Influences consuméristes

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Photo de Kerde Severin sur Pexels.com

En préparant un article sur la liste des livres que je souhaitais lire, une chose m’a sauté aux yeux : la seule fois où un livre m’a fait envie à cause de sa couverture ou quatrième de couverture, sans aucun avis extérieur et que je ne l’ai pas acheté de suite, une fois sur ma liste, il a bien failli en être exclu rapidement à cause d’avis extérieurs négatifs (alors qu’ils sont moins nombreux que les bons).

Alors, outre le fait que je me suis attachée aux deux avis mitigés plutôt qu’à la vingtaine (voire plus) de notes excellentes, pourquoi les avis externes me sont-ils si importants ?

Avant les blogs, les réseaux sociaux, et même avant de faire des études supérieures « à la grande ville », alors que j’étais un peu seule dans mon patelin à aimer lire, et encore plus seule à aimer lire de la littérature de genre, j’arrivais bien à trouver des livres par moi même, à décider quoi lire, quoi emprunter, quoi acheter.

Je zonais comme une âme en peine dans le rayon SFF de la médiathèque de la petite ville ou j’allais au lycée, et j’ai découvert des merveilles ! Rien qu’avec la couverture, en faisant confiance à mon flair et  surtout à mes goûts. C’est grâce à cette médiathèque, au rayon SFF si petit, que j’ai découvert mes auteurs favoris. Alors même que je n’avais internet que 20 heures par mois et que le modem faisait bip bzp tut. (Médiathèque de Bitche, big-up et merci, sans vous, ma vie de lectrice n’aurait pas été la même !)

Au final, la seule chose qu’internet n’a pas changé, c’est la manière dont je découvre de la musique, qui, pour le coup, a toujours été via autrui, qu’il s’agisse de presse spécialisée, de forums, ou d’intelligence artificielle basée sur des algorithmes (last.fm depuis 2005 ! 15 ans de suggestions musicales !)

De fait, est-ce que ma relation au web, trop connectée, sur le plan personnel et professionnel, etc, m’a rendu paresseuse ?

Est-ce que ce flux continu d’avis, de chroniques, de grains de sel de tout le monde et personne m’ont éloigné de ma personnalité et de mon individualité ?

Est-ce que l’intelligence collective de cet essaim au bourdonnement incessant m’ont fait perdre le lien à mes goûts ? Ou me fait-elle douter d’eux ? Mais, au final, qui sait mieux que moi-même ce que je suis susceptible d’aimer ?

Quand ai-je cessé de me laisser porter par mes découvertes et de vouloir y plonger sans aucun a priori ? Est-ce que « devenir adulte » s’est accompagné chez moi d’un incroyable désir de vouloir tout anticiper au point de rendre la découverte de quelque chose le moins impactant possible ? -D’ailleurs, on peut allégrement me spoiler les séries que je regarde, ça ne me dérange pas.- Cette anticipation est-elle le résultat d’une société profondément anxiogène ?

L’information constante nous a-t’elle rendue anxieux au point de ne pas vouloir de mauvaises surprises, sommes-nous trop sollicité et désirons-nous avoir l’assurance au préalable que, oui, ce pavé de 950 pages est une merveille, suis-je devenue incapable de sortir des sentiers balisés des recommandations externes ?

Si nous sommes l’addition des gens que nous avons rencontrés, pour le meilleur et pour le pire, et que ce fameux bouche-à-oreille peut faire découvrir des merveilles, si nous nous en servions pour faire découvrir des choses, et que nous ne laissions pas des avis négatifs nous empêcher de lire, de voir, d’écouter, les livres, les films, la musique que nous souhaitons découvrir ?

Et si on essayait de retrouver l’innocence d’avant la cacophonie du net ? Et si on allait aussi visiter des endroits, sans avoir regardé si c’était joli sous toutes les coutures, sur Google Maps, Images, le Guide du Routard et TripAdvisor ? Redevenons des aventuriers et allons reconquérir la Terra Incognita de notre culture personnelle !

Je suis bien consciente de participer à cette cacophonie, à me prendre au mot, je pourrais aussi bien fermer boutique ici. Mais, d’une, j’ai deux lecteurs qui se battent en duel, donc je ne pense pas influencer grand monde, de deux, j’ai parfois le besoin de partager mes coups de cœur et de gueule sans vouloir casser les c…lles de mon entourage, je le fais déjà bien assez en vrai, et de trois, tout le monde n’a pas ce même ressenti. Je ne l’avais pas moi-même il y a une semaine.

A suivre, un récapitulatif des livres que j’ai lu sans influence extérieure ces dernières années, histoire de me rassurer.