Contemporain, Fantastique, Féminisme, Grande-Bretagne, Youpi Tralala

Les oiseaux et autres nouvelles – Daphné du Maurier

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The Birds and Other Stories

Editions : Livre de poche

ISBN : 978-2253099963

445 pages

Recueil de nouvelles, Les Oiseaux  met en scène différents milieux sociaux à la croisée des genres fantastique, policier, surnaturel… mais toujours pour mieux surprendre le lecteur en le terrifiant par une étrangeté issue du quotidien. Pour Henry James, et c’est aussi le cas dans ce recueil de la romancière, « les mystères les plus mystérieux [qui] sont à notre porte ». Chaque nouvelle s’ouvre sur un quotidien banal, minutieusement décrit pour s’enrayer aussitôt : dans « Mobile inconnu », Mary Farren se donne subitement la mort. Quel mobile est à l’origine de ce geste de cette femme à qui tout souriait ? Elle a fait un mariage au-dessus de sa condition, elle attend un enfant… Son mari engage un privé pour enquêter sur le passé de sa femme. La construction diabolique de cette nouvelle est digne des romans policiers victoriens !

 

Je n’avais jamais rien lu de Daphné du Maurier, tout en ignorant pas qu’elle a marqué son époque ainsi que la littérature au sens global. Rebecca est certes sur ma liste à lire, mais la seule chose que je connaissais d’elle, au sens large, était l’adaptation des Oiseaux par Hitchcock, film qui m’a profondément marqué lorsque j’étais jeune. C’est pourquoi je voulais lire la nouvelle qui l’avait inspiré, et j’ai lu les autres dans la foulée. A noter d’ailleurs que le titre d’origine mettait en lumière une autre nouvelle : la première du recueil, intitulée Le Pommier, et que la réédition a changé de nom, pour surfer sur la vague hitchcockienne. Et je dois dire que les Oiseaux est peut-être celle qui m’a laissé le plus indifférente.
 
Deux grandes thématiques se démarquent de ces nouvelles : le traumatisme des anglais par les attaques aériennes de la Seconde Guerre Mondiale, illustré par Les Oiseaux et Encore un baiser. Il est par ailleurs notable et dommage que le film aie perdu une part de son impact et la totalité de la symbolique en déplaçant l’action des Cornouailles vers la Californie.
 
Les autres nous parlent de la place des femmes en ce début de XXème siècle, entre charge mentale et indifférence conjugale dans Le Pommier, Une Seconde d’éternité, peut-être un peu prévisible (est-ce parce que d’autres s’en sont inspirés par la suite ? Parce que le ressort de l’intrigue est désormais éculé ?), où la narratrice place tous ses espoirs dans sa parfaite (?) fille de 7 ans, et Mobile inconnu, Intrigue policière sur le suicide d’une jeune femme, fraîchement mariée et enceinte de son époux dont elle est amoureuse (et réciproquement), écrasée par un secret qu’elle avait enfoui et le poids du qu’en dira-t’on ? et nous laisse imaginer la problématique du consentement dans les années 50 ainsi que l’hypocrisie de la religion par rapport aux femmes.
Elle nous a raconté que son père lui avait dit que c’était la plus grande disgrâce qui pouvait arriver à une fille, et elle n’y comprenait rien, disait-elle, parce que son père était pasteur et qu’il faisait toujours des sermons comme quoi ce qui était arrivé à la Vierge Marie était la plus belle chose du monde.
Le Petit Photographe, lui, nous dépeint une femme d’une autre trempe, contrairement aux autres, auxquelles on peut s’identifier, même si, comme les autres héroïnes, elle est victime de son époque et de son milieu. Une marquise magnifique, oisive et narcissique s’ennuie en vacances et décide d’avoir une aventure avec un petit photographe local qui s’avère encombrant. Pour s’en débarrasser, elle use de stratagèmes vicieux, tel le plus beau des pervers narcissiques. Difficile ici de lui trouver des excuses, elle semble avoir choisi elle-même son enfer personnel, contrairement aux autres. Mais heureusement qu’elle est belle, pense-t’elle.
Ces nouvelles nous dépeignent également plusieurs variantes de troubles mentaux, du stress post-traumatique, à la paranoïa en passant par les troubles obsessionnels compulsifs et l’histrionisme.
Le Vieux, lui, nous témoigne d’une famille étrange qui vit de l’autre côté du lac. Les parents s’aiment, et aimeraient bien revenir à leur vie sans enfants. Les placer ailleurs, en ville, semble une bonne solution. Il s’agit là d’une nouvelle à chute très efficace, j’en ai encore mal au coccyx d’ailleurs.

Les Oiseaux et autres nouvelles explorent la diversité des sentiments humains en 7 nouvelles efficaces, tous les personnages ne sont pas aimables, et même les personnages détestables (Madame la Marquise, c’est vous que je regarde !) ne le sont pas complètement, ils sont humains, mus par le désespoir et une plume résolument moderne. Les thématiques sont toujours d’actualité, d’ailleurs maintenant que la charge mentale fait partie des combats féministes, il est fascinant de voir que le sujet avait déjà été abordé (et complètement ignoré, la faute à la subtilité du propos ? Au narrateur masculin ?) au début des années 50, au moment ou la ménagère était mise en avant dans toutes les publicités, gardienne du Saint Foyer. Le suspens est parfaitement maitrisé (sauf peut-être pour la Seconde d’éternité, mais cette nouvelle a dû avoir énormément d’impact lors de sa parution, alors que maintenant, la conclusion fait un peu pétard mouillé), qu’il s’agisse du registre fantastique ou non.

Féminisme, France, Grande-Bretagne, Historique, La Femme Sauvage, Youpi Tralala

Un bûcher sous la neige – Susan Fletcher

Un bûcher sous la neige

Corrag

Editions : J’ai lu

Traductrice : Suzanne V. Mayoux

ISBN : 978-2290025253

475 pages

Au coeur de l’Ecosse du XVe siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, attend le bûcher. Dans le clair-obscur d’une prison putride, le révérend Charles Leslie, venu d’Irlande, l’interroge sur les massacres dont elle a été témoin. Mais, depuis sa geôle, la voix de Corrag s’élève au-dessus des légendes de sorcières et raconte les Highlands enneigés, les cascades où elle lave sa peau poussiéreuse. Jour après jour, la créature maudite s’efface. Et du coin de sa cellule émane une lumière, une grâce, qui vient semer le trouble dans l’esprit de Charles.

 

Est-ce que j’aurais seulement entendu parler (lu écrit ?) de ce livre sans Instagram ? C’est là que je l’ai vu, sur le fil de plusieurs personnes que je suis, chacune ne s’étant pas tarie d’éloges sur ce roman. Et comme je suis terriblement influençable, j’ai couru à la librairie me l’acheter.

J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, mais les circonstances de lecture n’étaient pas en ma faveur : plus de transport en commun pour aller travailler, ou alors un trajet de moins de 10 minutes, s’occuper d’un enfant en bas âge qui préfère qu’on lui lise les aventures du loup ou un imagier, pour tomber de sommeil au bout de deux pages le soir. Ce confinement dû au Covid-19 m’aura au moins permis de m’y plonger autant qu’il le mérite.

Le récit s’articule autour de deux monologues, celui de Corrag, prisonnière d’un cachot humide, attendant le bûcher, accusée de sorcellerie, qui témoigne de sa vie et des massacres dont elle a été témoin, à un pasteur, qui relate les dire de Corrag et son ressenti par voie épistolaire à son épouse, qui lui répond, mais dont on ne connaitra jamais la teneur des propos.

Corrag débute son histoire par sa naissance en Angleterre, et par expliquer comment le qualificatif de sorcière l’a toujours poursuivi, ce dès le berceau, pour finalement la mener dans une geôle au fin fond des Highlands. Le pasteur qui recueille son témoignage, aveuglé par sa foi et son avis plus que négatif au sujet des femmes indépendantes, revoit peu à peu son jugement, attendri par cette frêle jeune fille et raisonné par les propos de son épouse, qui semble voir au delà du sobriquet malheureux, et ce malgré son éloignement et le prisme déformant et déformé de son mari.

Ces plantes, Jane, comment dois-je les considérer ? J’ai toujours jugé qu’en user comme remèdes relevait de la sorcellerie. Néanmoins, elle a dit que si Dieu a créer les plantes, leurs vertus sont un présent de Dieu et n’ont donc rien de diabolique.

Un bûcher sous la neige est un roman historique, qui parle d’un sujet à la mode en ce moment, celui des sorcières, et le reprend également sous la même forme, c’est un roman écrit par une femme, qui parle d’une femme libre persécutée par la société, au ton résolument féministe, mais tout en subtilité, avec une grande finesse, qu’il s’agisse des idées sous-jacentes qu’au niveau des émotions transmises par les protagonistes. Pas de grands discours politiques qui ne seraient pas adaptés au contexte, mais un plaidoyer pour la liberté des individus, hommes et femmes, peu importe de la manière dont ils vivent et dont ils aiment.

Au sujet du mot « putain » : « C’est un mot qui sort de la crainte, toujours. Car seules les femmes à forte tête, au cœur sagace osent défier ces lois-là, je pense. Et tous les habitants de Thorneyburnbank craignaient Cora, car ils savaient qu’elle se connaissait et menait la vie qu’ils n’osaient pas mener, et les autres se demandaient peut-être tout au fond, avec le loup qui hurlait en eux, comment se serait de passer une nuit de pleine lune sur la lande, car leur loup à eux, ils le tenaient en cage à moitié mort. Alors Cora était la putain.

Comme mentionné plus haut, j’ai eu du mal à entrer dans le récit, mais une fois à l’intérieur, il m’a prise aux tripes, l’écriture est touchante et vivante, sa traduction l’est tout autant, on sent les toiles d’araignées de Corrag dans ses propres cheveux, on ressent sa liberté dans les highlands et on s’évade avec elle – car jamais ne sont décrit les lieux où elle se trouve lorsqu’elle parle au pasteur, sauf par le pasteur lui-même, dont les lettres sont bien moins évocatrices que le récit de la prisonnière – et on pleure, mon dieu que j’ai pleuré. Plusieurs fois. Comme une loque. Comme ça ne m’était arrivé qu’une seule et unique fois auparavant, en lisant un tome de l’Assassin Royal de Robin Hobb (TMTC). Le personnage de Corrag et sa philosophie de vie a tellement résonné en moi que je suis très heureuse de l’avoir lu, maintenant, et pas au moment où je l’ai acheté, moment où je serais passée peut-être à côté.

Je crois aux serments du cœur. C’est eux qui doivent guider notre vie, car avec un cœur muselé, quelle vie vaut la peine d’être vécue ? Aucune, à mon idée.

Ce n’a pas été une lecture facile, il a touché bien trop profondément certains points sensibles chez moi, mais le récit viscéral et à fleur de peau m’a fait partir loin en ces temps de confinement. Et je ne vous parlerai pas de la fin, sauf pour vous dire qu’elle est magnifique dans sa simplicité.

Et en plus, il semblerait ce que soit tiré d’une histoire vraie.

 

 

L’année et la décennie viennent de commencer, mais je tiens déjà l’un de mes livres favoris, dont la lecture aura été, je pense, aussi marquante que celle de Femmes qui courent avec les loups en son temps. D’ailleurs, la thématique profonde est similaire.

D’ailleurs, rien que d’écrire sur ce livre et d’y repenser, les larmes remontent, et pourtant, j’ai un cœur de pierre.

Les gens disaient  brigand, démon. Personne ne se souviendrait de lui comme d’un être humain faisait partie du monde, avec un cœurq qui battait. Un ami.

Et sinon, ça m’a donné envie de reprendre Outlander (la série), et bien, c’est moins bien quand même.

Féminisme, Musique

Chanson du Vendredi #50

Mais elle sait pas compter ?! Le dernier était le 48 ! Oui, mais le vrai dernier a été publié un autre jour et non numéroté, afin de rendre hommage à ma célébration favorite, celle qui me rappelle des souvenirs d’enfance, à base de chants et d’histoires.

Cette catégorie a été laissée à l’abandon bien trop longtemps. Et si elle renaissait de ses cendres, juste après l’équinoxe de printemps, comme de par hasard (non.) ?Ca me ferait sortir de mes sentiers battus, à toujours écouter les mêmes disques, et me forcerai à découvrir de nouvelles choses ?

Cette fois-ci, je reste sur mes plates-bandes, avec Myrkur, qui, elle, sort de ses sentiers battus, pour nous offrir un album de chansons folkoriques norvégiennes, après le black-metal auquel elle nous avait habitué. Ce n’est pas mon style de musique favoris, mais Myrkur fait partie des groupes que je préfère dans ce style, j’avais beaucoup aimé Mareridt. Et voici donc un extrait de Folkesange, qui nous fait passer de chants éthérés au kulning, sans aucune trace de chant écorché typique du style de ses premiers albums :

BD - Roman graphique, Entre-deux, Féminisme, France

Tant pis pour l’amour – Sophie Lambda

Tant pis pour l’amour

Editions : Delcourt

ISBN : 978-2-413-01986-2

248 pages

Tant pis pour l’amour nous plonge dans la véritable histoire d’amour de l’autrice. Avec humour, elle nous entraîne dans la spirale infernale d’une relation toxique avec un pervers narcissique et en propose les décryptages.

Quand Sophie rencontre Marcus, elle tombe amoureuse en 48h. Elle qui était si cynique en amour, cette fois, elle y croit. Sauf qu’il se révèle vite étrange. Sophie a alors besoin de comprendre ce qui ne va pas. Confronté à ses mensonges et ses incohérences, il a des réactions violentes, des excuses pour tout et arrive à se sortir de chaque impasse. Mais jusqu’à quand ? Sophie aime un manipulateur narcissique.

 

Le sujet du manipulateur semble à la mode, entre les articles sur la perversion narcissique, et les BDs sur le sujet, entre Fanny Vella (que je n’ai pas lu), et Sophie Lambda, et sans doute d’autres que j’ignore. Le terme pervers narcissique utilisé dans le texte de l’éditeur me semble d’ailleurs un peu mal venu et « putaclic », Sophie Lambda ne qualifie jamais son compagnon par ce mot, et elle explique pourquoi.

J’ai hésité à lire cette BD au début, de peur qu’elle ne réveille certains souvenirs douloureux. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai préféré l’emprunter à la médiathèque plutôt que l’acheter une fois la décision prise. Je ne suis pas persuadée que posséder un livre pareil dans ma bibliothèque de façon permanente soit la plus riche des idées.

Finalement, je l’ai lue, et j’ai bien aimé. Je me suis reconnue parfois, il faut dire que le manipulateur, peut importe son diagnostic précis, fonctionne toujours de la même manière, cette bête là n’étant pas très originale, mais pas tant que ça non plus, mon histoire à moi date, et les cicatrices ne démangent plus autant qu’auparavant.

Tant pis pour l’amour est l’histoire de l’auteur, qui a rencontré un manipulateur, terme générique qu’elle utilise car il englobe beaucoup de pathologies, et ne nécessite pas de diagnostic psy, contrairement au terme de pervers narcissique, de socio- ou psychopathe. Ce choix est d’ailleurs louable, le terme restant universel. Elle raconte sa descente aux enfers, de la rencontre idyllique au retournement de cerveau qui la fait douter de son propre équilibre mental, tout en semant les indices qu’elle a choisi d’ignorer (comme toutes les victimes, au final), pour terminer par son combat pour se reconstruire, en étant entourée, et elle montre aussi un bel exemple de sororité avec une autre victime de son amoureux.

Le récit est ponctué d’intervention de son ours en peluche, sorte de conscience lucide et de ressort humoristique et se clos par des conseils, profil de cibles du manipulateur afin de se déculpabiliser d’être tombée dans le panneau, adresses et associations, dans le but de venir en aide à d’autre victimes.

Le style du dessin est typique du style « blog BD girly », au trait arrondi et marqué, on aime ou on aime pas, je ne suis pas sûre que ce soit mon trait préféré, mais bon. De plus, j’ai un peu regretté le manque de subtilité des indices qui devraient faire tilt, avec parfois l’ajout de cases qui expliquent que « là, y’avait un truc qu’elle n’a pas compris mais aurait dû » que j’ai trouvée redondantes et inutiles. Mais elles peuvent sans doute avoir leur utilité pour expliquer à ceux qui ignorent le fonctionnement des personnalités toxiques le mécanisme interne à ceux « qui se font avoir ».

 

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J’appréhendais de lire Tant pis pour l’amour, à cause mon histoire personnelle, mais finalement, la lecture est plutôt bien passée. Sophie Lambda a eu le courage de raconter son histoire, et d’expliquer tous les mécanismes de prise au piège qui se mettent en place, pourquoi on « tombe dans le panneau », comment s’en sortir, et comment aider dans le cas d’un proche victime. Plus qu’une BD divertissante, je l’ai vue comme une BD didactique, au sujet important, parce que les violences conjugales ne sont pas toujours physiques, et pourquoi « elle ne l’a pas quitté ? ».

Bibliothèque, Essais, Féminisme, France, La Femme Sauvage, Youpi Tralala

Une histoire de l’allaitement – Didier Lett et Marie-France Morel

Editions : Editions de la Martinière

ISBN : 978-2732433820

160 pages

Une femme allaite son enfant… ce geste si simple, si universel, a suscité d’innombrables représentations picturales. Du culte d’Isis aux allégories nourricières, des Vierges à l’enfant aux mères montrées dans leur vie quotidienne, cette scène chargée d’émotion traverse toute l’histoire de l’art. Mais l’allaitement eut aussi une histoire contrastée, révélatrice de l’évolution de la place des bébés dans notre société. En retraçant la vie des mères et des nourrices d’autrefois, et en éclairant la signification des images sacrées, profanes et populaires de l’allaitement, cet essai magnifiquement illustré apporte une contribution particulièrement originale à l’histoire de la maternité.

Musée de Melun: La Charité romaine / Jules Lefebvre (1836-1911)

A une époque où les mères sont culpabilisées, et ce peu importe leur choix, Une Histoire de l’Allaitement retrace et analyse le regard porté sur ce geste ancestral, depuis les déesses nourricières à la propagande du biberon, en passant par les Vierges à l’enfant – ou Maria Lactans – et les représentations de la Charité Romaine. Une Histoire de l’allaitement nous parle de comment le corps des femmes a été représenté puis contrôlé, et comment l’opposition de la Nature à la Culture a coupé plusieurs générations de femmes de ce geste naturel si bien qu’aujourd’hui, les mères allaitantes doivent réapprendre, faute de modèle. Il mentionne les mythes sur le lait qui risquerait de devenir mauvais si la femme ne correspond pas à l’image de la femme convenable, et les fantasmes de l’Homme, qui serait jaloux de la fonction reproductrice et nourricière de la Femme porteuse de vie.

Isis allaitant Horus, Basse Époque (715 – 330 avant J.-C.), Antiquités égyptienne / Musées de Strasbourg / M. Bertola

Une Histoire de l’allaitement mentionne également la genèse des biberons, outils censés nous éloigner de l’animalité, la place de l’enfant, qui doit être dressé et régulé et ainsi préparé au monde du travail dès ses premiers jours de vie et nous rappelle que ce geste naturel et anodin est devenu politique, vecteur non seulement de domination masculine, mais aussi de domination de classe via les nourrices : issues de milieux pauvres, elles délaissaient leurs propres enfants pour nourrir la progéniture de citadins plus ou moins aisés. Souvent pour revenir au pays après le décès de leurs propres enfants, morts de malnutrition. Et si c’était les enfants citadins qui venaient à la campagne, la nourrice était scrutée par le curé du village qui se portait garant de sa vertu. Mais non de son hygiène.
Entre mythes sur le corps de la femme et réalités de l’hygiène des siècles passés, ce livre est édifiant sur la place de la femme et de l’enfant au sein de la société.

Un peu difficile à trouver (très cher en occasion), je l’ai trouvé à la médiathèque. C’est un sujet qui me fascine depuis quelques temps – bon, en gros, depuis que je suis mère – et il permet de voir que les mythes que les générations au dessus de nous peuvent nous dire sont culturels, liés à de la désinformation vieille de plusieurs siècles.

Les histoires de lait pas assez riche que peut parfois nous sortir le personnel médical (et pas seulement tata Janine qui a eu des enfants dans les années 50), ont été démentis seulement dans les années 80, et pourtant, je les ai encore entendues en 2018.
A mes yeux, c’est une lecture fascinante pour qui s’intéresse à la question du corps féminin et de sa représentation.
Il ne s’agit en aucun cas d’un manuel d’allaitement, aucun conseil ou jugement vous sera délivré.
Le seul point négatif que j’ai à soulever est que ce livre est malheureusement très centré sur notre monde occidental, voire même très franco-français, alors que sa couverture pouvait faire espérer une plus grande couverture géographique du sujet.

Si jamais le livre est introuvable, je vous renvoie vers les liens suivants :

Et si vous voulez voir l’entendue des ravages de la désinformation et de l’infantilisation de la mère allaitante, je vous renvoie vers la page Facebook : Paye ton allaitement.

Quelques statistiques :

  • Nourrissons allaités à la naissance en 2013 : 66 %
  • Nourrissons allaités à 11 semaines : 40 %
  • Nourrissons allaités à 6 mois : 18 %

Bibliothèque, Féminisme, France, Historique

Marquise des Anges

Une de mes premières héroînes littéraires, c’était Angélique, marquise des Anges, ne pouffez pas. Oubliez ces téléfilms éroto-kitschs qui n’ont fait que la desservir, la Marquise est bien plus qu’une courtisane échevelée.

C’était l’été 94 ou 95, je ne sais plus trop. Je passais quelques jours chez ma grand-mère, qui avait descendu du grenier de vieux livres qui avaient appartenus à ma mère et à ma tante pour combler mon ennui les jours de pluie. Entre quelques récits sur la vie des Saints, qui m’ont marquées d’une autre manière et Jane Eyre, dont les qualités n’ont pas besoin d’être défendues, il y avait ces vieux J’ai Lu, datant d’avant les ISBN, une peinture ornant la couverture, et une photo du couple ayant écrit cette saga qui ornait l’arrière. J’étais très certainement trop jeune pour lire ça, mais qu’importe ! C’est ainsi qu’a commencé une obsession qui a duré quelques années et m’a accompagné durant tout le collège : patiemment, j’ai fouillé les vides greniers et autres Emmaüs pour completer cette collection, c’est que les auteurs étaient profiliques et les aventures nombreuses. Finalement, ma passion fulgurante s’est étiolée pour ne devenir plus qu’une flammèche qui subsiste dans le fonds de mes amours littéraires une fois l’Atlantique traversé par mon héroïne.

Ceux qui ne la connaissent que par le biais de ces films ou elle apparraissait souvent dénudée et terriblement niaise ont une image bien ternie et faussée de cette icône féministe ignorée.

Si les films ont fait d’Angélique une femme certes libre sexuellement, moeurs des années 60 oblige, la censure de l’époque n’a permis que cette émancipation là, qu’il s’agisse des films ou des livres.

Il s’agit d’un personnage complexe, rebelle, loyal, qui est animé par bien plus de choses que simplement l’amour ou le sexe. Son amour pour les hommes ne fait pas d’elle une victime, elle n’a pas besoin d’eux pour vivre ni pour survivre.

Si cette série brille pour moi à cause de son personnage principal fort, elle est aussi admirable de part la justesse de son contexte historique, recherché par Serge Golon, tandis qu’Anne, son épouse, rédigeait l’intrigue. On est bien loin d’une bluette divertissante remplie d’inexactitudes destinée à ce public sous-estimé et stéréotypé qu’est « la ménagère de moins de 50 ans ». Malgré tout, la version originale souffre de la censure de l’époque : j’ai grandi en lisant cette même version originale, et j’ai eu l’occasion de lire un tome réécrit en 2009 par Anne Golon, selon ses souhaits originaux, l’an dernier : des épisodes dramatiques éludés dans la version originale (l’épidémie qui emporte sa petite soeur par exemple) sont désormais décrits dans toute leur horreur et leur violence, pour apporter encore plus de profondeur à ce personnage sous-estimé a mes yeux.

Au final, on retrouve un peu d’Angélique, Marquise des Anges dans la série Kushiel, de Jacqueline Carey : un personnage féminin fort, intelligent, sensible, et la réduire à sa « sensualité » serait une grave erreur.

Réduire Angélique aux téléfilms, c’est réduire Elisabeth d’Autriche à la Sissi de Romy Schneider.

Liens :

https://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20170717.OBS2175/anne-golon-a-jamais-angelique-j-ai-ete-spoliee-terriblement-spoliee.html

http://next.liberation.fr/culture/2017/07/16/anne-golon-femme-de-combat-comme-son-heroine-angelique_1584127

https://annegolon.wordpress.com/

Entre-deux, Etats-Unis, Fantasy, Féminisme, La Femme Sauvage

La Dilogie de Moirin

En fait, il s’agit d’une trilogie, mais je n’en ai lu que les deux premiers tomes. Après avoir dévoré les aventures de Phèdre, puis d’Imriel, que j’ai trouvées un cran en dessous, voici celles de Moirin, qui se déroulent un siècle après celles d’Imriel, en Alba. Le peuple des Maghuin Dhonn souffre toujours de sa malédiction, et vit isolé. Pourtant, la magie vit toujours en eux, dans une moindre mesure. Moirin est une enfant sauvage, qui vit avec sa mère dans la forêt, encore plus isolées que le reste de leur peuple. La légende de Phèdre continue à être contée, et l’héroïne de cette nouvelle série ne cesse de se comparer à cette figure devenue mythique. De ce fait, le lecteur ne peut s’empêcher de faire pareil…

Se retrouver en Alba est bien l’élément que j’ai préféré, ressentant plus d’affinités avec la mythologie « à la celte » qu’avec celle de Terre d’Ange, mais est-ce que cela suffit à atteindre la grandeur des aventures de la célèbre courtisane masochiste ?

Je dois avouer qu’au début, ce nouvel univers sauvage, loin de la sophistication d’Angeline m’a fait plaisir et emballée, puis, avec le recul, le soufflé est retombé. Au moment ou la Moirin sauvage et libre met les pieds en Terre d’Ange pour être civilisée. On quitte assez rapidement Alba, Moirin emporte au fond d’elle une boussole morale qu’ont tous les gens de son peuple que la grande Ourse a accueillis en son sein, ce qui limite assez sa marge d’erreur : quand elle doute, sa boussole lui dit quoi faire, pas d’erreur possible ou presque.

Un des éléments phares de cet univers est la prépondérance du sexe. Ici, pas de scènes S/M, ouf, tout le monde est consentant, tendre, aimant, le rapport de force dans l’acte charnel est quasi inexistant – dans les relations humaines, c’est autre chose, la manipulation par les sentiments reste assez présente – ce qui peut rendre les scènes de sexe fades, voire gratuites, alors que pour Phèdre, elles faisaient pleinement partie du jeu politique. Je regrette seulement que, comme chez Phèdre, l’héroïne soit bissexuelle plutôt que lesbienne, ce qui aurait pu rendre la devise d’Angeline « Aime comme tu l’entends » plus percutante et pertinente.

Le compagnon de Moirin souffre également de la comparaison avec ses prédécesseurs, là ou Josselin et Imriel étaient tiraillés et torturés, ici, pour le rendre plus mystérieux, l’auteur a choisi de le rendre mutique. En effet, pas besoin de développer un personnage en profondeur s’il ne dit jamais rien. De plus, la question de la véracité de leur attachement se pose tout du long, à cause de leur lien subi et imposé, comme toutes les choses liées à la boussole de Moirin.

Néanmoins, tout n’est pas à jeter, même avec le recul (j’ai lu ces deux livres il y a maintenant plusieurs mois) : on découvre plus en profondeur la carte de l’univers de Jacqueline Carey, on découvre des horizons plus lointains que ceux parcourus par Phèdre, et découvrir ces pays haut en couleurs est fort plaisant.

En conclusion, si les aventures de Phèdre m’ont fascinées, celles d’Imriel diverties, celles de Moirin m’ennuient quand même un peu, jusqu’à ce qu’elle retourne en Alba, si son destin est de revenir sur sa terre d’origine.

 

Canada, Entre-deux, Féminisme

La Servante Ecarlate – Margaret Atwood

the handmaid's tale

Margaret Atwood
Editions : Vintage Future Classics – Random house
ISBN : 9780099496953
336 pages

La Servante écarlate

The Republic of Gilead offers Offred only one function: to breed . If she deviates, she will, like dissenters, be hanged at the wall or sent out to die slowly of radiation sickness. But even a repressive state cannot obliterate desire – neither Offred’s nor that of the two men on which her future hangs.

 

Dans un futur peut-être proche, dans des lieux qui semblent familiers, l’Ordre a été restauré. L’Etat, avec le soutien de sa milice d’Anges noirs, applique à la lettre les préceptes d’un Evangile revisité. Dans cette société régie par l’oppression, sous couvert de protéger les femmes, la maternité est réservée à la caste des Servantes, tout de rouge vêtues. L’une d’elle raconte son quotidien de douleur, d’angoisse et de soumission. Son seul refuge, ce sont les souvenirs d’une vie révolue, d’un temps où elle était libre, où elle avait encore un nom. Une œuvre d’une grande force, qui se fait tour à tour pamphlet contre les fanatismes, apologie des droits de la femme et éloge du bonheur présent.

Ce roman se trouvait sur ma liste des livres à lire en une vie, alors quand je l’ai trouvé en librairie, je l’ai pris sans hésiter. Par contre, il lui a fallu un peu de temps pour sortir de la PAL, la preuve, la librairie en question a fermé entre temps (ne remuez pas le couteau dans la plaie, je ne m’en remettrai jamais !).

Une dystopie prophétique ?

Paru pour la première fois en 1985, il soulève des problèmes de société qui n’ont pas disparu ces trente dernières années, et est même prophétique par certains aspects. Il soulève en effet des problématiques féministes qui n’ont émergé aux yeux du grand public que ces deux dernières années, telles le harcèlement de rue et le « date rape », et semble annoncer également des évènements qui résonnent étrangement en notre époque pour le moins perturbée : les médecins pratiquant l’IVG sont pendus publiquement, tout comme les membres de religions « ennemies » (prêtres, pasteurs, etc) et les homosexuels, les femmes  fécondes sont voilées intégralement et « louées » aux puissants afin de servir d’incubateur, leurs enfants leur étant retirés à la seconde de leur naissance, les gens sont divisés en castes, et leurs noms leurs sont retirés, la lecture est interdite, etc.

Par ailleurs, on y retrouve un clin d’œil sémantique à d’autres dystopies antérieures, comme par exemple Un Bonheur Insoutenable/This Perfect Day d’Ira Levin : la différence entre « freedom from/libéré de » et « freedom to/libre de » est explicitement soulevée et remise en cause.

Le fil qui se déroule, ou presque

Le point de vue est celui d’Offred, une servante écarlate, de la couleur de son voile qui la cache au yeux des hommes. Le récit se déroule alors qu’elle vient de découvrir une issue éventuelle à son destin d’incubateur. Elle se souvient de sa vie d’avant, de la vie telle que nous la connaissons (les vêtements fluos des années 80 en plus) : les études, les sorties, la vie amoureuse, les séparations, les nouvelles rencontres, etc. Puis, un jour, d’un coup d’un seul, tout bascule, les femmes doivent rester à la maison, les femmes fécondes incuber pour les épouses stériles des puissants, le pays entre dans une guerre de religion contre le voisin, sa fuite vers le Canada échoue, le lavage de cerveau commence.

Un contexte peu explicite

Seulement, le point de vue d’Offred semble étriqué. On ne connais rien des raisons de cette guerre, de cet extrémisme qui semble si soudain. On ignore tout sur ces rayonnements qui semblent tuer à petit feu et sont une condamnation ultime. Le lecteur se retrouve un peu dans la position des générations futures de ce monde là : on ne sait pourquoi c’est comme ça, ça l’a toujours été, les souvenirs d’un monde différents sont loin et semblent bien fantaisistes.

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La Servante Écarlate est un livre malheureusement toujours actuel, qui mérite amplement sa place dans la bibliothèque idéale et aussi plusieurs lectures afin d’être appréhendé correctement et apprécié à sa juste valeur (même si j’ai une version annotée).

Entre-deux, Fantastique, Féminisme, Irlande, La Femme Sauvage

Roi du Matin Reine du Jour – Ian Mc Donald

Roi du Matin Reine du Jour de Ian McDonald

Ian Mc Donald
Editions : Denoël
ISBN : 978-220725981-8
504 pages

Emily Desmond, Jessica Caldwell, Enye MacColl, trois générations de femmes irlandaises, folles pour certains, sorcières pour d’autres. La première fréquente les lutins du bois de Bridestone quand son père, astronome, essaie de communiquer avec des extraterrestres qu’il imagine embarqués sur une comète. La seconde, jeune Dublinoise mythomane, se réfugie dans ses mensonges parce que la vérité est sans doute trop dure à supporter. Quant à Enye MacColl, katana à la main, elle mène un combat secret contre des monstres venus d’on ne sait où.

Creusant la même veine, âpre et magique, que La Forêt des Mythagos de Robert Holdstock, Roi du matin, reine du jour nous convie à un incroyable voyage dans l’histoire et la mythologie irlandaises.

Né en Angleterre, mais ayant presque toujours vécu en Irlande, lan McDonald est un des auteurs les plus en vue de ces dix dernières années. Ses deux derniers romans, d’une énorme ambition thématique et stylistique, ont été finalistes du prestigieux prix Hugo.

C’est un peu au hasard en me promenant parmi les rayons de la médiathèque que j’ai pris ce livre. Il était mis en avant sur un rayonnage, la couverture a attiré mon œil, il fallait que je le prenne. Comme ça, sans même avoir lu la quatrième de couverture. Bon, juste avant de le biper, je l’ai quand même lue. Au cas où. Trois générations de femmes, sorcières, folles, bingo, hop, j’emmène.

Le roman est articulé en quatre parties, qui diffèrent énormément de part leur forme. En effet, la première partie, consacrée à Emily Desmond, se déoule peu avant la Première Guerre Mondiale, se présente un peu comme Dracula de Bram Stocker, sous forme d’extraits de journal intime, de lettres, de coupures de presse. C’est justement cette forme là qui m’a toujours empêchée de terminer ma lecture du classique de la littérature vampirique. C’est donc avec appréhension que j’ai lu cette première partie, un peu hallucinée, entre adolescente qui voit des fées et père qui voit des petits hommes verts. La mise en place est lente, mais une fois l’action lancée, les aventures d’Emily se sont déroulées avec rythme et elles m’ont d’ailleurs semblées bien trop courtes.

S’en suit ensuite le récit de la thérapie de Jessica Caldwell, pendant les années 40, grossière, vulgaire et mythomane aux yeux de tous, même si ses histoires rocambolesques finissent toutes par avoir lieu. Les parties qui lui sont consacrées sont rédigées de manière plus conventionnelle, ici, pas de style épistolaire, mais un récit chronologique, carré, droit au but.

Ensuite, nous retrouvons Enye McColl, à la fin des années 80, plongée dans le monde des publicitaires, façon American Psycho, sauf qu’elle dégaine le katana et non la hache, et qu’elle débite plutôt des créatures étranges que des humains.

Le récit d’Enye est aussi chaotique par son contenu que par sa forme, les ellipses sont légions, et il m’a semblé difficile d’établir une chronologie avant d’arriver à la fin, moment ou tous les éléments du puzzle se mettent à leur place pour former une image cohérente.

Un livre qui regorge de femmes fortes et indépendantes (selon leur époque), qui évoque des thèmes forts tels que le viol, l’avortement et la sexualité, un style foisonnant, travaillé et complexe, et pourtant, il m’a manqué le petit truc en plus qui aurait fait de ce livre un coup de cœur.

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