La Coureuse – Maïa Mazaurette

Portrait d’une femme qui doute, qui aime. Chronique d’une sexualité qui se veut sans attache, La Coureuse est le livre de notre époque.

« Copenhague m’attend, et dans le miroir avant de partir, une inconnue plus jolie que moi pose la dernière touche de mensonge sur son visage. Rouge. Sur les lèvres. Les fards absurdes cachent des tatouages de guerre, des agressions publicitaires, des stratégies marketing. Il m’aimera. Je l’aurai.

Cette inconnue a des cheveux blond foncé, nouvelle couleur pour une nouvelle aventure, toute une vie à reconstruire. C’est pourmieux devenir une femme, mon enfant. C’est pour mieux laisser pousser les dents sous la poudre. »

Maïa vit une passion ravageuse avec un jeune et (très) beau Danois. Parce c’est difficile, elle va s’accrocher et aller jusqu’au bout des compromissions possibles. Parce qu’elle se sert de la féminité comme une arme, le couple devient le lieu de toutes les manipulations. Que fait-on quand on a le prince charmant dans son lit ? Que se passe-t-il après le conte de fées ?

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Fidèle lectrice de Sexactu jusqu’à la fusion avec GQ (je peux pas, la mise en page me rebute), j’ai toujours voulu lire un roman de Maïa Mazaurette. Il se trouve que j’ai commencé par celui-ci, alors qu’il n’a rien en commun avec ses romans précédents, tous à placer dans la catégorie SF ou fantasy, ce qui est bien plus mon rayon. La Coureuse est pourtant plus proche thématiquement de son blog, et aussi des livres qu’elle a écrit en collaboration avec Arthur de Pins. En fait, a bien y réfléchir, j’ai commencé a espacer mes visites sur son blog au début de son aventure danoise. Par lassitude peut être. J’y repasse de temps en temps, juste assez pour mettre en relation les évènements relatés dans ce roman et ceux dont elle a parlé sur son espace virtuel. Parce que ce roman est une autofiction.

Autofiction : n.f., Genre littéraire qui combine de façon ouvertement contradictoire deux types de narrations opposés : l’autobiographie et la fiction.

  • L’autofiction est le récit d’événements de la vie de l’auteur sous une forme plus ou moins romancée.

Autofiction dans laquelle nous rejoignons Maîa revenant de Norvège, où elle vient de tromper son petit ami allemand avec un séduisant jeune entrepreneur danois, Morten (à prononcer Moooo-den). Elle a passé deux ans avec son petit ami, elle considère qu’il est temps pour elle de passer à autre chose, d’aller chasser ailleurs, et sa nouvelle cible est Morten, qui semble l’avoir oubliée. Après l’avoir « chassé », elle se retrouve dans une relation abusive avec un pervers narcissique qui n’est jamais satisfait d’elle ni de l’image qu’elle projette aux autres. Trop grosse, trop française, trop transpirante, pas assez parfaite. Elle se plie à toutes ses exigences, dans l’espoir d’être aimée, non pas pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle s’efforce d’être. Ce rapport de force est d’autant plus amplifié que Morten est plein d’ambition, et qu’il réussi ce qu’il entreprend professionnellement. Parce que l’argent change tout, parce qu’il simplifie la vie, mais complique les rapports entre les gens.

Si, très honnêtement, l’histoire entre Maîa et Morten ne m’a pas plus passionnée que ça, elle analyse avec finesse l’influence du patriarcat sur les femmes, les hommes, et le rapport de force dans les relations de séduction hétérosexuelle. Quelle femme hétérosexuelle ne s’est jamais épilée avant un rendez-vous galant pour se retrouver face à un homme pour qui le plus gros effort pour s’apprêter consistait à avoir pris une douche avant de venir ? Combien de femmes ont dû jouer à la femme fragile pour ne pas faire peur ? Combien de femmes sont complexées parce qu’elles ne ressemblent pas aux mannequins sur papier glacé ? Et combien de ces complexées pensent que leurs bourrelets les rendent indignes d’être aimées ? Elle questionne aussi la place donnée aux femmes et les armes qui restent à notre disposition si nous voulons malgré tout avoir des relations sentimentales : être jolie, docile, légère, intelligente mais pas trop, et les femmes s’y plient parce qu’on attire pas les mouches avec du vinaigre. Constat assez pessimiste et discutable, et sans doute influencé par la relation abusive relatée dans ces pages.

On découvre aussi une Maîa fragile et qui a, malgré son militantisme féministe, bien integré les mécanismes du patriarcat. Qui a toujours vécu pour les autres et qui semble, à 32 ans, ne toujours pas se connaitre, ni forcément s’aimer.

On découvre aussi un portait de technophile accro à « la machine à se couper du monde » qu’est le smartphone, hyper-connectée, tout le temps, partout, à faire croire à ses amis sur la toile que sa vie est bien plus formidable qu’elle ne l’est réellement. Parce qu’on ne peut pas mettre sur Facebook, ce qu’on fait sans que les autres ne le sachent, n’existe pas vraiment, n’a jamais vraiment eu lieu. Parce que si les autres ne s’ébahissent pas de notre vie si fantastique, elle ne vaut pas la peine d’être vécue.

Sur la forme du livre, par contre, il s’agit d’une première édition bourrée de coquilles et d’erreurs de ponctuation, qui seront corrigées, je l’espère, dans les éditions suivantes.

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A lire, pour les analyses de société. Pour l’histoire de couple, vous pouvez aussi lire n’importe quel témoignage de victime de pervers narcissique.

Morceaux choisis :

Ils pensent vraiment que les femmes, ça se réveille un matin avec un utérus qui parle ?

Il se trouve que je suis née femme, donc que les hommes ne m’aimeront jamais comme je suis.

Jamais je ne serais parfaite. Jamais je ne ressemblerai à une photo de magazine. Jamais personne ne m’aimera assez pour m’arracher au cycle des deux ans. Parce que je ne le mérite pas.

Il y a des hommes comme ça, qui savent où trouver les derniers espaces de virginité. Ceux qu’on ignore soi-même.

[…]ce qui ne peut pas être posté sur Facebook n’existe pas, et maintenant que je n’ai plus de téléphone, je ne sais plus où déverser mes émotions. Donc j’arrête d’avoir des émotions.

Je m’attache à mon rôle : être jolie et pas dérangeante […] Je reprendrai le pouvoir quand j’aurai donnné assez de gages de docilité.

Ce que j’aimerais : réussir à me penser en dehors de l’oeil masculin. Les hommes ont ce luxe […] C’est possible si je renonce à l’amour : parfaitement impossible, donc.

Ce sont les hommes qui nous font femmes, ce sont eux qui le regretteront. Je suis une femme et vraiment, vous allez me le payer.

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