Bibliothèque

Chroniques express – book edition #2

Les bilans, ce n’est pas mon fort. Je commence une série de bilans ponctuels, puis, prise par la flemme, je n’en fait plus jusqu’à ce que la liste devienne longue comme deux bras et trois jambes. Pour tout vous dire, le bilan du deuxième semestre 2013 dors dans mes brouillons depuis février et c’est là qu’il sera sans doute oublié, comme une bonne partie des livres listés dedans (c’est d’ailleurs pour ça que je ne l’ai jamais publié… Une bonne partie des livres qu’il contenait ne m’avaient pas assez marqués pour que je juge qu’ils vaillent la peine que je vous en parle). Mais des petites chroniques express de deux trois livres, pas très longues, parce que sinon ils auraient des articles dédiées, de temps en temps, quand j’ai assez de matière, ça, c’est faisable. Et donc, là, maintenant, vous y avez droit.

Beauté Fatale de Mona Chollet

Mona Chollet
Editions : Zones
ISBN : 2-355-22039-5
240 pages

Soutiens-gorge rembourrés pour fillettes, obsession de la minceur, banalisation de la chirurgie esthétique, prescription insistante du port de la jupe comme symbole de libération : la  » tyrannie du look  » affirme aujourd’hui son emprise pour imposer la féminité la plus stéréotypée. Décortiquant presse féminine, discours publicitaires, blogs, séries télévisées, témoignages de mannequins et enquêtes sociologiques, Mona Chollet montre dans ce livre comment les industries du  » complexe mode-beauté  » travaillent à maintenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au cœur de la sphère culturelle. Sous le prétendu culte de la beauté prospère une haine de soi et de son corps, entretenue par le matraquage de normes inatteignables. Un processus d’autodévalorisation qui alimente une anxiété constante au sujet du physique en même temps qu’il condamne les femmes à ne pas savoir exister autrement que par la séduction, les enfermant dans un état de subordination permanente. En ce sens, la question du corps pourrait bien constituer la clé d’une avancée des droits des femmes sur tous les autres plans, de la lutte contre les violences à celle contre les inégalités au travail.

Depuis deux ans que ce livre trainait dans ma PAL, après plusieurs apparitions dans divers TopTenTuesday qui étaient censés me motiver à le lire, la motivation s’est enfin faite sentir.

Beauté Fatale est un essai féministe ancré dans son époque, à travers des analyses de phénomènes des années 2000 voire 2010, c’est à dire les séries, les blogs, etc.

Selon Chollet, ces blogs aux thématiques dites féminines renvoient à un rôle dépassé : celui de la femme au foyer, s’efforçant de transformer sa maison en cocon, tout en restant belle et séduisante. Ce rôle est également celui auquel nous renvoie si souvent la presse féminine, en limitant, par exemple, son analyse de la série Mad Men, par essence critique et féministe, à un défilé de pin-ups.

Elle décortique également la pression de la minceur, de la blancheur, du moule unique de la beauté qui transparait de médias, en citant des extraits de magazines, de biographies et d’interviews d’actrices, mais cite aussi plusieurs fois le livre qui représente une base du féminisme de la deuxième vague : La Femme mystifiée (The Feminine Mystique) de Betty Friedan.

Si ces arguments tiennent la route et que la lecture se fait rapidement – ce qui est loin d’être le cas pour tous les ouvrages sociologiques et/ou féministes -, le point qui me laisse perplexe reste les jugements de valeurs concernant certaines séries et la valeur esthétique d’accessoires de mode, même si j’avoue volontiers partager son avis, ces jugements négatifs peuvent rebuter, et c’est bien dommage, parce que c’est là un ouvrage à lire si on se pose des questions sur les injonctions sociales poussant au jeunisme, à la minceur et à la blancheur.

corbeaucorbeaucorbeaucorbeau

 

La grâce de Kushiel - Imriel tome 3 de Jacqueline Carey

Jacqueline Carey
Editions : Bragelonne
ISBN : 2-352945240
672 pages

L’amour d’Imriel et Sidonie est révélé au grand jour. Mais pour qu’ils puissent enfin s’unir, Imriel doit accomplir un acte de foi. Il faut qu’il retrouve sa mère pour la ramener
en Terre d’Ange où elle sera exécutée. Mais alors que Sidonie et lui se préparent à une nouvelle séparation, une force étrangère étend son ombre menaçante sur le
royaume. Dans un monde où se nouent les plus improbables alliances, Imriel et Sidonie découvriront qu’Elua unit toujours les cœurs pour répondre à ses propres desseins…

Ah, Kushiel, ses ailes de bronze qui résonne aux oreilles de ses élus, Terre d’Ange, son peuple beau qui aime tout le monde ! Autant la série de Phèdre m’avait emballée, autant le début des aventures de son fils adoptif Imriel m’avait satisfaite, autant ici, le soufflé a commencé a retomber. J’ai trouvé ce tome – le dernier en Terre d’Ange – poussif et lent. Il y a au final très peu d’action, et le tout est assez prévisible, ce sont toujours les mêmes personnages qui, au fond, tirent les ficelles, et tout traîne un peu en longueur. Le potentiel de Terre d’Ange semble totalement exploité, et la fin prépare la traversée du détroit vers Alba.

Mais, ne soyons pas trop négatif, le gros point positif de ce livre, c’est Mélisande. son ombre plane toujours sur tous ceux qui l’ont cotoyée, et dans ce dernier tome, nous avons l’occasion de le retrouver une dernier fois, et de percevoir une autre facette de sa personnalité si complexe et travaillée.

Parce que Phèdre et Imriel ne sont que des moyens détournés pour raconter l’histoire de cette traitresse fascinante et ambivalente. La série de Kushiel porte finalement très bien son nom, pour raconter l’histoire de sa descendante la plus ambitieuse et puissante à travers les yeux de son unique Élue.

Mélisande me manquera sur Alba, mais nul doute qu’un autre personnage de son envergure se trouve déjà là bas, prêt à suivre son chemin.

corbeaucorbeaucorbeau

Publicités
Bibliothèque

Top Ten Tuesday #10

TTT3WLe Top Ten Tuesday est un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini.
Ce rendez-vous a initialement été créé par The Broke and the Bookish et repris en français Iani.

Les 10 personnages que vous aimiez bien, mais que vous avez de moins en moins apprécié au fil des pages
  • Daenerys Targaryen. Je ne détaillerai pas plus.
  • The Fool, L’Assassin Royal.
  • Rauno Rämekörpi. Dans son cas, c’est certainement voulu.
  • Phèdre, l’héroîne de Kushiel. Pour elle, c’est fluctuant, je l’ai adorée au premier tome, elle a commencé a me chauffer les oreilles au deuxième, pour regagner mes faveurs pendant le troisième tome.
  • Athena, La Socière de Portobelle, de Paulo Coelho.
  • Thymara, du cycle des dragons, Robin Hoob.
  • Magrat Goussedail, le Disque Monde. Jusqu’à ce qu’elle se marie, en fait. oO Esme Weatherwax forever!
  • Luise, dans Wachstumsschmerz, de Sarah Kuttner. Son angoisse de devenir adulte et de devoir rentrer dans le moule la rend attachante au début, pour finalement, devenir un poids, autant pour elle, que pour son entourage, et le lecteur.

 

Etats-Unis, Fantasy, Youpi Tralala

Imriel’s trilogy, tome 1 : Kushiel’s Scion – Jacqueline Carey

Imriel de la Courcel was born a prince of Terre d’Ange. A child of his birth parents treasonous blood and his foster parents heroic spirit, he bears the gift that belongs to the direct descendents of the deity Kushiel: the ability to deliver exquisite pain and cruelty, and the power to discern the faultlines in the souls of others and the knowlege of how to exploit them. Surrounded by enemies who would gladly see him dead, Imriel must strive to obey Blessed Eluas precept of love, a challenge fraught with sorrow and joy beyond all imagination.

feather

Kushiel et son univers ont déjà été évoqués à plusieurs reprises ici, et ce tome en particulier dans un Top Ten récent, il faut dire que je l’ai sorti de la PAL le lendemain.

Si la première trilogie se concentrait sur Phèdre et son consort Joscelin, ici, le personnage principal est son fils adoptif, que nous avons déjà rencontré dans le dernier tome consacré à Phèdre. Pour mémoire, elle se plongeait au fin fond du Drujan, pays dirigé par un tyran maléfique qui s’était voué à de sombres forces, afin de sauver le fils disparu de Mélisande, son amante, son ennemie, mais aussi la plus grande traitresse du royaume : Imriel, alors âgé de 10 ans. Ce tome-ci narre les premiers pas d’Imriel en Terre d’Ange, ses premiers émois, ses premiers amis, et surtout, marque le début de son voyage initiatique pour devenir celui à qui il aspire être, loin de ce à quoi il pourrait être destiné. Car Imriel tente de devenir quelqu’un, un grand guerrier, comme Joscelin, son modèle, quelqu’un de bien, et de sortir de l’ombre imposante de sa mère, la redoutable Mélisande Sharizai.

En tant que descendant de la maison Sharizai, il est l’un des descendants de Kushiel, un des sept compagnons d’Elua, celui qui punit et qui inflige la souffrance. Celui qui trouve la jouissance dans la souffrance qu’il inflige à autrui. Seulement, son passage par le Drujan lui a laissé des marques, tant physiques que psychologiques, et il ne se sent pas apte, ni prêt, à vivre selon son rang, comme un prince, qui pourrait accéder au trône s’il suivait les pas de sa mère, la plus grande manipulatrice du royaume. Car c’est que les autres attendent de lui, qu’il trahisse son pays, sa famille, ses parents adoptifs, pour redonner vie aux rêves de sa mère Mélisande.

Si Phèdre et Joscelin, dans la première trilogie, étaient parfois remplis d’une innocente et naïve arrogance, Imriel, lui, commence son aventure en étant meurtri et en ne sachant pas s’il pourra passer outre. S’il pourra devenir le héros qu’il aimerait tant devenir, s’il réussira à échapper au tribut exigé par sa lignée et s’il pourra échapper à l’influence insidieuse de sa mystérieuse mère. Car si elle a œuvré au détriment de Phèdre dans la trilogie précédente, qu’elle semble avoir été rétribuée à la valeur de ses actes, et que finalement, elle n’apparait jamais dans ce livre, son aura tentaculaire plane encore.

De plus, si Phèdre était l’élue de Kushiel, choisie afin d’équilibrer le monde, Imriel en est le descendant. Si Phèdre endure la souffrance, le destin d’Imriel est de jouir de celle d’autrui. Mais comment peut-il se construire si on lui a infligé des souffrances plus grandes que celles qu’il aurait pu donner ? Comment peut-il accepter ce qu’il est s’il a été victime de quelqu’un comme lui ? C’est cet équilibre précaire qu’il lui faudra trouver.

L’auteur réussi encore à nous embarquer dans son univers. Si Phèdre nous l’a fait découvrir, Imriel nous y plonge encore plus profondément, les intrigues politiques ne s’arrêtant pas aux limites de Terre d’Ange et d’Alba, mais continuent bien au délà de Tiberium ou de la Skaldie.

Néanmoins, certains tics de langage récurrents chez Phèdre le sont également ici. Les canons d’avant-bras de Joscelin brillent toujours autant (il a que ça à foutre, de se lustrer les canons, hein ?), et, bon, au bout de deux fois, on a compris que son armure est digne d’un pokémon shiny, et le souvenir récurrent du bassin dans le zenana au Drujan ne nous permet pas d’oublier que l’eau croupie, ça sent mauvais. Mais malgré ces répétitions que ne perturbent peut être que moi, Kushiel’s Scion reste un très bon roman à l’intrigue maitrisée et réfléchie.

corbeaucorbeaucorbeaucorbeaucorbeau

That which yields is not always weak.

Amérique(s), Entre-deux, Etats-Unis, Fantasy

Kushiel, tome 1 : La Marque – Jacqueline Carey

Bon, hein, faut pas se leurrer, la couverture fait un peu Harlequin bas de gamme
Bon, hein, faut pas se leurrer, la couverture fait un peu Harlequin bas de gamme

Faut dire que la couverture, comme ça, sans en avoir entendu avant, elle me parlait pas. Mais comme j’ai entendu beaucoup de bien de la série, j’me suis dit que j’allais tenter, au pire, si c’est mauvais ou ne me plait pas, ça me fera un article marrant. Bon, pour l’article marrant, ça le sera pas, parce que le livre est bien. Malgré la couverture avec une femme à poil (ça marche bien, ce genre de couverture, je crois), les rumeurs décrivant le truc comme érotique (ouais, c’est marrant à lire ses trucs là, mais ça me fait autant d’effet que Bob l’eponge. (Non, je ne suis pas épongeophile)) et mes a prioris découlant des premières impressions que j’ai pu avoir, j’ai dégotté le livre, l’ai placé sur ma liseuse (sinon, je vous aurait mis une photo avec Mr Mouton, mascotte officielle de mes lectures, qui a pris goût a poser, coincé dans mes livres), et je l’ai commencé, m’attendant à une lecture légère et facile, pour me remettre de mes émotions qui m’ont fait arreter la lecture des Frères Grossbart. Mais non, visiblement, la série Kushiel n’est pas une lecture facile, les tomes sont épais (il me semble, hein, ma liseuse disait qu’il faisait 1323 pages, Anobii, me dit qu’il en fait 700 et des poussières, bref, c’est pas un Nothomb qui se lit en une heure (d’ailleurs, il m’a fallu 17 heures pour le lire (oui, j’ai chronometré (non, en fait, le Kobo indique le temps de lecture de chaque livre))). L’épaisseur n’est d’ailleurs pas la seule chose qui me fait dire ça, vu que finalement, il s’agit d’intrigues de cour compliquées. (Par moment, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Angélique,  Marquise des Anges… Les livres, hein, pas les films… Comment ça, ma référence est nulle ? ><)

Bref, de quoi ça parle ? Terre D’Ange, un pays semblable à nos pays latins voue un culte à Elua et ses Compagnons, qui, eux, ont accompagné Yeshua jusqu’a sa crucifixion. Naamah et Kushiel sont deux de ses compagnons, Naamah a donné son corps pour Elua, et Kushiel punit au fouet.

Phèdre, l’héroïne, est la fille d’une servante de Naamah (vous vous doutez bien de son service, hein) et est marquée par Kushiel. Son oeil est orné d’une marque rouge sang, qui la désigne comme étant une anguissette, l’élue de Kushiel, condamnée à trouver son plaisir dans la souffrance. Elle est vendue par ses parents à une maison de la Cour de Nuit, le quartier des plaisirs charnels. A dix ans, elle est rachetée par son mentor, Anafiel Delaunay; qui lui enseigne l’espionnage, et compte bien se servir d’elle pour parvenir a remplir ses obscurs desseins.

Phèdre, en tant que première anguissette née depuis trois générations, à nombre de clients qui se satisfont de la souffrance qu’ils infligent. Donc oui, ce livre parle de sexe, mais jamais de manière crue ou vulgaire. Les descriptions des supplices infligés peuvent parfois aller à l’encontre des limites des personnes sensibles, mais ces passages restent rares, et souvent, sont eludés par la narration à la première personne (oui, parce que bon, quand on est inconscient, c’est rare qu’on puisse raconter ce qui se passe). Certains clients sont au centre d’une conspiration pour accèder au trône, et Phèdre devra utiliser ses talents pour déjouer le complot et s’assurer que l’héritier légitime puisse y accéder, tout en maudissant ses préférences et ses faiblesses liées à la marque de Kushiel présente dans son oeil.

Si l’histoire en elle même est fascinante, j’ai relevé un point qui m’a perturbé et qui est présent tout au long du livre. Terre D’Ange n’existe pas, et même s’il s’agit de « fantasy historique », j’ai regretté l’absence de culture originale et créee de toutes pièces. Car si les Skaldiques habitent à l’Est, tout en eux respire le Viking. Depuis le nom de leur peuple, skald signifiant poête ou héros de saga scandinave, leur alphabet, appelé Futhark, composé de runes, tout comme l’alphabet des anciens germaniques, dont chaque rune n’est pas seulement une lettre, mais également un symbole, jusqu’au nom des dieux, dont le dieu « en chef » est appelé Odhinn, selon l’orthographe en norrois, qui reprend les mêmes caractéristiques physiques (l’oeil en moins, les corbeaux, les loups). (Oui, la mythologie scandinave, c’est mon dada).

Futhark
Alphabet runique Futhark

Odhinn

Les autres peuples, Pictii et Cruithnes sont certainement fortement inspirés des Celtes ou d’autres peuples, mais soit leurs descriptions n’était pas assez précises, soit mes connaissances en la matière ne sont pas suffisantes pour relever les points communs. Mais je crois que j’aurait préféré que les choses soient claires et se passent dans un monde qui a existé, plutôt que de prendre des élèments historiques, changer les noms et les transvaser dans un monde imaginaire. Même la cartographie est calquée sur l’Europe.

Terre D'Ange - Cartographie
Terre D'Ange - Cartographie

Mais mon plaisir de lecture n’en a pas été réduit, ça m’a amusé de relever les éléments inspirés de choses réeles et de voir à quoi elles correspondaient.

Bref, ne vous fiez pas à la couverture et aux à priori sur l’histoire d’une prostituée, et lisez le si vous en avez l’occasion et le temps. Moi, en tout cas, je me suis fournie la suite.