Etats-Unis, Fantasy, Youpi Tralala

Imriel’s trilogy, tome 1 : Kushiel’s Scion – Jacqueline Carey

Imriel de la Courcel was born a prince of Terre d’Ange. A child of his birth parents treasonous blood and his foster parents heroic spirit, he bears the gift that belongs to the direct descendents of the deity Kushiel: the ability to deliver exquisite pain and cruelty, and the power to discern the faultlines in the souls of others and the knowlege of how to exploit them. Surrounded by enemies who would gladly see him dead, Imriel must strive to obey Blessed Eluas precept of love, a challenge fraught with sorrow and joy beyond all imagination.

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Kushiel et son univers ont déjà été évoqués à plusieurs reprises ici, et ce tome en particulier dans un Top Ten récent, il faut dire que je l’ai sorti de la PAL le lendemain.

Si la première trilogie se concentrait sur Phèdre et son consort Joscelin, ici, le personnage principal est son fils adoptif, que nous avons déjà rencontré dans le dernier tome consacré à Phèdre. Pour mémoire, elle se plongeait au fin fond du Drujan, pays dirigé par un tyran maléfique qui s’était voué à de sombres forces, afin de sauver le fils disparu de Mélisande, son amante, son ennemie, mais aussi la plus grande traitresse du royaume : Imriel, alors âgé de 10 ans. Ce tome-ci narre les premiers pas d’Imriel en Terre d’Ange, ses premiers émois, ses premiers amis, et surtout, marque le début de son voyage initiatique pour devenir celui à qui il aspire être, loin de ce à quoi il pourrait être destiné. Car Imriel tente de devenir quelqu’un, un grand guerrier, comme Joscelin, son modèle, quelqu’un de bien, et de sortir de l’ombre imposante de sa mère, la redoutable Mélisande Sharizai.

En tant que descendant de la maison Sharizai, il est l’un des descendants de Kushiel, un des sept compagnons d’Elua, celui qui punit et qui inflige la souffrance. Celui qui trouve la jouissance dans la souffrance qu’il inflige à autrui. Seulement, son passage par le Drujan lui a laissé des marques, tant physiques que psychologiques, et il ne se sent pas apte, ni prêt, à vivre selon son rang, comme un prince, qui pourrait accéder au trône s’il suivait les pas de sa mère, la plus grande manipulatrice du royaume. Car c’est que les autres attendent de lui, qu’il trahisse son pays, sa famille, ses parents adoptifs, pour redonner vie aux rêves de sa mère Mélisande.

Si Phèdre et Joscelin, dans la première trilogie, étaient parfois remplis d’une innocente et naïve arrogance, Imriel, lui, commence son aventure en étant meurtri et en ne sachant pas s’il pourra passer outre. S’il pourra devenir le héros qu’il aimerait tant devenir, s’il réussira à échapper au tribut exigé par sa lignée et s’il pourra échapper à l’influence insidieuse de sa mystérieuse mère. Car si elle a œuvré au détriment de Phèdre dans la trilogie précédente, qu’elle semble avoir été rétribuée à la valeur de ses actes, et que finalement, elle n’apparait jamais dans ce livre, son aura tentaculaire plane encore.

De plus, si Phèdre était l’élue de Kushiel, choisie afin d’équilibrer le monde, Imriel en est le descendant. Si Phèdre endure la souffrance, le destin d’Imriel est de jouir de celle d’autrui. Mais comment peut-il se construire si on lui a infligé des souffrances plus grandes que celles qu’il aurait pu donner ? Comment peut-il accepter ce qu’il est s’il a été victime de quelqu’un comme lui ? C’est cet équilibre précaire qu’il lui faudra trouver.

L’auteur réussi encore à nous embarquer dans son univers. Si Phèdre nous l’a fait découvrir, Imriel nous y plonge encore plus profondément, les intrigues politiques ne s’arrêtant pas aux limites de Terre d’Ange et d’Alba, mais continuent bien au délà de Tiberium ou de la Skaldie.

Néanmoins, certains tics de langage récurrents chez Phèdre le sont également ici. Les canons d’avant-bras de Joscelin brillent toujours autant (il a que ça à foutre, de se lustrer les canons, hein ?), et, bon, au bout de deux fois, on a compris que son armure est digne d’un pokémon shiny, et le souvenir récurrent du bassin dans le zenana au Drujan ne nous permet pas d’oublier que l’eau croupie, ça sent mauvais. Mais malgré ces répétitions que ne perturbent peut être que moi, Kushiel’s Scion reste un très bon roman à l’intrigue maitrisée et réfléchie.

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That which yields is not always weak.

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Bibliothèque, Bilans

Lectures non chroniquées #2 Premier semestre 2013

L’an dernier, je me suis amusée à faire un bilan annuel en détail. Ca prend un temps fou. Et c’est trop long à lire. Du coup, je voulais faire un bilan trimestriel. Mais j’avais la flemme. Semestriel alors. Ca coupe la poire en deux, c’est plus court, et tout sera plus frais dans ma tête. (Si frais que là, maintenant, je ne sais plus ce que j’ai lu… Raison de plus pour le faire régulièrement, sinon, je vais finir par relire des trucs parce que j’ai oublié que je les ai déjà lus…) Dans l’ordre anarchique presque chronologique (en gros, si j’ai lu plusieurs tomes d’une série, ils sont ensemble, plutôt que de les avoir séparés par une dizaine de livres) :

City of Dragons, Robin HobbBlood of Dragons, Robin Hobb

City of Dragons/Blood of Dragons, Robin Hobb : on suit les aventures des gardiens de dragons, qui ont enfin atteint Kelsingra. Les héros adolescents pour la plupart subissent les premiers émois typiques de cet âge là, et on n’échappe pas au triangle amoureux qui semble si fréquent dans la littérature adolescente. Les personnages adultes, eux, s’émancipent du poids de la société qu’ils ont quittée et semblent terminer le chemin qui se dresse encore devant leurs cadets. On retrouve certains personnages des séries précédentes : Tintaglia et Icefyre, ce qui fait bien plaisir, et ce sont bien les chapitres qui leurs sont dédiés qui m’ont angoissés et qui sont le plus chargés en suspens. La série est en dessous des précédentes se déroulant dans cet univers régit par l’Art/le Vif, mais le dernier tome répond a bien des questions et met un terme à cette saga avec brio. D’autres questions sont encore à éclaircir, mais comme Robin Hobb me semble pas prête à abandonner ce monde, j’espère que d’autres romans permettront de le rendre encore plus complet.

Inside Game of Thrones

Inside HBO’s Game of Thrones : dédié à la série du même nom, il s’agit d’interview d’acteurs, de scénaristes, de créateurs, de techniciens et de l’auteur, qui expliquent comment ils ont pu mettre ce roman en scène, en le rendant le plus réaliste possible. Des chapitres entiers sont dédiés aux costumes des différentes régions, aux décors et aux raisons qui les ont poussés à faire ses choix particuliers. Un beau livre pour les fans de la série.

A Feast of Ice and Fire

A Feast of Ice and Fire, The official companion book : le livre de recettes tiré des livres, cette fois-ci (moi, obsédée ? Si peu…). Je n’ai pas encore tenté d’expérience culinaire avec ce livre, mais je l’ai lu (oui, des fois, je lis des livres de recettes, faut bien se donner faim parfois), et, en plus des explications liées au contexte des roman, d’explications sur les équivalents « réels » médiévaux, les recettes sont également proposées en version modernisée, avec des ingrédients plus simples à se procurer, et des saveurs plus habituelles. Mais il y a des recettes que je ne tenterai pas de recréer, même si les ingrédients étaient simples à trouver. Le serpent roti et les grillons au miel ne sont que des exemples… (Sinon,la plupart des recettes sont disponibles sur le blog des deux auteurEs : Inn at the Crossroads. Elles proposent également d’autres recettes issues de fictions sur le blog Food through the pages, avec des recettes inspirées du Seigneur des Anneaux, et Harry Potter entre autres…)

L'Attrape-coeur, J.D. Sallinger

L’Attrape-Coeurs, J.D Sallinger : il s’agit d’un livre culte qui a pourtant barbé tous les gens que je connais qui l’ont lu. C’est donc avec appréhension que je l’ai sorti de ma PaL. Je l’ai d’ailleurs lâché pour plusieurs mois alors que je n’avais lu que le premier quart… Puis, je l’ai repris, et là, j’ai enfin réussi à m’immerger dans l’histoire. Alors, certes, je n’ai toujours pas vraiment compris le battage autour de ce livre, peut-être parce que le narrateur a 15 ans, et que le récit ressemble énormément à un journal intime, avec ses tics et ses défauts de langage, mais c’est ce qui le rend vraisemblable. Le narrateur, lui, est terriblement chouinard et suffisant, mais au fond, c’est bien comme ça que sont les jeunes de cet âge dans la plupart des cas.

Les Montagnes Hallucinnées, H.P. Lovecraft

Les Montagnes Hallucinées, H.P. Lovecraft : un recueil de nouvelles ou l’auteur continue a exploiter son panthéon personnel de Grands Anciens, à travers une expédition dans l’Antarctique, qui lui permet d’expliquer les origines de ce « mythe » (« mythe » que lui même n’a jamais qualifié de mythe), et dans lesquelles il explore les méandres de la folie, sujet dont il est friand, et qu’il a côtoyé de près.

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Le Coup de Grâce/Le Crépuscule/Les Catacombes de Vienne/La Comtesse des Neiges, La Chronique des Immortels, Wolfgang Hohlbein : si le premier tome était prometteur (vampires, Inquisition, maladies mystérieuses qui rendent immortel), là, ça commence à se gâter. L’intrigue n’avance pratiquement plus, la quête d’Andrej pour obtenir des réponses à ses questions existentielles semble sans fin, il n’arrête pas de faire des mauvais choix et de s’en plaindre (alors que c’est plus souvent son acolyte Abou Doun qui en pâtit que lui), il se fait assommer toutes les 20 pages bon, sauf dans La Comtesse des Neiges… Oui, j’ai compté…), la seule raison qui me poussait à continuer, c’est la dynamique Andrej/Abou Doun, Mais comme j’approche des derniers tomes traduits, et que je n’ai pas envie d’acheter la suite, je m’arrête là.

Pourquoi a-t-il dit de ne pas s’inquiéter inutilement ? Quand il suffit de s’inquiéter utilement ?

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La Horde du Contrevent, Alain Damasio : phénomène inverse à L’Attrape-Coeur, celui là, on me l’a tellement vendu partout, tout le monde me disait à quel point que c’était bien que mes attentes étaient si hautes que le livre ne pouvait pas être à la hauteur. Trop de personnages, dont certains à peine exploités et dont on se débarrasse en un clin d’œil, une quête insensée et une narration complexe ont eu raison de moi. Les symboles au début de chaque chapitre, les chapitres sont plus des exercices de style que de fond. Sans parler du sexisme affiché des personnages masculins (encore heureux que les personnages féminins sont forts et complexes, parce que j’ai eu envie de balancer le bouquin plusieurs fois…) . Il parait qu’on aime ou qu’on déteste, je n’ai rencontré (ou lu) personne qui n’en parlait pas en terme dithyrambiques, et moi, si je n’ai pas détesté, j’en ai trop espéré, et à trop espérer, on est forcément déçu.

Bye Bye Blondie, Virginie Despentes : Gloria rencontre Erix alors qu’elle est interné en hopital psychiatrique. S’en suit une passion adolescente, destructrice, qui changera sa vie à jamais. 20 ans plus tard, ils se retrouvent, et tous les souvenirs remontent. Virginie Despentes reste dans le contexte qui lui est propre, le milieu punk rock, à Nancy, ville où elle a grandit. Les problématiques déjà soulevées dans King-Kong Théorie sont reprises, sous la forme d’une histoire d’amour entre une femme paumée, et son amoureux de quand elle avait 15 ans, devenu une star de la télé.

Naitre femmme, la pire des tares dans presque toutes les sociétés. Seul avantage : enfanter. Alors comme ça, accepter d’être une femme, c’était prendre des coups sans vouloirs les rendre.

Stardust, Neil Gaiman : il s’agit d’un conte pour enfant pour adulte (vous me suivez ? Parce que c’est pas le seul livre du genre dont je vais vous parler.), quelque part entre The Princess Bride, et Jonathan Strange et Mr Norell. Pas le meilleur Gaiman qui soit, mais tout de même plaisant.

Sweet Silver Blues, Glen Cook : un roman policier situé dans sur le Disque-Monde ou quelque chose comme ça. Honnêtement, j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire, et le tout me passait un peu au dessus de la tête. La faute à la liseuse, à la langue anglaise, au bruit dans le train, ou à la passoire que j’ai à la place du cerveau.

Among you humans, females are not permitted to assume the responsibilities of such a position as a career. Thus, the further implication that she mated to a man in such a position.

Nouvelles du Disque-Monde, Terry Pratchett : comme le dit le titre, un recueil de nouvelles, certaines très courtes, deux ou trois pages, d’autres plus longues, qui couvrent les personnages récurent du Disque-Monde, les sorcières, le guêt, etc. Le niveau entre les nouvelles est inégal, peut-être à cause de leurs longueurs inégales. Mais un bon moyen de se replonger un bref moment dans cet univers complètement barré.

Le Maître des Chrecques, Walter Moers : la suite indirecte de La Cité des Livres qui Rêvent, dans le sens ou ici, il ne s’agit pas de la suite des aventures de Hildegunst, mais d’un roman écrit par Hildegunst et traduit par Walter Moers (accusé par Hildegunst de zapper des paragraphes, et de ne pas être fidèle à son texte, un véritable scandale…), bon, un peu comme La Cité, mais pas en autobiographie. Le roman suit un mistigriffe, sorte de chat à deux foies qui peut communiquer avec tous les êtres vivants, lié par contrat au Maître des Chrecques de Sledwaya, ville la plus malade de toute la Zamonie, fait auquel le Maître, alchimiste de son état, n’est pas étranger. Celui-ci a besoin de graisse de mistigriffe pour achever le Perpetuum Mobile, et afin d’avoir de la graisse, quand on a qu’un mistigriffe décharné à disposition (le dernier de son expèce, de plus !), eh bien, il faut le nourrir. Ce qui n’empêche pas le chat à deux foies de tenter de s’échapper, avec des complices particuliers. Ce livre est un cran moins bien que La Cité, et je l’ai trouvé en jeunesse dans la médiathèque que je fréquente, alors qu’il est vendu, en Allemagne, du moins, comme un conte pour enfants pour adulte, mais la jeunesse compte bien plus d’âges que seulement les lecteurs de Oui-oui, fait que je dois sans cesse me rappeler, parce qu’il y a des injures et gros mots dans ce livre, certes, c’est inévitable d’entendre « Merde » dans la bouche de son enfant, mais c’est mieux si on n’a pas l’explication que « c’était écrit dans le livre que tu m’as pris, alors j’ai le droit de le dire ! ». Mais peut-être que je suis vieux-jeu.

Das Labyrinth der Träumenden Bücher, Walter Moers : La voici, la suite des aventures de Hildegunst ! Après s’être reposé sur ses lauriers après le succès de La Cité… et s’être fortement empaté, notre dinosaure reçoit un courrier. Comme son parrain Danzelot avant lui, un simple courrier suffit pour changer sa vie. Il retourne à Bouquinbourg pour la première fois en 200 ans (ça vit longtemps, ces bêtes là), et… Il visite la ville avec Inazea la Chrecque. Il va au thêatre et nous fait part de ses découvertes. Tout le livre raconte son retour à Bouquinbourg, mais il ne se passe pas grand chose. L’histoire ne démarre que dans le dernier chapitre, pour nous laisser sur un cliffhanger horrible, qui nous fait espérer une publication de la suite rapide. (Après vérification, elle paraitra en VO en octobre 2014…)

Demain les Chiens, Clifford D. Simak : que ce passerait-il si les Hommes laissaient la place aux chiens ? Que feraient-il du monde ? Ce recueil de nouvelles d’anticipation dresse un portrait défaitiste de l’Homme, incapable de se passer définitivement de violence. Chaque nouvelle s’accompagne d’une brève explication, du point de vue des Chiens. Pas la lecture la plus réjouissante de l’année, mais néanmoins, un livre édifiant, et qui a étonnamment bien vieilli (même si sa vision des années 90 est plus que fantaisiste.)

The Yellow Wallpaper, Charlotte Perkins Gilman : un recueil de nouvelles, encore (je n’en ai jamais lu autant en si peu de temps), d’une auteure majeure de la littérature américaine du XIXème siècle, féministe, ses écrits servent à transmettre ses convictions. La nouvelle éponyme décrit la folie grandissante d’une femme condamnée à l’oisiveté pour prétendument guérir sa dépression post-natale. Enfermée dans une pièce au papier peint jaune, interdite d’écriture, elle voit une femme prisonnière de ce papier. Femme qui n’est autre chose que la représentation de sa propre folie, enfermé dans une cage dorée (jaune, dorée, vous voyez, haha ?). Les autres nouvelles de ce roman œuvrent également à emanciper les femmes, a les épanouir dans ce qu’elles aiment faire, sans les rendre dépendantes de leurs maris/fils/gendres, à démontrer que les principales préoccupations futiles des femmes de l’époque ne sont que celles qui leurs sont autorisées, et ne sont pas celles auxquelles elles aspirent (également démontré dans une moindre mesure et dans un autre genre, dans Sans Parler du Chien, de Connie Willis). A lire pour tout ceux/lles qui sont sensibles à la cause féminine.

Entre-deux, Etats-Unis, Fantasy, La Femme Sauvage

Le Peuple des Rennes – Megan Lindholm

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Dans un univers désolé ou le froid et la nuit règnent en maîtres, une femme hors du commun, Tillu la guérisseuse, se bat pour protéger son fils, l’inquiétant Kerleu. Fuyant le chaman Carp qui désire lui voler son fils pour en faire son apprenti, elle s’installe loin des hommes, à l’écart, bien  décidée à aider son jeune Kerleu à devenir un homme. Jusqu’au jour où elle aperçoit deux chasseurs dans le vallon. La chasse tourne mal, l’un d’eux est blessé. Comprenant vite que sans son aide, il risque de mourir, Tillu n’a d’autres choix que d’aller le sauver et de les héberger pour la nuit. Elle apprend qu’ils appartiennent à une tribu, installée non loin de là : le peuple des rennes. Megan Lindholm, avec son immense talent, nous fait vivre, jusqu’au dénouement final, les aventures d’une mère et de son fils dans un univers primitif et hostile dominé par les hommes.

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Si Robin Hobb doit être l’une de mes auteurEs préférées, je n’avais jamais lu ce qu’elle a écrit sous son vrai nom. C’est en farfouillant dans un bac de livres d’occasions que j’ai trouvé le premier tome du Peuple des Rennes et que j’ai pu y remédier. Le livre a été écrit après L’Assassin Royal, livre avec lequel je l’ai découverte, et on y retrouve quelques thématiques similaires, évidentes même, notamment à l’aide du titre du deuxième tome : Le Frère du Loup. On y retrouve aussi certains thèmes récurrents d’un de ses romans les plus décriées : Le Soldat Chamane. Si Le Peuple des Rennes n’est pas son meilleur écrit, il est dans la continuité de ses œuvres à succès.

On y retrouve également la thématique de l’animal totem, avec lequel les personnages ont un lien surnaturel, et qui leur permet de se trouver eux-mêmes, voire de se libérer. En effet, presque chaque personnage à une personnalité que l’on peut rapprocher de celle d’un animal : du loup au glouton, en passant par la chouette.

Nous suivons Tillu, une guérisseuse qui tente tant bien que mal d’éduquer Kerleu, son fils atteint d’autisme, conçu lors d’un viol par des pilleurs d’une tribu ennemie. Kerleu, qui semble très réceptif à l’apprentissage de Carp, chamane d’une tribu à laquelle sa mère s’est jointe ; une tribu nomade aux mœurs misogynes et dont le guide spirituel, tel le gourou d’une secte, parasite leur existence. Afin d’en éloigner son fils influencé, elle fuit et s’isole, jusqu’à sa rencontre avec le peuple des rennes, où un homme en particulier est bienveillant envers elle et son étrange fils, et où les femmes semblent indépendantes et libres. En effet, elles n’ont pas besoin d’hommes pour marchander, elles ont des possessions propres, des troupeaux qui leurs appartiennent, indépendamment de leurs pères et maris. Maris qu’elles ont d’ailleurs le luxe de pouvoir choisir elles-mêmes. Mais, comme dans tous les livres de cette auteure, si c’était si simple, ce serait bien trop simple (et, avouons-le, pas super passionnant si le héros ne rencontrait pas de problèmes). Parce que malgré cette apparence idyllique, le machisme et le patriarcat s’immiscent dans la tribu et certaines femmes vont en souffrir bien plus que d’autres. De l’homme jaloux de ne pas avoir été choisi à la jeune fille mariée de force à un homme qu’elle ne respecte pas, la liberté diminue et la place des femmes recule au sein de ce peuple si pacifique.

Ce roman est classé dans la fantasy, sans doute à cause des pouvoirs des chamans, mais le cadre semble très proche des tribus nomades du Nord (Canada ou Sames de Scandinavie, je n’arrive pas à me décider, ou peut être Mongols de Sibérie. A cause des prénoms des membres du peuple des rennes, aux sonorités scandinaves ou finlandaises, et des descriptions physiques. Mais dans tous les cas, il y fait froid, et il y a des rennes, donc, on peut exclure l’hémisphère sud.)

La problématique liée à la place des femmes soulevée dans ce livre est toujours d’actualité, 9 ans après sa publication, ce qui en fait une œuvre universelle, et fascinante d’un point de vue féministe.

S’il fallait le comparer aux livres de Robin Hobb, il serait un poil en dessous de ses meilleurs sagas. Mais comme il est paru sous le nom de Megan Lindholm et que je n’ai jamais rien lu d’elle sous ce nom de plume là, la comparaison n’est pas vraiment valable. Dans tous les cas, il vaut la peine d’être lu, mais il ne faut pas s’attendre à une lecture aussi envoûtante que celles du Cycle des Anciens. (Bon, après, faut dire que L’Assassin Royal a été une claque monumentale pour moi, donc je place la barre très haut.)

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Morceaux choisis :

N’importe quel membre de notre groupe doit pouvoir se déplacer la nuit sans avoir peur. Le monde appartient à tous, dans la lumière et l’obscurité. Pour quelle raison quelqu’un aurait-il imaginé de dire : « Attention, […], la nuit est mortelle. »?

Une femme qui remet en cause la volonté d’un homme vit seule depuis trop longtemps. Elle en a oublié l’ordre du monde.

N’accomplis jamais pour une femme ce qu’elle peut faire elle-même. Sinon, il n’y aura plus rien qu’elle assume seule.

Allemagne, Fantasy, Youpi Tralala

La Cité des Livres qui Rêvent – Walter Moers

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Le récit fantastique, onirique et horrifique d’Hildegunst Taillemythes, jeune dragon et poète qui bravera tous les dangers des catacombes de Bouquinbourg, hantées par le Roi des ombres, pour retrouver l’auteur du manuscrit «parfait»…
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Walter Moers est le créateur d’un univers que j’adorais bien avant de lire ses livres. L’univers du capitaine Ours Bleu, qui passait dans l’émission de la Souris Souriante, que je regardais tous les dimanches quand j’étais petite. C’était avant que la version française ne soit diffusée sur Arte. Mais maintenant encore, quand je tombe dessus, je regarde. Parce que l’Ours Bleu, avec ses histoires de marin abracadabrantes, c’est sans doute le déclencheur de ma passion dévorante pour la littérature de l’imaginaire. Du coup, quand j’ai vu que les livres de Walter Moers étaient disponibles juste à côté de mon lieu de travail, j’y suis allée, j’ai regardé, j’ai embarqué.
Hildegunst Taillemythe : poète, auteur
La Cité des Livres qui rêvent ne parle pas de ce fameux ours, mais se passe dans le même monde, la Zamonie, où tout tourne autour des livres. Tout le monde écrit, tout le monde lit. Tout n’est que production écrite. Ce livre est raconté par Hildegunst Taillemythe (von Mythemetz, je l’ai lu en V.O. donc je pourrais pas vous traduire tous les noms, si je tente, il y aura beaucoup de chance que le vrai nom utilisé en V.F. soit différent, vous êtes donc prévenus), un dinosaure (j’ai cru pendant près de la moitié du bouquin que Hildegunst était un dinosaure femelle, à cause de « Hilde », vous voyez, il semblerait que non. Mais en fait, ça ne change strictement rien. Et puis, peut-être que ces dinosaures là sont assexués, hein.) qui vient de la « Lindwurmfeste », la forteresse des lindworms, reptiles souvent rencontrés dans les fables médiévales… Il semblerait que ce soit un nom savant pour désigner les dragons. Cette forteresse est peuplée de… gros reptiles (je vais dire ça, c’est plus simple, et les dinosaures et les dragons, on va se mettre d’accord sur le fait que ce sont des reptiles) (je sens que je vais battre mes records de parenthèses), gros reptiles, donc, qui se passionnent pour la poésie. Ils écrivent tous. Ils sont tous talentueux. Et beaucoup d’entre eux quittent la forteresse pour aller à Bouquinbourg, chercher un éditeur, afin d’être lus dans toute la Zamonie, parce qu’être reconnu chez soi, ça va bien un moment, mais le monde est plus vaste que ça.
Hildegunst, comme tous ses copains reptiles, a un « Dichtpate », un parrain de poésie*, qui va tenter de lui apprendre tout ce qu’il sait au sujet de la littérature. Ce parrain, c’est Danzelot von Silbendrechsler (Danzelot Tourneurdesyllabes*), qui, paradoxalement, n’a jamais écrit qu’un seul livre. Sur le jardinage. Parce qu’il était fasciné par le chou-fleur. Et un poème sur les états d’âme d’une armoire pleine de lunettes sales. Et pourtant, Danzelot est reconnu partout (sauf dans la forteresse), et reçoit régulièrement des demandes de conseils d’auteurs en devenir du continent entier. Une de ces demandes sera lourde de conséquences pour lui et pour Hildegunst, qui quittera le fief des lindworms pour aller à Bouquinbourg. De là, une aventure extraordinaire l’attend, dans les catacombes de la ville, ou des dangers plus grands les uns que les autres l’attendent.
La Zamonie est un continent peuplé de dinosaures (je crois l’avoir brièvement mentionné déjà), de cyclopes, d’asticots-requins* (Haimaden) obèses, de créatures anthropomorphiques, de harpyres* (croisement du vampire et de la harpie), de créatures dont la tâche est d’apprendre l’oeuvre complète d’un auteur par cœur (plus l’auteur est prolifique, plus la créature en question risque de mélanger les personnages, forcément), de chasseurs de livres (c’est comme des chasseurs de têtes, sauf qu’ils cherchent des livres précieux dans les catacombes), de livres à pattes, d’harpires, de géants, et autres créatures incroyables (si vous trouvez un Murch quelque part, envoyez-moi une photo). Les catacombes ressemblent aux étages les plus profonds de la grande bibliothèque de la série « Thursday Next » de Jasper Fforde, et le style d’écriture est semblable à un Terry Pratchett allemand. (Le mot précédent est le 666ème. Oui, ça mérite une parenthèse.)
Des antiquaires loufoques peuplent les rues de la ville, et les catacombes cachent un plus grand secret que Hildegunst ne le pensait. Je me doutais que je passerai un bon moment en lisant ce livre, mais le coup de cœur, lui, je ne l’ai pas vu venir. Lisez-le, lisez-le, lisez-le ! En plus, il est illustré par l’auteur (Walter, pas Hildegunst, hein, un dinosaure, ça a des trop petites pattes pour dessiner, voyons !) et vous noterez l’influence de Gustave Doré pour ce qui est du style « gravure ».
* traduction approximative, comme dit plus haut


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Je vous ai déjà dit que c’était vachement bien ?

Merci à Reika et à S. pour avoir corrigé mes fautes d’orthographe, de conjugaison, de frappe et de mots oubliés !

Fantasy, France, Historique, Youpi Tralala

Chien du heaume – Justine Niogret

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Chien du heaume, un surnom gagné au prix du sang et de la sueur par celle qui ne possède plus rien que sa hache, dont elle destine la lame à ceux qui lui ont pris son nom. Mais en attendant de pouvoir leur sortir les viscères, elle loue son bras et sa rage au plus offrant, guerrière parmi les guerriers, tueuse parmi les loups. De bien curieuses rencontres l’attendent au castel de Broe où l’hiver l’a cloitrée : Regehir, le forgeron à la gueule cassée, Iynge à la voix plus douce que les meurs, le chevalier Sanglier et sa cruelle épouse de dix printemps. Au terme de sa quête, Chien trouvera-t’elle la vengeance, la rédemption ou… autre chose ?

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Voici le genre de livre qui, dès le prologue, vous met une claque. Le genre de claque qui vous secoue jusqu’au tripes et vous laisse pantelant, cherchant votre souffle, et vous noie dans son ambiance particulière. (C’est aussi le genre de livre qui ne se laisse pas lire dans un train blindé de scolaires hurlants. Oui, ça sent le vécu.)

Chien du heaume est mercenaire. Son visage est couvert de crasse et couturé de cicatrices. A la recherche de son vrai nom, elle a adopté celui des camarades de bataille d’un jour lui ont donné. Elle évolue dans un monde qui semble peuplé d’enfants cruels, où les paysans maudissent leurs seigneurs qui auraient manqués à leurs devoirs, et où les dames tiennent leurs promesses jusque dans la mort. Sa quête est un récit initiatique, où la recherche du nom est aussi celle de soi-même. Les mythes et légendes évoqués dans ce livre distinguent le roman d’un roman de fantasy « pure », car, à défaut d’être réelles, elles sont populaires dans certaines parties d’Europe, ce qui permet, d’une part de situer le récit dans un monde qui est le notre, mais aussi dans une époque qui fût réelle. Il s’agit là d’un roman historique, médiéval, et non pas d’une saga de fantasy telle que les connaissons.

Chaque chapitre est une petite histoire en soi, ce qui m’a rappelé (attention, la référence de ouf…) Perceval ou le roman du Graal (que j’ai lu il y a 9 ans, mes souvenirs sont peut être un peu embrumés), ou le personnage poursuit sa quête en traversant diverses aventures indépendantes, avant d’arriver à son terme. Le langage « médiévisant » ajoute judicieusement à cette impression.

La narration oscille parfois entre un point de vue interne à Chien, à la 3ème personne, et celui d’un narrateur caché, voyeuriste, qui interpelle le lecteur lorsque le personnage principal est occupé, un peu comme une voix off. Dommage pourtant que ce gimmick n’aie pas été plus exploité, je dois avouer que la petite voix du maître de cérémonie invisible était un parti pris intéressant qui m’a un peu manqué sur la fin.

Je n’ai nulle honte de ce qu’ils appellent les bas instincts. Je mange, je pisse, je dors et je fais al culbute aux femmes, et si un dieu a été assez content de son oeuvre pour l’estimer finie, je ne saurais lui faire l’insulte de haïr mon corps. »

Certaines idées, comme les serpents, aiment à ramper sur le ventre et grouiller dans les coins sombres de la pensée. Il est plus facile de juger comme vous le faites que de combattre ; alors un jour viendra, je le présage, ou une femme ne pourra plus toucher un fer sans passer pour folle, et où elles tireront toute fierté de leur langueur. Il leur faudra un homme pour défendre leur honneur, et la chose sera si bel et bien rivetée à la tête des gens que, comme un clou dans sa planche de bois rincée par les pluies, on ne saura plus l’en faire sortir sans se faire saillir les muscles à en avoir mal.

Un roman médiéval loin des clichés du genre, où les femmes ne sont pas forcément des princesses, où les hommes ne sont pas forcément des brutes, et où un château sombre et froid devient le plus accueillant des refuges. Un premier roman prometteur, le deuxième m’attend déjà.

Et un glossaire final au style complétement différent et décalé, qui, pourtant, clôture bien le livre.

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Amérique(s), Entre-deux, Etats-Unis, Fantasy

Kushiel, tome 1 : La Marque – Jacqueline Carey

Bon, hein, faut pas se leurrer, la couverture fait un peu Harlequin bas de gamme
Bon, hein, faut pas se leurrer, la couverture fait un peu Harlequin bas de gamme

Faut dire que la couverture, comme ça, sans en avoir entendu avant, elle me parlait pas. Mais comme j’ai entendu beaucoup de bien de la série, j’me suis dit que j’allais tenter, au pire, si c’est mauvais ou ne me plait pas, ça me fera un article marrant. Bon, pour l’article marrant, ça le sera pas, parce que le livre est bien. Malgré la couverture avec une femme à poil (ça marche bien, ce genre de couverture, je crois), les rumeurs décrivant le truc comme érotique (ouais, c’est marrant à lire ses trucs là, mais ça me fait autant d’effet que Bob l’eponge. (Non, je ne suis pas épongeophile)) et mes a prioris découlant des premières impressions que j’ai pu avoir, j’ai dégotté le livre, l’ai placé sur ma liseuse (sinon, je vous aurait mis une photo avec Mr Mouton, mascotte officielle de mes lectures, qui a pris goût a poser, coincé dans mes livres), et je l’ai commencé, m’attendant à une lecture légère et facile, pour me remettre de mes émotions qui m’ont fait arreter la lecture des Frères Grossbart. Mais non, visiblement, la série Kushiel n’est pas une lecture facile, les tomes sont épais (il me semble, hein, ma liseuse disait qu’il faisait 1323 pages, Anobii, me dit qu’il en fait 700 et des poussières, bref, c’est pas un Nothomb qui se lit en une heure (d’ailleurs, il m’a fallu 17 heures pour le lire (oui, j’ai chronometré (non, en fait, le Kobo indique le temps de lecture de chaque livre))). L’épaisseur n’est d’ailleurs pas la seule chose qui me fait dire ça, vu que finalement, il s’agit d’intrigues de cour compliquées. (Par moment, je n’ai pas pu m’empêcher de penser à Angélique,  Marquise des Anges… Les livres, hein, pas les films… Comment ça, ma référence est nulle ? ><)

Bref, de quoi ça parle ? Terre D’Ange, un pays semblable à nos pays latins voue un culte à Elua et ses Compagnons, qui, eux, ont accompagné Yeshua jusqu’a sa crucifixion. Naamah et Kushiel sont deux de ses compagnons, Naamah a donné son corps pour Elua, et Kushiel punit au fouet.

Phèdre, l’héroïne, est la fille d’une servante de Naamah (vous vous doutez bien de son service, hein) et est marquée par Kushiel. Son oeil est orné d’une marque rouge sang, qui la désigne comme étant une anguissette, l’élue de Kushiel, condamnée à trouver son plaisir dans la souffrance. Elle est vendue par ses parents à une maison de la Cour de Nuit, le quartier des plaisirs charnels. A dix ans, elle est rachetée par son mentor, Anafiel Delaunay; qui lui enseigne l’espionnage, et compte bien se servir d’elle pour parvenir a remplir ses obscurs desseins.

Phèdre, en tant que première anguissette née depuis trois générations, à nombre de clients qui se satisfont de la souffrance qu’ils infligent. Donc oui, ce livre parle de sexe, mais jamais de manière crue ou vulgaire. Les descriptions des supplices infligés peuvent parfois aller à l’encontre des limites des personnes sensibles, mais ces passages restent rares, et souvent, sont eludés par la narration à la première personne (oui, parce que bon, quand on est inconscient, c’est rare qu’on puisse raconter ce qui se passe). Certains clients sont au centre d’une conspiration pour accèder au trône, et Phèdre devra utiliser ses talents pour déjouer le complot et s’assurer que l’héritier légitime puisse y accéder, tout en maudissant ses préférences et ses faiblesses liées à la marque de Kushiel présente dans son oeil.

Si l’histoire en elle même est fascinante, j’ai relevé un point qui m’a perturbé et qui est présent tout au long du livre. Terre D’Ange n’existe pas, et même s’il s’agit de « fantasy historique », j’ai regretté l’absence de culture originale et créee de toutes pièces. Car si les Skaldiques habitent à l’Est, tout en eux respire le Viking. Depuis le nom de leur peuple, skald signifiant poête ou héros de saga scandinave, leur alphabet, appelé Futhark, composé de runes, tout comme l’alphabet des anciens germaniques, dont chaque rune n’est pas seulement une lettre, mais également un symbole, jusqu’au nom des dieux, dont le dieu « en chef » est appelé Odhinn, selon l’orthographe en norrois, qui reprend les mêmes caractéristiques physiques (l’oeil en moins, les corbeaux, les loups). (Oui, la mythologie scandinave, c’est mon dada).

Futhark
Alphabet runique Futhark

Odhinn

Les autres peuples, Pictii et Cruithnes sont certainement fortement inspirés des Celtes ou d’autres peuples, mais soit leurs descriptions n’était pas assez précises, soit mes connaissances en la matière ne sont pas suffisantes pour relever les points communs. Mais je crois que j’aurait préféré que les choses soient claires et se passent dans un monde qui a existé, plutôt que de prendre des élèments historiques, changer les noms et les transvaser dans un monde imaginaire. Même la cartographie est calquée sur l’Europe.

Terre D'Ange - Cartographie
Terre D'Ange - Cartographie

Mais mon plaisir de lecture n’en a pas été réduit, ça m’a amusé de relever les éléments inspirés de choses réeles et de voir à quoi elles correspondaient.

Bref, ne vous fiez pas à la couverture et aux à priori sur l’histoire d’une prostituée, et lisez le si vous en avez l’occasion et le temps. Moi, en tout cas, je me suis fournie la suite.

Amérique(s), Etats-Unis, Fantasy, Youpi Tralala

A Dance with Dragons – George R.R. Martin

A Dance with Dragons - Georges R.R. Martin
A Song of Ice and Fire 5: A Dance with Dragons - Georges R.R. Martin

J’ai sauté dans un train en marche pour la série du Trône de Fer (fallait courir vite, je vous assure), j’ai commencé le premier tome en juillet,  et j’ai terminé le dernier mi-août. J’ai rattrapé mon retard, j’ai devoré tout les livres, et je vais parler du dernier, même si je devrais commencer par la début, parce que ma mémoire a tout melangé, et qu’il est plus frais.

Et puis surtout, une pensée m’a suivie pendant toute ma lecture, et quand j’ai vu cette phrase sur le forum de Westeros.org, j’ai su que je n’étais pas la seule :

Once he separates his consciousness from Nighteyes, Jon will be too busy plotting his revenge on Prince Regal to worry about the Others.

Voila voila. En tant que grande fan de L’Assassin Royal, que j’ai découvert sur le tard aussi, le lien des Stark avec leurs direwolf m’a fortement interpellé. Mais je ne parle pas de plagiait, hein, étant donné que les premiers tomes des deux séries ont été écrites en même temps et publiés la même année.

Sinon, je voulais vous parler du livre lui même. Le début recoupe les évènements du tome précédent, A Feast for Crows. Je ne comprend pas pourquoi Martin a décidé de séparer ses chapitres (qui étaient dejà écrits) par géographie plutôt que par chronologie, comme les tomes précédents.

Du coup, pendant les premiers chapitres, comme certaines choses ont été relatées par un autre personnage du début du livre précédent (que j’avais lu une semaine avant), je ne suis un peu ennuyée. Mais peut être que si on a attendu 6 ans entre ses deux livres comme les fans de la première heure, ce n’est pas choquant.

Attention, spoilers ! Je vais essayer de ne pas en faire trop pour ceux qui n’ont pas encore lu.

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Par exemple voir Jon annoncer à Vère et Sam qu’ils devront aller a Villevieille avec Mestre Aemon, alors qu’on avait vu la même scène du point de vue de Sam au début de A Feast for Crows. Mais ce début, même s’il peut faire doublon avec des évènements dejà connus nous permet de comprendre la facon dont Jon intègre ses nouvelles fonctions, et assimile un des derniers conseils du mestre avant son départ. On le voit passer du stade d’adolescent à celui d’homme accompli qui doit assumer ses choix, bons ou mauvais.

Certains personnages donnent l’impression de stagner pendant presque tout le livre, pendant la majorité des chapitres qui leurs sont dédiés, on a envie de leur donner des baffes en leur disant de se réveiller, et, de, bordel de merde, faire ce qu’ils ont à faire au lieu de fanstamer sur un corsaire à moustache bleue. Car non, Daenaerys n’a toujours pas débarqué à Westeros, on lui en offre même la possibilité et… Elle refuse… Elle préfère semer le chaos et jouer à la reine dans la baie des esclaves… Tout en se pâmant de désir pour un homme plus que discutable. Si jamais elle finit sur le Trône de Fer, elle va semer un bordel monstre, j’vous le dit !

D’autres personnages continuent dans leurs lancées, on suit l’apprentissage d’Arya, qui reste, malgré les règles auxquelles elle doit se plier, une Stark jusqu’au plus profond de son être. Bran, Hodor, Jojen et Meera continuent à s’aventurer au nord du Mur, à la poursuite de la corneille à trois yeux et des Enfants de la Forêt. Pour eux, l’histoire avance, mais à deux livres de la fin, on ne sait toujours pas ou ca va les mener, et comment ca peut bien s’intégrer dans ce jeu des trônes mortel. On découvre d’autres personnages, qu’on appréciait pas forcément au départ, on découvre leurs motivations, on apprend à les apprécier, ou a les hair.

Au lieu de clore certaines énigmes, d’autres naissent. Certaines prophéties donnent l’impression de se réaliser, mais seulement si on se triture le cerveau bien fort (The bleeding star, salt and smoke… To go West, you must go East… When the seas go dry…) Et comme d’habitude, le roman se termine sur un cliffhanger déprimant, surtout si on se rend compte que le livre suivant est à peine commencé et qu’il faudra encore des années avant d’enfin pouvoir le lire.

Fin des spoilers potentiels

En tout cas, A dance with Dragons est un livre introspectif et lent, sans évènement particulièrement marquant, sauf vers la fin, et qui nous laissent sur notre faim (haha !), loin de ceux de Storm of Swords ou A Game of Thrones, mais qui commence à poser les bases du dénouement final, tout en laissant ce dénouement complètement flou et imprévisible. Les personnages ne nous laissent toujours pas indifférents, et la force d’évocation de l’auteur est toujours là. Ce livre m’a un peu donné l’impression d’être l’oeil du cyclone, avant la tornade finale. Et c’est la dernière fois que je parle d’un livre qui est situé en plein milieu d’une saga. x.x

Sur ce, je m’en retourne me ronger les sangs sur le destin des enfants Stark et tenter de warger avec mon chat.

Et un teaser pour la série qui est très réussi :

Edit du 1.09.11 : en bonus, un débat sur GRRM. Est-il sexiste ou, au contraire, féministe, à voir ici :

Sur Tiger Beatdown, GRRM est un pervers pédophile et sexiste. (Ce serait presque crédible si elle ne donnait pas l’impression d’avoir tout lu en diagonale et d’avoir oublié tout ce qui arrive aux hommes dans les livres…)

Réponses  sur ThinkProgress et Boiled Leather.

Amérique(s), Etats-Unis, Fantasy, Youpi Tralala

Brave petit soldat

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Cette fois ci, j’ai décidé de vous parler d’un livre (j’en entends râler, là bas au fond, oui, encore un livre, la prochaine fois, ce sera un dessin, promis) que j’ai aimé, qui n’a pas eu que de bonnes critiques, et que j’ai décidé de défendre. Par contre, comme d’habitude, hein, si vous voulez le lire, revenez quand ce sera fait, ça va spoiler sévère entre temps ici.

En fait, il ne s’agit pas d’un livre, mais de trois (je précise pour les rebelles qui sont là et qui n’ont pas lus, hein, je sais qu’il y en a, ne vous cachez pas, rhooo), écrit par mon auteur préférée, Robin Hobb (d’ailleurs, je vous ai dit que je l’ai vue en vrai ? Et qu’elle m’a dédicacé un livre, hein, hein, hein ? Non ? Bon, ben, maintenant, c’est dit ! ^^). Il ne s’agit ni de L’Assassin Royal, ni des Aventuriers de la Mer, mais du Soldat Chamane. J’ai décidé de défendre ce pauvre Nevare/Jamère qui s’en est pris plein la gueule pendant trois livres et dont le récit a été fortement critiqué. Comme je les ai lus en anglais, j’utiliserais les noms anglais, pas parce que je suis une puriste, mais parce que je ne connais pas les noms français et que j’avais quand même la flemme de chercher. (En fait, c’est plutôt parce qu’Internet est tombé en rade et que, du coup, je ne peux pas chercher, mais le résultat est le même.)

J’adore cet auteur parce que sa manière d’écrire éveille toutes sortes d’émotions, que ses personnages sont humains, bien loin du héros parfait présent si souvent dans la fantasy, qu’aucun de ses protagoniste n’est parfait, sans défaut de caractère et que les univers qu’elle créée sont très complets, et qu’on a l’impression d’avoir encore plein de choses à découvrir en fermant ses livres. En tout cas, même en lisant le dernier tome de chaque saga, j’ai envie de continuer, je n’ai pas envie de quitter les personnages ni les lieux.

Cette saga ci, a, je pense, beaucoup souffert de la comparaison avec ses œuvres précédentes. Alors qu’elle est à mille lieues du Royaume des Anciens, qu’il n’y a pas d’Art, pas de Vif, pas de dragons, pas de navires doués de volonté propre, ni de Prophète Blanc pour mettre tout le monde dans la bonne voie. Nevare n’est pas Fitz, Lisana n’est pas un prophète, et, contrairement au bâtard royal des Six Duchés, Nevare est seul. Seul alors qu’il est deux. Bien sur, il y a des traits communs, après tout, tout sort de l’imagination de la même personne, mais c’est un tort d’espérer un Assassin Royal bis. Bref, tentons d’oublier les Loinvoyants pour le moment, et partons en Gernia, à la rencontre de la cavalla du roi Troven, de la famille Burvelle et des Specks.

Nevare, est le second fils d’un second fils, donc, le fils soldat d’un fils soldat. En Gernia, la situation sociale est déterminée par l’ordre de naissance. Le fils ainé hérite du titre de noble, le second part à la guerre et recouvre sa famille de gloire, quand au troisième, il entre au monastère pour, sans doute, prier que son frère ne meure pas sur le champ de bataille ou ne desserte pas, afin de garder l’honneur de la famille sauf. Le roi Troven a bousculé l’ordre des choses en décidant que les fils soldats de nobles ayant bien combattu contre les Plainspeople ont droit, eux aussi, au titre de noble. Pas seulement par bonté d’âme, mais pour assurer que les nouveaux nobles le soutiennent, face aux anciens nobles de plus en plus puissants. Il a l’ambition d’assimiler les tribus indigènes et de s’approprier leurs terres, afin d’atteindre la mer par l’Est et de commercer avec les peuples situés de ce coté là de la carte.

Nevare, en tant que fils soldat, doit entre à l’académie de la cavalla après son 18ème anniversaire, afin d’y apprendre tout ce qu’un bon gradé doit savoir. Mais avant, il suit son mentor, un sergeant, fort sympathique au demeurant, qui lui apprend la discipline, et qui lui est autant un père que son vrai père. Son vrai père qui décide un jour de mettre Nevare à l’épreuve en le confiant à un Kidona, un indigène vaincu par ses troupes. Nevare devra devenir un Kidona, dépasser ses limites physiques et mentales et vaincre un esprit de la forêt. Forcément, il échoue et une part de lui se retrouve prise en otage par cet esprit. Bien entendu, il ne s’en rend pas compte. S’il y a une chose qui m’a perturbé, c’est que je ne crois pas qu’il se soit rendu compte de la perte d’une partie de lui même ce jour là.

Vous l’aurez peut être compris, Le Soldat Chamane, contrairement à la fantasy « traditionnelle », ne se passe pas dans un monde médiéval européen, mais dans un monde semblable au Nouveau Monde, à la découverte d’un nouveau continent, et, aussi, au traitement des amérindiens. Les Plainspeople sont placés dans des barraques insalubres, les gerniens leur imposent leurs croyances de force, et les gerniens qui ont eu le mauvais goût de s’accoquiner avec ces sauvages sont considérés comme marginaux. Pourtant, tout au fil de la saga, les hommes de Gernia ont l’air d’avoir une certaine fascination pour ces femmes exotiques et tachetées (les Specks sont appelés les Specks à cause de leurs tâches, zébrures, motifs de peau).

Donc voilà, Nevare fête ses 18 ans, changé sans le savoir par sa rencontre avec Dewara, la sorcier Kidona, et part à l’académie, vers son glorieux futur tout tracé. Sauf que l’académie n’est pas la colonie de vacances imaginée, bien sûr, il savait qu’il devrait travailler dur, mais il ne s’attendait pas un rejet catégorique de lui et de ses camarades fils de soldats anoblits par les fils de nobles, Qui les considèrent comme des moins que rien. Alors qu’en y réfléchissant, ceux-ci semblent oublier qu’eux non plus n’auront pas de titres, le titre de noble revient au premier né, alors qu’eux auront le droit de servir de chair à canon pour l’honneur de leur patronyme. Leurs fils seront bizutés comme eux ont bizutés ces nouveaux nobles.

Les peuples nomades de ces livres ont une culture et une mythologie à part, non seulement de celle de Gernia, mais aussi entre eux. Le seul point commun est que le fer, matériau présent dans toutes les créations gerniennes, annule leurs magies et inflige une grande souffrance physique aux mages lorsqu’ils sont seulement en sa présence. Ses mages, pour utiliser cette magie, doivent la stocker en mangeant de la nourriture spécifique. Plus ils sont gros, plus ils sont puissants et reconnus. Ce qui est bien contraire à la vision gernienne de choses, pour qui le surpoids est synonyme de gloutonnerie et de paresse. A leur mort, les mages sont donnés à un arbre qu’ils ont choisis des années auparavant, qui les avale, et leur permet de rester vivant et de pouvoir communiquer leur sagesse avec les mages des générations suivantes. On retrouve cette image de l’arbre plus ancien que les hommes, révélateur des sagesses accumulées pendant des siècles dans nombre de légendes et mythologies, qu’il s’agisse des arbres sacrés des druides celtes ou des arbres sacrés présent dans les légendes amérindiennes.

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Cette adoration des arbres fait l’objet de querelles et des guerres entre les peuples « sauvages » et les gerniens. Mais ce n’est pas la seule source de conflit et d’incompréhension. La magie est rejetée par les gerniens, qui, même s’ils en voient les effets, sont persuadés qu’il s’agit de superstitions et qu’une fois ses peuples intégrés à leur culture, ils abandonneront leurs croyances. Le parallèle avec l’histoire des Etats-Unis n’est pas à faire, je pense que tout le monde l’aura compris. Le peuple des Specks et celui de Gernia ne se comprennent pas, pas même sur les conditions de leur querelles, ce qui est une simple épidémie pour les uns est une forme de guerre bactériologique accordée par la magie pour les autres (la bactérie tueuse venait de faire ses premières pages dans les journaux quand j’ai lu les passages sur l’épidémie de peste ravageant l’académie puis Widevale, la ville d’origine de Nevare). On peut même considérer cet aspect comme l’inverse du fait histoire, étant donné que de nombreux amérindiens sont morts suite à des épidémies de maladies apportées par les européens contre lesquelles ils n’étaient pas immunisés. Les Specks ont aussi des trains communs avec les Maoris, en effet, leurs marques ne sont pas naturelles comme le porte à penser le début des descriptions qu’en fait Nevare, mais sont une marque d’appartenance à une même famille, qui sont faites dès le plus jeune âge, à l’aide de cristaux et de boue. Et comment ignorer la danse de peur, semblable par le principe aux danses rituelles, présentes en Océanie, en Afrique, en Amérique, et même, croyez le ou nom, en Europe, au début du Christianisme, il y avait des danses rituelles aussi, mais qui m’a surtout fait penser à un rituel vaudou, de part l’expression des protagonistes et de la transe dans laquelle ils semblent être (après, le seul truc vaudou que j’ai vu, ça vient d’un vieux James Bond, hein).

Retournons chez Nevare et les gerniens. Nevare est un héros tragique qui lutte jusqu’au bout contre ce destin qu’il n’a pas voulu, qui le détourne du destin qu’il espérait avoir, et dont il ne maitrise rien. Il est déchiré par Lisana, l’esprit de l’arbre contre lequel il a lutté sous les ordres de Dewara, qui détache un morceau de lui qui restera avec elle et deviendra un mage, contrairement au morceau qui reste ancré dans son corps, qui remplit toutes les espoirs que son père a nourri pour lui et cherche à remplir tout les rêves qui l’ont bercé. Quand enfin, il retrouve ce pan de lui devenu mage, il le rejette, il deviendra une entité à part luttant contre le destin infligé par la magie et par Lisana. Il est condamné à devenir celui qui trahira sa patrie et sa famille, afin de sauver ce peuple dont il ignore tout et qui est menacé par l’avancé vers l’Est commanditée par ce roi auquel il a juré fidelité. Nevare souffre de sa dualité, de ces deux destins qu’il doit remplir, l’un au détriment de l’autre, et est déchiré par la trahison inéluctable de sa patrie et par ce qu’il adviendra des nomades s’il échoue. De plus, une fois les deux entités que sont Nevare et Soldier’s boy réunies dans un même corps, Nevare deviendra un contenant à magie, un homme énorme, rejeté par les siens à cause de son poids, et adoré par les Specks pour les mêmes raisons. Renié par son père, rejeté par sa promise, renvoyé de l’académie, il tentera malgré tout de devenir heureux, par lui même, dans sa dualité, avec sa magie. Mais la magie a des plans, Nevare est son instrument, il n’a pas le droit au bonheur tant que le destin prévu pour lui ne sera pas accompli. Le sort s’acharne contre lui et il manque de mourir trois fois. D’ailleurs, deux fois sur trois, il est réellement mort pour revenir ensuite.

Ce qui nous amène à un étrange personnage qui apparait peu, mais qui a un rôle décisif. Le dieu corbeau de la mort et l’équilibre. Orandula réclame à Nevare son dû. Une mort, ou une vie, pour compenser l’offrande qui lui avait faite que Nevare lui a reprise sans se douter des conséquences que cela impliquerait. Lorsqu’Orandula passe à l’action, il devient réellement le dieu de l’équilibre et est bien plus qu’un oiseau de malheur qui dépouille les charognes. (Je n’en dis pas plus, au cas où des gens auraient lu jusqu’ici sans avoir lu les livres, hein).

Il y a aussi des parallèles évidents entre le XIX siècle aux Etats-Unis et Gernia. La ville ou Nevare passe sa dernière année avant de rejoindre la forêt se nomme Gettys. Gettysburg est le lieu ou une bataille capitale de la guerre de Sécession s’est déroulée. La sœur de Nevare provoque une ruée vers l’or, qui dirige tous le monde vers… l’Ouest. Quand à la reine férue de spiritisme, eh bien, sachez que les premières séances de spiritisme à base de tables tournantes ont eu lieu en 1848 aux Etats-Unis, avant que la mode ne survienne en Europe, et plus précisément en France en 1853.

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Les critiques concernaient les longueurs du récit, mais chaque élément est nécessaire au développement de l’intrigue, des personnages.