Girls et le body-shaming

girls

Girls est cette nouvelle série, vendue au public comme étant le Sex and the City nouvelle génération. Si je regardais cette série le vendredi soir sur M6, je n’ai jamais suivi réellement intentionnellement les péripéties des quatre trentenaires New-Yorkaises  dans leur recherche du grand amour (même si, à force de rediffusions et de soirées oisives, j’ai bien du voir tous les épisodes… Et le film, mais ça, c’est une copine qui m’a demandé de l’accompagner pour fêter la fin des partiels. Oui, pour fêter la fin des partiels, nous, on allait au cinéma.) Du coup, quand j’ai entendu parler de Girls, je me suis dit « Mooooorf » (oui, je suis l’éloquence même quand je me parle à moi même.) et j’ai oublié l’existence même de cette série. Puis, en janvier, elle m’est revenue suite à une lecture de je sais plus quoi je sais plus où dans les méandres des zinternets. Avec l’argument imparable, des personnages plus réalistes, des situations moins glamour,  et des héroînes plus jeunes (oui, parce qu’au alentours des 20 ans, lors de la fin de la série Sex and the City, les soucis de trentenaires me semblaient bien lointains, alors que les aventures de jeunes femmes étudiantes ou débutant dans la vie active, au alentours de 25 ans, tout de suite, ça me parle plus (même si j’ai terminé mes études depuis)). Cette période flou entre la fin de l’insouciance étudiante et le début des responsabilités, ou on tente de se trouver et de découvrir le soi qu’on sera une fois réellement adultes est ici bien décrite. Mais je ne voulais pas vous parler de la série, enfin si, mais aussi des réactions face au personnage principal, incarné par Lena Dunham, qui en est également la scénariste.

Le reproche le plus fréquent est lié à Hannah Horvath, jeune écrivaine paumée et boulotte (certains diront au physique ingrat, mais je ne la trouve pas particulièrement laide), qui est souvent -très souvent-à chaque épisode- soit nue, soit en culotte (pas le slip sexy, hein, non, la culotte de grand-mère), parfois sans raison particulière, le fait qu’elle soit chez elle mis à part (et encore, c’est pas toujours chez elle). Alors que, paradoxalement, la meilleure amie de Hannah, Marnie, mince et jolie, est TOUJOURS habillée, et ce, même quand elle couche avec son copain (oui, elle trouve toujours le moyen de laisser, soit son soutien-gorge, soit sa robe, et les seules fois où elle est dévêtue, elle trouve le moyen d’être couverte quand même). D’ailleurs, les deux autres femmes (minces) de la série couchent toujours avec des hommes en étant couvertes. La seule dont on voit les fesses, c’est Hannah, la petite boulotte.

Bon, là, c’est ses seins, mais le résultat est le même

Un jour, le lendemain de la diffusion d’un épisode assez mitigé, je suis allée voir la page Facebook de la série (Règle numéro 1 des zinternets : ne JAMAIS lire les commentaires). Et là, TOUTES les critiques s’attardent sur le fait que Hannah soit en petite culotte et que son personnage (certes assez, euh, énervant et auto-centré) aie réussi à coucher avec un homme au statut social impressionnant et au physique avantageux. Qu’un homme tel que lui ne s’attarderai jamais sur une fille aussi quelconque, aussi grosse, aussi mal fagotée (qu’elle est mal fagotée est un fait, soit). Mis à part le fait que ces critiques sont sexistes (la femme, uniquement désirable si elle correspond aux critères socialement acceptés comme étant beaux et l’homme, ce beauf superficiel qui ne devrait se taper que des top-models), elles étaient pratiquement toutes énoncées par des femmes (peut être-sans doute- que le public de cette série comporte plus de femmes que d’hommes, ceci expliquant en partie cela) (mais sinon, ça renforce ma théorie sur le patriarcat en place parce que les femmes le veulent bien). Les femmes en surpoids, flasques, pas très jolies, devraient-elles se cacher ? N’en déplaise aux Femen (qui laissent les grosses à la maison pendant leurs actions choc), Lena Dunham a énoncé une vérité lors d’une interview avec… Playboy. son corps, tel qu’il est, est bien plus puissant visuellement, que celui d’une donzelle mince et musclée, qui n’existe que rarement dans la vraie vie. Et, soyons honnêtes, si on voyait de superbes femmes faire l’amour à l’écran complètement nues, ce ne serait plus une série « réaliste », ce serait du porno, fait pour le fantasme, pour vendre du rêve, pour le fapfap rapide, et on lui reprocherai la même chose que ce qui est souvent reproché au porno, c’est à dire que ce n’est pas assez réaliste.

Mais pourquoi la vue d’un corps normal, non sublimé par Photoshop, par du maquillage sophistiqué, par des culottes gainantes, ainsi exposé, déclenche-t’il de tels flamewars  ? Parce que la femme normale est complexée, et, par un mécanisme psychologique pervers, elle ne supporte pas de voir que d’autres assument ce qu’elles sont ? (On me dit dans l’oreillette que ce mécanisme est aussi appelée jalousie par les gens normaux, mais comme je ne trouvait plus le terme, et que j’aime bien ma phrase, je vous gave de parenthèses) (les parenthèses, c’est la vie). Parce que la norme photoshopée s’est tellement ancrée dans nos esprits que toute forme de déviance ne mérite que le mépris et la lapidation sur la place publique ?

3 réflexions sur “Girls et le body-shaming

  1. Super article !

    Je n’ai pas accroché à Girls personnellement mais pour d’autres raisons que celles que tu évoques. Je ne suis donc pas allée (de mémoire du moins) jusqu’à l’épisode où Hannah couche avec un BG au statut social visiblement élevé mais je rejoins totalement ton analyse.

    C’est assez désespérant de voir ô combien les femmes ont intégré des espèces de schémas sexistes qu’elles reproduisent malgré elles. Pierre Bourdieu avait foutrement raison quand il disait dans La domination masculine que la violence symbolique, à savoir tous les messages qui ne se voient pas et qu’on nous met dans la tête dès notre plus jeune âge, est la plus redoutable des violences sur l’esprit…

    Bref, au nom de toutes les femmes qui réfléchissent un minimum, merci !

    Et auu passage, je ne trouve pas non plus l’actrice laide, bien au contraire !

    • Merci pour ton commentaire !

      L’épisode est dans la saison 2, il me semble (j’ai tout regardé à la suite, pendant quelques jours de désœuvrement donc la limite entre les saisons est floue dans mon esprit), il s’agit d’un médecin quarantenaire (joué par Patrick Wilson), fraîchement divorcé, qui, comble de l’horreur, semble vraiment l’apprécier.

      Je craint que malheureusement, nous n’arriverons pas à nous défaire totalement de TOUS les schémas sexistes qui nous ont bercés. Le tout est de rester/devenir lucides par rapport à ça, et de tenter de faire mieux pour les générations futures et d’ouvrir les yeux de la génération actuelle.

  2. Les parenthèses, c’est la vie xd

    Intéressante analyse qui doit pas mal s’éloigner de ce qu’on peut lire ailleurs sur cette série.
    Ça me fait penser à une autre série, que j’adore et dont je te parle tout le temps : Mad Men. Elle fait un gros foin, mais ce qui fait le plus parler les gens c’est… la plastique de Christina Hendricks, (en gros, des commentaires sur sa poitrine aux dimensions impressionnante) et celle d’Elizabeth Moss, qui interprète la secrétaire « moche » Peggy Olson (dont le personnage carriériste indépendant est loin de plaire au public). Les deux personnages sont intéressants – enfin en tout cas moi elles me fascinent et je les adore – mais au lieu de parler de ce qu’elles font, de leur psychologie complexe, de ce qu’elles apportent dans la série en terme de réflexions sur l’évolution de la place de la femme dans la société occidentale, on parle pratiquement juste de leur physique… c’est un peu passer à côté du propos de la série, quoi.

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