Entre-deux, Etats-Unis, Fantastique, La Femme Sauvage

Le Dieu dans l’Ombre – Megan Lindholm

GABARIT litt.gŽnŽrale

Megan Lindholm
Editions : Le Livre de Poche
ISBN : 9782253114796
509 pages

Traducteur : Claudine Richetin

Cloven Hooves

Evelyn a 25 ans. Un séjour imprévu dans sa belle-famille avec son mari et son fils de cinq ans tourne au cauchemar absolu. Une créature surgie de son enfance l’entraîne alors dans un voyage hallucinant, sensuel et totalement imprévisible, vers les forêts primaires de l’Alaska. Compagnon fantasmatique ou incarnation de Pan, le grand faune lui-même… Qui est le Dieu dans l’ombre ? Une relecture du pansexualisme fabuleux, par l’auteur des célèbres cycles L’Assassin royal et Les Aventuriers de la mer.

Ce livre trainait dans ma PaL depuis plus d’un an. Pourtant, il est écrit par un de mes auteurs préférés, même si sous un autre nom de plume. Pourquoi alors ai-je mis tant de temps à le lire ? Sans doute par peur de l’inconnu, Robin Hobb écrit de la fantasy, Megan Lindholm écrit autre chose. Des choses plus personnelles, plus intimes, liées souvent à la problématique de la féminité et de l’indépendance, comme dans Le Peuple des Rennes ; peut-être des choses qui remuent l’inconscient. Donc, ce livre trainait dans ma PaL, et à chaque fois que je me tenait devant ma bibliothèque de plus en plus mal rangée, à la recherche d’un nouveau livre à découvrir, mon regard glissait dessus sans le voir. Jusqu’à la semaine dernière, où il m’a appelé, alors que je l’avais pratiquement oublié, tel Pan jouant de la flûte au fond des bois.

La femme sauvage et le pansexualisme

Evelyn a 25 ans, est mariée à un homme que toutes les femmes lui envient, a un petit garçon plein de vie, et vit dans la région où elle a grandit, en Alaska. Sa vie bascule le jour où son beau-frère se blesse et que son mari est appelé a le remplacer sur la ferme familiale, situé dans l’état de Washington. Elle se retrouve projetée dans une famille pour qui les apparences priment, où chacun des membres, dont son propre mari, agit en fonction de ce que peuvent attendre les autres, au détriment d’eux mêmes. Et Evelyn, afin de s’adapter et de devenir réelle, tente désespérément de faire de même. Car la « réalité » du monde est un concept qui semble l’avoir toujours dépassée : il faut plaire aux garçons quand on est une fille, il faut être jolie, ne pas courir par monts et par vaux, ne pas porter de vêtements déchirés, être une bonne femme d’intérieur… Alors que les va-et-vient entre son enfance en Alaska et le présent chez sa belle-famille tendent à démontrer que ce qu’elle est et que ce à quoi elle aspire est bien loin de l’idéal de la femme des années 60et 70, années dans lesquelles se déroule l’action.

Evelyn, l’enfant sauvage qui ne sentait pas réelle, qui jouait avec un faune dans les bois, est rattrapée par cette réalité à laquelle elle aspire lors de sa puberté, abandonnée par son ami fantastique, pour redevenir finalement la femme sauvage qu’elle aurait toujours dû être après un traumatisme survenu lors de sa visite chez ses beaux-parents qui s’éternise (ne lisez pas les critiques Goodreads, elles spoilent méchamment), et part dans un périple sensuel avec Pan, le faune de son enfance, à travers le Canada, jusqu’en Alaska. Par ailleurs, ce périple est relaté de façon bien plus vivante que tous les évènements se déroulants dans l’état de Washington, où elle semble spectatrice de ses humiliations, presque anesthésiée tant elle semble passive.

Finalement, Pan, cet être fantasmagorique qui représente une sorte de fil conducteur de la vie de l’héroïne, reste une énigme. Est-il une création de l’esprit d’Evelyn pour lui permettre de se libérer des attentes de la société et de reprendre sa vie en main ? Ou est-il réel et apporte-t-il une dimension fantastique à ce récit qui serait autrement le récit d’une schizophrénie ?

Une continuité dans l’oeuvre de Lindholm/Hobb ?

On retrouve beaucoup de thématiques chères à l’auteur, telles que la quête de l’identité, qu’on retrouve dans l’Assassin Royal ou même dans Liavek, celle de l’indépendance de la femme face à la Nature, comme dans le Peuple des Rennes, la pansexualité, qu’on retrouve dans la nouvelle A Touch of Lavender (dans le recueil The Inheritance, L’Héritage et autre nouvelles en VF) et la proximité de la Nature, qu’on retrouve dans la majorité de ses oeuvres.

Mais on peut aussi voir dans ce roman des touches autobiographiques, quand on sait que les lieux dans lesquels évolue Evelyn sont des lieux où à vécu l’auteur.

De plus, si vous avez lu l’Assassin Royal et les Aventuriers de la Mer, vous pourrez également retrouver des éléments communs entre les personnages autres que leurs caractéristiques psychologiques comme l’isolement, la réclusion et les jouets en bois (oui, les jouets en bois…)

corbeaucorbeaucorbeaucorbeau

Pour conclure, c’était une lecture prenante, mais pas vraiment facile. Dérangeante, mais fascinante. C’est le genre de livres qui doivent tomber au bon moment : surtout pas trop tôt au risque de passer à coté. Mais après, est-ce vraiment grave de passer à coté d’un livre ?

Publicités
Essais, Etats-Unis, La Femme Sauvage, Youpi Tralala

Femmes qui courent avec les loups – Clarissa Pinkola Estés

femmesquicourent.jpg

Clarissa Pinkola Estès
Editions : Grasset
ISBN : 9-782246-498513
487 pages

Women who run with wolves
Myths and Stories of the Wild Woman Archetype

Chaque femme porte en elle une force naturelle riche de dons créateurs, de bons instincts et d’un savoir immémorial. Chaque femme a en elle la Femme Sauvage. Mais la Femme Sauvage, comme la nature sauvage, comme l’animal sauvage, est victime de la civilisation. La société, la culture la traquent, la capturent, la musellent, afin qu’elle entre dans le moule réducteur des rôles qui lui sont assignés et ne puisse entendre la voix généreuse issue de son âme profonde.

Pourtant, si éloignées que nous soyons de la Femme Sauvage, notre nature instinctuelle, nous sentons sa présence. Nous la rencontrons dans nos rêves, dans notre psyché. Nous entendons son appel. C’est à nous d’y répondre, de retourner vers elle dont nous avons, au fond de nous-mêmes, tant envie et tant besoin.

De par sa double tradition de psychanalyste et de conteuse, Clarissa Pinkola Estés nous aide à entreprendre la démarche grâce à cet ouvrage unique, parcouru par le souffle d’une immense générosité. A travers les « fouilles psycho-archéologiques » des ruines de l’inconscient féminin qu’elle effectue depuis plus de vingt ans, elle nous montre la route en faisant appel aux mythes universels et aux contes de toutes les cultures, de la Vierge Marie à Vénus, de Barbe-Bleue à la Petite Marchande d’allumettes.

La femme qui récupère sa nature sauvage est comme les loups. Elle court, danse, hurle, hurle avec eux. Elle est débordante de vitalité, de créativité, bien dans son corps, vibrante d’âme, donneuse de vie.

Il ne tient qu’à nous d’être cette femme là.

Cela faisait des mois que je tournais autour de ce livre, après avoir vu/lu/entendu des femmes dire qu’il avait changé leur vie. Après des mois à tortiller des fesses – est-ce que, si ce livre est réellement bouleversant, je suis prête à en subit les conséquences ? -, j’ai enfin pris mon courage à deux mains, je l’ai emprunté – au cas où, comme les autres livres encensés dont on m’a parlé, il me laisse de marbre -, et je l’ai lu aussi vite que possible. Non pas parce que c’est un livre simple à assimiler, mais parce que j’étais prise dans une sorte de vortex de connaissance et d’affirmations qui résonnaient sans fin dans mon esprit. Je ne saurais dire maintenant si cette lecture va révolutionner ma vie, car il s’agit d’un livre qui se relit plusieurs fois et se vit, mais il m’a d’ors et déjà permis de voir différemment certaines choses.

A travers les contes, Clarissa Pinkola-Estès analyse la psychologie féminine et tente de libérer la femme libre, sauvage et sage qui sommeille en chacune de nous, étouffée par le poids de la société patriarcale et ses injonctions, et met en exergue les raisons qui poussent la plupart des femmes à se plonger dans des comportements niant leurs besoins profonds (sans pour autant nous conseiller des actions irréfléchies telles que tout plaquer pour partir élever des chèvres au Tibet). Elle évoque aussi le cas des femmes ayant retrouvé leur liberté trop vite, et qui se sont brulé les ailes à vouloir voler trop haut trop tôt, tout comme elle évoque le rapport au corps, souvent biaisé par notre environnement. La psychologie féminine est ainsi décortiquée à travers le prisme de l’analyse jungienne, et le l’inconscient collectif, et rendue plus explicite par le biais de fables venues des quatre coins du monde, chacun de ses contes étant ensuite découpé en plusieurs parties analytiques (non, la petite fille aux allumettes n’est pas qu’un conte nous parlant de la pauvreté et de l’indifférence qu’elle rencontre).

Si, bien évidemment, on ne se reconnait pas forcément dans tous les chapitres (et encore heureux), ce livre semble être une lecture cruciale lorsqu’on décide de se trouver et de s’accepter, voire de commencer à démanteler certaines névroses.

Il s’agit d’un livre qui répond à énormément de questionnements, sans pour autant donner des réponses toutes faites, il nous donne des indices, des clés. A nous de trouver la bonne serrure pour les utiliser, et ainsi devenir la personne à laquelle nous aspirons devenir.

corbeaucorbeaucorbeaucorbeaucorbeau

Certes, la quatrième de couverture semble new-age, mais ne la laissez pas vous empêcher de le lire. En tout cas, il fera partie de mes achats lors de ma prochaine sortie en librairie.

[…] on parle d’elles comme si un seul type de tempérament et des appétits modérés étaient acceptables. Trop souvent, on attribue à la femme une moralité en fonction de la manière dont sa taille, son poids, son allure sont ou non en conformité avec un idéal unique ou exclusif. Quand on les relègue à un état d’esprit, à un maniérisme, à un profil conformes à un idéal unique de beauté et de comportement, les femmes ne sont plus libres : elles sont prisonnières par l’âme et par le corps.