Etats-Unis, Fantasy, Youpi Tralala

Imriel’s trilogy, tome 1 : Kushiel’s Scion – Jacqueline Carey

Imriel de la Courcel was born a prince of Terre d’Ange. A child of his birth parents treasonous blood and his foster parents heroic spirit, he bears the gift that belongs to the direct descendents of the deity Kushiel: the ability to deliver exquisite pain and cruelty, and the power to discern the faultlines in the souls of others and the knowlege of how to exploit them. Surrounded by enemies who would gladly see him dead, Imriel must strive to obey Blessed Eluas precept of love, a challenge fraught with sorrow and joy beyond all imagination.

feather

Kushiel et son univers ont déjà été évoqués à plusieurs reprises ici, et ce tome en particulier dans un Top Ten récent, il faut dire que je l’ai sorti de la PAL le lendemain.

Si la première trilogie se concentrait sur Phèdre et son consort Joscelin, ici, le personnage principal est son fils adoptif, que nous avons déjà rencontré dans le dernier tome consacré à Phèdre. Pour mémoire, elle se plongeait au fin fond du Drujan, pays dirigé par un tyran maléfique qui s’était voué à de sombres forces, afin de sauver le fils disparu de Mélisande, son amante, son ennemie, mais aussi la plus grande traitresse du royaume : Imriel, alors âgé de 10 ans. Ce tome-ci narre les premiers pas d’Imriel en Terre d’Ange, ses premiers émois, ses premiers amis, et surtout, marque le début de son voyage initiatique pour devenir celui à qui il aspire être, loin de ce à quoi il pourrait être destiné. Car Imriel tente de devenir quelqu’un, un grand guerrier, comme Joscelin, son modèle, quelqu’un de bien, et de sortir de l’ombre imposante de sa mère, la redoutable Mélisande Sharizai.

En tant que descendant de la maison Sharizai, il est l’un des descendants de Kushiel, un des sept compagnons d’Elua, celui qui punit et qui inflige la souffrance. Celui qui trouve la jouissance dans la souffrance qu’il inflige à autrui. Seulement, son passage par le Drujan lui a laissé des marques, tant physiques que psychologiques, et il ne se sent pas apte, ni prêt, à vivre selon son rang, comme un prince, qui pourrait accéder au trône s’il suivait les pas de sa mère, la plus grande manipulatrice du royaume. Car c’est que les autres attendent de lui, qu’il trahisse son pays, sa famille, ses parents adoptifs, pour redonner vie aux rêves de sa mère Mélisande.

Si Phèdre et Joscelin, dans la première trilogie, étaient parfois remplis d’une innocente et naïve arrogance, Imriel, lui, commence son aventure en étant meurtri et en ne sachant pas s’il pourra passer outre. S’il pourra devenir le héros qu’il aimerait tant devenir, s’il réussira à échapper au tribut exigé par sa lignée et s’il pourra échapper à l’influence insidieuse de sa mystérieuse mère. Car si elle a œuvré au détriment de Phèdre dans la trilogie précédente, qu’elle semble avoir été rétribuée à la valeur de ses actes, et que finalement, elle n’apparait jamais dans ce livre, son aura tentaculaire plane encore.

De plus, si Phèdre était l’élue de Kushiel, choisie afin d’équilibrer le monde, Imriel en est le descendant. Si Phèdre endure la souffrance, le destin d’Imriel est de jouir de celle d’autrui. Mais comment peut-il se construire si on lui a infligé des souffrances plus grandes que celles qu’il aurait pu donner ? Comment peut-il accepter ce qu’il est s’il a été victime de quelqu’un comme lui ? C’est cet équilibre précaire qu’il lui faudra trouver.

L’auteur réussi encore à nous embarquer dans son univers. Si Phèdre nous l’a fait découvrir, Imriel nous y plonge encore plus profondément, les intrigues politiques ne s’arrêtant pas aux limites de Terre d’Ange et d’Alba, mais continuent bien au délà de Tiberium ou de la Skaldie.

Néanmoins, certains tics de langage récurrents chez Phèdre le sont également ici. Les canons d’avant-bras de Joscelin brillent toujours autant (il a que ça à foutre, de se lustrer les canons, hein ?), et, bon, au bout de deux fois, on a compris que son armure est digne d’un pokémon shiny, et le souvenir récurrent du bassin dans le zenana au Drujan ne nous permet pas d’oublier que l’eau croupie, ça sent mauvais. Mais malgré ces répétitions que ne perturbent peut être que moi, Kushiel’s Scion reste un très bon roman à l’intrigue maitrisée et réfléchie.

corbeaucorbeaucorbeaucorbeaucorbeau

That which yields is not always weak.

Fantasy, France, Historique, Youpi Tralala

Chien du heaume – Justine Niogret

chien_du_heaume_jailu

Chien du heaume, un surnom gagné au prix du sang et de la sueur par celle qui ne possède plus rien que sa hache, dont elle destine la lame à ceux qui lui ont pris son nom. Mais en attendant de pouvoir leur sortir les viscères, elle loue son bras et sa rage au plus offrant, guerrière parmi les guerriers, tueuse parmi les loups. De bien curieuses rencontres l’attendent au castel de Broe où l’hiver l’a cloitrée : Regehir, le forgeron à la gueule cassée, Iynge à la voix plus douce que les meurs, le chevalier Sanglier et sa cruelle épouse de dix printemps. Au terme de sa quête, Chien trouvera-t’elle la vengeance, la rédemption ou… autre chose ?

feather

Voici le genre de livre qui, dès le prologue, vous met une claque. Le genre de claque qui vous secoue jusqu’au tripes et vous laisse pantelant, cherchant votre souffle, et vous noie dans son ambiance particulière. (C’est aussi le genre de livre qui ne se laisse pas lire dans un train blindé de scolaires hurlants. Oui, ça sent le vécu.)

Chien du heaume est mercenaire. Son visage est couvert de crasse et couturé de cicatrices. A la recherche de son vrai nom, elle a adopté celui des camarades de bataille d’un jour lui ont donné. Elle évolue dans un monde qui semble peuplé d’enfants cruels, où les paysans maudissent leurs seigneurs qui auraient manqués à leurs devoirs, et où les dames tiennent leurs promesses jusque dans la mort. Sa quête est un récit initiatique, où la recherche du nom est aussi celle de soi-même. Les mythes et légendes évoqués dans ce livre distinguent le roman d’un roman de fantasy « pure », car, à défaut d’être réelles, elles sont populaires dans certaines parties d’Europe, ce qui permet, d’une part de situer le récit dans un monde qui est le notre, mais aussi dans une époque qui fût réelle. Il s’agit là d’un roman historique, médiéval, et non pas d’une saga de fantasy telle que les connaissons.

Chaque chapitre est une petite histoire en soi, ce qui m’a rappelé (attention, la référence de ouf…) Perceval ou le roman du Graal (que j’ai lu il y a 9 ans, mes souvenirs sont peut être un peu embrumés), ou le personnage poursuit sa quête en traversant diverses aventures indépendantes, avant d’arriver à son terme. Le langage « médiévisant » ajoute judicieusement à cette impression.

La narration oscille parfois entre un point de vue interne à Chien, à la 3ème personne, et celui d’un narrateur caché, voyeuriste, qui interpelle le lecteur lorsque le personnage principal est occupé, un peu comme une voix off. Dommage pourtant que ce gimmick n’aie pas été plus exploité, je dois avouer que la petite voix du maître de cérémonie invisible était un parti pris intéressant qui m’a un peu manqué sur la fin.

Je n’ai nulle honte de ce qu’ils appellent les bas instincts. Je mange, je pisse, je dors et je fais al culbute aux femmes, et si un dieu a été assez content de son oeuvre pour l’estimer finie, je ne saurais lui faire l’insulte de haïr mon corps. »

Certaines idées, comme les serpents, aiment à ramper sur le ventre et grouiller dans les coins sombres de la pensée. Il est plus facile de juger comme vous le faites que de combattre ; alors un jour viendra, je le présage, ou une femme ne pourra plus toucher un fer sans passer pour folle, et où elles tireront toute fierté de leur langueur. Il leur faudra un homme pour défendre leur honneur, et la chose sera si bel et bien rivetée à la tête des gens que, comme un clou dans sa planche de bois rincée par les pluies, on ne saura plus l’en faire sortir sans se faire saillir les muscles à en avoir mal.

Un roman médiéval loin des clichés du genre, où les femmes ne sont pas forcément des princesses, où les hommes ne sont pas forcément des brutes, et où un château sombre et froid devient le plus accueillant des refuges. Un premier roman prometteur, le deuxième m’attend déjà.

Et un glossaire final au style complétement différent et décalé, qui, pourtant, clôture bien le livre.

corbeaucorbeaucorbeaucorbeaucorbeau

Amérique(s), Entre-deux, Etats-Unis, Fantasy

Kushiel, tome 1 : La Marque – Jacqueline Carey

Bon, hein, faut pas se leurrer, la couverture fait un peu Harlequin bas de gamme
Bon, hein, faut pas se leurrer, la couverture fait un peu Harlequin bas de gamme

Faut dire que la couverture, comme ça, sans en avoir entendu avant, elle me parlait pas. Mais comme j’ai entendu beaucoup de bien de la série, j’me suis dit que j’allais tenter, au pire, si c’est mauvais ou ne me plait pas, ça me fera un article marrant. Bon, pour l’article marrant, ça le sera pas, parce que le livre est bien. Malgré la couverture avec une femme à poil (ça marche bien, ce genre de couverture, je crois), les rumeurs décrivant le truc comme érotique (ouais, c’est marrant à lire ses trucs là, mais ça me fait autant d’effet que Bob l’eponge. (Non, je ne suis pas épongeophile)) et mes a prioris découlant des premières impressions que j’ai pu avoir, j’ai dégotté le livre, l’ai placé sur ma liseuse (sinon, je vous aurait mis une photo avec Mr Mouton, mascotte officielle de mes lectures, qui a pris goût a poser, coincé dans mes livres), et je l’ai commencé, m’attendant à une lecture légère et facile, pour me remettre de mes émotions qui m’ont fait arreter la lecture des Frères Grossbart. Mais non, visiblement, la série Kushiel n’est pas une lecture facile, les tomes sont épais (il me semble, hein, ma liseuse disait qu’il faisait 1323 pages, Anobii, me dit qu’il en fait 700 et des poussières, bref, c’est pas un Nothomb qui se lit en une heure (d’ailleurs, il m’a fallu 17 heures pour le lire (oui, j’ai chronometré (non, en fait, le Kobo indique le temps de lecture de chaque livre))). L’épaisseur n’est d’ailleurs pas la seule chose qui me fait dire ça, vu que finalement, il s’agit d’intrigues de cour compliquées. (Par moment, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Angélique,  Marquise des Anges… Les livres, hein, pas les films… Comment ça, ma référence est nulle ? ><)

Bref, de quoi ça parle ? Terre D’Ange, un pays semblable à nos pays latins voue un culte à Elua et ses Compagnons, qui, eux, ont accompagné Yeshua jusqu’a sa crucifixion. Naamah et Kushiel sont deux de ses compagnons, Naamah a donné son corps pour Elua, et Kushiel punit au fouet.

Phèdre, l’héroïne, est la fille d’une servante de Naamah (vous vous doutez bien de son service, hein) et est marquée par Kushiel. Son oeil est orné d’une marque rouge sang, qui la désigne comme étant une anguissette, l’élue de Kushiel, condamnée à trouver son plaisir dans la souffrance. Elle est vendue par ses parents à une maison de la Cour de Nuit, le quartier des plaisirs charnels. A dix ans, elle est rachetée par son mentor, Anafiel Delaunay; qui lui enseigne l’espionnage, et compte bien se servir d’elle pour parvenir a remplir ses obscurs desseins.

Phèdre, en tant que première anguissette née depuis trois générations, à nombre de clients qui se satisfont de la souffrance qu’ils infligent. Donc oui, ce livre parle de sexe, mais jamais de manière crue ou vulgaire. Les descriptions des supplices infligés peuvent parfois aller à l’encontre des limites des personnes sensibles, mais ces passages restent rares, et souvent, sont eludés par la narration à la première personne (oui, parce que bon, quand on est inconscient, c’est rare qu’on puisse raconter ce qui se passe). Certains clients sont au centre d’une conspiration pour accèder au trône, et Phèdre devra utiliser ses talents pour déjouer le complot et s’assurer que l’héritier légitime puisse y accéder, tout en maudissant ses préférences et ses faiblesses liées à la marque de Kushiel présente dans son oeil.

Si l’histoire en elle même est fascinante, j’ai relevé un point qui m’a perturbé et qui est présent tout au long du livre. Terre D’Ange n’existe pas, et même s’il s’agit de « fantasy historique », j’ai regretté l’absence de culture originale et créee de toutes pièces. Car si les Skaldiques habitent à l’Est, tout en eux respire le Viking. Depuis le nom de leur peuple, skald signifiant poête ou héros de saga scandinave, leur alphabet, appelé Futhark, composé de runes, tout comme l’alphabet des anciens germaniques, dont chaque rune n’est pas seulement une lettre, mais également un symbole, jusqu’au nom des dieux, dont le dieu « en chef » est appelé Odhinn, selon l’orthographe en norrois, qui reprend les mêmes caractéristiques physiques (l’oeil en moins, les corbeaux, les loups). (Oui, la mythologie scandinave, c’est mon dada).

Futhark
Alphabet runique Futhark

Odhinn

Les autres peuples, Pictii et Cruithnes sont certainement fortement inspirés des Celtes ou d’autres peuples, mais soit leurs descriptions n’était pas assez précises, soit mes connaissances en la matière ne sont pas suffisantes pour relever les points communs. Mais je crois que j’aurait préféré que les choses soient claires et se passent dans un monde qui a existé, plutôt que de prendre des élèments historiques, changer les noms et les transvaser dans un monde imaginaire. Même la cartographie est calquée sur l’Europe.

Terre D'Ange - Cartographie
Terre D'Ange - Cartographie

Mais mon plaisir de lecture n’en a pas été réduit, ça m’a amusé de relever les éléments inspirés de choses réeles et de voir à quoi elles correspondaient.

Bref, ne vous fiez pas à la couverture et aux à priori sur l’histoire d’une prostituée, et lisez le si vous en avez l’occasion et le temps. Moi, en tout cas, je me suis fournie la suite.