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Chroniques express – book edition #2

Les bilans, ce n’est pas mon fort. Je commence une série de bilans ponctuels, puis, prise par la flemme, je n’en fait plus jusqu’à ce que la liste devienne longue comme deux bras et trois jambes. Pour tout vous dire, le bilan du deuxième semestre 2013 dors dans mes brouillons depuis février et c’est là qu’il sera sans doute oublié, comme une bonne partie des livres listés dedans (c’est d’ailleurs pour ça que je ne l’ai jamais publié… Une bonne partie des livres qu’il contenait ne m’avaient pas assez marqués pour que je juge qu’ils vaillent la peine que je vous en parle). Mais des petites chroniques express de deux trois livres, pas très longues, parce que sinon ils auraient des articles dédiées, de temps en temps, quand j’ai assez de matière, ça, c’est faisable. Et donc, là, maintenant, vous y avez droit.

Beauté Fatale de Mona Chollet

Mona Chollet
Editions : Zones
ISBN : 2-355-22039-5
240 pages

Soutiens-gorge rembourrés pour fillettes, obsession de la minceur, banalisation de la chirurgie esthétique, prescription insistante du port de la jupe comme symbole de libération : la  » tyrannie du look  » affirme aujourd’hui son emprise pour imposer la féminité la plus stéréotypée. Décortiquant presse féminine, discours publicitaires, blogs, séries télévisées, témoignages de mannequins et enquêtes sociologiques, Mona Chollet montre dans ce livre comment les industries du  » complexe mode-beauté  » travaillent à maintenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au cœur de la sphère culturelle. Sous le prétendu culte de la beauté prospère une haine de soi et de son corps, entretenue par le matraquage de normes inatteignables. Un processus d’autodévalorisation qui alimente une anxiété constante au sujet du physique en même temps qu’il condamne les femmes à ne pas savoir exister autrement que par la séduction, les enfermant dans un état de subordination permanente. En ce sens, la question du corps pourrait bien constituer la clé d’une avancée des droits des femmes sur tous les autres plans, de la lutte contre les violences à celle contre les inégalités au travail.

Depuis deux ans que ce livre trainait dans ma PAL, après plusieurs apparitions dans divers TopTenTuesday qui étaient censés me motiver à le lire, la motivation s’est enfin faite sentir.

Beauté Fatale est un essai féministe ancré dans son époque, à travers des analyses de phénomènes des années 2000 voire 2010, c’est à dire les séries, les blogs, etc.

Selon Chollet, ces blogs aux thématiques dites féminines renvoient à un rôle dépassé : celui de la femme au foyer, s’efforçant de transformer sa maison en cocon, tout en restant belle et séduisante. Ce rôle est également celui auquel nous renvoie si souvent la presse féminine, en limitant, par exemple, son analyse de la série Mad Men, par essence critique et féministe, à un défilé de pin-ups.

Elle décortique également la pression de la minceur, de la blancheur, du moule unique de la beauté qui transparait de médias, en citant des extraits de magazines, de biographies et d’interviews d’actrices, mais cite aussi plusieurs fois le livre qui représente une base du féminisme de la deuxième vague : La Femme mystifiée (The Feminine Mystique) de Betty Friedan.

Si ces arguments tiennent la route et que la lecture se fait rapidement – ce qui est loin d’être le cas pour tous les ouvrages sociologiques et/ou féministes -, le point qui me laisse perplexe reste les jugements de valeurs concernant certaines séries et la valeur esthétique d’accessoires de mode, même si j’avoue volontiers partager son avis, ces jugements négatifs peuvent rebuter, et c’est bien dommage, parce que c’est là un ouvrage à lire si on se pose des questions sur les injonctions sociales poussant au jeunisme, à la minceur et à la blancheur.

corbeaucorbeaucorbeaucorbeau

 

La grâce de Kushiel - Imriel tome 3 de Jacqueline Carey

Jacqueline Carey
Editions : Bragelonne
ISBN : 2-352945240
672 pages

L’amour d’Imriel et Sidonie est révélé au grand jour. Mais pour qu’ils puissent enfin s’unir, Imriel doit accomplir un acte de foi. Il faut qu’il retrouve sa mère pour la ramener
en Terre d’Ange où elle sera exécutée. Mais alors que Sidonie et lui se préparent à une nouvelle séparation, une force étrangère étend son ombre menaçante sur le
royaume. Dans un monde où se nouent les plus improbables alliances, Imriel et Sidonie découvriront qu’Elua unit toujours les cœurs pour répondre à ses propres desseins…

Ah, Kushiel, ses ailes de bronze qui résonne aux oreilles de ses élus, Terre d’Ange, son peuple beau qui aime tout le monde ! Autant la série de Phèdre m’avait emballée, autant le début des aventures de son fils adoptif Imriel m’avait satisfaite, autant ici, le soufflé a commencé a retomber. J’ai trouvé ce tome – le dernier en Terre d’Ange – poussif et lent. Il y a au final très peu d’action, et le tout est assez prévisible, ce sont toujours les mêmes personnages qui, au fond, tirent les ficelles, et tout traîne un peu en longueur. Le potentiel de Terre d’Ange semble totalement exploité, et la fin prépare la traversée du détroit vers Alba.

Mais, ne soyons pas trop négatif, le gros point positif de ce livre, c’est Mélisande. son ombre plane toujours sur tous ceux qui l’ont cotoyée, et dans ce dernier tome, nous avons l’occasion de le retrouver une dernier fois, et de percevoir une autre facette de sa personnalité si complexe et travaillée.

Parce que Phèdre et Imriel ne sont que des moyens détournés pour raconter l’histoire de cette traitresse fascinante et ambivalente. La série de Kushiel porte finalement très bien son nom, pour raconter l’histoire de sa descendante la plus ambitieuse et puissante à travers les yeux de son unique Élue.

Mélisande me manquera sur Alba, mais nul doute qu’un autre personnage de son envergure se trouve déjà là bas, prêt à suivre son chemin.

corbeaucorbeaucorbeau

Entre-deux, Epoque victorienne, Etats-Unis, Science Fiction

New Victoria – Lia Habel

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L’amour est immortel. L’amour ignore les frontières, dit-on. Et celle entre la vie et la mort ?

Bienvenue à New Victoria, le dernier refuge d’une humanité éreintée par les guerres.
Les jeunes filles de bonne famille y ont un destin tout tracé: épouser un membre de la haute société et collectionner les robes de bal.

Nora n’a jamais aimé se plier aux règles, surtout depuis la mort de son père, l’éminent docteur Dearly. Mais rien, dans sa délicate éducation victorienne, ne l’a préparée à un violent kidnapping, ni à survivre dans le camp d’une faction rebelle. Avec l’aide d’un séduisant soldat, elle devra pourtant surmonter ses craintes et ses préjugés pour comprendre la nature du véritable danger qui menace les vivants… comme les morts !

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Ce livre, à la base, en lisant a quatrième de couverture, franchement, il ne me disait rien. Une histoire d’amour entre une ado et un zombie, super, youhou. En allant à la médiathèque, une amie m’a dit qu’il s’y trouvait, et, bon, ça ne mange pas de pain, et au pire, ça me fera une entrée de plus dans ma catégorie des trucs nuls. Je m’attendais à un roman young-adult Twilight like. Et Twilight, franchement, si on est sensible à la représentation de la femme dans la littérature ou ailleurs, ça nous fend le cœur. (Honnêtement, si quelqu’un entre par effraction dans votre chambre la nuit pour vous regarder dormir et démonte le moteur de votre voiture pour que vous n’alliez pas voir un de vos amis, n’attendez pas qu’il vous abandonne dans la forêt pour vous y laisser mourir, allez voir la police et PORTEZ PLAINTE ! Non, ce n’est pas mignon, oui, c’est flippant ! Mortecouille ! (rien, j’avais juste envie de caser ce mot))

Donc, New Victoria, c’est un pays, dans lequel les survivants d’une apocalypse ont décidé de fuir le futurisme des autres cultures et de replonger dans l’age d’or que représente l’ère victorienne pour eux. Nous avons donc des fiacres, des femmes en robes a tournures, des hommes en redingotes, qui pianotent sur des tablettes numériques nacrées avec des stylets-plume. Et des bougies électroniques pour éclairer leurs maisons. Oui, comme à Noël. Ca se passe a Noël, en plus, ça tombe bien.

L’héroïne, Nora, est orpheline depuis un an, et vit sous la tutelle de sa tante, qui fait un peu office de vile marâtre. Si sa tante n’a pas une grande importance et n’apparaît qu’au début du livre, elle semble pourtant réunir toutes les caractéristiques de la « wicked Stepmother » si chère aux contes de fées. La mère de Nora est décédée lorsqu’elle avait neuf ans (Nora avait neuf ans, pas la mère), d’une maladie foudroyante, et son père l’a éduqué tant bien que mal, en lui léguant sa fascination pour l’histoire de la guerre. Guerre entre les néo-victoriens et les forces armées punks (j’ai cru à une blague quand j’ai lu ça, et ça a bien valu au livre d’être abandonné… Des forces armées punks… Et des centrales nucléaires écologiques aussi, tant qu’on y est ? Encore heureux que ça a été explicité après.). La jeune fille est élève dans une école privée réservée à l’aristocratie, grâce à son père, médecin et héros national, tout comme sa meilleure amie, qui fréquente cette école uniquement grâce à des bourses, n’étant que fille de boulanger, mal vue par ses camarades, et pourtant destinée, de part son éducation, a faire un beau mariage avec quelqu’un de la haute. On assiste donc aux humiliations de Pamela (la meilleure amie en question), et la question du classisme est posée. Quelqu’un né dans un milieu populaire vaut-il moins que quelqu’un né avec une cuillère en argent dans la bouche ? De plus, la place de la femme, en tant que chose fragile qui n’arrive à rien par elle même, qui n’est rien sauf femme/fille de, est remise en question. Une jeune fille de bonne famille n’a-telle pas le devoir de se défendre, même face à un zombie qui tente de la mordre ? Ou devrait-elle tenter de s’enfuir et attendre que quelqu’un d’autre ne lui vienne en aide ? Un homme de préférence, parce que, hein, faut pas déconner ? Eh bien, si personne ne bouge, quelqu’un doit bien prendre les choses en main, et les héroïnes de New Victoria n’hésitent pas, même si pour ça, elles doivent porter des pantalons.

Ce livre a évité bien des écueils dans le traitement de ses deux héroïnes, mais malheureusement, pour sauter avec élan dans d’autres clichés, qui se retrouvent dans énormément de mauvais films d’espionnage.  L’écriture est fluide, et la narration par POV est parfois déroutante et rend le déroulement de l’action un peu lente. L’histoire d’amour est, à mon sens, un peu inutile, et surtout, glauque. Comme les histoires d’amour humain/vampire. Ca reste un cadavre qui marche. Et, euh, juste, beurk ? Le pourquoi du comment de l’invasion de morts-vivants m’est passé complètement au dessus de la tête, mais là, j’ignore si j’ai été déconcentrée dans ma lecture à ce moment, ou si c’était confus, ou si ça m’a semblé totalement crétin, mais si ça ne m’a pas marqué, ce que l’intérêt devait me sembler limité. Il s’agit visiblement d’une trilogie, et même si ce livre n’était pas la daube à laquelle je m’attendais (j’en serais presque déçue, vous savez…), je ne lirais pas la suite, peut-être tout simplement parce que je ne suis pas la cible de ce genre de livres. Mais, si je devais le conseiller à un/e ado en quête d’un livre steampunk, je lui en parlerais (sauf que je n’ai pas d’ado dans mon entourage, et que le seul autre livre steampunk que j’ai lu, ben, j’ai pas eu le courage de le terminer (pour le moment), au contraire de celui-ci.)

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En bref, un bon livre pour les amateur de ce genre là, mais pour les allergiques aux histoires d’amour, passez votre chemin.

Entre-deux, Etats-Unis, Fantasy, La Femme Sauvage

Le Peuple des Rennes – Megan Lindholm

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Dans un univers désolé ou le froid et la nuit règnent en maîtres, une femme hors du commun, Tillu la guérisseuse, se bat pour protéger son fils, l’inquiétant Kerleu. Fuyant le chaman Carp qui désire lui voler son fils pour en faire son apprenti, elle s’installe loin des hommes, à l’écart, bien  décidée à aider son jeune Kerleu à devenir un homme. Jusqu’au jour où elle aperçoit deux chasseurs dans le vallon. La chasse tourne mal, l’un d’eux est blessé. Comprenant vite que sans son aide, il risque de mourir, Tillu n’a d’autres choix que d’aller le sauver et de les héberger pour la nuit. Elle apprend qu’ils appartiennent à une tribu, installée non loin de là : le peuple des rennes. Megan Lindholm, avec son immense talent, nous fait vivre, jusqu’au dénouement final, les aventures d’une mère et de son fils dans un univers primitif et hostile dominé par les hommes.

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Si Robin Hobb doit être l’une de mes auteurEs préférées, je n’avais jamais lu ce qu’elle a écrit sous son vrai nom. C’est en farfouillant dans un bac de livres d’occasions que j’ai trouvé le premier tome du Peuple des Rennes et que j’ai pu y remédier. Le livre a été écrit après L’Assassin Royal, livre avec lequel je l’ai découverte, et on y retrouve quelques thématiques similaires, évidentes même, notamment à l’aide du titre du deuxième tome : Le Frère du Loup. On y retrouve aussi certains thèmes récurrents d’un de ses romans les plus décriées : Le Soldat Chamane. Si Le Peuple des Rennes n’est pas son meilleur écrit, il est dans la continuité de ses œuvres à succès.

On y retrouve également la thématique de l’animal totem, avec lequel les personnages ont un lien surnaturel, et qui leur permet de se trouver eux-mêmes, voire de se libérer. En effet, presque chaque personnage à une personnalité que l’on peut rapprocher de celle d’un animal : du loup au glouton, en passant par la chouette.

Nous suivons Tillu, une guérisseuse qui tente tant bien que mal d’éduquer Kerleu, son fils atteint d’autisme, conçu lors d’un viol par des pilleurs d’une tribu ennemie. Kerleu, qui semble très réceptif à l’apprentissage de Carp, chamane d’une tribu à laquelle sa mère s’est jointe ; une tribu nomade aux mœurs misogynes et dont le guide spirituel, tel le gourou d’une secte, parasite leur existence. Afin d’en éloigner son fils influencé, elle fuit et s’isole, jusqu’à sa rencontre avec le peuple des rennes, où un homme en particulier est bienveillant envers elle et son étrange fils, et où les femmes semblent indépendantes et libres. En effet, elles n’ont pas besoin d’hommes pour marchander, elles ont des possessions propres, des troupeaux qui leurs appartiennent, indépendamment de leurs pères et maris. Maris qu’elles ont d’ailleurs le luxe de pouvoir choisir elles-mêmes. Mais, comme dans tous les livres de cette auteure, si c’était si simple, ce serait bien trop simple (et, avouons-le, pas super passionnant si le héros ne rencontrait pas de problèmes). Parce que malgré cette apparence idyllique, le machisme et le patriarcat s’immiscent dans la tribu et certaines femmes vont en souffrir bien plus que d’autres. De l’homme jaloux de ne pas avoir été choisi à la jeune fille mariée de force à un homme qu’elle ne respecte pas, la liberté diminue et la place des femmes recule au sein de ce peuple si pacifique.

Ce roman est classé dans la fantasy, sans doute à cause des pouvoirs des chamans, mais le cadre semble très proche des tribus nomades du Nord (Canada ou Sames de Scandinavie, je n’arrive pas à me décider, ou peut être Mongols de Sibérie. A cause des prénoms des membres du peuple des rennes, aux sonorités scandinaves ou finlandaises, et des descriptions physiques. Mais dans tous les cas, il y fait froid, et il y a des rennes, donc, on peut exclure l’hémisphère sud.)

La problématique liée à la place des femmes soulevée dans ce livre est toujours d’actualité, 9 ans après sa publication, ce qui en fait une œuvre universelle, et fascinante d’un point de vue féministe.

S’il fallait le comparer aux livres de Robin Hobb, il serait un poil en dessous de ses meilleurs sagas. Mais comme il est paru sous le nom de Megan Lindholm et que je n’ai jamais rien lu d’elle sous ce nom de plume là, la comparaison n’est pas vraiment valable. Dans tous les cas, il vaut la peine d’être lu, mais il ne faut pas s’attendre à une lecture aussi envoûtante que celles du Cycle des Anciens. (Bon, après, faut dire que L’Assassin Royal a été une claque monumentale pour moi, donc je place la barre très haut.)

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Morceaux choisis :

N’importe quel membre de notre groupe doit pouvoir se déplacer la nuit sans avoir peur. Le monde appartient à tous, dans la lumière et l’obscurité. Pour quelle raison quelqu’un aurait-il imaginé de dire : « Attention, […], la nuit est mortelle. »?

Une femme qui remet en cause la volonté d’un homme vit seule depuis trop longtemps. Elle en a oublié l’ordre du monde.

N’accomplis jamais pour une femme ce qu’elle peut faire elle-même. Sinon, il n’y aura plus rien qu’elle assume seule.

Contemporain, Entre-deux, France

La Coureuse – Maïa Mazaurette

Portrait d’une femme qui doute, qui aime. Chronique d’une sexualité qui se veut sans attache, La Coureuse est le livre de notre époque.

« Copenhague m’attend, et dans le miroir avant de partir, une inconnue plus jolie que moi pose la dernière touche de mensonge sur son visage. Rouge. Sur les lèvres. Les fards absurdes cachent des tatouages de guerre, des agressions publicitaires, des stratégies marketing. Il m’aimera. Je l’aurai.

Cette inconnue a des cheveux blond foncé, nouvelle couleur pour une nouvelle aventure, toute une vie à reconstruire. C’est pourmieux devenir une femme, mon enfant. C’est pour mieux laisser pousser les dents sous la poudre. »

Maïa vit une passion ravageuse avec un jeune et (très) beau Danois. Parce c’est difficile, elle va s’accrocher et aller jusqu’au bout des compromissions possibles. Parce qu’elle se sert de la féminité comme une arme, le couple devient le lieu de toutes les manipulations. Que fait-on quand on a le prince charmant dans son lit ? Que se passe-t-il après le conte de fées ?

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Fidèle lectrice de Sexactu jusqu’à la fusion avec GQ (je peux pas, la mise en page me rebute), j’ai toujours voulu lire un roman de Maïa Mazaurette. Il se trouve que j’ai commencé par celui-ci, alors qu’il n’a rien en commun avec ses romans précédents, tous à placer dans la catégorie SF ou fantasy, ce qui est bien plus mon rayon. La Coureuse est pourtant plus proche thématiquement de son blog, et aussi des livres qu’elle a écrit en collaboration avec Arthur de Pins. En fait, a bien y réfléchir, j’ai commencé a espacer mes visites sur son blog au début de son aventure danoise. Par lassitude peut être. J’y repasse de temps en temps, juste assez pour mettre en relation les évènements relatés dans ce roman et ceux dont elle a parlé sur son espace virtuel. Parce que ce roman est une autofiction.

Autofiction : n.f., Genre littéraire qui combine de façon ouvertement contradictoire deux types de narrations opposés : l’autobiographie et la fiction.

  • L’autofiction est le récit d’événements de la vie de l’auteur sous une forme plus ou moins romancée.

Autofiction dans laquelle nous rejoignons Maîa revenant de Norvège, où elle vient de tromper son petit ami allemand avec un séduisant jeune entrepreneur danois, Morten (à prononcer Moooo-den). Elle a passé deux ans avec son petit ami, elle considère qu’il est temps pour elle de passer à autre chose, d’aller chasser ailleurs, et sa nouvelle cible est Morten, qui semble l’avoir oubliée. Après l’avoir « chassé », elle se retrouve dans une relation abusive avec un pervers narcissique qui n’est jamais satisfait d’elle ni de l’image qu’elle projette aux autres. Trop grosse, trop française, trop transpirante, pas assez parfaite. Elle se plie à toutes ses exigences, dans l’espoir d’être aimée, non pas pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle s’efforce d’être. Ce rapport de force est d’autant plus amplifié que Morten est plein d’ambition, et qu’il réussi ce qu’il entreprend professionnellement. Parce que l’argent change tout, parce qu’il simplifie la vie, mais complique les rapports entre les gens.

Si, très honnêtement, l’histoire entre Maîa et Morten ne m’a pas plus passionnée que ça, elle analyse avec finesse l’influence du patriarcat sur les femmes, les hommes, et le rapport de force dans les relations de séduction hétérosexuelle. Quelle femme hétérosexuelle ne s’est jamais épilée avant un rendez-vous galant pour se retrouver face à un homme pour qui le plus gros effort pour s’apprêter consistait à avoir pris une douche avant de venir ? Combien de femmes ont dû jouer à la femme fragile pour ne pas faire peur ? Combien de femmes sont complexées parce qu’elles ne ressemblent pas aux mannequins sur papier glacé ? Et combien de ces complexées pensent que leurs bourrelets les rendent indignes d’être aimées ? Elle questionne aussi la place donnée aux femmes et les armes qui restent à notre disposition si nous voulons malgré tout avoir des relations sentimentales : être jolie, docile, légère, intelligente mais pas trop, et les femmes s’y plient parce qu’on attire pas les mouches avec du vinaigre. Constat assez pessimiste et discutable, et sans doute influencé par la relation abusive relatée dans ces pages.

On découvre aussi une Maîa fragile et qui a, malgré son militantisme féministe, bien integré les mécanismes du patriarcat. Qui a toujours vécu pour les autres et qui semble, à 32 ans, ne toujours pas se connaitre, ni forcément s’aimer.

On découvre aussi un portait de technophile accro à « la machine à se couper du monde » qu’est le smartphone, hyper-connectée, tout le temps, partout, à faire croire à ses amis sur la toile que sa vie est bien plus formidable qu’elle ne l’est réellement. Parce qu’on ne peut pas mettre sur Facebook, ce qu’on fait sans que les autres ne le sachent, n’existe pas vraiment, n’a jamais vraiment eu lieu. Parce que si les autres ne s’ébahissent pas de notre vie si fantastique, elle ne vaut pas la peine d’être vécue.

Sur la forme du livre, par contre, il s’agit d’une première édition bourrée de coquilles et d’erreurs de ponctuation, qui seront corrigées, je l’espère, dans les éditions suivantes.

corbeaucorbeaucorbeaucorbeau

A lire, pour les analyses de société. Pour l’histoire de couple, vous pouvez aussi lire n’importe quel témoignage de victime de pervers narcissique.

Morceaux choisis :

Ils pensent vraiment que les femmes, ça se réveille un matin avec un utérus qui parle ?

Il se trouve que je suis née femme, donc que les hommes ne m’aimeront jamais comme je suis.

Jamais je ne serais parfaite. Jamais je ne ressemblerai à une photo de magazine. Jamais personne ne m’aimera assez pour m’arracher au cycle des deux ans. Parce que je ne le mérite pas.

Il y a des hommes comme ça, qui savent où trouver les derniers espaces de virginité. Ceux qu’on ignore soi-même.

[…]ce qui ne peut pas être posté sur Facebook n’existe pas, et maintenant que je n’ai plus de téléphone, je ne sais plus où déverser mes émotions. Donc j’arrête d’avoir des émotions.

Je m’attache à mon rôle : être jolie et pas dérangeante […] Je reprendrai le pouvoir quand j’aurai donnné assez de gages de docilité.

Ce que j’aimerais : réussir à me penser en dehors de l’oeil masculin. Les hommes ont ce luxe […] C’est possible si je renonce à l’amour : parfaitement impossible, donc.

Ce sont les hommes qui nous font femmes, ce sont eux qui le regretteront. Je suis une femme et vraiment, vous allez me le payer.

Séries

Girls et le body-shaming

girls

Girls est cette nouvelle série, vendue au public comme étant le Sex and the City nouvelle génération. Si je regardais cette série le vendredi soir sur M6, je n’ai jamais suivi réellement intentionnellement les péripéties des quatre trentenaires New-Yorkaises  dans leur recherche du grand amour (même si, à force de rediffusions et de soirées oisives, j’ai bien du voir tous les épisodes… Et le film, mais ça, c’est une copine qui m’a demandé de l’accompagner pour fêter la fin des partiels. Oui, pour fêter la fin des partiels, nous, on allait au cinéma.) Du coup, quand j’ai entendu parler de Girls, je me suis dit « Mooooorf » (oui, je suis l’éloquence même quand je me parle à moi même.) et j’ai oublié l’existence même de cette série. Puis, en janvier, elle m’est revenue suite à une lecture de je sais plus quoi je sais plus où dans les méandres des zinternets. Avec l’argument imparable, des personnages plus réalistes, des situations moins glamour,  et des héroînes plus jeunes (oui, parce qu’au alentours des 20 ans, lors de la fin de la série Sex and the City, les soucis de trentenaires me semblaient bien lointains, alors que les aventures de jeunes femmes étudiantes ou débutant dans la vie active, au alentours de 25 ans, tout de suite, ça me parle plus (même si j’ai terminé mes études depuis)). Cette période flou entre la fin de l’insouciance étudiante et le début des responsabilités, ou on tente de se trouver et de découvrir le soi qu’on sera une fois réellement adultes est ici bien décrite. Mais je ne voulais pas vous parler de la série, enfin si, mais aussi des réactions face au personnage principal, incarné par Lena Dunham, qui en est également la scénariste.

Le reproche le plus fréquent est lié à Hannah Horvath, jeune écrivaine paumée et boulotte (certains diront au physique ingrat, mais je ne la trouve pas particulièrement laide), qui est souvent -très souvent-à chaque épisode- soit nue, soit en culotte (pas le slip sexy, hein, non, la culotte de grand-mère), parfois sans raison particulière, le fait qu’elle soit chez elle mis à part (et encore, c’est pas toujours chez elle). Alors que, paradoxalement, la meilleure amie de Hannah, Marnie, mince et jolie, est TOUJOURS habillée, et ce, même quand elle couche avec son copain (oui, elle trouve toujours le moyen de laisser, soit son soutien-gorge, soit sa robe, et les seules fois où elle est dévêtue, elle trouve le moyen d’être couverte quand même). D’ailleurs, les deux autres femmes (minces) de la série couchent toujours avec des hommes en étant couvertes. La seule dont on voit les fesses, c’est Hannah, la petite boulotte.

Bon, là, c’est ses seins, mais le résultat est le même

Un jour, le lendemain de la diffusion d’un épisode assez mitigé, je suis allée voir la page Facebook de la série (Règle numéro 1 des zinternets : ne JAMAIS lire les commentaires). Et là, TOUTES les critiques s’attardent sur le fait que Hannah soit en petite culotte et que son personnage (certes assez, euh, énervant et auto-centré) aie réussi à coucher avec un homme au statut social impressionnant et au physique avantageux. Qu’un homme tel que lui ne s’attarderai jamais sur une fille aussi quelconque, aussi grosse, aussi mal fagotée (qu’elle est mal fagotée est un fait, soit). Mis à part le fait que ces critiques sont sexistes (la femme, uniquement désirable si elle correspond aux critères socialement acceptés comme étant beaux et l’homme, ce beauf superficiel qui ne devrait se taper que des top-models), elles étaient pratiquement toutes énoncées par des femmes (peut être-sans doute- que le public de cette série comporte plus de femmes que d’hommes, ceci expliquant en partie cela) (mais sinon, ça renforce ma théorie sur le patriarcat en place parce que les femmes le veulent bien). Les femmes en surpoids, flasques, pas très jolies, devraient-elles se cacher ? N’en déplaise aux Femen (qui laissent les grosses à la maison pendant leurs actions choc), Lena Dunham a énoncé une vérité lors d’une interview avec… Playboy. son corps, tel qu’il est, est bien plus puissant visuellement, que celui d’une donzelle mince et musclée, qui n’existe que rarement dans la vraie vie. Et, soyons honnêtes, si on voyait de superbes femmes faire l’amour à l’écran complètement nues, ce ne serait plus une série « réaliste », ce serait du porno, fait pour le fantasme, pour vendre du rêve, pour le fapfap rapide, et on lui reprocherai la même chose que ce qui est souvent reproché au porno, c’est à dire que ce n’est pas assez réaliste.

Mais pourquoi la vue d’un corps normal, non sublimé par Photoshop, par du maquillage sophistiqué, par des culottes gainantes, ainsi exposé, déclenche-t’il de tels flamewars  ? Parce que la femme normale est complexée, et, par un mécanisme psychologique pervers, elle ne supporte pas de voir que d’autres assument ce qu’elles sont ? (On me dit dans l’oreillette que ce mécanisme est aussi appelée jalousie par les gens normaux, mais comme je ne trouvait plus le terme, et que j’aime bien ma phrase, je vous gave de parenthèses) (les parenthèses, c’est la vie). Parce que la norme photoshopée s’est tellement ancrée dans nos esprits que toute forme de déviance ne mérite que le mépris et la lapidation sur la place publique ?

Grande-Bretagne, Historique, Youpi Tralala

Les Piliers de la Terre – Ken Follett

The Pillars of the Earth
The Pillars of the Earth – Ken Follett

Quatrième de couverture :

Dans l’Angleterre du XIIe siècle ravagée par la guerre et la famine, des êtres luttent chacun à leur manière pour s’assurer le pouvoir, la gloire, la sainteté, l’amour, ou simplement de quoi survivre. Les batailles sont féroces, les hasards prodigieux, la nature cruelle. Les fresques se peignent à coups d’épée, les destins se taillent à coups de hache et les cathédrales se bâtissent à coups de miracles… et de saintes ruses. La haine règne, mais l’amour aussi, malmené constamment, blessé parfois, mais vainqueur enfin quand un Dieu, à la vérité souvent trop distrait, consent à se laisser toucher par la foi des hommes.

Ce livre était dans ma pile à lire depuis presque deux ans, son épaisseur me faisait un peu peur. En août, j’ai pris mon courage à deux mains et l’ai emporté pour passer une semaine dans la campagne bourguignonne profonde. Finalement, la bibliothèque là bas était bien fournie et je ne l’ai commencé que deux jours avant le retour. Et je l’ai terminé hier matin, en novembre donc. Faut dire que la bête fait plus de 1050 pages. Que je l’ai lu en anglais. Et que la violence de certaines scènes me faisait un peu délaisser ce livre pour des lectures très différentes. Mais même si certaines scènes et personnages m’ont fait fulminer, je n’ai pas pas pu l’abandonner.

Ce livre parle de la construction d’une cathédrale, et suit la vie des gens impliqués, de près ou de loin. Si certains sont odieux et détestables, d’autres, malgré leurs failles, sont terriblement attachants. Et c’est bien ce qui fait la force de ce livre. Les personnages bafoués, torturés, malheureux, qui, pourtant, parviennent à se relever, et à réaliser leurs rêves, qu’il s’agisse de la construction d’une cathédrale, ou bien que la justice soit faite malgré tout. Si j’avais envie d’en parler, c’est à cause des personnages féminins, loin de l’image de femme soumise à son mari à laquelle on peut s’attendre au vu de l’époque ou se déroule le récit.

Mais comme il n’y a pas que des femmes dans cette histoire, et que certains personnages me laissent sceptiques, je vais en parler aussi. Je vais même commencer par eux, eh ouais, j’ai peur de rien.

Les personnages masculins sont très présents, forcément, ils bâtissent des cathédrales, sont à la tête du clergé, et règnent sur leurs terres. Si certains ont un caractère admirable, sans être totalement purs et innocents, il s’agit de personnages fouillés et complexes. D’autres par contre… Si on voit qu’ils sont en proie à un dilemme intérieur, on sait pourtant bien à l’avance comment ils vont réagir. William Hamleigh, une brute éconduite par une charmante noble, assoiffé de vengeance, ne trouve de satisfaction que dans la violence (et là, je pense à TOUT les aspects de la vie d’un homme), il est pas content parce qu’un du patelin voisin à fait quelque chose ? Ben, on crame le village. Il veut punir un serf qui n’aurait pas payé une taxe quelconque ? Ben, on viole sa femme ou sa fille devant ses yeux ! Et on fait passer toute la garnison dessus dans la foulée, pour prouver à tout le monde qu’on a quelque chose dans le slip. Mais bon, comme il a peur de bruler en enfer, il va se confesser après, alors ça va, hein, c’est pas grave…

William believed that a man was helpless until people were afraid of him

Alfred, fils de maçon, brute et bête, aime aussi taper dans le tas, surtout quand le tas est plus jeune et plus intelligent. Bon, lui, il ne brûle pas de village, il n’a pas ce pouvoir, mais il ne vaut guère mieux.

Après, d’autres personnages trouvent une rédemption et regrettent leurs actes, liés, bien souvent, aux actions des deux bonhommes précédemment cités.

Il y a aussi des gens bien, hein, attention, Tom, très amoureux de sa femme, pieux à sa façon, adorant ses enfants plus que tout, cherche à atteindre l’immortalité en construisant une cathédrale. Il est prêt à tout pour cela, quitte a forcer sa famille à voyager en plein hiver, avec rien d’autre que des navets. Phillip, moine ambitieux, mais conscient de ses faiblesses et de ses erreurs, est empreint d’une grande bonté envers les siens, même si ses manières d’obtenir ce qu’il veut sont parfois non orthodoxes.

Jack, qui a grandi seul avec sa mère (je vais en venir à elle) en pleine forêt, est doté d’une grande intelligence, et d’un don pour le métier de son père d’adoption (oui, je périphrase, je veux pas vous spoiler non plus). Son éducation fait de lui quelqu’un d’inadapté à la vie en société aux premiers abords.

Enfin, je vous parlait de femmes, j’y viens ! Les femmes importantes sont aux nombre de trois, Ellen, mère de Jack, Aliena, celle qui a éconduit William, et Regan, la mère de ce dernier.

Ellen, qui apparait dès le premier chapitre en maudissant le public d’une pendaison. Celle de son mari, condamné à tord d’avoir volé un calice dans une église. Suite à la malédiction qu’elle a jeté sur les personnes impliquées dans le meurtre de son mari, elle s’installe en forêt, dans une grotte, seule. elle vit seule, accouche seule (oui, elle était enceinte lors de la pendaison), et élève son fils seule. Elle lui apprend à lire, à compter, elle lui raconte des histoires, elle lui apprend à se repérer dans les bois, et à survivre. Mais vivant seule et évitant la compagnie des moines vivant à proximité (forcément, le prieur du monastère était impliqué dans le procès de Jack père), il y a une chose qu’elle a bien du mal à lui apprendre, et c’est la vie en société. C’est pourquoi elle décide de suivre Tom et sa famille.

Aliena, elle, est une jeune noble en age de se marier. Elle est promise à William, dont j’ai fait l’éloge plus haut, mais refuse, son père lui ayant promis de ne pas la marier contre son gré à quelqu’un qu’elle ne pourrait pas aimer. Seulement, les choses ne sont jamais simples, et elle finit pas devoir subvenir à ses besoins elle même, sans son père pour la protéger, et de plus, elle doit s’occuper de son frère, plus jeune et incapable de se débrouiller seul. Elle continue de refuser tous ses prétendants, et est un modèle, tout comme Ellen, de femme autonome et indépendante dans un univers médiéval hostile et dangeureux.

Aliena felt an affinity for Ellen : they were both oddities, women who did not fit into the mould.

Regan, quand à elle, forcément, avec un rejeton pareil, ses desseins ne peuvent être que néfastes, mais pour atteindre son but, elle est prête à tout, et elle régente la vie de son époux ainsi que celle de son fils. Le vrai chef de famille ici, c’est elle. Chose étonnante vu l’époque.

En bref, des personnages fascinants, hommes et femmes, un fond historique de trahisons, de guerres civiles, et de croisades, et en trame de fond, la construction de ce que les personnages espèrent la plus belle cathédrale d’Angleterre.

(Et si vous avez pas envie de lire le pavé, il y a une série aussi, mais c’est bien connu, les séries, c’est pas pareil. Je ne saurais la juger, je n’ai vu que les deux premiers épisodes pour le moment.)

Essais, France, Youpi Tralala

King Kong Théorie – Virginie Despentes

King Kong Théorie - Virginie Despentes

Quatrième de couverture :

J’ecris de chez les moches, pour les moches, les frigides, les mal baisées, les imbaisables, toutes les exclues du marché de la bonne meuf, aussi bien que pour les hommes qui n’ont pas envie d’être protecteurs, ceux qui voudraient l’être mais ne savent pas s’y prendre, ceux qui ne sont pas ambitieux, ni compétitifs, ni bien membrés. Parce que l’idéal de la femme blanche séduisante qu’on nous brandit tout le temps sous le nez, je crois bien qu’il n’existe pas.

J’ai beaucoup entendu parler de ce livre avant, il aurait changé la façon de voir les choses de bien des gens. Sceptique, je me suis mise en tête de le lire, pour voir si je partagerai leur avis. Ben, euh, en fait, oui.

Je n’avais jamais rien lu de Virginie Despentes, mais son image sulfureuse et sa réputation trash ne m’était pas inconnue. Ce livre, cet essai autobiographique nous raconte comment, de l’adolescente punkette, elle est devenue cette personnalité sujette à polémique.

Ce livre est divisé en plusieurs chapitres, séparés par des citations d’oeuvres féministes plus ou moins connues, Simone de Beauvoir et Virginia Woolf pour les plus connues (même si on ne s’est jamais penché sur le sujet).

Le style de Virginie Despentes est incisif, tiens-dans-ta-gueule, et touche là ou ça fait mal. Elle se penche sur les mécanismes culturels qui placent les femmes dans un carcan de soumission, et réduisant par la même occasion les hommes à des créatures aux pulsions violentes et brutales.

La politique actuelle (ce livre a été publié en 2006) est remise en question, ainsi que la société consumériste, soupçonnées de nous infantiliser :

Un bon consommateur est un consommateur insécure

Un Etat qui se projette en mère toute-puissante est un Etat fascinant.

Elle parle du viol, de sa manière de gérer cette expérience, et de s’en relever, et de sa signification sociologique, de la culpabilisation des victimes et de leur incapacité à se défendre, peut être dûe à l’influence de la morale judéo-chrétienne.Le fantasme du viol, lui, est un dispositif culturel, visant à placer la femme en position de soumission et d’impuissance afin de les écarter du pouvoir.

Elle parle aussi de son expérience de prostituée, bien loin des reportages racoleurs dont nous abreuve la télévision et de ses conséquences sur les gens. Le porno est également évoqué, condamnant les actrices à des voies de garage, cette activité étant visiblement incompatible avec l’intelligence.

King Kong Théorie est un livre court, qui se lit d’une traite, et qui ne laisse pas ses lecteurs indemnes qu’ils se sentent concernés de prime abord ou non.

(Cinq bestioles, c’est qu’il est bien. Non, mais, je précise, je teste encore mon système de notation)

Billets d'humeur, Machins et choses

Les mots en -isme

J’ai été témoin d’un débat sur Twitter. Si le féminisme n’est pas une opinion, alors, qu’est-ce que c’est ?

Si l’on considère que le féminisme est politique, oui, il s’agit d’une opinion, qui peut se soumettre à débat. Tout comme s’il s’agissait d’un courant de pensée. Si l’on considère néanmoins l’aspect genre, alors, il s’agit de sociologie, ce qui n’exclut pas le débat non plus, sur la question de nature/culture.

Mais si l’ont considère le féminisme comme une opinion, il en va du même, du machisme, du sexisme, du racisme, et d’autres gros mots en -isme. Peut-on débattre du bien-fondé du racisme ? Je ne pense pas. Alors pourquoi débattre de celui du féminisme ? N’est-ce pas la même problématique du fond, mais appliqué à une autre catégorie de personnes ? Celui de la supériorité ou non des uns par rapport aux autres ?

Par ailleurs, on peut noter que la plupart des mots en -isme ont une connotation négative, qui, dès que quelqu’un en est accusé, est vivement réfutée, même si l’accusation est fondée. Le féminisme est le seul terme utilisant ce suffixe qui ne prône pas une supériorité quelconque de qui que ce soit (ou en tout cas, ne le devrait pas). Non, ce terme n’est pas un gros mot, ni une insulte. Et pourtant, il souffre de la connotation de son suffixe.

Dans un mot idéal, ces mots en -isme n’existeraient plus, car la lutte sera terminée, et le respect de l’autre aurait vaincu.

(Et la prochaine fois, je retournerai à mes livres, mes pensées sont moins brouillons dans ces cas là.)

L’idéaliste

Billets d'humeur, Machins et choses

Etre chiant/e et les limites du supportable

Bon, je suis en congés cette semaine, congés que je passe chez mes parents (oui, bon, hein, on se souvient de l’article précédent, pas de remarques, merci bien ><), et donc, avec une télé. Qui dit télé, dit poubelle (comment ça, vous voyez pas le rapport ? Rhooo, mettez-y un peu du votre, vindieu !). Donc voilà, pleins de chaînes de télé, et donc, plein d’émissions à la con. Dont une qui montrait une charmante mère célibataire qui visiblement peinait pour trouver l’âme soeur (oui, bon, on y croit ou pas, à cette âme soeur, c’est pour l’image, voyez ?). Et je n’ai pas pu m’empecher de me dire que ce n’était pas étonnant, vu sa capacité à se montrer pénible et chiante devant les caméras (donc, soit, c’est le stress de la télé qui la rend chiante, soit elle est comme ça tout le temps et là, je plaint ceux qui doivent la supporter au quotidien), je n’ai pas pu m’empêcher de penser que cen’est pas étonnant que personne ne reste. Non, c’est pas gentil, j’en suis consciente. Surtout que cette brave dame, je ne la connais pas, elle est peut être la personne la moins pénible du monde en vrai, et que c’était la faute au stress, au montage, blabla. N’empêche que…

Souvent, à la télé, et même ailleurs, les femmes chiantes sont seules, alors que les mecs chiants, fan de tuning et de Johnny (oui, bon, j’avoue, j’ai regardé Confessions intimes… Ca passe encore, ça, d’ailleurs ?), eux, sont toujours accompagnés, d’une femme en souffrance, mais, qui, voyez-vous, l’aime éperdument et préfère faire partie de l’inventaire au lieu de partir vers d’autres horizons certainement plus roses.

Est-ce que les hommes sont lâches et préfèrent se sauver plutot que de rester avec une femme énergique, qui sait ce qu’elle veut, et montre qu’elle n’a pas besoin d’un homme ? Se sentent-ils castrés ? Ou alors les femmes qui restent avec des boulets ont des limites plus souples ? Sont-elles soumises ? Est ce que l’image du couple parfait pronée dans les médias est si enviable que les femmes sont prêtes a endurer plus de choses pour maintenir l’illusion et ne pas finir célibataires voire vieilles filles ? Alors qu’un homme peut se sauver dès que sa compagne montre les premiers symptômes de la chiantise, de peur que leur dulcinée ne se transforme en dragon domestique ? Est ce lié à la libération de la femme ? Mais ça n’explique pas pourquoi tant de femmes restent avec leurs boulets.

Et pourquoi, dès qu’une femme montre sa déprobation, il se dit qu’elle n’est pas rationnelle, qu’elle a ses règles, blabla ? Doit-elle tout accepter sous le prétexte fumeux qu’une femme n’est pas capable de raisonner de manière rationelle ?

Popeye et Olive Oil
Même Olive doit se montrer chiante visiblement

D’ailleurs, une autre question se soulève dans ma tête (si vous ne voyez pas le rapport, ne vous inquiétez pas, j’le voit plus non plus, c’était clair dans ma cervelle tout à l’heure pourtant…). Pourquoi, dans tant de petites bd humoristiques (souvent des années 50/60), le couple est représenté par un homme pantouflard et molasson et de sa femme, bigoudis sur la tête, rouleau a patisserie en main, en train de râler, et parfois même, complètement irrationnelle ? L’avenir du couple réside-t-il dans le laisser aller ?

Aller, la prochaine fois, je vous parlerai de nouveau de conneries.

Billets d'humeur

En soldes !

Je ne sais pas trop comment aborder le sujet, c’est un sujet sensible, vous voyez ? Et puis, j’étais concernée, il fut un temps pas si éloigné. Et le phénomêne est si courant que je vais marcher sur des égos avec mes gros sabots (le premier qui me demande si je passe par la Lorraine avec, jle bombarde à coup de tarte à la mirabelle !).

Donc voila, depuis un moment, je vois pleins de gens se définir par une étiquette. Etiquette qui leur permet, selon eux, de se croire supérieur à d’autres. « Je suis un geek, tu sais pas coder un site en php, t’es un nul ». En quoi une compétence ou une passion vous rend-elle supérieur à quelqu’un qui ne partage pas les mêmes ? Les autres ont des compétences qui leurs sont propres également, et peuvent parfois être bien plus utiles que de savoir démonter un pc les yeux fermés. (Je dis pas ça par jalousie, je sais coder, et je n’ai besoin de personne en cas de souci informatique).

En quoi une fille qui se dénomme geek est-elle supérieures aux filles apprêtées ? Parce qu’elle sait ce qu’est un Dalek ? Parce qu’elle comprend les vannes sur DTC ? Parce qu’elle s’entend avec les mecs et fait des concours de rots avec eux ? (Je vais presque revenir sur ma théorie évoquée ici qui dit que le sexisme vient également des femmes, qui, parfois, aiment bien rabaisser les autres femmes à un rôle d’objet sexuel quand elles n’ont pas la même dégaine qu’elles même, avec ce lien, ou on découvre qu’il existe trois types de « meufs », tous trois péjoratifs, des « meufs » naïves, cruches et vaniteuses. Le seul modèle de fille potable est donc la geekette qui a des conversations de « haute volée » sur les Xmens, Dr Who et WoW).

En quoi se définir comme un roux (ou rousse, chuis pas sectaire) métalleux définit-il la personne ? Il/elle n’est que ça ? Triste personne si on peut se définir par sa couleur de cheveux et son style de musique.

J’ai même vu quelqu’un mentionner sur son portfolio de graphiste la couleur de ses yeux. En quoi la couleur de ses yeux influe-t-elle sur ses compétences professionnelles ? Avoir les yeux bleus/verts/marrons change-t-il la perception des couleurs (ce qui peut être important pour un graphiste, je le conçois)?

Sur quelques sites, certaines précisent aussi que, quand elles portent un rouge à lèvre de luxe, elles se sentent plus sûres d’elles qu’avec un rouge du supermarché, parce que pas tout le monde ne peut se payer du maquillage à 30 euros. En effet, tout le monde ne peut pas, et tout le monde n’y tient pas. Mais ce maquillage la rendra-t-il plus heureuse et épanouie ? Fera-t-il d’elle quelqu’un de bien ? (Non, on est pas une grognasse si on porte des choses de luxe, mais on l’est quand on se sent supérieure aux autres à cause de la valeur des objets que l’ont porte.)

Et pourquoi certains se donnent, volontairement, une étiquette qui, selon leurs aveux, ne leur correspond pas ? Parce que c’est ce qu’on attend d’eux ? Parce que ça donne un genre ? On est ce qu’on veut être.

Se croire meilleur que les autres rend-il heureux ? Et vouloir se confiner à l’étiquette qu’on s’est donné, en dénigrant ce qui n’y correspond pas, est-ce épanouissant ?

Donc voila, je sais coder, je porte des jupes, je regarde Dr Who, je lis de la fantasy, je mets des talons, je me maquille parfois, j’écoute du metal, je porte parfois du rose, parfois du noir, et même, des fois, ça m’arrive de bitcher comme la pire des pestes (ça défoule, faut dire). Mettez moi une étiquette si vous voulez, mais ne vous étonnez pas si souvent, je n’y corresponds pas.