Blasmusikpop – Comment un ver solitaire changea le monde – Vea Kaiser

CVT_Blasmusikpop_228

Vea Kaiser
Editions : Presses de la Cité
ISBN : 978-2-258-11337-4
519 pages

Traducteur : Corinna Gepner

Blasmusikpop oder Wie die Wissenschaft in die Berge kam

Johannes se destinait à autre chose qu’à cette vie fruste dans le village de ses ancêtres. Son grand-père, Johannes premier du nom, avait lui-même quitté Saint-Peter-sur-Anger pour aller étudier en ville – et observer le développement des vers solitaires ! –, avant de revenir et de s’établir comme médecin. C’est ce dernier qui a communiqué à son petit-fils son goût du savoir et sa passion pour Hérodote, qui font de lui aussi un original dans ce microcosme alpin où se cultiver est considéré comme hautement suspect. Ainsi, lorsque le jeune homme échoue au baccalauréat, quel drame ! Le voici condamné à rester parmi les « barbares ». Et il ne tarde pas à se faire embrigader dans l’un des événements majeurs de la localité : la venue d’un grand club de football hambourgeois…

Des dialogues savoureux, une langue inventive, tantôt désuète, tantôt moderne, des personnages hauts en couleur, un luxe de détails, de l’esprit, beaucoup d’esprit. Avec son premier roman, très remarqué au moment de sa parution, Vea Kaiser s’en est donné à cœur joie.

Mes chers téléspectateurs !

C’est une grande première ! Plusieurs premières mêmes :

  • c’est le dernier livre entré dans ma PaL, il a moins de deux semaines. D’habitude, il faut des mois, voire des années à un livre avant d’être lu (le temps qu’ils mûrissent, tout ça, je voudrais pas lire un livre encore vert…)
  • c’est un livre autrichien, mais lu en français, ce qui arrive, mais pas souvent. D’habitude, j’essaie de lire en V.O. si je la maîtrise. Sauf que là, c’était un cadeau, et que pour trouver des livres en allemand, faut aller à Kehl.
  • ce n’est pas un roman de l’imaginaire. C’est un roman. Mais qui se passe dans la vraie vie, dans le vrai monde (quoique…)
  • et surtout… c’est un livre sorti lors de cette rentrée littéraire 2015. Oui, nous sommes en octobre. Et oui, je l’ai déjà lu.

Il s’agit de Blasmusikpop, roman autrichien qui se présente sous la forme d’une chronique sur une famille et le village dans lequel elle vit depuis des générations. Tout commence dans les années 50, un habitant de St-Peter-sur-Anger, village fictif des Alpes autrichiennes attrape un ver solitaire. Fasciné par ce qui se passe en lui, il décide de devenir médecin. Pour cela, il doit quitter ses montagnes natales. Lorsqu’il revient au bout de 7 ans, rien n’a changé au village à part lui-même.

Nous suivons ensuite la vie de ses descendants, jusqu’en 2010. Son petit-fils a suivi les traces intellectuelles de son grand-père, St-Peter-sur-Anger lui semble trop petit et l’état d’esprit qui y règne bien trop étriqué. Sauf qu’il échoue à obtenir le bac qui lui aurait permis d’aller à la grande ville, de faire des études, et de devenir un grand chercheur. Condamné à rester au moins un été parmi les barbares, comme il appelle ses concitoyens, il décide de les étudier tel Hérodote, son grand héros, mais rien ne se passe comme prévu, les barbares ne sont peut-être pas tous aussi barbares qu’il le pensait, le regard qu’il porte sur eux change, et le regard qu’ils portent sur lui également.

Mais ! Non ! Revenez !

J’ai beaucoup aimé ce livre, qui m’a beaucoup parlé et m’a évoqué par certains aspects mon petit coin de Moselle natal. La campagne profonde, le parler local qui écorche le bon français, les chanteurs allemands de schlager (oui, bon, hein, la frontière est a moins de vingt km, on échappe pas à son voisin), la neige, les bus scolaires qui affrontent des centimètres de neige en hiver, les passe-temps adolescents douteux (qui n’a jamais vu d’attroupement d’ados avec des scooters pétaradants sur la place centrale d’un village perdu pendant les vacances scolaires ?), tout ça m’a rappelé ma propre jeunesse dans une campagne reculée, éloignée de plus d’une demie heure de voiture de toute ville de plus de 10 000 habitants.

Cette réécriture du rat des villes et du rat des champs a ce charme alpin rappelant les refuges perchés dans la montagne qui sentent bon la bière, la charcuterie, la culotte de peau et le bois.

Certaines chroniques que j’ai lues disaient que ce livre n’avait pas été apprécié parce que les vers et le foot ne faisaient pas partie des centres d’intérêt du lecteur. Ils ne font pas partie des miens non plus. D’ailleurs, le ver solitaire n’est qu’un prétexte. En aucun cas vous ne lirez un documentaire sur le ver solitaire (heureusement, d’ailleurs), ni une chronique détaillée du foot, qui ne sert également que de prétexte. Par contre, ce qui peut rebuter, ce sont toutes ces allusions à la culture populaire germanique et à la vie à la campagne la plus reculée : le Musikantenstadl (tant que vous n’avez pas vu le Special Nouvel An, vous n’avez pas souffert des oreilles), les traditions populaires campagnardes – passez en juin devant une auberge de petite ville allemande et admirez l’arbre défraichi orné de rubans qui pendouille horizontalement sur la façade… -, Andy Borg, sorte de Pascal Sevran en culotte de peau… Si vous n’avez pas d’atomes crochus avec nos voisins d’outre-Rhin, là, éventuellement, oui, passez votre chemin. Ce qui peut rebuter également, c’est la chronique ethnologique sur les barbares un chapitre sur deux, qui va des origines de l’humanité à maintenant.

Quand à la traduction, la chose n’a pas dû être aisée : retranscrire un patois autrichien vers un patois français n’est pas facile, donc bravo mais « Heureux comme Dieu en France », c’est une expression idiomatique allemande et ne se traduit pas littéralement, gngngngngngn, faut pas faire comme dans les vieux King

Donnez une chance à Blasmusikpop, ça ne parle pas (trop) de vers solitaires, ni de foot, promis ! Par contre, ça parle beaucoup d’Hérodote, et ça, aucune chronique n’en parle (la mienne non plus, au fond).

corbeaucorbeaucorbeaucorbeaucorbeau

(Il y a trop de parenthèses dans cet article.)

Une réflexion sur “Blasmusikpop – Comment un ver solitaire changea le monde – Vea Kaiser

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s