Peau de Mille Bêtes – Stéphane Fert

Peau de Milles BêtesEditions : Delcourt

ISBN : 978-2756091723

120 pages

Belle est vraiment très belle et tous les garçons du village la désirent. Rebutée par la perspective d’un mariage qu’elle n’aurait pas choisi, elle s’enfuit pour se réfugier au plus profond de la forêt. Là, le roi Lucane va la recueillir… puis l’aimer à la folie. Une petite fille va naître de cette union, Ronce, dont la destinée va être profondément bouleversée par la disparition de sa mère…

 

J’ai pris cet album parce que je suis tombée sous le charme du trait de Stéphane Fert, dont vous pouvez aller découvrir le trait sur son tumblr. La couverture m’a subjuguée, et en plus, elle est douce au toucher (ben quoi ?). J’étais partie pour prendre une autre réécriture du même conte dont le dessin m’emballait moins, et comme les réécritures de contes de fées, c’est l’une de mes grandes passions dans la vie, je ne pouvais pas décemment sortir les mains vides en ne faisant aucun choix, et c’est celle-ci qui l’a emporté dans ma folle discussion éclair avec moi-même.

Peau d’âne est certainement l’un des contes les plus glauques qui aient jamais été écrits*. Pour preuve, même Disney n’a pas réussi a l’édulcorer pour en faire une adaptation. Il faut dire que ce conte n’est pas inoffensif en ce qui concerne la remise en question du patriarcat. Ici, pas de mère ou belle-mère à accuser de tous les maux, c’est bien le père le personnage malfaisant et incestueux, et nul moyen de le rendre sympathique sans toucher à l’intrigue. D’ailleurs, enfant, j’avais un livre de contes de Perrault ayant appartenu à ma mère, une fois assez grande pour lire seule, j’ai compris pourquoi elle avait toujours refusé de me lire les histoires avec les belles images. Ce conte-ci est celui que je sautais toujours, et je ne faisais plus qu’admirer les belles robes sur les illustrations.

Peau de Mille Bêtes est une réécriture du conte Peau d’Âne, avec des incursions de la version allemande Allerleirauh, et des éléments tirés d’autres contes comme le Roi Corbin ou la Belle et la Bête. La couverture est, par ailleurs, un très bel hommage au film Peau d’Âne de Jacques Demy.

La reine se meurt, le roi ne souhaite épouser en secondes noces qu’une femme qui serait au moins aussi belle que son épouse désormais décédée. Pas de bol, la seule qui lui arrive à la cheville, c’est sa fille. Qui ne veut pas l’épouser et qui est amoureuse de quelqu’un d’autre de toutes façons. Malédiction !

L’auteur décide de ne pas faire dans la subtilité dans l’approche moderne, progressiste, et, oserais-je dire, féministe ? du conte et même DES contes de manière générale, en critiquant de manière non voilée les critères posés par les rois et princes sur leurs prétendantes, afin d’ensuite cristalliser sur elles tous leurs désirs et fantasmes. Mais je part du principe que la subtilité n’est pas forcément utile partout. Rien ne vaut expliciter son propos immédiatement, plutôt que risquer des malentendus. Surtout dans ce contexte précis, où l’on aurait pu l’accuser de perpétuer le cliché de la jolie potiche.

Nous assistons à une espèce d’inversion des codes, avec un conte sombre, où l’on sait que le happy-end ne sera pas à base de « et ils se marièrent et vécurent heureux » (dans un lotissement, avec un garçon, une fille, un 4×4, un crédit sur 20 ans et un labrador, NDLR), ce qui serait bien un comble, étant donné que ce poncif, rendu désirable dans la vraie vie par notre société patriarcale et capitaliste est dénoncé également. Le roi est à la tête d’un royaume invisible, la fée marraine aime trop les chaudrons bloubloutants pour être réellement une fée, et puis, le baiser d’amour véritable qui, lui seul, peut délivrer d’une abominable malédiction, doit-il forcément être hétéro, voire même, cis ? Le couple est-il la seule planche de salut ? Que faire si les oiseaux ne nous coiffent pas le matin, mais font partie de ce que nous sommes ?

Malgré la noirceur ambiante, quelques touches d’humour bienvenues ponctuent la BD, afin d’alléger le propos et j’ai trouvé la conclusion qui concerne l’héroïne fort satisfaisante, parce que, justement, si éloignée du happy-end cliché, mais happy-end quand même.

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Un album très beau, aux dessins magnifiques. Néanmoins, j’aurais aimé que le propos aille plus loin – spoiler : que le prince devienne carrément une princesse pour de bon, soyons fous !  -, mais on ne peut pas tout avoir, et y trouver moins de fautes d’orthographe. Toutefois, j’ai bien envie de lire Morgane du même auteur maintenant !

Note : *Toutes proportions gardées, bien entendu, n’oublions pas de la Belle au Bois Dormant se fait violer pendant son sommeil pour faire se réveiller par l’un de ses enfants qui finit par ôter l’aiguille fichée dans son doigt.

 

L’oncle Silas – Sheridan Le Fanu

wp-1598436952663.jpgUncle Silas: A tale of Bartam-Haugh

Editions : Wordsworth

ISBN : 978-1840221718

418 pages

In Uncle Silas, Sheridan Le Fanu’s most celebrated novel, Maud Ruthyn, the young, naïve heroine, is plagued by Madame de la Rougierre from the moment the enigmatic older woman is hired as her governess. A liar, bully, and spy, when Madame leaves the house, she takes her dark secret with her. But when Maud is orphaned, she is sent to live with her Uncle Silas, her father’s mysterious brother and a man with a scandalous–even murderous–past. And, once again, she encounters Madame, whose sinister role in Maud’s destiny becomes all too clear.

With its subversion of reality and illusion, and its exploration of fear through the use of mystery and the supernatural, Uncle Silas shuns the conventions of traditional horror and delivers a chilling psychological thriller.

Dix ans et trois tentatives, voici ce qu’il m’a fallu pour venir à bout de ce livre. Pourtant, il n’est pas particulièrement long. Mais ce n’était pas encore son heure. Il aura fallu un confinement pour qu’elle arrive. Ce qui assez drôle, étant donné le sentiment d’oppression qui émane de ce livre, et qui m’a peut-être empêché, jusque là, de le terminer.

La première tentative était en français, puis j’ai dû rendre le livre. Comme je tenais particulièrement à le terminer pour des raisons qui me restent obscures, j’ai fini par l’acheter, dans feu la librairie anglophone de Strasbourg. Et il faut dire que ce n’était pas l’idée la plus… efficace pour en venir à bout. La langue étant loin de celle à laquelle je suis habituée, lisant pus de livres récents, dans un anglais propre et aseptisé. L’anglais de Sheridan Le Fanu est très propre aussi, mais l’argot de son époque, qu’il retranscrit très bien, est loin de celui dont j’ai l’habitude, et j’ai cherché longtemps, en vain, ce que « baint » pouvait bien signifier. De plus, il retranscrit également l’accent français de Madame de la Rougierre, ce qui a encore rendu ma lecture plus malaisée et l’a considérablement ralentie.

J’ai également rencontré un autre souci, j’ignore s’il vient de mon état de concentration générale à ce moment, de mon inattention aux détails, trop occupée à essayer de comprendre les mots, mais j’ai souvent eu l’impression de n’avoir que des brides d’informations, comme si j’avais sauté des pages entières, ou si j’avais oublié les 10 pages que je venais de lire. Alors, parfois, j’avais la foi et je recommencé ces 10 dernières pages, à la recherche de la clef qui me permettrait de comprendre ce qu’il se passait. Pour rester aussi bête qu’avant. J’avais l’impression constante que ce roman était entouré d’une brume cotonneuse qui m’empêchait de tout comprendre. J’ai mis ça sur le dos de la langue, de mon manque d’habitude à lire un anglais « daté », de ma lassitude face à certains passages très « jeune fille niaise », comme se décrit la narratrice elle même à l’heure des évènements du livre.

C’est finalement en refermant le livre et en méditant sur sa conclusion que j’ai compris que je n’avais rien raté. Nous suivons une narratrice qui vit l’histoire de l’intérieur. Elle est naïve, immature pour son âge et l’assume totalement. Nous n’avons que son point de vue. Elle se laisse balloter par les autres personnages et les évènements, est tenue à l’écart de toutes les décisions, un peu comme une poupée de chiffon, et ne se rend compte de rien avant le dénouement final, à quelques dizaines de pages de la fin, là où est concentrée toute l’action, tout le reste étant assez contemplatif. Les trous dans l’histoire, le mystère qui entoure son oncle et sa gouvernante, l’apparente incohérence des choix de ses antagonistes, ce sont ceux qu’elle-même à perçus, c’est ce qu’elle a vu. La narration n’a pas cherché a combler ses trous avec le recul -Maud nous parle de cet épisode plusieurs années plus tard-, pour plonger le lecteur dans le même brouillard qu’elle à l’époque. Ce qui est plutôt réussi et justifie totalement sa notoriété et sa place dans la Bibliothèque Idéale.

Par ailleurs, si , avec Carmilla, Le Fanu a été l’un des premiers a explorer le mythe du vampire, ici, il est l’un des premiers à exploiter le thème de la chambre close. On y retrouve également une héroïne ingénue, plusieurs personnages mystérieux, une secte étrange, et même quelques fausses pistes.

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Ce n’était clairement pas une lecture « facile », pour preuve le temps que j’ai mis à en venir à bout, autant du point de vue linguistique, que du point de vue contextuel ou textuel, mais je ne regrette absolument pas de l’avoir lu. J’ai failli le remiser définitivement, vers la page 100 et le mettre dans la boîte à livre à la première sortie autorisée et je suis bien contente de ne pas l’avoir fait et de m’être accrochée, acharnée, pourrait-on dire. Peut-être même… Que je le relirais, pour découvrir les indices qui mènent à la conclusion.

For my part, I really can’t see the advantage of being the weak sex if we are always to be as strong as our masculine neighbours.

L’été indien d’une paire de lunettes – A.E. Van Vogt

L'été indien d'une paire de lunettes - E.A. Van VogtIndian Summer of a Pair of Spectacles

Editions : J’ai lu

ISBN : 978-2277210573

Traduit par France-Marie Watkins

189 pages

En ces temps futurs, les femmes dominent tandis que les hommes obéissent. Les lunettes chimiques qu’il leur faut porter ont fait d’eux des êtres d’une parfaite soumission.
Or,, un matin, le très doux et distingué physicien Peter Grayson s’aperçoit que deux fines fêlures lézardent ses verres teintés de rose…
… et découvre les charmes de l’autorité, de la colère, remportant au passage quelques victoires charnelles oubliées depuis longtemps.
Bref bonheur : devenu homme dangereux, Grayson est convoqué au Q.G. des Utts, les maîtres occultes de l’Univers…

Je ne sais plus trop comment ce livre est arrivé dans ma PàL. J’ai le vague souvenir d’un stand du secours populaire à la gare, il y a 6 ou 7 ans. Je l’ai exhumé fin mai, j’ai lu sa quatrième de couverture, et j’ai légèrement pris peur. M’apprètais-je à lire une ôde misogyne ? Allais-je réussir à lire ce livre sans le déchirer, le brûler ni hurler ?

Alors, oui, et des fois, non.

La Terre est été assujettie aux Utt, espèce extra-terrestre qui, partant du postulat que All Men are Trash (en 1979, les gars !), a décidé de castrer psychiquement tous les hommes pubères. Ce postulat de base, exposé dès les débuts du livre, m’a fait prendre peur, pas parce que je n’adhère pas -je suis féministe, ne l’oublions pas-, mais parce que j’avais peur que ce constat soit démoli, que les femmes en prennent pour leur grade, et que tout le livre ne soit qu’un rêve éveillé pour incels en tout genre.

Spoiler : ce constat n’est jamais remis en cause, le personnage principal, lorsqu’il parvient à sortir de son état de castrat, se rends compte de la modification de ses pulsions et que sa nature profonde est fidèle aux reproches des Utts.

Alors attention, ce livre n’est pas féministe pour autant, il y a bien quelques clichés lourdingues sur les femmes ici et là : nous ne savons pas conduire, et nous sommes frigides une fois mariées, alors qu’avant, célibataires, ohlala, quelles chaudasses nous étions.

Mais ce que je craignais le plus, à savoir, une pluie de male tears et de critiques sur les femmes, ne s’est pas produit. Ce qui s’est produit, c’était une critique de… la Religion, des faiseurs de bien et de Rois autoproclamés.

Parce que les femmes ont tous les droits et tous les pouvoirs, sauf un, celui de se pencher sur les Sciences, ce qui est autorisés aux hommes, qui sont réduits à l’état de toutous myopes. Les critiques du livre que j’ai lues sur Goodreads imputaient cela à un fantasme misogyne de l’auteur. Je ne demande jusqu’où ils sont arrivés dans leur lecture, car la raison devient rapidement transparente et évidente : l’ignorance rend manipulable et les Faiseurs de Bien, même avec les meilleures intentions du monde, peuvent devenir rapidement des tyrans. Car les Utts l’ont bien vu, les hommes sont responsables de beaucoup de choses qui sont allées de travers dans l’histoire de l’Humanité, mais qu’en est-il des femmes ? Feraient-elles mieux ? On ne le saura jamais, car en les gardant dans l’ignorance totale d’évidences scientifiques, ils ont réussi à les maintenir sous leur coupe. Ici, ce ne sont pas les femmes au pouvoir non plus finalement. D’ailleurs, les employés de maison sont… des femmes. On ne renverse pas tout un système en un claquement de doigts.

Alors, est-ce que ce livre est misogyne ? Il contient des clichés de genre bien énervants, mais il a 40 ans ! Parlez-donc à vos pères, oncles, voisins, il y en aura bien qui partageront encore aujourd’hui cette vision des choses, alors à l’époque… Mais il remet aussi les pendules à l’heure en ce qui concerne les pulsions irrépressibles des hommes, il y a 40 ans : certainement peu d’hommes se rendaient compte que les femmes acceptaient certaines choses par peur. Dans L’été indien d’une paie de lunettes, c’est exprimé clairement, sans faux semblants. Il mentionne aussi – rapidement, soit – l’image du vieil homme et de la jeune femme, mettant en avant le contraste entre leurs corps, leurs attentes, et leurs performances.

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En conclusion, ce n’était pas la lecture de l’année, c’était moins pire que ce à quoi je m’attendais d’un point de vue idéologique, et assez intéressant à mettre en parallèle avec les problématiques militantes du XXIème siècle.

En contrepartie, le discours manque cruellement de subtilité et de nuances, et le style, à moins que ce ne soit la traduction ? Est un peu pataud lourdingue. Mais je n’ai jamais lu de SF spécifiquement pour ses qualités stylistiques. Et l’auteur n’est d’ailleurs pas reconnu pour son talent dans ce domaine précis.

Mais aurais-je apprécié différemment ce livre sans le prisme féministe ? Mmmmh.

L’histoire humaine pré-Utt racontait que les hommes avaient profité sans pitié de leur plus grande force physique pour subjuguer et contrôler les femmes. Et c’était à cette menace que les femmes réagissaient.

Les oiseaux et autres nouvelles – Daphné du Maurier

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The Birds and Other Stories

Editions : Livre de poche

ISBN : 978-2253099963

445 pages

Recueil de nouvelles, Les Oiseaux  met en scène différents milieux sociaux à la croisée des genres fantastique, policier, surnaturel… mais toujours pour mieux surprendre le lecteur en le terrifiant par une étrangeté issue du quotidien. Pour Henry James, et c’est aussi le cas dans ce recueil de la romancière, « les mystères les plus mystérieux [qui] sont à notre porte ». Chaque nouvelle s’ouvre sur un quotidien banal, minutieusement décrit pour s’enrayer aussitôt : dans « Mobile inconnu », Mary Farren se donne subitement la mort. Quel mobile est à l’origine de ce geste de cette femme à qui tout souriait ? Elle a fait un mariage au-dessus de sa condition, elle attend un enfant… Son mari engage un privé pour enquêter sur le passé de sa femme. La construction diabolique de cette nouvelle est digne des romans policiers victoriens !

 

Je n’avais jamais rien lu de Daphné du Maurier, tout en ignorant pas qu’elle a marqué son époque ainsi que la littérature au sens global. Rebecca est certes sur ma liste à lire, mais la seule chose que je connaissais d’elle, au sens large, était l’adaptation des Oiseaux par Hitchcock, film qui m’a profondément marqué lorsque j’étais jeune. C’est pourquoi je voulais lire la nouvelle qui l’avait inspiré, et j’ai lu les autres dans la foulée. A noter d’ailleurs que le titre d’origine mettait en lumière une autre nouvelle : la première du recueil, intitulée Le Pommier, et que la réédition a changé de nom, pour surfer sur la vague hitchcockienne. Et je dois dire que les Oiseaux est peut-être celle qui m’a laissé le plus indifférente.
 
Deux grandes thématiques se démarquent de ces nouvelles : le traumatisme des anglais par les attaques aériennes de la Seconde Guerre Mondiale, illustré par Les Oiseaux et Encore un baiser. Il est par ailleurs notable et dommage que le film aie perdu une part de son impact et la totalité de la symbolique en déplaçant l’action des Cornouailles vers la Californie.
 
Les autres nous parlent de la place des femmes en ce début de XXème siècle, entre charge mentale et indifférence conjugale dans Le Pommier, Une Seconde d’éternité, peut-être un peu prévisible (est-ce parce que d’autres s’en sont inspirés par la suite ? Parce que le ressort de l’intrigue est désormais éculé ?), où la narratrice place tous ses espoirs dans sa parfaite (?) fille de 7 ans, et Mobile inconnu, Intrigue policière sur le suicide d’une jeune femme, fraîchement mariée et enceinte de son époux dont elle est amoureuse (et réciproquement), écrasée par un secret qu’elle avait enfoui et le poids du qu’en dira-t’on ? et nous laisse imaginer la problématique du consentement dans les années 50 ainsi que l’hypocrisie de la religion par rapport aux femmes.
Elle nous a raconté que son père lui avait dit que c’était la plus grande disgrâce qui pouvait arriver à une fille, et elle n’y comprenait rien, disait-elle, parce que son père était pasteur et qu’il faisait toujours des sermons comme quoi ce qui était arrivé à la Vierge Marie était la plus belle chose du monde.
Le Petit Photographe, lui, nous dépeint une femme d’une autre trempe, contrairement aux autres, auxquelles on peut s’identifier, même si, comme les autres héroïnes, elle est victime de son époque et de son milieu. Une marquise magnifique, oisive et narcissique s’ennuie en vacances et décide d’avoir une aventure avec un petit photographe local qui s’avère encombrant. Pour s’en débarrasser, elle use de stratagèmes vicieux, tel le plus beau des pervers narcissiques. Difficile ici de lui trouver des excuses, elle semble avoir choisi elle-même son enfer personnel, contrairement aux autres. Mais heureusement qu’elle est belle, pense-t’elle.
Ces nouvelles nous dépeignent également plusieurs variantes de troubles mentaux, du stress post-traumatique, à la paranoïa en passant par les troubles obsessionnels compulsifs et l’histrionisme.
Le Vieux, lui, nous témoigne d’une famille étrange qui vit de l’autre côté du lac. Les parents s’aiment, et aimeraient bien revenir à leur vie sans enfants. Les placer ailleurs, en ville, semble une bonne solution. Il s’agit là d’une nouvelle à chute très efficace, j’en ai encore mal au coccyx d’ailleurs.

Les Oiseaux et autres nouvelles explorent la diversité des sentiments humains en 7 nouvelles efficaces, tous les personnages ne sont pas aimables, et même les personnages détestables (Madame la Marquise, c’est vous que je regarde !) ne le sont pas complètement, ils sont humains, mus par le désespoir et une plume résolument moderne. Les thématiques sont toujours d’actualité, d’ailleurs maintenant que la charge mentale fait partie des combats féministes, il est fascinant de voir que le sujet avait déjà été abordé (et complètement ignoré, la faute à la subtilité du propos ? Au narrateur masculin ?) au début des années 50, au moment ou la ménagère était mise en avant dans toutes les publicités, gardienne du Saint Foyer. Le suspens est parfaitement maitrisé (sauf peut-être pour la Seconde d’éternité, mais cette nouvelle a dû avoir énormément d’impact lors de sa parution, alors que maintenant, la conclusion fait un peu pétard mouillé), qu’il s’agisse du registre fantastique ou non.

Un bûcher sous la neige – Susan Fletcher

Un bûcher sous la neige

Corrag

Editions : J’ai lu

Traductrice : Suzanne V. Mayoux

ISBN : 978-2290025253

475 pages

Au coeur de l’Ecosse du XVe siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie, attend le bûcher. Dans le clair-obscur d’une prison putride, le révérend Charles Leslie, venu d’Irlande, l’interroge sur les massacres dont elle a été témoin. Mais, depuis sa geôle, la voix de Corrag s’élève au-dessus des légendes de sorcières et raconte les Highlands enneigés, les cascades où elle lave sa peau poussiéreuse. Jour après jour, la créature maudite s’efface. Et du coin de sa cellule émane une lumière, une grâce, qui vient semer le trouble dans l’esprit de Charles.

 

Est-ce que j’aurais seulement entendu parler (lu écrit ?) de ce livre sans Instagram ? C’est là que je l’ai vu, sur le fil de plusieurs personnes que je suis, chacune ne s’étant pas tarie d’éloges sur ce roman. Et comme je suis terriblement influençable, j’ai couru à la librairie me l’acheter.

J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire, mais les circonstances de lecture n’étaient pas en ma faveur : plus de transport en commun pour aller travailler, ou alors un trajet de moins de 10 minutes, s’occuper d’un enfant en bas âge qui préfère qu’on lui lise les aventures du loup ou un imagier, pour tomber de sommeil au bout de deux pages le soir. Ce confinement dû au Covid-19 m’aura au moins permis de m’y plonger autant qu’il le mérite.

Le récit s’articule autour de deux monologues, celui de Corrag, prisonnière d’un cachot humide, attendant le bûcher, accusée de sorcellerie, qui témoigne de sa vie et des massacres dont elle a été témoin, à un pasteur, qui relate les dire de Corrag et son ressenti par voie épistolaire à son épouse, qui lui répond, mais dont on ne connaitra jamais la teneur des propos.

Corrag débute son histoire par sa naissance en Angleterre, et par expliquer comment le qualificatif de sorcière l’a toujours poursuivi, ce dès le berceau, pour finalement la mener dans une geôle au fin fond des Highlands. Le pasteur qui recueille son témoignage, aveuglé par sa foi et son avis plus que négatif au sujet des femmes indépendantes, revoit peu à peu son jugement, attendri par cette frêle jeune fille et raisonné par les propos de son épouse, qui semble voir au delà du sobriquet malheureux, et ce malgré son éloignement et le prisme déformant et déformé de son mari.

Ces plantes, Jane, comment dois-je les considérer ? J’ai toujours jugé qu’en user comme remèdes relevait de la sorcellerie. Néanmoins, elle a dit que si Dieu a créer les plantes, leurs vertus sont un présent de Dieu et n’ont donc rien de diabolique.

Un bûcher sous la neige est un roman historique, qui parle d’un sujet à la mode en ce moment, celui des sorcières, et le reprend également sous la même forme, c’est un roman écrit par une femme, qui parle d’une femme libre persécutée par la société, au ton résolument féministe, mais tout en subtilité, avec une grande finesse, qu’il s’agisse des idées sous-jacentes qu’au niveau des émotions transmises par les protagonistes. Pas de grands discours politiques qui ne seraient pas adaptés au contexte, mais un plaidoyer pour la liberté des individus, hommes et femmes, peu importe de la manière dont ils vivent et dont ils aiment.

Au sujet du mot « putain » : « C’est un mot qui sort de la crainte, toujours. Car seules les femmes à forte tête, au cœur sagace osent défier ces lois-là, je pense. Et tous les habitants de Thorneyburnbank craignaient Cora, car ils savaient qu’elle se connaissait et menait la vie qu’ils n’osaient pas mener, et les autres se demandaient peut-être tout au fond, avec le loup qui hurlait en eux, comment se serait de passer une nuit de pleine lune sur la lande, car leur loup à eux, ils le tenaient en cage à moitié mort. Alors Cora était la putain.

Comme mentionné plus haut, j’ai eu du mal à entrer dans le récit, mais une fois à l’intérieur, il m’a prise aux tripes, l’écriture est touchante et vivante, sa traduction l’est tout autant, on sent les toiles d’araignées de Corrag dans ses propres cheveux, on ressent sa liberté dans les highlands et on s’évade avec elle – car jamais ne sont décrit les lieux où elle se trouve lorsqu’elle parle au pasteur, sauf par le pasteur lui-même, dont les lettres sont bien moins évocatrices que le récit de la prisonnière – et on pleure, mon dieu que j’ai pleuré. Plusieurs fois. Comme une loque. Comme ça ne m’était arrivé qu’une seule et unique fois auparavant, en lisant un tome de l’Assassin Royal de Robin Hobb (TMTC). Le personnage de Corrag et sa philosophie de vie a tellement résonné en moi que je suis très heureuse de l’avoir lu, maintenant, et pas au moment où je l’ai acheté, moment où je serais passée peut-être à côté.

Je crois aux serments du cœur. C’est eux qui doivent guider notre vie, car avec un cœur muselé, quelle vie vaut la peine d’être vécue ? Aucune, à mon idée.

Ce n’a pas été une lecture facile, il a touché bien trop profondément certains points sensibles chez moi, mais le récit viscéral et à fleur de peau m’a fait partir loin en ces temps de confinement. Et je ne vous parlerai pas de la fin, sauf pour vous dire qu’elle est magnifique dans sa simplicité.

Et en plus, il semblerait ce que soit tiré d’une histoire vraie.

 

 

L’année et la décennie viennent de commencer, mais je tiens déjà l’un de mes livres favoris, dont la lecture aura été, je pense, aussi marquante que celle de Femmes qui courent avec les loups en son temps. D’ailleurs, la thématique profonde est similaire.

D’ailleurs, rien que d’écrire sur ce livre et d’y repenser, les larmes remontent, et pourtant, j’ai un cœur de pierre.

Les gens disaient  brigand, démon. Personne ne se souviendrait de lui comme d’un être humain faisait partie du monde, avec un cœurq qui battait. Un ami.

Et sinon, ça m’a donné envie de reprendre Outlander (la série), et bien, c’est moins bien quand même.

Chanson du Vendredi #50

Mais elle sait pas compter ?! Le dernier était le 48 ! Oui, mais le vrai dernier a été publié un autre jour et non numéroté, afin de rendre hommage à ma célébration favorite, celle qui me rappelle des souvenirs d’enfance, à base de chants et d’histoires.

Cette catégorie a été laissée à l’abandon bien trop longtemps. Et si elle renaissait de ses cendres, juste après l’équinoxe de printemps, comme de par hasard (non.) ?Ca me ferait sortir de mes sentiers battus, à toujours écouter les mêmes disques, et me forcerai à découvrir de nouvelles choses ?

Cette fois-ci, je reste sur mes plates-bandes, avec Myrkur, qui, elle, sort de ses sentiers battus, pour nous offrir un album de chansons folkoriques norvégiennes, après le black-metal auquel elle nous avait habitué. Ce n’est pas mon style de musique favoris, mais Myrkur fait partie des groupes que je préfère dans ce style, j’avais beaucoup aimé Mareridt. Et voici donc un extrait de Folkesange, qui nous fait passer de chants éthérés au kulning, sans aucune trace de chant écorché typique du style de ses premiers albums :

Tant pis pour l’amour – Sophie Lambda

Tant pis pour l’amour

Editions : Delcourt

ISBN : 978-2-413-01986-2

248 pages

Tant pis pour l’amour nous plonge dans la véritable histoire d’amour de l’autrice. Avec humour, elle nous entraîne dans la spirale infernale d’une relation toxique avec un pervers narcissique et en propose les décryptages.

Quand Sophie rencontre Marcus, elle tombe amoureuse en 48h. Elle qui était si cynique en amour, cette fois, elle y croit. Sauf qu’il se révèle vite étrange. Sophie a alors besoin de comprendre ce qui ne va pas. Confronté à ses mensonges et ses incohérences, il a des réactions violentes, des excuses pour tout et arrive à se sortir de chaque impasse. Mais jusqu’à quand ? Sophie aime un manipulateur narcissique.

 

Le sujet du manipulateur semble à la mode, entre les articles sur la perversion narcissique, et les BDs sur le sujet, entre Fanny Vella (que je n’ai pas lu), et Sophie Lambda, et sans doute d’autres que j’ignore. Le terme pervers narcissique utilisé dans le texte de l’éditeur me semble d’ailleurs un peu mal venu et « putaclic », Sophie Lambda ne qualifie jamais son compagnon par ce mot, et elle explique pourquoi.

J’ai hésité à lire cette BD au début, de peur qu’elle ne réveille certains souvenirs douloureux. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai préféré l’emprunter à la médiathèque plutôt que l’acheter une fois la décision prise. Je ne suis pas persuadée que posséder un livre pareil dans ma bibliothèque de façon permanente soit la plus riche des idées.

Finalement, je l’ai lue, et j’ai bien aimé. Je me suis reconnue parfois, il faut dire que le manipulateur, peut importe son diagnostic précis, fonctionne toujours de la même manière, cette bête là n’étant pas très originale, mais pas tant que ça non plus, mon histoire à moi date, et les cicatrices ne démangent plus autant qu’auparavant.

Tant pis pour l’amour est l’histoire de l’auteur, qui a rencontré un manipulateur, terme générique qu’elle utilise car il englobe beaucoup de pathologies, et ne nécessite pas de diagnostic psy, contrairement au terme de pervers narcissique, de socio- ou psychopathe. Ce choix est d’ailleurs louable, le terme restant universel. Elle raconte sa descente aux enfers, de la rencontre idyllique au retournement de cerveau qui la fait douter de son propre équilibre mental, tout en semant les indices qu’elle a choisi d’ignorer (comme toutes les victimes, au final), pour terminer par son combat pour se reconstruire, en étant entourée, et elle montre aussi un bel exemple de sororité avec une autre victime de son amoureux.

Le récit est ponctué d’intervention de son ours en peluche, sorte de conscience lucide et de ressort humoristique et se clos par des conseils, profil de cibles du manipulateur afin de se déculpabiliser d’être tombée dans le panneau, adresses et associations, dans le but de venir en aide à d’autre victimes.

Le style du dessin est typique du style « blog BD girly », au trait arrondi et marqué, on aime ou on aime pas, je ne suis pas sûre que ce soit mon trait préféré, mais bon. De plus, j’ai un peu regretté le manque de subtilité des indices qui devraient faire tilt, avec parfois l’ajout de cases qui expliquent que « là, y’avait un truc qu’elle n’a pas compris mais aurait dû » que j’ai trouvée redondantes et inutiles. Mais elles peuvent sans doute avoir leur utilité pour expliquer à ceux qui ignorent le fonctionnement des personnalités toxiques le mécanisme interne à ceux « qui se font avoir ».

 

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J’appréhendais de lire Tant pis pour l’amour, à cause mon histoire personnelle, mais finalement, la lecture est plutôt bien passée. Sophie Lambda a eu le courage de raconter son histoire, et d’expliquer tous les mécanismes de prise au piège qui se mettent en place, pourquoi on « tombe dans le panneau », comment s’en sortir, et comment aider dans le cas d’un proche victime. Plus qu’une BD divertissante, je l’ai vue comme une BD didactique, au sujet important, parce que les violences conjugales ne sont pas toujours physiques, et pourquoi « elle ne l’a pas quitté ? ».

L’épouse de bois – Terri Windling

Editions : Les Moutons électriques

ISBN : 9782915793789

320 pages

Traducteur : Stéphan Lambadaris

Maggie Black est écrivain, auteur d’études sur des poètes. Elle apprend qu’un de ses plus anciens correspondants, David Cooper, vient de mourir en lui laissant tous ses biens en héritage. Maggie décide d’aller s’installer dans l’ancienne maison de Cooper, pour enfin s’atteler à la rédaction d’une biographie du grand écrivain. Mais elle n’avait pas prévu que Cooper habitait en plein désert, dans les montagnes de l’Arizona (près de Tucson). Là, la vie n’a pas le même rythme qu’ailleurs. Les choses sont plus pures, les formes plus essentielles, les mystères plus profonds…

Pourquoi Cooper est-il mort noyé dans un lit de rivière asséché ? Pourquoi des coyotes rôdent-ils autour de sa maison ? Qui est l’étrange fille-lapin qui s’abrite sous les grands cactus ? La magie de ces collines désertiques est puissante, Maggie Black devra prendre garde à ne pas y perdre la raison — ou la vie.

Si j’ai emprunté ce livre, c’est à cause de sa couverture qui m’a immédiatement séduite quand je l’ai vue sur je ne sais plus quel site. Il était disponible en médiathèque, j’y suis allée le jour même, sans trop savoir de quoi il retournait. Comme quoi, il est important d’avoir de jolies couvertures (hint hint aux éditeurs français).

Mais est-ce que le contenu est à la hauteur de cette couverture ?

Il me faut avouer que j’ai été conquise, même si le livre ne nous emmène pas dans un paysage feuillu, mais dans un désert aride, près de la frontière mexicaine. Ce roman e été écrit dans les années 90, et sème quelques indices, comme un groupe de musique évoqué particulièrement souvent et qui existe bel et bien (même si le membre omniprésent n’existe pas), les ateliers d’artistes dans des entrepôts avant que ne survienne la mode des lofts industriels, mais en même temps, semble intemporel, tant l’intrigue principale se situe loin de tout géographiquement mais aussi au niveau de son originalité et de sa bizarrerie.

La magie de ce livre se situe non seulement dans son intrigue : le désert est peuplé de créatures étranges et d’animaux qui ne sont pas uniquement ce que l’on peut voir, mais aussi dans la poésie de son écriture et, ici, de sa traduction. Un roman dont les protagonistes sont des poètes serait baclé si son écriture était trop commune, ici, ce n’est pas le cas. On se retrouve plongé dans ce désert, on entend les cris des coyotes et on ressent la folie qui menace les personnages grâce à la puissance d’évocation des mots choisis.

Entre fantastique et fantasy urbaine (ou plutôt désertique ?), L’épouse de bois est un livre qui ne se décrit que difficilement, son auteur est peu prolifique, mais il s’agit là véritablement d’un livre que je ne saurais que trop vous conseiller. C’est une lecture qui continue de me suivre encore quelques semaines après avoir refermé le livre.

Une histoire de l’allaitement – Didier Lett et Marie-France Morel

Editions : Editions de la Martinière

ISBN : 978-2732433820

160 pages

Une femme allaite son enfant… ce geste si simple, si universel, a suscité d’innombrables représentations picturales. Du culte d’Isis aux allégories nourricières, des Vierges à l’enfant aux mères montrées dans leur vie quotidienne, cette scène chargée d’émotion traverse toute l’histoire de l’art. Mais l’allaitement eut aussi une histoire contrastée, révélatrice de l’évolution de la place des bébés dans notre société. En retraçant la vie des mères et des nourrices d’autrefois, et en éclairant la signification des images sacrées, profanes et populaires de l’allaitement, cet essai magnifiquement illustré apporte une contribution particulièrement originale à l’histoire de la maternité.

Musée de Melun: La Charité romaine / Jules Lefebvre (1836-1911)

A une époque où les mères sont culpabilisées, et ce peu importe leur choix, Une Histoire de l’Allaitement retrace et analyse le regard porté sur ce geste ancestral, depuis les déesses nourricières à la propagande du biberon, en passant par les Vierges à l’enfant – ou Maria Lactans – et les représentations de la Charité Romaine. Une Histoire de l’allaitement nous parle de comment le corps des femmes a été représenté puis contrôlé, et comment l’opposition de la Nature à la Culture a coupé plusieurs générations de femmes de ce geste naturel si bien qu’aujourd’hui, les mères allaitantes doivent réapprendre, faute de modèle. Il mentionne les mythes sur le lait qui risquerait de devenir mauvais si la femme ne correspond pas à l’image de la femme convenable, et les fantasmes de l’Homme, qui serait jaloux de la fonction reproductrice et nourricière de la Femme porteuse de vie.

Isis allaitant Horus, Basse Époque (715 – 330 avant J.-C.), Antiquités égyptienne / Musées de Strasbourg / M. Bertola

Une Histoire de l’allaitement mentionne également la genèse des biberons, outils censés nous éloigner de l’animalité, la place de l’enfant, qui doit être dressé et régulé et ainsi préparé au monde du travail dès ses premiers jours de vie et nous rappelle que ce geste naturel et anodin est devenu politique, vecteur non seulement de domination masculine, mais aussi de domination de classe via les nourrices : issues de milieux pauvres, elles délaissaient leurs propres enfants pour nourrir la progéniture de citadins plus ou moins aisés. Souvent pour revenir au pays après le décès de leurs propres enfants, morts de malnutrition. Et si c’était les enfants citadins qui venaient à la campagne, la nourrice était scrutée par le curé du village qui se portait garant de sa vertu. Mais non de son hygiène.
Entre mythes sur le corps de la femme et réalités de l’hygiène des siècles passés, ce livre est édifiant sur la place de la femme et de l’enfant au sein de la société.

Un peu difficile à trouver (très cher en occasion), je l’ai trouvé à la médiathèque. C’est un sujet qui me fascine depuis quelques temps – bon, en gros, depuis que je suis mère – et il permet de voir que les mythes que les générations au dessus de nous peuvent nous dire sont culturels, liés à de la désinformation vieille de plusieurs siècles.

Les histoires de lait pas assez riche que peut parfois nous sortir le personnel médical (et pas seulement tata Janine qui a eu des enfants dans les années 50), ont été démentis seulement dans les années 80, et pourtant, je les ai encore entendues en 2018.
A mes yeux, c’est une lecture fascinante pour qui s’intéresse à la question du corps féminin et de sa représentation.
Il ne s’agit en aucun cas d’un manuel d’allaitement, aucun conseil ou jugement vous sera délivré.
Le seul point négatif que j’ai à soulever est que ce livre est malheureusement très centré sur notre monde occidental, voire même très franco-français, alors que sa couverture pouvait faire espérer une plus grande couverture géographique du sujet.

Si jamais le livre est introuvable, je vous renvoie vers les liens suivants :

Et si vous voulez voir l’entendue des ravages de la désinformation et de l’infantilisation de la mère allaitante, je vous renvoie vers la page Facebook : Paye ton allaitement.

Quelques statistiques :

  • Nourrissons allaités à la naissance en 2013 : 66 %
  • Nourrissons allaités à 11 semaines : 40 %
  • Nourrissons allaités à 6 mois : 18 %

Marquise des Anges

Une de mes premières héroînes littéraires, c’était Angélique, marquise des Anges, ne pouffez pas. Oubliez ces téléfilms éroto-kitschs qui n’ont fait que la desservir, la Marquise est bien plus qu’une courtisane échevelée.

C’était l’été 94 ou 95, je ne sais plus trop. Je passais quelques jours chez ma grand-mère, qui avait descendu du grenier de vieux livres qui avaient appartenus à ma mère et à ma tante pour combler mon ennui les jours de pluie. Entre quelques récits sur la vie des Saints, qui m’ont marquées d’une autre manière et Jane Eyre, dont les qualités n’ont pas besoin d’être défendues, il y avait ces vieux J’ai Lu, datant d’avant les ISBN, une peinture ornant la couverture, et une photo du couple ayant écrit cette saga qui ornait l’arrière. J’étais très certainement trop jeune pour lire ça, mais qu’importe ! C’est ainsi qu’a commencé une obsession qui a duré quelques années et m’a accompagné durant tout le collège : patiemment, j’ai fouillé les vides greniers et autres Emmaüs pour completer cette collection, c’est que les auteurs étaient profiliques et les aventures nombreuses. Finalement, ma passion fulgurante s’est étiolée pour ne devenir plus qu’une flammèche qui subsiste dans le fonds de mes amours littéraires une fois l’Atlantique traversé par mon héroïne.

Ceux qui ne la connaissent que par le biais de ces films ou elle apparraissait souvent dénudée et terriblement niaise ont une image bien ternie et faussée de cette icône féministe ignorée.

Si les films ont fait d’Angélique une femme certes libre sexuellement, moeurs des années 60 oblige, la censure de l’époque n’a permis que cette émancipation là, qu’il s’agisse des films ou des livres.

Il s’agit d’un personnage complexe, rebelle, loyal, qui est animé par bien plus de choses que simplement l’amour ou le sexe. Son amour pour les hommes ne fait pas d’elle une victime, elle n’a pas besoin d’eux pour vivre ni pour survivre.

Si cette série brille pour moi à cause de son personnage principal fort, elle est aussi admirable de part la justesse de son contexte historique, recherché par Serge Golon, tandis qu’Anne, son épouse, rédigeait l’intrigue. On est bien loin d’une bluette divertissante remplie d’inexactitudes destinée à ce public sous-estimé et stéréotypé qu’est « la ménagère de moins de 50 ans ». Malgré tout, la version originale souffre de la censure de l’époque : j’ai grandi en lisant cette même version originale, et j’ai eu l’occasion de lire un tome réécrit en 2009 par Anne Golon, selon ses souhaits originaux, l’an dernier : des épisodes dramatiques éludés dans la version originale (l’épidémie qui emporte sa petite soeur par exemple) sont désormais décrits dans toute leur horreur et leur violence, pour apporter encore plus de profondeur à ce personnage sous-estimé a mes yeux.

Au final, on retrouve un peu d’Angélique, Marquise des Anges dans la série Kushiel, de Jacqueline Carey : un personnage féminin fort, intelligent, sensible, et la réduire à sa « sensualité » serait une grave erreur.

Réduire Angélique aux téléfilms, c’est réduire Elisabeth d’Autriche à la Sissi de Romy Schneider.

Liens :

https://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20170717.OBS2175/anne-golon-a-jamais-angelique-j-ai-ete-spoliee-terriblement-spoliee.html

http://next.liberation.fr/culture/2017/07/16/anne-golon-femme-de-combat-comme-son-heroine-angelique_1584127

https://annegolon.wordpress.com/