La Maison des Feuilles – Mark Z. Danielewski

Mark Z. Danielewski
Editions : Denoël
ISBN : 978-2207252000
709 pages

House of Leaves
Traducteur : Claro

 

Johnny a trouvé un mystérieux manuscrit à la mort d’un vieil homme aveugle. Il décide de le mettre en forme et de l’annoter de façon très personnelle. Le texte se présente comme un essai sur un film, le Navidson Record, réalisé par Will Navidson, un photoreporter, lauréat du prix Pulitzer. Will, qui vient d’emménager avec sa famille dans une maison en Virginie, filme son installation, réalisant une sorte de «home movie». Tout s’annonce bien jusqu’à ce qu’il découvre une pièce qui n’existait pas. Passé l’étonnement, il se rend à une évidence troublante : la maison est plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur. Navidson tente d’explorer les lieux mais, après avoir manqué se perdre, il engage des explorateurs professionnels. L’horreur commence alors. Aussi bien pour les membres de l’expédition que pour le lecteur – lui-même égaré dans le dédale des notes qui envahissent les pages comme un lierre maléfique.Que cache la maison ? Quel est ce grondement qu’elle émet de temps en temps ? Pourquoi Johnny a-t-il ces cicatrices ? Pourquoi le manuscrit de Zampanó semble-t-il le rendre fou ?À la fois jeu de piste, récit fantastique, dérive personnelle, essai faussement académique, La Maison des feuilles a pour effet de changer progressivement le lecteur en apprenti sorcier, monteur de salle obscure, détective amateur, spectateur. Une lecture littéralement habitée.

Ce livre, présent dans la liste des 1001, avait échappé à mon examination lorsque je l’ai parcourue à la recherche de nouvelles lectures. Mais un jour, la lecture d’un forum l’a remis (ou mis tout court) sur mon chemin, quelqu’un prétendait en effet que ce livre était difficile à lire, et était complétement incompatible avec le format ebook. « Tiens !, un livre difficile à lire, pas compatible avec le format numérique, bah voyons ! » me suis-je donc écriée dans ma tête (c’est parfois très bruyant, dans ma tête, là, voyez-vous, il s’y trouve un air festif joué au violon. Tutudututuduuutututuuduuuu. Ma vie est un enfer.). J’ai consulté la page wikipédia dudit livre, page qui stipule que l’ouvrage peut provoquer des « sentiments d’agoraphobie ou de claustrophobie ». Oui, dit comme ça, on dirait la notice d’un médicament psychotrope. Comme je vous l’avais dit, les avertissements, j’ai tendance à m’assoir dessus (oui, des fois, c’est pas très confortable). Il était à la médiathèque, je l’ai emprunté, je l’ai feuilleté, et j’ai espéré que la feuille de papier toilette rose coincée entre deux pages n’était pas un signe que ma lecture allait être à c**** (puis je me suis lavée les mains et ai hésité à désinfecter le livre).

La Maison des Feuilles, s’il fallait la comparer à d’autres œuvres culturelles, se situerait quelque part entre The Ring, American Horror Story, et The Blair Witch Project. L’auteur est le fils d’un cinéaste d’avant-garde, et, sans conteste, ça a déteint sur lui. Le livre se situe dans un flou, entre la narration de type journal intime, de part ses notes de bas de page, et la critique d’une oeuvre fictive, que le narrateur premier tente de rendre réelle. Car il y a deux narrateurs, Zampano, un vieillard aveugle et reclus qui analyse un film, le Navidson Record, et Johnny, qui retrouve cet essai après la mort de Zampano, et sombre peu à peu dans la même folie dont semblait souffrir le vieillard. Si la partie analytique reste très académique sur le fond, les notes de bas de pages, insérées par Johnny, elles, servent plus de pense-bête pour lui même, et contiennent toutes ses pensées les plus triviales.

Je ne sais pas si j’ai lu ce livre de la bonne manière, c’est à dire page après page, plutôt que Zampano, puis Johnny, la partie analytique étant assez riche, de fond et de forme (googlez La Maison des feuilles, et regardez les images des pages, c’est écrit dans tous les sens). Le fond, est riche, très documenté, plein de références vers des auteurs réels, ou tout aussi fictifs que le film analysé, et, soit décrit de manière photographique les scènes du film (documentaire filmé caméra au point dans une maison étrange dont la géographie semble changer et receller d’étranges énergies), soit part en analyses complexes des cadrages, des éléments, des personnages, suivi d’entretiens avec les protagonistes, entretiens situés chronologiquement après les faits montrés dans le film, ou entretiens avec des pointures du fantastique (Anne Rice, Stephen King, etc). Sur la forme, les passages descriptifs bénéficient d’une mise en page qui concorde avec les faits décrits. Si les personnages s’avancent dans des couloirs de plus en plus étroits, le texte deviendra de plus en plus serré, s’ils s’aventurent dans de vastes halls, les mots par page se feront rares, si les couloirs s’imbriquent, les blocs de texte feront de même. C’est cela qui doit, sans doute, provoquer ces fameux sentiments de claustrophobie ou d’agoraphobie.

Est-ce que ça a marché sur moi ? Pour une fois, non, l’avertissement me semblait vain. (Par contre, j’ai eu droit à plusieurs reprises à des regards intrigués des gens assis à coté de moi dans les transports en commun lorsque je lisais les passages à la mise en page fantaisiste.)

Les notes de bas de page, ajoutées par Johnny, elles, m’ont exaspérées. On a droit à tous les états d’âme d’un junkie paumé, qui réussit néanmoins à coucher avec TOUTES les femmes qu’il rencontre, quel que soit les circonstances. On le voit sombrer dans une dépression, sans doute provoquée par le manuscrit de Zampano, on le suit dans ses tentatives de reconstruire le personnage de Zampano, de découvrir si le Navidson Record existe vraiment, dans ses délires hallucinés, dans ses digressions souvent sans interêt sur ses coucheries, un peu plus intérréssantes sur son passé, et, enfin, les plus fascinantes, sur sa mère. De plus, les notes font plusieurs pages, il y a des notes dans les notes, et pour revenir au texte intérréssant, il faut parfois reculer d’une dizaine de pages, une fois qu’on en a fini avec la petite vie de Johnny.

Mon sentiment, à chaque nouvelle note de Johnny.

Mon sentiment, à chaque nouvelle note de Johnny.

Néanmoins, ce livre, finalement, est-ce que j’estime qu’il à sa place sur ma liste des 1001 ? Honnêtement, non, si ce n’était pas forme, effectivement pas compatible du tout avec le numérique, peut-être qu’il serait passé inaperçu. Ou alors, comme Wrong Cops me semble être un Radiohead du film, La Maison des Feuilles, est le Radiohead des livres, et je suis simplement passée à côté. Mais définitivement, je ne comprend pas l’engouement (Si je n’avais pas retrouvé mes notes, j’aurais complétement occulté cette lecture d’ailleurs).

Est-ce que ce livre fait peur ? Sans doute, si l’on est sensible à l’atmosphère décrite. Qui aurait peut-être été plus efficace si ce livre avait été un film. (Parce que The Ring est un film qui m’a profondément traumatisée, mais qui, sous forme littéraire, ne m’aurait sans doute pas ébranlée d’un poil).

Et si vous parlez anglais, je vous invite à lire la critique de Mickey sur Goodreads, parce qu’au fond, il le dit tellement mieux que moi.

corbeaucorbeau

La grandeur a toujours été une condition du bizarre et de l’insécurité : elle est écrasante, trop imposante ou trop énorme.

4 réflexions sur “La Maison des Feuilles – Mark Z. Danielewski

  1. Je possède ce livre depuis plusieurs années, je l’ai commencé des dizaines de fois ms je n’y suis jamais arrivé au bout!

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