Le Roi Pâle – David Foster Wallace

Le Roi Pâle

Apprenti au centre des impôts de l’Illinois, où les nouveaux arrivants doivent recevoir une formation de survie à l’ennui, David Foster Wallace observe les personnages extraordinaires attirés par cet étrange métier. Protagoniste de son dernier roman, il dessine sur un registre épique une parabole de la culture postindustrielle, examine avec inquiétude l’individu pris dans les mailles du système global et propose une nouvelle idée de l’héroïsme.

featherCet auteur m’était complètement inconnu jusqu’à l’automne dernier, où j’ai collecté un certain nombre de journaux gratuits afin d’emballer ma vaisselle avant de déménager. Quel est le rapport, me direz-vous ? Y’en a pas, sauf qu’un numéro du journal Métro parlait de cet auteur en termes dithyrambiques (bon, bon, Métro, c’est pas non plus Le Magazine Littéraire, mais moi, ça me va). Le livre venait de paraitre, et même si le sujet des impôts n’est pas passionnant du tout, j’étais curieuse. Du coup, à Noël, il était sous le sapin, je l’ai commencé en décembre, et l’ai terminé il y a deux semaines. Plus de 600 pages denses et bourrés d’informations concernant les impôts ont eu raison de moi. Parce qu’on y trouve des chapitres entiers sur… la façon dont sont comptabilisés les impôts aux États-Unis. Sans doute passionnant pour un employé des impôts, un économiste, mais pas vraiment pour quelqu’un qui fait des cauchemars à base de maths. L’intérêt du livre ne se situait vraiment pas là dans ce livre. Il se situe dans la fresque des personnages. On suit différents personnages dans les années 70, enfants, sans rapports les uns avec les autres, pour les retrouver plus tard, derrière un bureau, à remplir des formulaires avec un crayon bien taillé.

En ce qui concerne le style, il est fouillis, labyrinthique est le mot utilisé par les amateurs de l’auteur, et est peut être plus complexe à suivre que ses autres œuvres, du fait qu’il s’agit d’un livre inachevé dont les notes éparses ont été assemblées tel un puzzle. Les phrases sont longues et métaphoriques, les chapitres inégaux, non pas dans leur qualité, mais dans leur style. Un chapitre peut faire plus de 100 pages de récit sur un personnage ou sur l’auteur lui même, puis être suivi d’un chapitre télégraphique de 2 pages sur ce qui se passe dans un service des impôts, suivi d’un autre chapitre recensant les pathologies rencontrées par les employées. L’avant-propos est situé, volontairement au chapitre 9, avant-propos entrecoupé de pages entières de notes de bas de pages, chose que je n’avais plus vue depuis Johnathan Strange et Mr Norell. Certains chapitres autobiographiques montrent l’évolution de la personnalité de l’auteur, de déchet nihiliste à inspecteur des impôts investi (oui, c’est possible), et expliquent cette évolution. D’autres racontent d’une manière froide l’enfance de ses collègues, de la victime d’un beau-père abusif au premier de la classe haï de ses camarades. Certains sont des réflexions sur la société de consommation actuelle.

J’ai mis énormément de temps à terminer ce livre sans doute à cause de son atmosphère oppressante, et du rendu précis et photographique de l’ennui de la vie dans les petites villes des États-Unis. J’aurais pu abandonner ce livre aussi, mais après l’avoir laisser reposer pendant plus d’un mois sans l’ouvrir, son appel a été le plus fort et je l’ai terminé, sans regrets. Car malgré l’ennui décrit dans les pages, il a réussi le coup de maître de rendre l’ennui fascinant. Déprimant, mais étrangement fascinant. Même si j’ai survolé les paragraphes d’explications du système des impôts. Parce que l’intérêt du truc n’est vraiment pas là.

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Par contre, ce livre réclame une lecture à la con qui suit, hein.

Morceaux choisis :

[…] endurer longtemps l’ennui dans un espace confiné, voilà ce qu’est le vrai courage. Cette endurance, que vous le vouliez ou non, constitue le distillat de ce qu’est aujourd’hui, dans ce monde que ni vous ni moi n’avons faits, l’héroïsme.

Messieurs, bienvenue dans la réalité – il n’y a pas de public. Personne pour vous applaudir, pour vous admirer. Personne pour vous voir. Comprenez-vous ? Voici la vérité – dans la réalité, l’héroïsme ne reçoit aucune ovation, ne divertit personne. Personne ne se presse pour y assister. Personne ne s’y intéresse.

Cette campagne massive qui place l’individu sur un piédestal va consolider d’énormes marchés de gens foncièrement convaincus d’êtres solitaires, sortis du lot, et on les brossera dans le sens du poil à chaque coin de rue.

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