisés (mis à part peut être le fait qu’ils soient médiatisés, surtout en cette période de rentrée littéraire…).

Chaque nouvelle est illustrée avec soin, du coup, si vous êtes sur liseuse, n’hésitez surtout pas à feuilleter le fichier sur votre ordinateur/tablette/smartphone/micro-ondes/cafetière, afin d’en profiter en couleurs, c’est dommage de se contenter du gris sur blanc foncé. (Ou vous achetez la version papier, disponible sur le site de l’association.)

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Et si l’apocalypse, c’est pas votre truc et que vous préférez les animaux, leur anthologie Sales Bêtes est disponible sur le même site.

Le progrès a donné à la mort une odeur de désinfectant pour W.C.,  une odeur de cabinet dentaire. Il l’a privée de sa vérité olfactive, il l’a lavée, aseptisée, à défaut de l’avoir domptée.

Ça s’est passé l’été du début de ma vie d’adulte. Au moment où tu dois assumer les conséquences des trucs que tu fais ; même si tu voulais bien faire, même si ça part en couille et même si c’est merdique.

Quand je leur ai raconté, ils ont failli s’étrangler avec leur lait de chèvre, on s’est mis à chanter Plus près de toi mon Dieu et puis Belzébuth m’a bipé.

Il n’y a plus de règle à édicter, commença-t-elle. Plus de morale cohérente, ni même de loi du plus fort. Il n’y a rien à me reprocher. Pas après ce qu’il s’est passé. J’ai fait ce que j’avais à faire. Ce que j’avais envie de faire.