Brave petit soldat

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Cette fois ci, j’ai décidé de vous parler d’un livre (j’en entends râler, là bas au fond, oui, encore un livre, la prochaine fois, ce sera un dessin, promis) que j’ai aimé, qui n’a pas eu que de bonnes critiques, et que j’ai décidé de défendre. Par contre, comme d’habitude, hein, si vous voulez le lire, revenez quand ce sera fait, ça va spoiler sévère entre temps ici.

En fait, il ne s’agit pas d’un livre, mais de trois (je précise pour les rebelles qui sont là et qui n’ont pas lus, hein, je sais qu’il y en a, ne vous cachez pas, rhooo), écrit par mon auteur préférée, Robin Hobb (d’ailleurs, je vous ai dit que je l’ai vue en vrai ? Et qu’elle m’a dédicacé un livre, hein, hein, hein ? Non ? Bon, ben, maintenant, c’est dit ! ^^). Il ne s’agit ni de L’Assassin Royal, ni des Aventuriers de la Mer, mais du Soldat Chamane. J’ai décidé de défendre ce pauvre Nevare/Jamère qui s’en est pris plein la gueule pendant trois livres et dont le récit a été fortement critiqué. Comme je les ai lus en anglais, j’utiliserais les noms anglais, pas parce que je suis une puriste, mais parce que je ne connais pas les noms français et que j’avais quand même la flemme de chercher. (En fait, c’est plutôt parce qu’Internet est tombé en rade et que, du coup, je ne peux pas chercher, mais le résultat est le même.)

J’adore cet auteur parce que sa manière d’écrire éveille toutes sortes d’émotions, que ses personnages sont humains, bien loin du héros parfait présent si souvent dans la fantasy, qu’aucun de ses protagoniste n’est parfait, sans défaut de caractère et que les univers qu’elle créée sont très complets, et qu’on a l’impression d’avoir encore plein de choses à découvrir en fermant ses livres. En tout cas, même en lisant le dernier tome de chaque saga, j’ai envie de continuer, je n’ai pas envie de quitter les personnages ni les lieux.

Cette saga ci, a, je pense, beaucoup souffert de la comparaison avec ses œuvres précédentes. Alors qu’elle est à mille lieues du Royaume des Anciens, qu’il n’y a pas d’Art, pas de Vif, pas de dragons, pas de navires doués de volonté propre, ni de Prophète Blanc pour mettre tout le monde dans la bonne voie. Nevare n’est pas Fitz, Lisana n’est pas un prophète, et, contrairement au bâtard royal des Six Duchés, Nevare est seul. Seul alors qu’il est deux. Bien sur, il y a des traits communs, après tout, tout sort de l’imagination de la même personne, mais c’est un tort d’espérer un Assassin Royal bis. Bref, tentons d’oublier les Loinvoyants pour le moment, et partons en Gernia, à la rencontre de la cavalla du roi Troven, de la famille Burvelle et des Specks.

Nevare, est le second fils d’un second fils, donc, le fils soldat d’un fils soldat. En Gernia, la situation sociale est déterminée par l’ordre de naissance. Le fils ainé hérite du titre de noble, le second part à la guerre et recouvre sa famille de gloire, quand au troisième, il entre au monastère pour, sans doute, prier que son frère ne meure pas sur le champ de bataille ou ne desserte pas, afin de garder l’honneur de la famille sauf. Le roi Troven a bousculé l’ordre des choses en décidant que les fils soldats de nobles ayant bien combattu contre les Plainspeople ont droit, eux aussi, au titre de noble. Pas seulement par bonté d’âme, mais pour assurer que les nouveaux nobles le soutiennent, face aux anciens nobles de plus en plus puissants. Il a l’ambition d’assimiler les tribus indigènes et de s’approprier leurs terres, afin d’atteindre la mer par l’Est et de commercer avec les peuples situés de ce coté là de la carte.

Nevare, en tant que fils soldat, doit entre à l’académie de la cavalla après son 18ème anniversaire, afin d’y apprendre tout ce qu’un bon gradé doit savoir. Mais avant, il suit son mentor, un sergeant, fort sympathique au demeurant, qui lui apprend la discipline, et qui lui est autant un père que son vrai père. Son vrai père qui décide un jour de mettre Nevare à l’épreuve en le confiant à un Kidona, un indigène vaincu par ses troupes. Nevare devra devenir un Kidona, dépasser ses limites physiques et mentales et vaincre un esprit de la forêt. Forcément, il échoue et une part de lui se retrouve prise en otage par cet esprit. Bien entendu, il ne s’en rend pas compte. S’il y a une chose qui m’a perturbé, c’est que je ne crois pas qu’il se soit rendu compte de la perte d’une partie de lui même ce jour là.

Vous l’aurez peut être compris, Le Soldat Chamane, contrairement à la fantasy « traditionnelle », ne se passe pas dans un monde médiéval européen, mais dans un monde semblable au Nouveau Monde, à la découverte d’un nouveau continent, et, aussi, au traitement des amérindiens. Les Plainspeople sont placés dans des barraques insalubres, les gerniens leur imposent leurs croyances de force, et les gerniens qui ont eu le mauvais goût de s’accoquiner avec ces sauvages sont considérés comme marginaux. Pourtant, tout au fil de la saga, les hommes de Gernia ont l’air d’avoir une certaine fascination pour ces femmes exotiques et tachetées (les Specks sont appelés les Specks à cause de leurs tâches, zébrures, motifs de peau).

Donc voilà, Nevare fête ses 18 ans, changé sans le savoir par sa rencontre avec Dewara, la sorcier Kidona, et part à l’académie, vers son glorieux futur tout tracé. Sauf que l’académie n’est pas la colonie de vacances imaginée, bien sûr, il savait qu’il devrait travailler dur, mais il ne s’attendait pas un rejet catégorique de lui et de ses camarades fils de soldats anoblits par les fils de nobles, Qui les considèrent comme des moins que rien. Alors qu’en y réfléchissant, ceux-ci semblent oublier qu’eux non plus n’auront pas de titres, le titre de noble revient au premier né, alors qu’eux auront le droit de servir de chair à canon pour l’honneur de leur patronyme. Leurs fils seront bizutés comme eux ont bizutés ces nouveaux nobles.

Les peuples nomades de ces livres ont une culture et une mythologie à part, non seulement de celle de Gernia, mais aussi entre eux. Le seul point commun est que le fer, matériau présent dans toutes les créations gerniennes, annule leurs magies et inflige une grande souffrance physique aux mages lorsqu’ils sont seulement en sa présence. Ses mages, pour utiliser cette magie, doivent la stocker en mangeant de la nourriture spécifique. Plus ils sont gros, plus ils sont puissants et reconnus. Ce qui est bien contraire à la vision gernienne de choses, pour qui le surpoids est synonyme de gloutonnerie et de paresse. A leur mort, les mages sont donnés à un arbre qu’ils ont choisis des années auparavant, qui les avale, et leur permet de rester vivant et de pouvoir communiquer leur sagesse avec les mages des générations suivantes. On retrouve cette image de l’arbre plus ancien que les hommes, révélateur des sagesses accumulées pendant des siècles dans nombre de légendes et mythologies, qu’il s’agisse des arbres sacrés des druides celtes ou des arbres sacrés présent dans les légendes amérindiennes.

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Cette adoration des arbres fait l’objet de querelles et des guerres entre les peuples « sauvages » et les gerniens. Mais ce n’est pas la seule source de conflit et d’incompréhension. La magie est rejetée par les gerniens, qui, même s’ils en voient les effets, sont persuadés qu’il s’agit de superstitions et qu’une fois ses peuples intégrés à leur culture, ils abandonneront leurs croyances. Le parallèle avec l’histoire des Etats-Unis n’est pas à faire, je pense que tout le monde l’aura compris. Le peuple des Specks et celui de Gernia ne se comprennent pas, pas même sur les conditions de leur querelles, ce qui est une simple épidémie pour les uns est une forme de guerre bactériologique accordée par la magie pour les autres (la bactérie tueuse venait de faire ses premières pages dans les journaux quand j’ai lu les passages sur l’épidémie de peste ravageant l’académie puis Widevale, la ville d’origine de Nevare). On peut même considérer cet aspect comme l’inverse du fait histoire, étant donné que de nombreux amérindiens sont morts suite à des épidémies de maladies apportées par les européens contre lesquelles ils n’étaient pas immunisés. Les Specks ont aussi des trains communs avec les Maoris, en effet, leurs marques ne sont pas naturelles comme le porte à penser le début des descriptions qu’en fait Nevare, mais sont une marque d’appartenance à une même famille, qui sont faites dès le plus jeune âge, à l’aide de cristaux et de boue. Et comment ignorer la danse de peur, semblable par le principe aux danses rituelles, présentes en Océanie, en Afrique, en Amérique, et même, croyez le ou nom, en Europe, au début du Christianisme, il y avait des danses rituelles aussi, mais qui m’a surtout fait penser à un rituel vaudou, de part l’expression des protagonistes et de la transe dans laquelle ils semblent être (après, le seul truc vaudou que j’ai vu, ça vient d’un vieux James Bond, hein).

Retournons chez Nevare et les gerniens. Nevare est un héros tragique qui lutte jusqu’au bout contre ce destin qu’il n’a pas voulu, qui le détourne du destin qu’il espérait avoir, et dont il ne maitrise rien. Il est déchiré par Lisana, l’esprit de l’arbre contre lequel il a lutté sous les ordres de Dewara, qui détache un morceau de lui qui restera avec elle et deviendra un mage, contrairement au morceau qui reste ancré dans son corps, qui remplit toutes les espoirs que son père a nourri pour lui et cherche à remplir tout les rêves qui l’ont bercé. Quand enfin, il retrouve ce pan de lui devenu mage, il le rejette, il deviendra une entité à part luttant contre le destin infligé par la magie et par Lisana. Il est condamné à devenir celui qui trahira sa patrie et sa famille, afin de sauver ce peuple dont il ignore tout et qui est menacé par l’avancé vers l’Est commanditée par ce roi auquel il a juré fidelité. Nevare souffre de sa dualité, de ces deux destins qu’il doit remplir, l’un au détriment de l’autre, et est déchiré par la trahison inéluctable de sa patrie et par ce qu’il adviendra des nomades s’il échoue. De plus, une fois les deux entités que sont Nevare et Soldier’s boy réunies dans un même corps, Nevare deviendra un contenant à magie, un homme énorme, rejeté par les siens à cause de son poids, et adoré par les Specks pour les mêmes raisons. Renié par son père, rejeté par sa promise, renvoyé de l’académie, il tentera malgré tout de devenir heureux, par lui même, dans sa dualité, avec sa magie. Mais la magie a des plans, Nevare est son instrument, il n’a pas le droit au bonheur tant que le destin prévu pour lui ne sera pas accompli. Le sort s’acharne contre lui et il manque de mourir trois fois. D’ailleurs, deux fois sur trois, il est réellement mort pour revenir ensuite.

Ce qui nous amène à un étrange personnage qui apparait peu, mais qui a un rôle décisif. Le dieu corbeau de la mort et l’équilibre. Orandula réclame à Nevare son dû. Une mort, ou une vie, pour compenser l’offrande qui lui avait faite que Nevare lui a reprise sans se douter des conséquences que cela impliquerait. Lorsqu’Orandula passe à l’action, il devient réellement le dieu de l’équilibre et est bien plus qu’un oiseau de malheur qui dépouille les charognes. (Je n’en dis pas plus, au cas où des gens auraient lu jusqu’ici sans avoir lu les livres, hein).

Il y a aussi des parallèles évidents entre le XIX siècle aux Etats-Unis et Gernia. La ville ou Nevare passe sa dernière année avant de rejoindre la forêt se nomme Gettys. Gettysburg est le lieu ou une bataille capitale de la guerre de Sécession s’est déroulée. La sœur de Nevare provoque une ruée vers l’or, qui dirige tous le monde vers… l’Ouest. Quand à la reine férue de spiritisme, eh bien, sachez que les premières séances de spiritisme à base de tables tournantes ont eu lieu en 1848 aux Etats-Unis, avant que la mode ne survienne en Europe, et plus précisément en France en 1853.

hobb

Les critiques concernaient les longueurs du récit, mais chaque élément est nécessaire au développement de l’intrigue, des personnages.

Une réflexion sur “Brave petit soldat

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