Le Peuple des Rennes – Megan Lindholm

le peuple

Dans un univers désolé ou le froid et la nuit règnent en maîtres, une femme hors du commun, Tillu la guérisseuse, se bat pour protéger son fils, l’inquiétant Kerleu. Fuyant le chaman Carp qui désire lui voler son fils pour en faire son apprenti, elle s’installe loin des hommes, à l’écart, bien  décidée à aider son jeune Kerleu à devenir un homme. Jusqu’au jour où elle aperçoit deux chasseurs dans le vallon. La chasse tourne mal, l’un d’eux est blessé. Comprenant vite que sans son aide, il risque de mourir, Tillu n’a d’autres choix que d’aller le sauver et de les héberger pour la nuit. Elle apprend qu’ils appartiennent à une tribu, installée non loin de là : le peuple des rennes. Megan Lindholm, avec son immense talent, nous fait vivre, jusqu’au dénouement final, les aventures d’une mère et de son fils dans un univers primitif et hostile dominé par les hommes.

feather

Si Robin Hobb doit être l’une de mes auteurEs préférées, je n’avais jamais lu ce qu’elle a écrit sous son vrai nom. C’est en farfouillant dans un bac de livres d’occasions que j’ai trouvé le premier tome du Peuple des Rennes et que j’ai pu y remédier. Le livre a été écrit après L’Assassin Royal, livre avec lequel je l’ai découverte, et on y retrouve quelques thématiques similaires, évidentes même, notamment à l’aide du titre du deuxième tome : Le Frère du Loup. On y retrouve aussi certains thèmes récurrents d’un de ses romans les plus décriées : Le Soldat Chamane. Si Le Peuple des Rennes n’est pas son meilleur écrit, il est dans la continuité de ses œuvres à succès.

On y retrouve également la thématique de l’animal totem, avec lequel les personnages ont un lien surnaturel, et qui leur permet de se trouver eux-mêmes, voire de se libérer. En effet, presque chaque personnage à une personnalité que l’on peut rapprocher de celle d’un animal : du loup au glouton, en passant par la chouette.

Nous suivons Tillu, une guérisseuse qui tente tant bien que mal d’éduquer Kerleu, son fils atteint d’autisme, conçu lors d’un viol par des pilleurs d’une tribu ennemie. Kerleu, qui semble très réceptif à l’apprentissage de Carp, chamane d’une tribu à laquelle sa mère s’est jointe ; une tribu nomade aux mœurs misogynes et dont le guide spirituel, tel le gourou d’une secte, parasite leur existence. Afin d’en éloigner son fils influencé, elle fuit et s’isole, jusqu’à sa rencontre avec le peuple des rennes, où un homme en particulier est bienveillant envers elle et son étrange fils, et où les femmes semblent indépendantes et libres. En effet, elles n’ont pas besoin d’hommes pour marchander, elles ont des possessions propres, des troupeaux qui leurs appartiennent, indépendamment de leurs pères et maris. Maris qu’elles ont d’ailleurs le luxe de pouvoir choisir elles-mêmes. Mais, comme dans tous les livres de cette auteure, si c’était si simple, ce serait bien trop simple (et, avouons-le, pas super passionnant si le héros ne rencontrait pas de problèmes). Parce que malgré cette apparence idyllique, le machisme et le patriarcat s’immiscent dans la tribu et certaines femmes vont en souffrir bien plus que d’autres. De l’homme jaloux de ne pas avoir été choisi à la jeune fille mariée de force à un homme qu’elle ne respecte pas, la liberté diminue et la place des femmes recule au sein de ce peuple si pacifique.

Ce roman est classé dans la fantasy, sans doute à cause des pouvoirs des chamans, mais le cadre semble très proche des tribus nomades du Nord (Canada ou Sames de Scandinavie, je n’arrive pas à me décider, ou peut être Mongols de Sibérie. A cause des prénoms des membres du peuple des rennes, aux sonorités scandinaves ou finlandaises, et des descriptions physiques. Mais dans tous les cas, il y fait froid, et il y a des rennes, donc, on peut exclure l’hémisphère sud.)

La problématique liée à la place des femmes soulevée dans ce livre est toujours d’actualité, 9 ans après sa publication, ce qui en fait une œuvre universelle, et fascinante d’un point de vue féministe.

S’il fallait le comparer aux livres de Robin Hobb, il serait un poil en dessous de ses meilleurs sagas. Mais comme il est paru sous le nom de Megan Lindholm et que je n’ai jamais rien lu d’elle sous ce nom de plume là, la comparaison n’est pas vraiment valable. Dans tous les cas, il vaut la peine d’être lu, mais il ne faut pas s’attendre à une lecture aussi envoûtante que celles du Cycle des Anciens. (Bon, après, faut dire que L’Assassin Royal a été une claque monumentale pour moi, donc je place la barre très haut.)

corbeaucorbeaucorbeaucorbeaucorbeau

Morceaux choisis :

N’importe quel membre de notre groupe doit pouvoir se déplacer la nuit sans avoir peur. Le monde appartient à tous, dans la lumière et l’obscurité. Pour quelle raison quelqu’un aurait-il imaginé de dire : « Attention, […], la nuit est mortelle. »?

Une femme qui remet en cause la volonté d’un homme vit seule depuis trop longtemps. Elle en a oublié l’ordre du monde.

N’accomplis jamais pour une femme ce qu’elle peut faire elle-même. Sinon, il n’y aura plus rien qu’elle assume seule.