Mémoires d’une catin – Francesca Petrizzo

Mémoire d'une catin

Les femmes dénudées, ça fait vendre !

L’histoire d’Hélène de Troie, racontée par elle-même semblait intéressante, tous les récits mythologiques étant racontés d’un point de vue masculin. Ce livre a l’ambition de vouloir raconter son histoire, à l’aide d’une écriture poétique et soignée, presque précieuse. Ce qui fait que je crois que je n’y ait pas compris grand-chose.

Francesca Petrizzo a 19 ans, où du moins, c’était son age quand elle a écrit ce livre, et malgré les critiques dythyrambiques que j’ai pu lire, ça se ressent. En terminant ce livre, je n’étais pas enervée comme j’e l’ai été après la lecture du fait du prince, mais j’étais dubitative. Ou je n’ai pas compris ou elle voulait en venir, ou alors j’ai sauté des pages sans faire exprès.

Premièrement, il y a énormément d’incohérences :

  • L’enlèvement d’Hélène par Thésée. Elle raconte que ses frères, Castor et Pollux souhaitaient bon voyage à Thésée lors de son départ, sans avoir dit, à un moment où un autre, qu’il l’avait emmenée de force. Je n’ai compris qu’il s’agissait d’un enlèvement que quand il l’a ligotée a un arbre et que ses frères sont venus la chercher (ils avaient bu quoi pour pas capter que leur frangine était sur le cheval de Thésée, hein)
  • Toutes les femmes sauf elle sont rousses, ou ont des cheveux « de flamme », Andromaque, Carilla, Cassandre, Clytemnestre, même son mari, Ménélas est roux (mais ses cheveux à lui sont ternes, forcément, il est décrit comme une mauviette, un éjaculateur précoce et un avorton, il ne peut pas avoir de beaux cheveux). Je croyais que la Grèce était en Méditerranée, pas en Irlande. (C’est comme ça aussi dans les récits originaux ?)

Ca m’a fait penser à ça : Kaamelott – Les cheveux noirs

  • Son soldat aux yeux verts, elle a fait quoi avec pour se laisser dépérir pendant deux ans après sa mort alors qu’elle ne connaissait même pas son nom ?
  • Quand elle se roule sur la plage avec Diomède, jamais il n’est dit explicitement (ou même implicitement d’ailleurs – à moins que je ne capte rien à rien si ce n’est pas exprimé dans un language violent) qu’ils couchent ensemble, mais à la fin, elle voit le sable mélé d’eau et de sang. Alors là, ou j’ai raté une ligne avec de l’action, ou bien une avec une description des pierres sans doutes très coupantes qui se trouvent sur cette plage, mais il sort d’où, ce sang ? Oo Et donc, elle n’aurait pas couché avec le soldat ? Oo
  • Quand Tyndare décide de la marier à Ménélas, elle dit que Diomède arrive très rapidement, et précise qu’elle l’a prévenu. Comment ? Pigeon voyageur ? Signaux de fumée ?
  • Pourquoi ne développe-t-elle pas son laius « Je suis de pierre », oui, d’accord, elle s’est fait passer à tabac par sa soeur, mais j’aurais voulu avoir plus de détails sur son cheminement psychologique. Et d’ailleurs, pourquoi elle passe son enfance à se contempler dans un mirroir ? Son deuxième nom, c’est Narcisse ?
  • Elle semble à la fois très proche de Léda, sa mère, et en même temps, elle dit que c’était une étrangère pour elle. Ne pas être nourrie au sein n’explique pas le fait qu’elle soit une étrangère, on n’est pas allaité pendant 10 ans.
  • Quand elle accouche d’Hermione, dans les escaliers, délibérément ( !), elle semble vouloir commencer une nouvelle vie, grâce à sa fille, fruit de son amour avec Achille, mais elle la refile bien vite à une nourrice, et on en entend plus parler jusqu’à l’arrivée de Pâris.
  • Pâris repart, elle le suit, mais on n’a pas ses motivations, on n’a même pas vraiment vu qu’elle l’aimait (non, coucher avec ne veut pas dire qu’elle l’aime). Et puis, il avait quel âge à ce moment là ? Plus tard, il est dit qu’il avait enfin atteint sa taille adulte, donc là, ça ne devait pas être plus qu’un adolescent, et Hélène aller sur sa trentaine. Hélène de Troie, la première cougar.
  • Pâris se lasse d’elle, et paf, elle s’éprend d’Hector, son grand frère, on ne sait pas trop comment. C’est bien pratique d’aller camper dans une famille de beaux gosses, visiblement.
  • Ménélas, Achille, Diomède et tous leurs amis viennent la chercher, pourquoi ils se sont tous mis d’accord pour aller la chercher ? On ne sait pas. Enfin, si on fait une rapide recherche sur Wikipédia, on découvre le serment de Tyndare, le père de notre héroïne, qui leur a fait prêter serment de se liguer contre celui qui la ravirait à son époux pour pas qu’ils se foutent sur la gueule à cause d’elle.
  • Pourquoi, quand Hector annonce son mariage arrangé avec Andromaque, elle lui demande si c’est au sujet de Cassandre (ce qui aurait été logique, ‘fin, un peu), et lui dit que non, c’est au sujet de Callira (l’esclave d’Hélène qui est partie de Sparte avec elle), et sans transition, ni évoqué le problème posé par Callira, il annonce son union forcée avec une princesse hittite.
  • Le cheval de Troie. Le fameux cheval. Quand on y arrive enfin, on ne sait pas s’il est dans la ville ou sur la plage. Forcément, à décrire une ville abandonnée, on ne sait pas si on y est ou pas.

Ensuite, le style. Il y a énormément d’adjectifs, beaucoup de comparaisons, c’est très poétique au point que s’en est exagéré. Personne n’a besoin d’un chapitre de moins d’une page sur le vent. C’est un roman, pas un recueil de poèmes. Trop de phrasé forcé qui rendent l’ensemble assez lourd, malgré ses ellipses et ses non dits, qui compliquent beaucoup la compréhension. Surtout, si, comme moi, on préfère une écriture certes belle, mais plus directe et moins alambiquée. Pas besoins d’effets de style exagéré pour exprimer ce qu’on a à dire si son propos tient la route. Et justement, j’ai l’impression que ce style très ampoulé sert à cacher le manque de substance et peut être de réflexion. On sait que le personnage est motivé par sa quête d’amour, mais à aucun moment, il n’y a du recul. Ou alors ça a été ellipsé aussi et je n’ai pas su le lire.

De plus, le livre est écrit à la première personne. Puis, d’un coup, comme ça, sans explication, on passe à la troisième dans un chapitre, pour revenir au « je » au chapitre suivant. Si ce « elle » était le moment de réflexion sur elle-même, ce n’était vraiment pas clair, et peut-être pas le choix le plus judicieux et le plus cohérent.

Ensuite, je ne comprendrais décidément jamais comment un livre raconté à la première personne, même pour un récit fictif, peut aller jusqu’à relater la mort du personnage.

En conclusion, malgré tout, un moment de lecture assez sympathique mais anecdotique, si on ne bute pas sur les détails et si on ne réfléchit pas trop à ce qu’on est en train de lire pendnant qu’on attend son bus ou son train qui est encore en retard. (Sinon, ça m’arrive aussi de lire des livres que j’aime, mais je n’ai pas le besoin d’écrire dessus. C’est toujours plus facile d’argumenter pourquoi on n’a pas aimé quelque chose que de dire pourquoi on a aimé quelque chose, en tout cas pour moi, allez savoir pourquoi.)

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